Malbouffe : elle détruit la santé de nos enfants, réagissons !

Quoi de mieux qu'un concours de cuisine pour inciter nos jeunes gavés de malbouffe à adopter une alimentation saine ? C'est l'initiative lancée hier par l'association M24 Sport Santé, en partenariat avec Sodexo, qui invite les 20 000 élèves des écoles, collèges et lycées marseillais adhérents à participer. Elle veut les faire réfléchir à la composition d'un repas équilibré. Diététicienne-nutritionniste spécialiste des enfants à l'Hôpital Saint Joseph et membre du jury de ce concours, Morgane Catala-Roigt pointe les conséquences des aliments ultra transformés et propose des solutions pour aider nos jeunes à mieux se nourrir, du petit-déjeuner au dîner.

Santé
Ils partent le ventre vide au lycée, se font un McDo ou un kébab à midi, un paquet de chips ou un donut au goûter et le soir c’est souvent des aliments ultra transformés qui s’invitent à la table familiale ou devant les écrans. Comme les adultes mais à la puissance 10, les jeunes Français se nourrissent de malbouffe.
Les soignants constatent des effets délétères très inquiétants sur leur santé. A l’occasion d’un concours de cuisine (équilibrée !) lancé par l’association marseillaise M24 Sport Santé en partenariat avec Sodexo, nous avons interrogé une des membres du jury, Morgane Catala-Roigt. Elle est diététicienne nutritionniste spécialisée dans la prise en charge des enfants à l’Hôpital Saint Joseph. Elle invite les parents à réagir avec des conseils pratiques.
On s’inquiète souvent, en tant que parents, d’une alimentation déséquilibrée pour nos enfants et notamment à partir de l’entrée au lycée, quand ils vont moins ou plus du tout à la cantine, ou bien qu’ils ne rentrent plus déjeuner à la maison. Est-ce une réalité que vous constatez et à partir de quel âge ?
Morgane Catala-Roigt : Le passage du collège au lycée marque un tournant majeur où le contrôle parental diminue au profit d’une plus grande autonomie, souvent associée à une dégradation des habitudes alimentaires. On observe une dégradation nette à 15 ans à l’entrée au lycée (Cf. l’enquête ENCLASSES) avec en premier lieu l’abandon du petit-déjeuner. Ils disent qu’ils préfèrent dormir plutôt que prendre du temps pour manger. Il y a ensuite le saut de repas ou la suppression de la cantine : 70 % des collégiens mangent 4 fois par semaine à la cantine. mais après la classe de 3ème tout change. Les lycéens ont alors un accès aux sorties libres le midi, les poussant vers la restauration rapide, les boulangeries ou les supérettes.
Une conséquence est la baisse de la diversité alimentaire : selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les comportements sains diminuent fortement entre 11 et 15 ans. Cette phase de transition reste normale et universelle chez les ados. Mais elle nécessite une vigilance discrète pour éviter que ces habitudes transitoires ne s’installent à l’âge adulte.
Morgane Catala-Roigt lors d’une conférence devant des lycéens à Marseille en 2026 (Photo Ph.S)

Fatigue, brouillard mental et carences en fer et calcium

Quels sont les principaux déséquilibres provoqués par la malbouffe que vous constatez notamment dans vos consultations à l’hôpital ou de façon plus générale ?
Les ravages de la malbouffe chez les ados vont bien au-delà de la simple prise de poids. Une alimentation trop riche en calories vides (sucres raffinés, acides gras saturés) et pauvre en nutriments essentiels sont à l’origine de 3 grands déséquilibres :
=>déséquilibre de l’énergie et de l’humeur : fatigue chronique, « coup de barre », hypoglycémie, brouillard mental, troubles du sommeil, troubles du microbiote qui est « notre deuxième cerveau », vulnérabilité à la baisse de moral et aux états dépressifs.
=>les carences nutritionnelles : en fer (anémie), calcium et vitamine D, fibres.
=>dérèglements métaboliques précoces : Stéatose hépatique non alcoolique appelée « foie gras » due à un excès de sucres raffinés. Résistance à l’insuline, par épuisement et sursollicitation en sucre du pancréas = Diabète de type 2. Syndrome métabolique avec tension artérielle élevée et taux de « mauvais » cholestérol LDL élevé.

