L’ancienne usine électrique d’Allauch récompensée pour sa renaissance culturelle

Le 2 octobre, l’ancienne usine électrique d’Allauch a reçu le Prix départemental des Rubans du Patrimoine. Le jury a distingué la réhabilitation de cette friche industrielle, transformée en pôle culturel. Ouvert le 19 octobre 2024, le site accueille aujourd’hui une médiathèque, des espaces d’exposition et de création, un auditorium et plusieurs autres équipements.

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Le 2 octobre, l’ancienne usine électrique d’Allauch a reçu le Prix départemental des Rubans du Patrimoine. Le jury a distingué la réhabilitation de cette friche industrielle, transformée en pôle culturel. Ouvert le 19 octobre 2024, le site accueille aujourd’hui une médiathèque, des espaces d’exposition et de création, un auditorium et plusieurs autres équipements.

Un prix pour un patrimoine remis en usage

Organisé par la Fédération française du bâtiment avec plusieurs partenaires, le concours des Rubans du Patrimoine récompense les collectivités engagées dans la restauration de leur patrimoine bâti. Créé en 1995, il a déjà primé 2 041 réalisations : 1 584 prix départementaux, 256 prix régionaux et 201 prix nationaux.

« Cette distinction vient récompenser un engagement collectif : celui d’une commune qui a fait le choix de préserver et de valoriser son patrimoine, mais aussi celui de tous les professionnels qui ont contribué à redonner vie à ce bâtiment. […] Car restaurer un bâtiment, ce n’est pas seulement préserver notre histoire, c’est aussi lui donner un usage, pour renforcer l’attractivité de nos communes, valoriser un territoire et participer à la qualité de vie de leurs habitants », explique Jérôme Matrone, délégué du Territoire marseillais de la Fédération du BTP 13.

La cérémonie s’est déroulée en présence de Patrick Ghigonetto, maire de Ceyreste et conseiller départemental représentant Martine Vassal, de Jérôme Matrone, d’Olivier de Bermon, délégué régional de la Fondation du Patrimoine, et de Bruno Jarriand, membre de la Fondation du Patrimoine en charge d’Allauch. Étaient également présents Philippe Donjerkovic, architecte et maître d’œuvre, des membres de l’équipe municipale, dont Patrick Sabatier, adjoint aux Grands Travaux, le père Mathieu Desjardins, des membres de l’association Notre-Dame-du-Château, ainsi que Josée Boutin, présidente des « Amis de Marcel Pagnol ».

De gauche à droite: Patrick Ghigonetto, Lionel de Cala, Olivier de Bernon, Bruno Jarriaud, Jérôme Matrone, Patrick Sabatier et Yves Levy © Diane Vandermolina.

D’une usine électrique à un pôle culturel

Construite en 1906, l’usine électrique était alors l’un des principaux postes de transformation et de distribution de l’énergie de la région. Elle a accompagné l’arrivée du tramway électrique jusqu’au cœur du village. C’est à bord de ce tramway que le jeune Marcel Pagnol et sa famille rejoignaient les collines qui inspireront son œuvre. L’usine a cessé de fonctionner en 1960.

« En 2006, la Ville d’Allauch rachète à EDF cette friche industrielle de plus de 2,1 hectares. La municipalité de l’époque inaugure une galerie d’exposition en 2013, avec pour but de faire à terme un grand pôle culturel », rappelle le maire, Lionel de Cala.

Les travaux de réhabilitation ont commencé le 27 septembre 2021 et se sont achevés à l’automne 2024. Plus de 15 entreprises ont participé au chantier. Le Conseil départemental a apporté 3,2 millions d’euros et le ministère de la Culture, 1,3 million. « Ces subventions ont permis de financer 80 % du projet de réhabilitation », indique Lionel de Cala.

Philippe Donjerkovic, architecte et maître d’œuvre, revient sur les choix de rénovation : « Pour le projet, nous avons cherché à faire en sorte que le bâtiment soit restauré et que toutes les annexes soient aussi utilisées. Sa particularité était qu’en dehors des grandes fenêtres donnant sur l’espace d’exposition, le reste était fermé. Nous avons travaillé sur la façon d’innerver le bâtiment pour faire rentrer la lumière. La partie Est du bâtiment était totalement noire ; elle avait même servi de stand de tir. Nous avons tenu à garder divers éléments métalliques, des isolateurs qui témoignent du passé de l’usine, et d’anciens enduits. Par couches successives, nous avons apporté de la modernité avec des aménagements en “boîtes” pour les différents usages. »

Patrick Ghigonetto souligne lui aussi l’attention portée au caractère du bâtiment : « Le projet architectural a précisément cherché à préserver cette identité, notamment ses maçonneries et ses briques. »

Entrée de la médiathèque © Diane Vandermolina

Des usages multiples, critère salué par le jury

Le bâtiment principal abrite une bibliothèque-médiathèque de plus de 800 m², un espace d’exposition de 400 m² baptisé « La Galerie » et un auditorium de 100 places. Il comprend également un espace conçu pour les enfants, ainsi que des salles de jeux et de travail équipées d’ordinateurs. La Maison du tourisme occupe l’entrée du site. L’espace de coworking « La Bobine » a été installé dans l’ancienne maison du gardien, tandis que « L’Atelier » est consacré à la création numérique.

