Alerte rouge sur la vessie menacée par le cancer

Le cancer de vessie reste méconnu. Il touche pourtant 20 000 Français par an et en tue entre 6 et 8 000. Le tabac est la cause première, suivi des maladies professionnelles. Il existe un signal d'alerte absolu : avoir du sang dans les urines. Cela doit déclencher l'alerte rouge pour aller voir un médecin. Le mois de mai est celui de la sensibilisation.

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Le cancer de la vessie est souvent méconnu de la population. Il est pourtant relativement fréquent puisqu’il se situe dans le top 10 des cancers les plus courants et il peut être très invalidant voire mortel. Une journée de prévention lui est consacrée le 19 mai afin d’informer la population. A Marseille l’un des spécialistes de cette maladie est le professeur Gilles Karsenty, chirurgien urologue et chef du service d’urologie à l’hôpital de la Conception.

On entend rarement parler de ce cancer et pourtant il est assez fréquent. Combien de personnes sont-elles concernées chaque année en France et combien vont en mourir ?

Professeur Gilles Karsenty : C’est environ 20 000 personnes chaque année, majoritairement des hommes, qui sont concernées. Et c’est entre 6 et 8000 personnes qui vont malheureusement en mourir. Il y a une nette prédominance masculine qui est probablement liée à plus d’expositions professionnelles et au tabagisme plus important. Mais les femmes sont également touchées.

Le tabac, cause numéro 1

Quelles sont les causes principales de ce cancer ?

C’est un cancer du tabac. S’il y a un message clé à faire passer, le cancer de la vessie, juste après le cancer de poumon, c’est LE cancer du tabac. L’exposition tabagique est le facteur prédominant des tumeurs auxquelles on a affaire ici en Europe. L’autre facteur ce sont les expositions dans un contexte professionnel à des dérivés de produits pétroliers. Donc il y a toute une série de professions qui sont exposées, de gens qui travaillent dans des raffineries, qui travaillent avec les colorants, qui travaillent dans la chimie, pas seulement la pétrochimie. Donc toute une gamme d’expositions professionnelles possibles qui sont bien connues et souvent probablement sous-déclarées. C’est quelque chose qui est connu et probablement sous-estimé.

Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

C’est encore le cas aujourd’hui.

Le Pr Gilles Karsenty dirige le service d’urologie de l’hôpital de la Conception (Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille).

Si on a des urines rouges, on se bouge

Une précision s’impose. On comprend pourquoi le poumon est impacté par le tabac, pourquoi la sphère ORL est impactée par le tabac, par la fumée qui est inhalée. Pourquoi la vessie est-elle particulièrement concernée ?

Eh bien parce qu’il y a des composés qui sont dans la fumée, qui sont absorbés et qui vont être éliminés dans la voie urinaire, et qui vont avoir une toxicité pour les cellules de la voie urinaire.

Quels sont les symptômes qui font penser à ce cancer, qui doivent alerter la population ?

C’est, très, très simple. Il y a un symptôme, c’est avoir du sang dans les urines. C’est l’hématurie. Mais on se moque de ce nom compliqué. Quand on a des urines rouges, on se bouge ! Ce n’est jamais anodin d’avoir du sang dans les urines.

Non fumeurs et anciens fumeurs concernés

Est-ce que ça révèle systématiquement un cancer de la vessie, le sang dans les urines ?

Fort heureusement, non. Il y a d’autres pathologies très simples. Une cystite chez la femme un peu sévère peut se traduire par du sang dans les urines. Mais on ne doit jamais négliger ce symptôme. Chaque fois qu’il survient, il doit faire l’objet d’une exploration complète et d’un avis par un urologue.

Même si on n’est pas fumeur ?

Evidemment si on n’est pas fumeur puisqu’il y a des patients, des expositions professionnelles de gens qui s’ignorent et des gens qui vont avoir des cancers sporadiques non liés directement au tabac. Et je n’oublie pas les exposés passifs au tabagisme des autres.

Les anciens fumeurs sont également concernés…

Les anciens fumeur sont concernés. Il faut 10 ou 20 ans d’arrêt du tabac pour regagner un risque comparable au reste de la population.

