Acheter français n’est plus seulement une affaire d’étiquette. Derrière la mention “fabriqué en France”, il y a désormais une question beaucoup plus large : que veut-on encore produire sur notre territoire ? Dans quels secteurs ? À quel prix ? Et avec quelles compétences ?
Ces interrogations seront au cœur de la 3ᵉ édition des Rencontres du Made in France, organisée par Sacrés Français, le jeudi 11 juin 2026 de 9h à 17h, à la Friche la Belle de Mai, à Marseille. Ancien site industriel reconverti en haut lieu culturel, la Friche accueillera une journée dédiée à l’innovation, à l’ancrage territorial, aux savoir-faire locaux et aux synergies entre acteurs engagés. Plus de 400 décideurs, entrepreneurs, institutionnels et experts sont attendus.
Au programme : conférences, tables rondes, rencontres professionnelles, networking, village d’exposants, interventions inspirantes et couverture médiatique nationale. Cet événement est destiné à “favoriser les connexions, encourager les synergies et accompagner les entreprises” autour des grands enjeux du Made in France : relocalisation industrielle, transmission d’entreprises familiales, innovation, souveraineté économique et consommation responsable.
Un attachement fort des Français, mais un passage à l’acte encore freiné
Le Made in France bénéficie d’une image très positive dans l’opinion. Selon une enquête OpinionWay pour CCI France, 85 % des Français déclarent acheter des produits Made in France. Leurs premières motivations sont le soutien aux producteurs locaux, cité par 63 % des acheteurs, le soutien à l’économie française, cité par 56 %, et la perception d’une meilleure qualité, citée par 47 %.
Mais l’étude montre aussi les limites du mouvement. Le prix reste le premier critère d’achat pour 80 % des Français, devant la qualité. Et lorsqu’on demande aux consommateurs ce qui les empêche d’acheter davantage de produits fabriqués en France, 70 % répondent qu’ils sont trop chers. L’inflation a également pesé : 67 % des personnes interrogées déclarent qu’elle a eu un impact sur leur consommation de Made in France.
Autrement dit, l’envie est là, mais elle se heurte au réel : pouvoir d’achat, disponibilité des produits, visibilité en magasin, confiance dans les labels et capacité des entreprises françaises à rester compétitives.
La souveraineté économique au cœur du débat
La crise sanitaire, les tensions géopolitiques, les difficultés d’approvisionnement ou encore la hausse des coûts de l’énergie ont remis la question de la souveraineté économique au centre du débat public. Produire en France ne signifie plus seulement défendre une préférence nationale : cela renvoie à la capacité du pays à fabriquer ce dont il a besoin, à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement et à préserver des emplois qualifiés dans les territoires.
C’est l’un des grands axes des Rencontres du Made in France. La matinée débutera par une table ronde intitulée “La France face à l’essentiel : manger, se soigner, produire, souveraineté ou dépendance ?”. Elle interrogera les leviers concrets pour renforcer la capacité du pays à produire l’essentiel sur son territoire.
Une autre séquence, “Réindustrialiser autrement”, abordera l’usine française de demain : innovation, intelligence artificielle, écologie, performance et nouveaux modèles économiques. L’enjeu n’est pas seulement de relocaliser à l’identique, mais de produire autrement, avec plus de valeur ajoutée, plus de sobriété et plus d’efficacité.
Une réindustrialisation réelle, mais fragile
La question est d’autant plus sensible que la réindustrialisation française avance, mais reste fragile. Selon le baromètre industriel de l’État, publié par la Direction générale des entreprises, la France a continué en 2025 d’ouvrir ou d’agrandir davantage d’usines qu’elle n’en a fermé, avec un solde positif de +19 sites industriels. Mais ce chiffre marque un net ralentissement par rapport à 2024, où le solde atteignait +88.
Le même baromètre souligne que les extensions significatives d’usines jouent un rôle important dans cette dynamique : 158 extensions significatives ont été recensées en 2025. Sont comptabilisées comme telles les extensions représentant une hausse de plus de 40 % de la capacité de production, de la valeur ajoutée ou des effectifs salariés, ou une augmentation pérenne d’au moins 50 salariés.
