Les 4 solutions du Pr Seitz pour éviter le cancer colorectal
Alimentation, activité physique, hygiène de vie et dépistage : ces 4 piliers de la prévention pourraient éviter 10 000 morts et 24 000 nouveaux cas de cancer colorectal chaque année en France. Malheureusement cette maladie demeure méconnue et frappe désormais de plus en plus de jeunes. MProvence se mobilise en mars pour vous informer comme dans cette interview choc du Pr Jean-François Seitz.
17 000 morts chaque année : le cancer colorectal est encore l’un des plus meurtriers en France et il touche même désormais des femmes et des hommes vers 40 ans. Le professeur Jean-François Seitz, gastro entérologue à l’hôpital de la Timone à Marseille et vice-président du Centre régional de dépistage des cancers Sud-Paca, explique dans cette interview comment y échapper et il alerte sur la nécessité de faire le dépistage.
Pourquoi y a-t-il autant de malades et de morts ?
Professeur Jean-François Seitz : C’est un cancer fréquent, meurtrier, mal connu, mais évitable. Il est fréquent avec plus de 47 000 nouveaux cas annuels en France, et dans le monde avec près de 2 millions de nouveaux cas annuels. C’est le troisième cancer le plus fréquent. Et il reste meurtrier avec plus de 17 000 décès chaque année en France, c’est cinq fois plus que les accidents de la route. Dans le monde, c’est près d’un million de décès annuels.
Ce cancer passe inaperçu !
Le cancer du côlon tue plus d’hommes que le cancer de la prostate et presque autant de femmes que le cancer du sein. Mais comme il est réparti sur les deux sexes, il passe inaperçu et nos concitoyens boudent les tests dépistage et de prévention.
En France, il y avait 30 000 nouveaux cas annuels en 1990 et 30 ans après on en est à 47 500 nouveaux cas annuels. C’est lié en grande partie à l’augmentation démographique et au vieillissement de la population. L’incidence – c’est-à-dire le nombre de cas de cancer pour 100 000 habitants – a tendance à se stabiliser, avec une légère diminution chez l’homme (-0,5 % /an ) et toujours une légère augmentation chez la femme (+0,4 % /an).
On sait depuis longtemps que l’apparition de ce cancer est favorisée par un régime « occidental », riche en viande rouge, pauvre en légumes et fruits. Comme beaucoup de cancers, celui-ci augmente avec l’âge : rare avant 50 ans, il double ensuite à chaque décennie. Cependant, on insiste maintenant sur un nouveau phénomène : c’est l’augmentation chez les sujets jeunes, les moins de 50 ans. On incrimine l’obésité, la sédentarité, la malbouffe, c’est-à-dire notamment le recours aux aliments ultra transformés.
Enormes progrès dans les traitements
On va reparler de ces causes en partie évitables. Est-ce qu’on progresse quand même dans la lutte contre ce cancer ? C’est quoi les raisons d’espérer pour les malades ?
Oui ! Cela fait plus de 40 ans que j’ai créé le premier service de cancérologie digestive à Marseille. A l’époque on avait le bistouri par les chirurgiens et très peu de médicaments pour traiter cette maladie. Les progrès thérapeutiques ont été majeurs ces 30 dernières années : le taux de survie tous stades confondus est de 65 % (cinq ans après la déclaration de la maladie), et des guérisons sont parfois possibles à des stades très avancés porteurs de métastases, en combinant chirurgie, chimiothérapie, thérapie ciblée, parfois immunothérapie. Mais Il est bien sûr beaucoup plus facile de guérir des stades précoces, d’où l’intérêt du dépistage.
Viande rouge et charcuterie en cause
Les causes vous l’avez dit sont multiples. On sait qu’une alimentation déséquilibrée peut favoriser ce cancer. Qu’est-ce qu’on doit éviter de manger par exemple ?
Depuis très longtemps on sait que ce cancer est favorisé par la consommation excessive de viande rouge et de charcuterie. C’est une évolution naturelle que d’en manger de moins en moins, heureusement. Un bon steak c’est très bon pour la santé, mais il faut limiter la consommation de viande rouge (pas plus que 500 g par semaine), et également limiter la consommation de charcuterie (pas plus de 150 g par semaine).
Il faut éviter la consommation de sucres purs car ils ont une activité pro inflammatoire et ils favorisent beaucoup de maladies et aussi le cancer du côlon. Donc les sucres, les sodas, c’est une catastrophe. Il faut bien sûr éviter de boire de l’alcool avec excès (pas plus de deux verres par jour et pas tous les jours, cinq jours par semaine au maximum). Et bien sûr ne pas fumer car, même si cela peut paraître bizarre, le tabac augmente aussi le risque de cancer du côlon.
La cuisine « maison » protège du cancer !
Et quels sont les aliments protecteurs ?