Analyse d’urine + cystoscopie + scanner

Si on vient vous voir et que vous suspectez ce cancer, qu’allez vous réaliser comme examens ?

On va réaliser une analyse d’urine à la recherche d’une infection. Et on va réaliser dans tous les cas une cystoscopie, c’est-à-dire qu’on va regarder avec une petite caméra souple, en consultation, dans la vessie. Cet examen un petit peu intrusif mais absolument pas douloureux n’a pas d’équivalent et ne peut pas être remplacé par un autre examen. C’est vraiment l’examen qui fait la différence pour examiner la vessie. On va compléter cet examen par un scanner pour regarder le reste de l’appareil urinaire – les reins, les bassinets, les uretères. Avec ces 3 examens on pourra rassurer le patient et être sûr qu’on n’est pas passé à côté d’une pathologie grave qui entraîne ce symptôme de saignement.

Retrait de la tumeur

Si un cancer est confirmé, j’imagine que vous allez vouloir l’opérer puisque vous êtes chirurgien. Vous enlevez la vessie dans ce cas ?

Fort heureusement on n’enlève pas toujours la vessie. On va commencer par faire une opération par voie endoscopique au bloc opératoire, avec un endoscope, donc quelque chose qui permet de passer par les voies naturelles, d’aller dans la vessie et de découper la tumeur en allant profondément dans la paroi, de l’enlever en totalité, de l’analyser.  En fonction de l’analyse on verra s’il faut faire d’autres traitements.

Est-ce que c’est d’ailleurs bon signe, comme dans d’autres cancers, quand c’est opérable finalement ? Parce que ça veut dire qu’on peut enlever le cancer, qu’on peut le retirer…

Tout à fait, c’est un bon signe. Ceci étant, il y a des situations où on va simplement faire cette opération par voie endoscopique et où on peut après appliquer d’autres traitements pour contrôler le cancer. Il peut s’agir de la radiothérapie, de la chimiothérapie, il y a des avancées thérapeutiques récentes majeures dans le domaine du cancer de vessie.

Une poche de remplacement avec l’intestin

Si vous retirez la vessie, comment la remplacez-vous ?

il y a plusieurs façons de la remplacer. On peut la remplacer en lieu et place dans certains cas, lorsqu’on a pu suffisamment conserver de structures, on peut faire des remplacements vésicaux. On utilise pour cela l’intestin grêle qu’on va prélever, remodeler pour refabriquer une vessie, rebrancher les uretères dedans et donc restituer l’anatomie. Dans certains cas, ça peut ne pas être possible, soit pour des raisons anatomiques, soit parce que le patient est trop fragile.

On peut être amené à faire des dérivations des urines où on va faire des stomies urinaires. Il y en a plusieurs types. Il y en a qui sont incontinentes, c’est-à-dire qu’elles coulent en permanence. On met une poche collectrice. D’autres qui sont continentes, où le patient n’a aucune urine qui sort à l’extérieur. Il fait un sondage pour vider cette poche, cette nouvelle vessie qui n’est plus à la place de la vessie. Donc on a un éventail de solutions pour s’adapter à tous les types de patients.

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Surveillance à vie

Arrive-t-on à guérir ce cancer dans certains cas ?

Oui clairement. On arrive à guérir ce cancer dans certains cas, et on peut espérer dans un nombre de cas de plus en plus nombreux sous réserve que les patients consultent dès qu’ils ont ce fameux symptôme central d’avoir du sang dans les urines.

J’ai lu que ce cancer a souvent tendance à récidiver. Si c’est le cas, faut-il être suivi régulièrement ?

Tout à fait. L’histoire naturelle des tumeurs de vessie – ce qu’on appelait avant les polypes de vessie – c’est de revenir, voire de revenir en étant plus agressifs. Donc une fois qu’on l’a traité, on va éventuellement faire des traitements complémentaires pour limiter ce risque de récidive. Et on va surveiller les patients, les surveiller longtemps. L’examen essentiel pour surveiller, c’est encore cette cystoscopie qui fort heureusement aujourd’hui est devenue un examen très simple.

