Le lieu était tout trouvé. Le 7 juillet, sur le Vieux-Port, face à la Bonne Mère, Marseille au Pluriel célébrait ses trois ans d’existence. Trois années consacrées à créer des ponts entre des univers marseillais qui vivent parfois à quelques kilomètres les uns des autres sans réellement se connaître.
Associations de quartier, chefs d’entreprise, universitaires, responsables institutionnels et citoyens étaient réunis dans l’ancienne consigne sanitaire du quai du Port. Avec une idée en tête : Marseille ne progressera pas en laissant chacun agir dans son coin.
La soirée marquait aussi les 20 ans de la Fondation SFR. Pour cet anniversaire, 30 associations ont été distinguées dans toute la France. Six d’entre elles ont reçu un Grand Prix des Territoires et une dotation portée à 7 000 euros. Marseille au Pluriel est la lauréate de la région Méditerranée.
Plus de 1 000 associations accompagnées
Depuis sa création, la Fondation SFR concentre son action sur trois domaines : rendre le numérique accessible, favoriser l’égalité des chances et soutenir la solidarité.
Marie Lhermelin, secrétaire générale adjointe d’Altice France, affirme que la fondation a accompagné plus de 1 000 structures associatives. Elle a également aidé 233 000 personnes en situation de fragilité à s’équiper et à mieux maîtriser les outils numériques. Quelque 160 000 jeunes ont été accompagnés vers l’insertion professionnelle.
Cela signifie fournir un ordinateur ou un téléphone, permettre l’accès à une connexion à prix solidaire, mais aussi apprendre à utiliser ces outils devenus indispensables pour étudier, travailler, se soigner ou accomplir ses démarches administratives.

« On ne pouvait pas laisser notre ville se fracturer »
Marseille au Pluriel est née d’une inquiétude. Celle de trois Marseillais, Marie-Laure Guidi, Alain Cabras et Philippe Pujol, toujours émerveillés par leur ville, mais préoccupés par ses fractures.
« On s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser notre ville continuer à se fracturer », raconte Marie-Laure Guidi, présidente du collectif.
L’association veut dépasser le traditionnel « vivre ensemble », une expression jugée trop passive. Elle lui préfère le « faire ensemble » : lancer des projets communs, partager des compétences et réunir autour d’une même table des personnes qui n’ont ni les mêmes parcours, ni les mêmes opinions, ni les mêmes habitudes.
Son ambition est de faire de Marseille une capitale méditerranéenne de l’interculturel. Elle agit pour réduire la fragmentation entre les communautés, les religions et les classes sociales, en faisant prévaloir ce qui rassemble sur ce qui sépare.

Des ordinateurs, des devoirs et de la musique classique
Le communiqué de la Fondation SFR met en avant les projets conduits par le sport et la culture. Les témoignages recueillis pendant la soirée montrent une action encore plus large.
Karim Lali, directeur général de l’association APIS (Promotion Ingénierie Socio-éducative), porte notamment le programme Harmonie Cités. Son principe est plutôt inattendu : lutter contre le décrochage scolaire grâce à la musique classique.
Après l’école, les enfants prennent un goûter, font leurs devoirs, pratiquent un sport puis découvrent la musique. L’association organise aussi des séjours réunissant des jeunes de milieux sociaux différents. Sous la tente, chacun participe aux repas, aux courses et aux tâches collectives.

« Tout le monde est sur le même pied d’égalité », résume Karim Lali.
À son tour, Salina Gasmi-Latreche, présidente de Mères-Enfants PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur), raconte comment des ordinateurs offerts par des entreprises ont été distribués à des mères et à leurs enfants.
Mais donner le matériel ne suffit pas. Des bénévoles sont venus le samedi matin pour accompagner les jeunes dans leurs devoirs, préparer leurs dossiers et travailler leur expression orale. L’une des jeunes bénéficiaires a ainsi pu préparer un concours, constituer son dossier et passer son oral dans les locaux de l’association.
« Au cœur des quartiers, il se passe de belles choses. Il faut les mettre en avant », insiste Salina Gasmi-Latreche.
Sortir les entreprises de leur monde
Marseille au Pluriel ne demande pas seulement aux entreprises de signer un chèque. Le collectif veut les mettre au contact des habitants et des associations.
Un chef d’entreprise qui connaît les jeunes d’un quartier ne les regarde plus avec méfiance. Il découvre des compétences, des ambitions et parfois de futurs salariés. De leur côté, les habitants comprennent mieux le fonctionnement d’une entreprise et les possibilités qu’elle peut offrir.
« On créera des passerelles en sortant chacun de son silo », résume Marie-Laure Guidi. « Ce territoire, on le fera grandir ensemble ou on ne le réussira pas. »
Les 7 000 euros remis par la Fondation SFR ne résoudront évidemment pas toutes les fractures marseillaises. Mais la récompense apporte des moyens et surtout une reconnaissance nationale à un collectif animé essentiellement par des bénévoles.
Sur le Vieux-Port, une phrase a résumé la soirée :
« Nous sommes tous Marseillais du même Marseille. »

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