Les secteurs liés à la défense, à l’aéronautique et au spatial, ainsi que l’électronique, figurent parmi les plus dynamiques. À l’inverse, le transport, la chimie, la mécanique ou la métallurgie présentent des soldes négatifs, dans un contexte de tensions internationales et de concurrence accrue, notamment asiatique.
Cette réalité contrastée donne tout son sens au rendez-vous marseillais : le Made in France n’est pas seulement une tendance de consommation, c’est aussi un projet industriel, territorial et social.
Transmission, services et savoir-faire : les piliers invisibles du Made in France
L’après-midi mettra également l’accent sur la transmission d’entreprise, avec une conférence intitulée “Transmission : un enjeu d’avenir”. Le sujet est central : derrière de nombreuses marques françaises, il y a des entreprises familiales, des ateliers, des gestes techniques, des ouvriers qualifiés, des dirigeants qui doivent organiser la suite. Transmettre une entreprise, ce n’est pas seulement céder un outil de production : c’est préserver des savoir-faire, des emplois et une histoire économique locale.
Autre angle fort de cette édition : la France des services. Achats, assurance, certification, accompagnement, relation client, numérique, logistique, marketing : ces fonctions sont moins visibles que les ateliers ou les chaînes de production, mais elles conditionnent la performance du Made in France. Une table ronde leur sera consacrée autour de l’idée suivante : structurer, sécuriser et valoriser le Made in France.
Les rencontres du Made In France : un rendez-vous économique
La Friche la Belle de Mai, ancienne usine devenue lieu de création, incarne elle aussi cette transformation : celle d’un patrimoine industriel réinventé, capable d’accueillir de nouveaux usages, de nouvelles idées et de nouvelles coopérations.
À l’heure où les consommateurs disent vouloir acheter plus français, où les entreprises cherchent à relocaliser certaines productions et où les territoires veulent préserver leurs emplois, les Rencontres du Made in France entendent poser une question simple : comment passer de l’intention à l’action ?
40 exposants pour montrer le Made in France en actes
Les Rencontres accueilleront aussi un Village des entreprises, réunissant 40 exposants issus de l’artisanat, de la gastronomie, de la mode, de la tech, de l’innovation ou encore de la démonstration artisanale. Cet espace a été pensé comme un lieu de découverte et d’échanges, mais aussi comme un outil de mise en relation entre entreprises, partenaires, fournisseurs et futurs clients.
Plusieurs intervenants sont annoncés, parmi lesquels Sophie de Menthon, fondatrice du mouvement ETHIC, Bertrand Barré, fondateur du Groupe Zebra, Henri Nicolau-Guillaumet, directeur général de BIC France & Benelux, Hugues Souparis, fondateur de Maisons & Manufactures, Clémentine Colin-Richard, dirigeante de Paraboot et présidente de la Fédération française du cuir, Gilles Attaf, président d’Origine France Garantie, Nathalie Leroy, déléguée générale du Conseil National des Achats, ou encore Christopher Pratt, navigateur, coureur au large et conférencier.
Olivier Robert, fondateur de Sacrés Français, résume l’ambition de l’événement : “produire en France” y est présenté comme un acte collectif et responsable, et les Rencontres comme un catalyseur permettant de mettre en lumière les initiatives, les savoir-faire et les stratégies qui font vivre l’économie française.
Informations pratiques
Les Rencontres du Made in France
Jeudi 11 juin 2026, de 9h à 17h
Friche la Belle de Mai
12 rue François-Simon, 13003 Marseille
La journée comprend un discours d’ouverture à 9h, des conférences dès 9h15, un déjeuner collaboratif et networking à 12h30, une conférence sur la transmission à 14h30, puis une intervention de Christopher Pratt à 16h sur le thème “Comment garder le cap”.
L’inscription est ouverte en ligne. Le billet journée donne accès aux conférences, au Village d’entreprises, au café d’accueil et au déjeuner. Tarif annoncé : 59 €, et 40 € pour les étudiants.
Inscription :
https://sacres-francais.com/actualites/les-rencontres-du-made-in-france-reviennent-a-marseille-les-10-11-juin-2026/


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