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Conjoncture : L’hirondelle qui annonce le printemps se nomme Jeannine Roghe

Ces quelques indicateurs vont ravir les chefs d’entreprise. Et c’est une femme, à peine en poste, qui les livre. Dans les indicateurs fournis par la Banque de France pour la région Provence-Alpes-Côte d’azur, quelques divines surprises. 

 

Le rendez-vous est traditionnel. Chaque début d’année, la Banque de France présente les résultats de la prise de mesure effectuée auprès des entreprises régionales – chiffre d’affaires, de l’exportation, de l’emploi, des dépenses d’investissements et de la rentabilité d’exploitation – dans trois secteurs.

La radiographie est communément admise comme parmi l’une des plus fiables du genre dans le sens où les quelque 1 500 chefs d’entreprises* qui y répondent sont invariablement les mêmes chaque année, qu’ils répondent aux mêmes questions, à la même période … Ce qui permet à la première de toutes les banques, aidée par son maillage territorial, d’avoir un taux de couverture « important » et un panel représentatif (ramené aux effectifs globaux de la région).

 

Un « + 0,5 % » virait presque à l’euphorie

Jeannine Roghe et Bernard Benitez, respectivement directrice régionale et secrétaire général de la Banque de France PACA

Les coutumiers de l’exercice savent que, depuis les années post-crise financière de 2008 qui sert désormais  de point de repère à tous, la direction régionale de la Banque de France peine à renouveler son champ lexical. Et ses masques stylistiques – « La reprise s’amorce », « l’embellie s’amorce », « l’horizon s’éclaircit » … – parvenaient difficilement à dissimuler que tout était atone, plat, « ground zéro ».

Un « + 0,5 % » virait presque à l’euphorie. Et les révisions en cours d’année venaient doucher les plus optimistes : elles étaient systématiquement revues à la baisse.

« Révisions il y aura et elles seront désormais à la hausse. On entame un cycle de croissance haussier. Nous n’avions pas connu une telle situation depuis 2010 ».

L’hirondelle qui annonce le printemps se nomme Jeannine Roghe. Elle vient juste de prendre ses quartiers à la tête de la Banque de France Provence-Alpes-Côte d’Azur, place Estrangin, et arrive avec des données qui vont permettre de renouveler les discours (et aussi, accessoirement, légitimer un discours politique dans la mesure où le CICE et la réforme du travail, celle de 2017, semblent avoir déjà impacté favorablement les marges des entreprises via la baisse du coût unitaire du travail).

 

La région aux premières loges

Non seulement, toutes les courbes pointent vers le haut, mais encore la région s’affiche à la troisième place en France pour sa croissance dans l’industrie et la première pour les services marchands.

« Toutes les conditions sont réunies pour que les entreprises puissent avancer, financer leur fond de roulement et investir », complète Jeannine Roghe, faisant référence à l’accès très aisé au crédit bancaire du fait de taux d’intérêts très bas, parmi les plus bas de la zone euro. Le rythme de distribution du crédit a été en France le plus le plus élevé de la zone euro en 2017 (+ 5,9 % en 2017 contre +3,1% pour la moyenne de la zone euro).

Elle entend d’ailleurs, à l’occasion d’un réunion « spéciale » TPE organisée à la Banque de France le 6 mars prochain, « les inciter à profiter davantage de ces taux d’intérêt bas pour investir ».

 

Le secteur industriel surclasse la moyenne nationale à divers égards : chiffre d’affaires, dépenses d’investissement …

Divine surprise

En PACA, les chiffres d’affaires ont enregistré une croissance de 6,5 % en 2017, tous secteurs confondus, dont + 7,9 % à l’export

La divine surprise, on la doit à l’industrie, qui a subi une véritable saignée** depuis 10 ans (74 700 emplois salariés directs fin 2015, 10 900 établissements, 7,9 Md€ de CA contre 141 000 emplois, et 11,4 Md€ de CA fin 2010), et qui a vu son climat d’affaires nettement s’améliorer. Le secteur surclasse la moyenne nationale à divers égards : chiffre d’affaires, dépenses d’investissement …

A l’exception du secteur des matériels de transport, très dépendant des grands contrats (0,1 % en 2017 versus – 5,6 % en 2016), tous les sous-secteurs ont enregistré un chiffre d’affaires en hausse (équipements électroniques et électriques à + 6,3 % ; agroalimentaire à + 4,3 % et les autres produits industriels à + 10 %).

Bernard Benitez, le secrétaire général de la Banque de France, attribue ces résultats à un positionnement sectoriel plus favorable  : « cela s’explique par une spécialisation sur des produits à forte valeur ajoutée, ceux destinés aux industries d’avenir, tels les objets connectés, les puces … ».