Les fruits et les légumes par exemple. Le régime crétois c’est vraiment le modèle. La salade de tomates, de concombre, etcetera, avec de l’huile d’olive. On ne mange pas assez de fruits à coque. Les noix ont un effet protecteur contre le cancer du côlon au niveau du microbiote. Elles établissent une espèce de bouclier grâce à une molécule, c’est très étonnant. Et il est très important de revenir à la cuisine « maison ».
Il faut que les grands-mères qui ont le temps éduquent leurs petits-enfants à la cuisine « maison ». Le vrai danger, c’est cette cuisine ultra transformée, avec tous ces conservateurs, les microplastiques qui emballent les plats tout préparés… Toute cette alimentation est catastrophique pour la santé. Cela favorise l’obésité qui est en lien direct avec le cancer du côlon et d’autres cancers.
On est dans un cercle vicieux obésité-malbouffe-sédentarité. La malbouffe et la sédentarité ont pour résultat le surpoids et l’obésité : l’augmentation du risque de cancer du côlon et du rectum est augmentée de 41 % en cas d’obésité (indice de masse corporelle supérieur à 30). Or la prévalence de l’obésité a doublé en France ces 25 dernières années : 17% des adultes sont obèses.
L’activité physique réduit de 24% le risque de cancer
Il y a justement cet autre facteur qui nous protège du cancer, et qui limite la récidive de la maladie aussi, c’est l’activité physique. Concrètement, qu’est-ce qu’on doit faire ?
L’activité physique est essentielle : elle diminue de 24 % le risque de cancer du côlon. Il faut marcher idéalement plus de 7 000 pas par jour, bouger régulièrement, ne pas rester assis trop longtemps devant la télé ou l’ordinateur. Il faut aussi avoir 30 minutes d’activité physique intense dans la semaine, où on transpire bien, et il faut aussi faire du renforcement musculaire. Surtout quand l’âge arrive, il est très important d’entretenir sa masse musculaire, de lutter contre la sarcopénie et donc d’avoir à la fois une activité physique de renforcement musculaire et un apport protéique suffisant, mais pas que de la viande rouge ! Il faut se tourner vers le poisson, les oeufs, du fromage et des yaourts pour avoir du calcium, les protéines végétales comme les petits pois, les lentilles, toutes les légumineuses.
L’activité physique est aussi un traitement du cancer du côlon : après la chirurgie d’ablation, au même titre qu’une chimiothérapie adjuvante postopératoire, une activité physique avec un coach réduit le risque de rechute de 28 % et le risque de décès de 37 %, selon une étude canadienne publiée en 2025.
Les perturbateurs endocriniens causes de cancers
Un coupable dont on entend de plus en plus parler, ce sont les perturbateurs endocriniens. De quoi s’agit-il ?
Les perturbateurs endocriniens sont des molécules chimiques qui déséquilibrent le système hormonal et qui peuvent ainsi à moyen ou à long terme être responsables de troubles de la satiété, induire une obésité. Ils peuvent aussi favoriser, directement ou indirectement, l’apparition de certains cancers. On avait peu de données sur le cancer du côlon. Récemment, une grosse méta analyse a montré que les pesticides, et notamment les herbicides utilisés dans l’agriculture, pouvaient augmenter de 32% le risque de cancer colorectal.
Mais ils sont partout ces perturbateurs, qu’est-ce qu’on peut faire pour y échapper ?
Je ne suis pas spécialiste de cette question, mais ce qu’on peut dire c’est que rincer à l’eau les fruits et légumes avant de les consommer est essentiel. Il faut également bannir les poêles en Téflon, les désodorisants en spray, les lingettes…
Méfiez-vous de la cuisson au barbecue
C’est pour ça qu’il y a de plus en plus de cancers du côlon chez les moins de 50 ans ?
Absolument ! L’augmentation des cancers du côlon chez les moins de 50 ans est directement reliée à cette alimentation inappropriée et ultra transformée. Les conservateurs, dont certains sont des perturbateurs endocriniens, les microplastiques absorbés qui ont un effet au niveau de la barrière intestinale et favorisent l’absorption des cancérogènes…
Il faut revenir à la cuisine « maison », avec peu de viande rouge et charcuterie, et beaucoup de fruits et légumes. On a parlé du barbecue récemment. Cette cuisson des protéines produit des hydrocarbures aromatiques polycycliques qui ont un effet toxique. Cette cuisson de la viande grillée est un des facteurs qui favorise les cancers chez les moins de 50 ans.
Hygiène de vie = 50% de cancers du côlon en moins
Jusqu’ici, il y avait seulement 5% des cas de cancers colorectaux qui survenaient avant 50 ans. C’est en train de changer. Au niveau mondial, sur les 30 dernières années, on a vu que le nombre de cancers avant 50 ans a augmenté de 140%. On estime que de moins de 5% on va passer à plus de 10% de cancers du côlon et du rectum dans les années à venir. Le message à faire passer, c’est une alimentation « maison » mais aussi l’activité physique et la lutte contre la sédentarité.
Une bonne hygiène de vie, c’est 50% de cancers du côlon en moins. Sur 48 000 nouveaux cas annuels, vous en supprimez déjà 24 000.