2 examens préventifs

Disons que je suis fumeur ou ancien fumeur et que j’ai peur d’avoir un cancer de la vessie. Est-ce qu’avant d’avoir peut-être du sang dans les urines, je peux faire un dépistage, par exemple comme pour le cancer du poumon avec le scanner à faible dose ou le cancer de la prostate en dosant le taux de PSA dans le sang ?

Il n’y a pas réellement de dépistage organisé et nous n’avons pas de marqueurs comme le PSA que vous avez cité. Il y a des situations particulières, comme des situations professionnelles où la médecine du travail organise un dépistage à la recherche de sang présent de manière microscopique. C’est-à-dire qu’on voit les urines limpides mais si on les regarde au microscope, on se rend compte qu’il y a un peu plus de globules rouges que dans la normale.

On peut également examiner les cellules de l’arbre urinaire qui tombent dans les urines. Ces deux examens très simples peuvent être proposés à des patients qui ont une exposition professionnelle, réelle ou suspectée. Et si un patient avec un fort tabagisme le demande, on peut lui proposer de manière extrêmement simple.

Consultez un urologue très rapidement

Donc vous allez faire de l’information sur ce cancer mardi 19 mai, ce sera l’Hôpital Nord (APHM) le matin avec des stands pour les patients et l’après-midi à l’hôpital de la Conception. Qu’allez-vous dire aux gens ?

On va marteler ce slogan « J’ai des urines rouges, je me bouge ! »  Ce n’est jamais normal d’avoir du sang dans les urines quand on le voit soi-même. Il faut aller immédiatement consulter un urologue, pas 6 mois plus tard hein ! Il faut forcer la porte, on se présente dans les services d’urologie si on ne répond pas au téléphone pour dire « J’ai eu du sang dans les urines ». Et on est pris en charge tout de suite.

On va aussi parler de prévention du tabagisme, d’exposition professionnelle, pour dire que dans telle branche professionnelle, il y a des risques. Donc si on ne vous a pas contacté à la médecine du travail, vous pouvez aller au-devant. On va aussi démystifier et dédramatiser les traitements en montrant ces traitements, en expliquant tout l’éventail des possibilités. Et puis on pourra aussi parler des avancées thérapeutiques. Il y a des chimiothérapies et des drogues d’immunothérapie très récentes qui donnent des résultats tout à fait meilleurs que ce qu’on a connu dans la décade qui vient de s’écouler. On a tout un spectre d’informations à partager avec les patients.

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Les métiers du pétrole dans le viseur

Rappelez-nous quelles sont les professions qui doivent finalement se méfier.

Ce sont les professions qui tournent autour de la pétrochimie en premier lieu, les professions qui sont exposées aux vapeurs de goudron – aujourd’hui de charbon c’est moins moins exposé – aux dérivés du pétrole, aux dérivés du benzène. C’est une amine aromatique, un produit chimique qui est beaucoup utilisé dans de nombreux domaines de l’industrie chimique. Certains domaines de l’agriculture peuvent être concernés aussi avec des produits plus rares.

Mais c’est le tabac qui reste la source la première de ce cancer…

A côté de ces expositions professionnelles qui, quand même, aujourd’hui, sont connues. Les industriels, les entreprises, mettent en place des stratégies systématiques. La médecine du travail en France est présente, elle est organisée, donc il y a des choses qui sont faites. En revanche le tabac – continuer à fumer encore trop – et tous les gens qui sont exposés au tabac sont potentiellement à risque de tumeurs de vessie.

Un cancer possible dès 40 ans

La moyenne d’âge de survenue de ce cancer est à 70 ans environ, mais ça peut arriver à partir de quel âge ?

On a des tumeurs de vessie chez des patients beaucoup plus jeunes. A partir de 40 ans on voit les tumeurs de vessie.

Journée d’information sur le cancer de vessie mardi 19 mai à l’Hôpital Nord de Marseille le matin coordonnée par la docteur Jennifer Campagna, et à l’hôpital de la Conception l’après-midi avec le service du professeur Karsenty.

Dr Jennifer CAMPAGNA, chirurgienne urologue, Hôpital Nord, APHM
La Dr Jennifer Campagna animera la matinée de sensibilisation au cancer de la vessie le mardi 19 mai 2026 dans le hall de l’Hôpital Nord (APHM)

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