Le sujet a fait recette mardi dernier dans les salons de Villa M Marseille ! A croire que prendre des compléments alimentaires en 2026 c’est aussi courant de boire un café à 10 heures du matin ou manger du pain à midi !
Nous serions ainsi 60% voire 70% à consommer une supplémentation sous forme de poudre ou de gélules, avec des produits méga stars : le collagène pour la peau et les tendons, les protéines pour les muscles, mais aussi les probiotiques, la créatine pour les sportifs mais pas que. Quant à la mélatonine, elle a colonisé nos tables de nuit !
Peu de carences dans notre alimentation
A-t-on vraiment besoin de prendre ces compléments ? Notre alimentation contemporaine est-elle à ce point déséquilibrée qu’il faut la compenser, comme pour les bébés et les personnes atteintes de maladies graves et sous-alimentées ? Le débat intitulé « Bienfaits et dangers des compléments alimentaires », et imaginé dans le cadre des Pitchs des Dialogues de la Santé du Groupe Pasteur Mutualité, a attiré la foule des grands jours. Des sportifs du dimanche, des soignants, pas mal de médecins également, et des retraités soucieux de s’informer sur des recettes peut-être miracles pour vivre en meilleure santé et plus longtemps. Parmi eux tous, une majorité de femmes.

Première mise au point signée du professeur Philippe Piccerelle, directeur du département de bioingénierie à la Faculté de Pharmacie de Marseille : « Il y a peu de carences dans notre alimentation ». Ciblant les aliments ultra transformés par l’industrie agroalimentaire qui composent déjà 35% de notre assiette, il ajoute que « certes les aliments sont différents d’avant » et que la pollution conjuguée au soleil ou au stress peuvent contribuer à une oxydation prématurée de notre organisme, mais selon lui ce ne sont pas les supplémentations en vente libre qui vont régler le problème relativement mineur.
Les plantes peuvent tuer
Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on peut se goinfrer sans risque de pastilles et gélules concentrant oligo-éléments, curcumine ou plantes de nos jardins. « Rien de tout ceci n’est anodin ! prévient le scientifique. On doit faire attention aux plantes reconcentrées en compléments alimentaires. Rien qu’avec les plantes de mon jardin, je pourrais vous tuer ! » Rassurez-nous, il rigole là, l’apparemment très sympathique Prof Piccerelle ? Eclats de rire toutefois mesurés dans la salle. Car le scientifique est sérieux et l’argument frappe juste.
Preuve à l’appui, il enchaîne : « Je me souviens d’une famille très malade. En cherchant une cause, on a découvert que le père avait décrété que pour être en bonne santé, il fallait boire des tisanes de thym matin, midi et soir. Mais à haute dose le thym, comme le romarin d’ailleurs, contiennent des actifs potentiellement dangereux. »

Toujours démarrer avec un professionnel
C’est pourquoi le docteur Abdou Sbihi, coordinateur médical de la soirée, insiste : « Il faut toujours démarrer une supplémentation avec son médecin ou son pharmacien. » Si ce chirurgien orthopédiste et ex-sportif de l’extrême a consommé beaucoup de compléments, il avoue en être un peu revenu. Il invite à se méfier comme du lait sur le feu des phénomènes de mode et des conseils d’influenceurs qui ne connaissent strictement rien à la poudre qu’ils promeuvent, mais y gagnent beaucoup d’argent.
S’il reconnaît certaines vertus à une supplémentation en vitamine D par exemple « dont nous manquons quasiment tous« , voire à la prise de vitamine B12 pour les végétariens et végétaliens notamment, de fer ou de magnésium, le Pr Piccerelle déconseille fortement d’acheter sur Internet. Car alors on ne peut être sûr de la composition ni de l’origine des produits. De plus, certains compléments peuvent entrer en conflit avec un traitement médical, par exemple contre l’hypertension artérielle, certaines maladies des reins et du foie, des cancers…

