L’exception aubagnaise a sans doute vécu. Après le rejet – pour une voix – de son projet de budget 2026 le 10 septembre dernier, le président (LR) de La Métropole, Nicolas Isnard, a proposé, jeudi 24 septembre à Salon-de-Provence, la ville dont il est maire, de mettre fin aux gratuités dans les transports publics de la Métropole pour trouver une partie des 53 millions de déficit qu’il doit combler d’ici le 15 octobre. Une annonce qui a aussitôt fait réagir le maire (DVG) d’Aubagne, Jean-Pierre Squillari, dont les bus étaient gratuits pour tous depuis plus de 15 ans, promettant à nos confrères de La Provence d’engager « l’ensemble des recours juridiques pour faire barrage à cette mesure et empêcher son application ». Cette gratuité avait été mise en place par la municipalité communiste de Daniel Fontaine en 2009 et jamais remise en question depuis, y compris par son successeur (LR) Gérard Gazay, élu en 2014 avant d’être battu à la municipale de mars 2026. Cette gratuité concerne les 12 communes de l’ex-Pays d’Aubagne et de l’Etoile, intégré depuis dans la Métropole Aix-Marseille-Provence en 2016.
Mettre un terme à cette gratuité « va mettre de la justice dans le système » avec une « tarification sociale » a plaidé Nicolas Isnard, illustrant son propos en citant « le retraité aisé » qui se déplace gratuitement à Aubagne, par opposition au « jeune salarié » sans gros moyens qui paye son ticket plein pot partout ailleurs ou presque. Pour autant, cette mesure ne rapportera guère que « 1,5 à 2 millions d’euros par mois, soit environ 15 à 20 millions par an » a convenu David Ytier, vice-président (LR) délégué aux finances de la Métropole, soit loin des 53 millions à combler. Mais « d’autres mesures d’économies » devraient permettre de trouver le solde selon Nicolas Isnard, qui a évoqué quelques idées sans donner de détails ni de chiffrage précis sur la manière dont il entendait y parvenir. « On va rajouter de l’effort à l’effort », a-t-il appuyé, rappelant les « 91 millions d’économies sur le fonctionnement » déjà trouvés pour le projet de budget rejeté en septembre, assurant que « toutes les pistes » seraient explorées, y compris « le volet recettes », déjà abondé par la fin de l’exonération fiscale dont bénéficiaient les jeunes entreprises depuis le Covid. Parmi ces pistes, le président de la Métropole a ainsi évoqué le report de certains investissements, la renégociation de certains remboursements, l’étalement de certains amortissements… écartant seulement toute hausse d’impôt.
Avec cette nouvelle proposition de budget, qui permettrait aux 92 communes de la Métropole de toucher l’intégralité des aides et dotations métropolitaines que le préfet et la Cour régionale des comptes souhaitaient raboter, Nicolas Isnard ne prend-il pas le risque d’un nouveau rejet ? Pas vraiment. Car le 15 octobre, c’est à la majorité simple et non plus aux deux tiers des voix que ce budget pourra être adopté. Une majorité que Nicolas Isnard ne détient pas seul, mais rien ne dit pour l’heure que le maire (DVG) de Marseille, Nicolas Payan, ne le suivra pas sur cette voie dans la mesure où la proposition du président de la Métropole ne devrait a priori rien coûter à Marseille, si ce n’est l’allongement de certains calendriers, mais rien ne dit non plus qu’il ne se rangera pas aux arguments de Jean-Pierre Squillari.
Même si un budget est voté le 15 octobre prochain, cela ne résoudra pas pour autant le problème de fond, celui que David Ytier a une nouvelle fois souligné jeudi : la sous dotation dont souffre la Métropole depuis l’origine. Une réalité qui, selon les élus, la condamne à « un déficit chronique », aggravé ces deux dernières années par l’amputation de 50 millions (en 2025) et de 70 millions (en 2026) sur la dotation globale de fonctionnement décidée par l’Etat. A ce rythme, « il va manquer de 140 à 150 millions en 2027 », prévient déjà David Ytier.
Le contexte national et international depuis la crise Covid a certainement à voir avec les difficultés actuelles de la Métropole, à l’unisson de l’Etat pour ce qui est de la fragilité budgétaire, mais la situation très dégradée à laquelle doivent faire face les élus actuels est aussi la rançon des décisions de leurs prédécesseurs au cours du dernier quart de siècle. Un seul exemple, en ligne avec l’annonce de Nicolas Isnard : le réseau de bus métropolitain. Du fait de la frilosité des équipes précédentes, la majorité des bus métropolitains roulent encore au diesel, avec ce que cela implique de vulnérabilités en termes de coût de fonctionnement, comme on le voit depuis la flambée des prix du pétrole. Des non-choix – ou des choix passéistes – qui vont ainsi alourdir la facture « carburants » de l’ensemble des exploitants de la Métropole, avec le risque que cela coûte plus cher que ne rapportera in fine la suppression de la gratuité. Et ce n’est pas avec des finances en berne que l’on va pouvoir acheter très vite assez de bus électriques pour pallier cette sensibilité aux énergies fossiles. A Marseille, l’objectif est toujours d’arriver à une flotte 100% électrique d’ici 2030, Aix devrait y arriver avant mais Aubagne est encore très majoritairement diesel. Encore un peu d’efforts. Et de patience.

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