« Ce sont plus de 250 000 visiteurs qui ont découvert, apprécié et fréquenté ce pôle culturel depuis son ouverture, il y a un peu moins de deux ans. C’est aussi pour nous un levier de revitalisation du centre historique de la commune et un pôle d’attractivité au bénéfice du tissu économique local », poursuit Lionel de Cala.

Pour Olivier de Bermon, délégué régional de la Fondation du Patrimoine, c’est notamment la diversité des usages qui a retenu l’attention du jury : « Ce qui a été retenu dans ce dossier, c’est son ampleur : l’intérêt architectural du bâtiment, qui est majestueux et qui s’ouvre sur le centre-ville historique, la réalisation, l’inventivité et l’usage. On peut saluer le travail de l’architecte, sa créativité, le travail des entreprises et le fait que ce soit aussi un bâtiment industriel. Il est important de sauver le patrimoine. Ce n’est pas sauver le passé, c’est se souvenir du passé pour comprendre son présent et permettre aux jeunes générations de bâtir le futur. Le critère qui a été particulièrement apprécié par le jury, ce sont les usages multiples, qui ancrent notre patrimoine dans le territoire. Sauver le patrimoine, c’est d’abord et avant tout le faire pour les populations : qu’elles se sentent fières, qu’elles sachent d’où elles viennent et qu’elles retrouvent leurs racines. Je ne vais pas citer Marcel Pagnol, mais plutôt Frédéric Mistral, qui dit que les arbres, hauts comme les grands peuples, ont besoin de racines profondes. Bien sûr, c’est une porte d’entrée pour le tourisme, mais c’est accessoire. La restauration de l’usine électrique est, à nos yeux, un modèle de ce qu’il faut faire de notre patrimoine pour les générations futures. »

Un site aux multiples usages : salle de coworking, atelier de création numérique  © Diane Vandermolina

Patrick Ghigonetto voit dans le prix la reconnaissance d’un bâtiment rendu aux habitants : « C’est un projet particulièrement emblématique : celui d’un patrimoine industriel sauvegardé, restauré et surtout rendu aux habitants à travers de nouveaux usages. Cette ancienne usine électrique est un véritable témoin de l’architecture industrielle du XXᵉ siècle, dont la silhouette marque l’entrée du village. Aujourd’hui, le pôle culturel est un véritable lieu de vie et d’expression artistique. Restaurer notre patrimoine, c’est aussi préserver les savoir-faire. Derrière chaque pierre conservée, chaque façade restaurée, il y a des femmes et des hommes dont nous devons saluer le travail. Préserver notre patrimoine n’a de sens que si nous savons le faire vivre et le transmettre aux générations futures. »

Le prix distingue aussi le travail des entreprises et des artisans mobilisés sur le chantier. « Je voudrais rappeler l’intérêt de ce prix pour l’économie et pour les artisans. On rencontre pas mal de difficultés aujourd’hui pour trouver des artisans de qualité. Il faut donc absolument que, quand on peut distinguer le travail de ces entreprises, cela soit diffusé et qu’il y ait une fierté à travailler ici. C’est très important que cette distinction soit faite pour que cela perdure, parce que souvent, on entend dire que le bâtiment rencontre encore des difficultés de formation, des difficultés de transmission et, malheureusement, des difficultés économiques aussi », souligne Philippe Donjerkovic.

L’architecte ajoute : « Une grande partie de ma carrière m’a conduit à Allauch. J’ai commencé avec la restauration de la chapelle d’Allauch. »

L’Usine électrique est entourée d’espaces verts © Diane Vandermolina

Le projet se poursuit avec le futur musée Marcel Pagnol

Le site est aménagé à 75 %. Le premier étage, d’une superficie de 1 200 m², reste à restaurer pour accueillir le futur musée Marcel Pagnol. « Ce Prix départemental des Rubans du Patrimoine est une reconnaissance et un encouragement. Autrefois, l’usine électrique produisait de l’énergie ; aujourd’hui, elle produit de la culture, des rencontres, des idées, des projets », se réjouit Lionel de Cala.

Le maire indique que le ministère de la Culture a confirmé que le futur musée serait classé « Musée de France ». Avec Nicolas Pagnol, la Ville prévoit de lancer prochainement un appel au financement privé. La Principauté de Monaco s’est engagée à devenir partenaire du projet. « On le sait peu, mais Marcel Pagnol était très proche du prince Rainier à l’époque et, à ce titre, la Principauté nous accompagnera. Il viendra compléter ce site et renforcera l’attractivité de la commune d’Allauch, de son centre historique, mais aussi de l’ensemble de son territoire, parce qu’on sait la force de l’héritage culturel de Marcel Pagnol. »

Vidéos et texte : Diane Vandermolina

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