L’effet placebo c’est +30% d’efficacité du produit
Citant encore le ginseng ou la spiruline, il note des effets plus ou moins variables et en tout cas des preuves insuffisantes de leur efficacité. « Un complément alimentaire n’est pas un médicament, il n’y a pas d’études cliniques suffisantes, et pour la même raison il ne sert jamais à traiter une pathologie. » Selon lui, s’il est un effet à ne surtout pas négliger c’est l’effet… placebo ! Prendre un complément nous fait déjà aller mieux ! « Cela peut augmenter l’efficacité jusqu’à 30%. » Et les oligo-éléments ? « Si on a une alimentation équilibrée, on n’en a pas tellement besoin, sauf pour les femmes enceintes et certaines personnes âgées. » Mais là encore c’est le médecin qui vous conseillera le mieux.
Idem si vous prenez comme de nombreuses personnes – effet de mode oblige – du collagène, de la mélatonine, de la créatinine ou des probiotiques. N’attendez pas de miracle mais si ça vous fait du bien, et que vous avez de l’argent pour ça, pourquoi s’en priver ?
Dr Rinaldi : c’est un coup des lobbys !
Ce n’est toutefois pas l’avis d’un médecin présent dans la salle, grand spécialiste de l’alimentation. Le docteur Yves Rinaldi, gastro-entérologue à l’Hôpital Européen de Marseille, a tonné contre ces supplémentations. « On n’en a pas besoin dans la vie courante ! Méfiez-vous des lobbys des compléments alimentaires ! En 2018, 40% de la population française en consommaient déjà. Aujourd’hui c’est 70%. »

De plus, ces compléments consommés quotidiennement coûtent très vite cher. Et leur composition comme leur provenance ne sont pas toujours clairement identifiées. Les contrôles des autorités sanitaires semblent assez rares et sur Internet on se fait livrer en 24 heures des produits interdits en France car considérés comme dangereux pour la santé !
« Garcinia Cambogia pour la perte de poids et le Kava pour traiter l’anxiété et la dépression sont interdits car en excès ils peuvent attaquer le foie, les reins ou le pancréas », avait rappelé le Pr Piccerelle. Un rapide tour sur Internet nous en propose en effet 15 à la douzaine et l’article d’alerte de l’ANSES arrive bien plus loin !
Dans la gourde de Balerdi
Rien à voir avec la prise en charge des sportifs de haut niveau, à l’image des footballeurs de l’Olympique de Marseille. Nutritionniste de l’équipe pro, Achraf Tamani a régalé l’assistance d’anecdotes sur les préparations fort maîtrisées qu’il concocte pour chaque joueur en fonction de ses besoins et de ses efforts sur le terrain. Et moi, comme toute l’assistance, qui croyions que les Balerdi et consorts s’hydrataient avec l’eau claire ! On est loin du compte.
« Durant un match, chaque joueur a sa gourde personnalisée en fonction des efforts fournis et du poste qu’il occupe. » Autant dire que le gardien de but Geronimo Rulli n’a pas droit à la même supplémentation que Weah qui court dans tous les sens ou que Balerdi qui tente de sauver les meubles !

Et puis il y la potion magique… au très mauvais goût ! Là encore nous ignorions quasiment tous la réponse à la question du Dr Sbihi lancée à la cantonnade : « Savez-vous ce que nous donnons aux joueurs victimes de crampes et que vous possédez tous dans votre cuisine ? » Une septuagénaire blonde, ancienne infirmière, Michèle Coulange, balance une réponse : « des cornichons ! » On se dit qu’elle blague, Michèle. Que nenni !
Des munitions au jus de cornichon !
« Le jus de cornichon permet de relâcher instantanément les muscles endoloris, explique le nutrionniste. C’est en fait le goût « dégueulasse » qui envoie un signal au cerveau qui réagit en relâchant les muscles« . Achraf Tamani a donc sa réserve de shots de cornichon dans son sac, « ce sont mes munitions. » Donc si Aubameyang a mal aux pattes, hop, un p’tit coup de jus aigrelet et ça repart !
Capitaine de l’équipe de handball de Plan-de-Cuques qui évolue dans l’élite féminine, Justine Martel confirme l’effet boeuf du jus de ce condiment qui accompagne habituellement la charcuterie. Au-delà de l’anecdote, l’attaquante confie prendre des protéines pour la récupération, des gels et des boissons énergisants pendant les matchs « car le hand est un sport explosif et durant 60 minutes tu donnes tout. Je prends aussi du collagène car mes genoux sont abîmés. »
L’obsession bien compréhensible de Justine, c’est de vérifier que tous les produits ingurgités sont contrôlés et agréés par un laboratoire antidopage. Sinon, sans ce label censément protecteur, on peut vite ruiner sa carrière et se voir accusé de dopage.