60% des ados vont au fast-food toutes les semaines

On dit que l’on consomme trop de gras, de sucre, de sel à cause notamment de l’alimentation ultra transformée et de la prolifération des fast-food à tous les coins de rue et sur les plateformes de commande en ligne. Dans quelles proportions les consommations de certains jeunes sont-elles préoccupantes ?
Dans l’état actuel, les autorités de santé parlent d’un problème de santé publique générationnel. L’accès facilité par les applications de livraison et la densité des commerces de restauration rapide ont fait exploser les chiffres.
Les aliments transformés représentent près de la moitié des calories ingérées chaque jour par les ados. 80 à 90% des produits spécifiquement marketés pour les enfants/ados sont ultra-transformés, trop sucrés et avec trop d’additifs comme l’a pointé une étude de l’association 60 millions de consommateurs. Et 44% des 15-24 ans consomment des plats industriels transformés plusieurs fois par semaine (enquête Harris Interactive).
La consommation de fast-food devient préoccupante dès lors que ce n’est plus une exception mensuelle, un extra exceptionnel, mais un automatisme hebdomadaire, voire quotidien pour certains lycéens. 60% des ados consomment de la restauration rapide au moins une fois par semaine, c’est déjà trop.

Les infarctus augmentent chez les 18-44 ans

Arrive-t-on à mesurer l’impact sur leur santé de cette augmentation d’une alimentation déséquilibrée et délétère, bourrée d’additifs, de sucres, de colorants, de perturbateurs endocriniens ? Des médecins voient désormais survenir des infarctus chez des personnes de 30 ans et des cancers du côlon parfois bien avant 50 ans.
L’apparition précoce de pathologies autrefois réservées aux seniors est une réalité médicale. Pour les infarctus, des études aux Etats-Unis montrent que la proportion de jeunes adultes (18-44ans) victimes d’infarctus a bondi de 0.3% à 0.5% en seulement 4 ans. Ce qui représente une augmentation de près des deux tiers. La France suit la même trajectoire.
Les artères vieillissent prématurément à cause de l’alimentation ultra-transformée riche en sel et acides gras trans. Si on ajoute l’inactivité physique, on peut déclencher de l’hypertension artérielle et du cholestérol dès l’adolescence. Les vaisseaux sanguins se rigidifient, créant un terrain propice aux infarctus et AVC (accidents vasculaires cérébraux) dès 30 ans. Pour les cancers colorectaux chez les moins de 50 ans, on trouverait une inflammation chronique de l’intestin – ce qui fait le lit de la tumorigénèse -, pouvant venir d’un manque cruel de fibres (qui protègent le côlon). En outre, les nitrites ajoutés dans les viandes ultra transformées (et les charcuteries industrielles) et des émulsifiants industriels contribuent à détruire la barrière protectrice du microbiote.

Mon enfant refuse le petit-déjeuner !

Face à un jeune qui ne veut pas de petit-déjeuner, qui mange on ne sait pas trop quoi à midi, quels conseils donner aux parents pour reprendre le contrôle et préserver la santé de leurs enfants ?
Face à un ado qui refuse de prendre son petit-déjeuner et dont le déjeuner échappe au contrôle parental, la pire stratégie est l’affrontement ou l’interdiction, qui mèneraient à la dissimulation. Si vous ne pouvez pas contrôler ce qui est fait à l’extérieur, vous pouvez néanmoins maîtriser l’environnement familial et lui donner les clés de son autonomie.
Le manque d’appétit pour le petit-déjeuner est souvent lié au manque de sommeil et au réveil trop tôt. Vous pouvez leur proposer une version à emporter et à manger sur la route ou une version liquide type smoothie/milkshake complet (avec produit laitier + fruit + céréales ou oléagineux). On peut aussi tenter un petit-déjeuner salé.