Le territoire loge en effet à la fois moins de métiers fabrication et de secteurs lourdement touchés par le déclin (automobile, textile) mais compte sans ses rangs des industries tournées vers les technologies d’avenir (composants électroniques, optique, optronique, chimie, aéronautique, spatial, naval…)

Proche de la sur-utilisation des moyens de production

Mieux, en termes d’utilisation des capacités productives dans l’industrie, « le taux moyen est de 82 %. Tout au long de 2017, cet indicateur a dépassé sa moyenne de longue période ». C’est dire que l’on ne serait pas loin d’une sur-utilisation des capacités productives voire proche d’une tension dans certains secteurs. « Les carnets de commande sont pleins. Il ne s’agit pas juste d’entretenir les plans de charge a minima », poursuit Bernard Benitez, qui suppute que les entreprises « vont devoir ou investir dans de nouvelles capacités ou embaucher ».

Comparativement au niveau incitatif des taux d’intérêt, les dépenses d’investissement restent cependant timides (+ 2,1 %). Cet indicateur est important car il est le reflet d’une croissance équilibrée, notamment quand, au sein de la demande intérieure, il prend le relais de la consommation. Toutefois, les équipements électriques et électroniques se distinguent par un niveau d’investissement en croissance de 25 % en 2017, sachant qu’il s’inscrivait en négatif à – 15 % en 2016. « Là, on ne parle pas de mise aux normes ou de modernisation des équipements mais bien d’augmentation de capacités », croit savoir Bernard Benitez.

 

3 secteurs sur 4 partis sur des cycles d’embauche 

En termes d’emploi (une croissance de 1,4 %, légèrement au-dessus de la moyenne nationale), « 3 secteurs sur 4 partis sur des cycles d’embauche. 16 000 emplois ont été créés en 2017 ».

« Les tensions de recrutement restent criantes », complète Jeannine Roghe qui arrive d’une région (Bourgogne-Franche Comté, cf. plus bas), deux plus fois plus industrielle que Provence-Alpes-Côte d’azur, où Peugeot peinait aussi à recruter 800 personnes l’an dernier.

 Il est vrai que l’industrie n’a pas son équivalent en termes de métiers en tension. « Le pire, dans la conjoncture actuelle, serait de ne pas être en mesure d’attirer les compétences dont on a besoin alors que l’activité repart et que le chômage ne décroît pas ! », alertait Alexandre Saubot en fin d’année dernière à l’occasion d’un forum régional sur l’industrie. Selon le président de la puissante Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), sur les 5 prochaines années, 250 000 personnes seront à embaucher dans l’industrie.

 

En 2017, le secteur des services marchands présente un niveau d’investissement élevé, à 8,5 %. Mais effet « suramortissement fiscal »

 

Services marchands hormis un battement d’ailes …

Le secteur des services marchandes – pan de l’économie régionale qui a toujours servi d’amortisseur en période de crise et fait preuve de résilience pendant les chocs -, est naturellement aussi l’un de ceux qui profitent le plus rapidement du rebond. Hormis un « battement d’ailes » mais à « l’impact limité dans le temps » – les attentats de Nice – la croissance est très largement au-delà de ce qui est constaté au niveau national.

En 2017, le secteur présente un niveau d’investissement élevé, à 8,5 % (mais  dynamisé artificiellement par le dispositif de suramortissement fiscal. En 2016, les investissements étaient en baisse de 8,2 %). Tout l’enjeu sera donc d’assurer sa croissance sans respiration artificielle.

Le « transport / entreposage » en aurait profité pour acquérir du matériel (+ 13 %) alors que pour les autres, « il s’agit davantage de croissance externe », indique la Banque de France.

Dans le bâtiment, la moitié de la perte d’activité récupérée

« Les travaux publics sortent d’une crise longue de 2 à 3 ans, liée à la forte restriction des budgets des collectivités qui finançaient les grands travaux. Le bâtiment a bénéficié de la politique monétaire. La baisse des taux des prêts immobiliers, stabilisé autour de 1,5 % fin décembre 2017, a permis de solvabiliser un plus grand nombre de ménages. Cette dynamique se constate dans l’attribution des crédits à l’habitat qui ont progressé de 32 % en 2017 ».

Le secteur a payé chèrement la conjoncture ces dernières années avec une perte d’activité de 15 % et des emplois de 10 % en 4 ans. « Mais en deux ans, on a retrouvé la moitié de l’activité », fait observer Bernard Benitez. Là aussi, la région fait partie des régions qui se relèvent très vite.

 

Les chefs d’entreprise interrogés estime à près de 90 % une stabilité ou amélioration de leurs marges.

En 2018 ?

« La très bonne année 2017 a saturé les capacités de production. Les chefs d’entreprise nous indiquent collectivement qu’ils souhaitent accroître leurs dépenses d’investissement : 25 % veulent augmenter leur production alors que jusqu’à présent on était autour d’un pourcentage entre 5 et 10 % ».