La cerise sur le gâteau
Achraf Tamani est lui aussi intransigeant sur le sujet et sa responsabilité est lourde au sein de l’OM. « 10% à 25% des compléments alimentaires qu’on trouve sur le marché sont contaminés. On a des labos de contrôle respectés en France, donc n’allez pas commander vos produits aux Etats-Unis. » Il rappelle cependant que le trépied de la forme d’un athlète c’est 1- l’entraînement, 2- le sommeil, 3- l’alimentation.
« Nous discutons avec chaque joueur de ses habitudes dans ces domaines, et les compléments alimentaires c’est la cerise sur le gâteau. On demande évidemment l’avis du médecin si besoin et en tout cas un joueur ne prend jamais rien qui ne soit validé et vérifié par le nutritionniste. »
Un double expresso pour accélérer et ajuster ses passes
« Leur usage ne remplace pas une alimentation variée, saine et équilibrée. Et puis elle est saisonnière, en hiver de la vitamine D, et d’autres compléments selon l’altitude ou en cas de blessure par exemple. » Il n’en reste pas moins que le tableau des supplémentations proposées aux joueurs est impressionnant. De la caféine pour filer un gros coup de fouet une heure avant le match, les effets sont reconnus et parmi les plus efficaces. Un double expresso (140mg de caféine) peut faire l’affaire mais ce sera peut-être plus facile de mâcher des gommes au café (100mg par unité) ou d’avaler un shot à 200mg en début de soirée. Toutefois, attention aux difficultés d’endormissement une fois rentré à la maison après un match à 21h !
« Dix études ont été menées sur la caféine et la performance en football sans effet négatif observé, précise Achraf Tamani. La plupart des études montrent des effets positifs sur le sprint, le saut, la précision des passes et la précision en situation de réaction. » Bon, au vu des récents résultats, quelques-uns devraient prendre double dose !

Protéine : OK mais pas n’importe laquelle !
What else ? La créatine of course ! Là encore les recherches scientifiques attestent de l’efficacité pour améliorer des performances répétées et obtenir un gain de masse musculaire et de force, selon Achraf Tamani. « Il n’ y a pas d’effets négatifs si on n’a pas de problèmes rénaux pré existants. Mais on peut prendre du poids, un ou deux kilos. »
Quid de la protéine, qui jouit d’un puissant effet de mode dans toutes les catégories de la population ? Chez les pros, l’usage requiert un protocole d’utilisation en fonction de l’état de forme de l’athlète. S’il est blessé, elle contribue au maintien de sa masse musculaire. « Mais la qualité des protéines employées compte. Les protéines riches en leucine comme le Whey sont particulièrement efficaces pour déclencher la construction musculaire. »
Le collagène, c’est bien mais en avez-vous vraiment besoin ?
Dernière star en vogue des petits déjeuners de Madame-tout-le-monde (et Monsieur…), le collagène qui est une protéine structurelle essentielle (elle constitue 70% de la peau, 30% des os et 80% des tendons et ligaments). Il va permettre possiblement d’épaissir le cartilage et le tendon rotulien, de diminuer les douleurs articulaires et il est potentiellement intéressant pour la récupération des blessures.
D’après le nutritionniste, chez les professionnels, il semble préférable de l’associer à de la vitamine C (doses recommandées : 5 à 15 grammes de collagène et 50 mg de vitamine C) et de la consommer avant un entraînement à impact car cela va stimuler davantage la synthèse de collagène.
Prothèse de genou : opération spectaculaire en direct du bloc !
L’IA au service de la médecine le 10 juin
Mais avant de terminer ce débat passionnant, le docteur Sbihi, qui est aussi expert médical à l’Olympique de Marseille, martèle une évidence : « Nous avons bien sûr tous envie de faire du sport comme les pros et donc de nous équiper avec tous ces produits. Néanmoins une alimentation équilibrée peut suffire pour un sportif du dimanche. En cas de pratique intensive, une supplémentation permettra de récupérer plus vite. Dans ce cas, il est toujours conseillé, au moins au début, d’en parler avec un professionnel de santé. »
La prochaine conférence organisée à la Villa M Marseille (17 place Louis Bonnefon, Marseille 8e) aura lieu mercredi 10 juin 2026 à 19h sur le thème : Intelligence artificielle et médecine, la révolution pour mieux vous soigner. Avec la professeure Laetitia Huiart (Institut Paoli Calmettes), le docteur Julien Seitz (cardiologue Hôpital Saint Joseph et Volta Medical), le docteur Jérôme Bouaziz (gynécologue-obstétricien et One Clinic). A suivre sur les réseaux sociaux de Villa M et de MProvence pour y participer.

cet article vous a plu ?
Donnez nous votre avis
Average rating / 5. Vote count:
No votes so far! Be the first to rate this post.