Seul 1 Français sur 3 fait le test
Votre dada c’est le test immunologique fécal, le fameux test FIT gratuit qu’on devrait tous faire dès 50 ans. Comment ça marche ?
On recherche des cancers qui ne donnent pas de symptômes en cherchant du sang microscopique dans les selles. Il s’agit de dépister des cancers tôt et qui seront facilement guéris. Ce test est également capable de dépister les lésions pré cancéreuses, ce qu’on appelle les polypes qui sont des adénomes, des petites tumeurs bénignes qui mettent en moyenne une dizaine d’années à grossir et se transformer en cancer. Mais seul 1 Français sur 3 participe au test. On sauve déjà ainsi 3 à 4 000 vies chaque année malgré cette faible participation.
Dépister les cancers précoces et guérissables
Le médecin traitant peut vous remettre ce test, comme votre gastro-entérologue, ou le gynécologue pour les femmes, et depuis 2022 les pharmaciens le délivrent au terme d’un petit questionnaire qui permettra de s’assurer que vous ne faites pas partie des sujets à risque élevé d’un cancer du côlon (si vous avez des antécédents familiaux ou personnels). Si c’est le cas, on vous conseillera de réaliser directement une coloscopie.
Pour 80% des assurés après 50 ans, on propose de faire ce test en plantant un batônnet dans une selle et de le refaire tous les deux ans. Il est positif pour 3 ou 4% des assurés qui le réalisent et dans ce cas on doit faire une coloscopie. Elle va permettre de diagnostiquer, seulement dans 6% des cas, un cancer, qui est généralement précoce, facile à guérir, parfois par l’ablation du polype qui a dégénéré en surface. On l’enlève lors de la coloscopie, mais parfois il faut une chirurgie limitée du côlon.
Il faudrait dépister dès 45 ans, mais…
Faudrait-il avancer le dépistage à 40 ou 45 ans puisque de plus en plus de jeunes sont touchés ?
Aux Etats-Unis c’est déjà le cas depuis 2020. Le dépistage commence à 45 ans parce qu’on s’est rendu compte que la tranche des 45-50 ans avait autant d’adénomes, de polypes à risque de dégénérer, que les 50-55 ans. Chez nous, il faudrait le faire. Car on commence à avoir des données françaises qui montrent l’augmentation de ce cancer avant 50 ans.
Le souci, c’est qu’on a un des taux de participation les plus bas d’Europe entre 50 et 74 ans, et on est très mal à l’aise pour se tourner vers les autorités sanitaires et taper du poing sur la table. Le dépistage chez nous ne marche pas bien. On nous répond « Essayez déjà de faire participer les 50-74 ans et après on s’occupera des autres tranches ».
Vous êtes l’instigateur de la campagne de prévention Mars Bleu. Vous participerez à deux conférences publiques à Marseille le 5 mars à 18h et Nice le 25 mars et à une course avec Basile Boli le 1er mars à 9h30 au parc Borély de Marseille. Vous estimez que l’on pourrait sauver combien de vies chaque année en France si on modifiait notre mode de vie et si on passait le test de dépistage ?
La course, c’est le symbole de l’activité physique. Eviter 25 000 cancers du côlon tous les ans, qui pèsent sur notre système de santé, sur nos finances publiques, ce serait très bien. On évite aussi beaucoup de cancers avec l’hygiène de vie. Et avec le dépistage et seulement une participation de 30 %, on sauve environ 4 000 vies chaque année.
Si le dépistage devenait obligatoire, si 100% des assurés de la tranche d’âge des 50-74 ans le faisaient, on estime qu’on sauverait à peu près 10 000 vies par an, c’est énorme. Il faut taper du poing sur la table. Rappelons-nous que dans les années 70 il y avait 18 000 morts par an sur les routes françaises. On a introduit la limitation de vitesse et la ceinture de sécurité, et on est passé à environ 3 500 morts. C’est encore trop mais par rapport à 18 000, c’est énorme. Face au cancer colorectal, la ceinture de sécurité, c’est ce test.
Conférences à Marseille, Gap, Fréjus et Nice
Le Pr Jean-François Seitz participera à deux conférences publiques et gratuites sur la prévention du cancer colorectal jeudi 5 mars à 18h au Pharo à Marseille (amphi Gastaut d’Aix Marseille Université, jardin Emile Duclaux, 58 Bd Charles Livon) et mercredi 25 mars à 18h à Nice, salle du Stockfish (5 avenue François-Mitterrand, Maison de l’Etudiant, arrêt tram ligne 1 « Vauban »).
Les médecins des Hautes-Alpes animeront une conférence à Gap (Pôle universitaire, 2 rue Bayard) jeudi 12 mars à 18h et les médecins du Var à Fréjus (salle Cocteau du Théâtre du Forum, 83 Bd de la Mer) mercredi 18 mars à 18h.
Pour s’inscrire , c’est gratuit, il suffit de cliquer sur le bandeau ci-dessous ou d’appeler le 06 95 79 13 97
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