Kébab le midi, carottes et poulet le soir

Et comment leur faire prendre conscience que manger des hamburgers, des frites, des pizzas, des tacos ou un kébab tous les midis, c’est catastrophique pour leur santé ?
Concernant le midi, ne lui interdisez pas le fast-food avec ses amis, mais négociez. S’il fait un repas « extra » le midi – mais pas tous les jours -, l’ado s’engage à compenser le soir à la maison avec un dîner équilibré (crudités + féculents + protéines + légumes cuisinés). L’éducation passe aussi par le budget. S’il n’a pas d’argent de poche, ou peu, il réfléchira sur l’utilisation de son enveloppe.
Profitez du week-end pour reprendre le contrôle et compenser les carences de la semaine. Faites participer votre ado à la préparation des repas en utilisant des produits bruts autant que possible et réalisez des assiettes équilibrées (féculents + protéines + légumes). Il n’est d’ailleurs pas interdit de faire des repas maison dits exceptionnels, comme par exemple les hamburgers avec une bonne viande.
Pour parler nutrition, changez votre discours auprès de votre ado. Parlez-lui « performance » et non « santé »: performance au sport (foot, gym, escalade, natation…) , performance physique (pousse des cheveux, ongles…), performance scolaire (concentration, devoirs, études supérieures…), sommeil.

La barre de céréales n’est pas un bon goûter

Quelles sont vos recommandations sur la consommation de fast-food et sandwichs, sodas, barres chocolatées et autres bonbons qui sont sur tous les rayons de supermarchés et dans tous les distributeurs ?
Pour encadrer l’alimentation des ados sans diaboliser leurs sorties, le Programme National Nutrition Santé (PNNS) a établi des repères. L’objectif n’est pas d’atteindre 0 produit sucré, mais d’éviter que ces aliments denses en calories ne remplacent les nutriments essentiels (c’est tout le sens de la campagne « mangez, bougez »). Les recommandations sont les suivantes :
=>les fast-food (burger, tacos, kebabs…): 2 fois par mois.
=>les sodas et boissons sucrées (thé glacés et jus de fruits) : maximum 1 verre par jour et de l’eau à volonté.
=>les sandwichs industriels (triangles ou baguettes supermarché) : à consommer occasionnellement en dépannage, en privilégiant les sandwichs de boulangerie artisanale.
=>les barres de céréales : maximum 1 fois par jour. On ne doit pas prendre ces barres comme collation automatique, d’autres goûters peuvent être réalisés avec des fruits, des laitages, des compotes ou du pain avec du chocolat.
=>les bonbons : ils doivent faire l’objet d’un consommation exceptionnelle, liée à des moments de fêtes. Et certainement pas tous les jours !

Cuisiner avec eux à la maison, la solution

Encourager ses enfants à cuisiner à la maison est-il une bonne façon de les sensibiliser à une alimentation équilibrée, comme le fait le concours lancé par l’association M24 Sport Santé qui oeuvre à améliorer la santé des jeunes dans les écoles marseillaises ?
Oui ! Cela court-circuite la dépendance aux aliments ultra transformés. L’ado réalise concrètement la différence entre un plat fait maison et sa version industrielle. Cela rééduque ses papilles gustatives, car au quotidien ce sont des doses massives de sel, de sucres et d’exhausteurs de goût qui sont captés par les papilles. Cuisiner à la maison valorise son autonomie. Plutôt que de lui imposer un légume dans son assiette, demandez-lui de choisir une recette à réaliser.
Cuisiner et mettre la main à la pâte reste la meilleure façon de redécouvrir la vraie saveur des aliments et de sortir de la dépendance aux goûts standardisés des aliments ultra transformés. Et a minima, même si ce que l’on prépare n’est pas très équilibré, c’est au moins du fait maison avec des denrées de base non transformées.
Jusqu’au 20 novembre 2026, l’association M24 Sport Santé propose aux 20 000 élèves des écoles, collèges et lycées de Marseille, déjà adhérents de son programme d’activités en faveur de la santé des enfants, de participer à un concours de cuisine. Objectif : favoriser la préparation de plats familiaux « maison » avec des ingrédients variés, équilibrés et de saison, sur les thèmes d’Halloween, Noël et des Cuisines du Monde.

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