Ils « disent » surtout (entre un tiers et la moitié) qu’en 2018, ils vont accroître leurs marges.

S’ils avaient été sondés sur les travers de l’économie française à corriger pour goûter pleinement la reprise, les chefs d’entreprise auraient sans doute repris à leur compte la citation de l’actuel gouverneur de la Banque de France, dont on a trouvé trace dans ses récents entretiens avec la presse : « C’est quand il fait beau qu’il faut réparer le toit ». Mais lui faisant du bout des lèvres sans doute allusion aux manquements de la zone euro. Les entrepreneurs, eux, plus surement aux réformes à accélérer…

 

— Adeline Descamps —

* 1 500 entreprises de Provence-Alpes Côte d’azur, soit un effectif de 191 000 personnes, un chiffre d’affaires de 36,5 Md€ de chiffre d’affaires et un investissement de 1,2 Md€ dans l’économie régionale

 

**Entre 2,8 et 3,5 millions. C’est la jauge (selon les études) des actifs qui travaillaient dans l’industrie en 2016, soit 10,9 % de l’emploi total en France. Près de 800 000 emplois (équivalents temps plein) ont été détruits depuis 2000. Bien que le rythme des destructions d’emploi se soit réduit depuis la fin de la crise, l’industrie française a néanmoins encore perdu en 2016 près de 30 000 emplois en un an, et ce malgré la reprise de l’activité.

 

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Au niveau mondial ? Au niveau national ?

« La croissance s’accélère au niveau mondial (de 3,2 à 3,7 % entre 2016 et 2017). Du jamais vu depuis la crise de 2008 », estime Bernard Benitez, secrétaire régional Banque de France Provence-Alpes-Côte d’azur. Depuis deux ans, indique-t-il, le PIB de la zone euro dépasse le PIB des EU depuis deux ans celui des États-Unis, Allemagne, Italie, Espagne, France qui représentent 75 % du PIB

En France, le chômage a décru de plus de deux points par rapport à 2014 (de 10,4 % à 8,9 % en 2017). « On tendrait vers 8,6 % vers 2020 ». En 2017, le PIB a progressé d’1,9 %, après 1,1 % en 2016.

L’Hexagone reste toutefois  hors des clous par rapport à ses voisins européens sur certains critères de convergence (Maastricht). Le niveau de dépenses publiques est de 56 % du PIB, contre 46 % pour la moyenne de nos voisins de la zone euro alors qu’ils ont un modèle social comparable.

 

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 Jeannine Roghe : Une femme à la tête de Banque de France PACA

 

Jeannine Roghe vient d’arriver à la tête de la direction régionale de la Banque de France PACA. Elle était directrice régionale de Bourgogne-Franche Comté.

Il y a deux femmes en France qui gèrent des directions régionales de l’institution datant de la période du Consulat. Elle en fait partie et pourtant, elle est arrivée « par hasard à la Banque de France », se présente Jeannine Roghe, qui se prédestinait à l’enseignement. « J’ai voulu rendre service à une copine qui passait le concours. Elle n’a pas été reçue, je l’ai été », sourit-elle. Sous des airs de dilettante, elle se dit « grande bosseuse », assez, pour passer tous les concours de la banque de France les uns après les autres.

Dernièrement en poste à Dijon en tant que directrice régionale de la région Bourgogne, elle fut aux commandes pour réaliser la fusion avec la Franche-Comté, et deviendra la « patronne » de l’ensemble fusionné. « J’ai tendance à dire qu’on l’a fait rapidement et dans les meilleures conditions possibles ».

L’on saisira entre deux lignes que son époux est un ingénieur agronome qu’elle a suivi pendant 15 ans. « Et en homme moderne, aujourd’hui, c’est lui qui me suit ».

Pour se décrire, elle dira de façon succinte qu’elle attache beaucoup d’importance au bien-être au travail – et elle y croit -, et qu’elle est favorable à la promotion interne.

Enfin, elle insistera pour que nous, « les journalistes », n’oublions pas de mentionner un chiffre : « La banque de France PACA traite 6 700 dossiers de surendettement. Il y a 181 000 familles endettées chaque année en France et cela 20 ans que cela dure. Nous sommes le seul pays au monde à traiter cette problématique. Depuis le 1er janvier, on les reçoit sur rendez-vous pour qu’ils le soient dans de bonnes conditions. Il faut savoir aussi que nous accueillons à nos guichets 100 personnes par jour, c’est le 2e bureau en France avec une telle affluence. On a ainsi ré-attribué un compte à 6 000 personnes en 2017 ». Dont acte.

A.D

 

 

 

Au sujet de ADELINE DESCAMPS

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