Une femme sur 8 risque de développer un cancer du sein. Face à cette menace, la France dispose de soignants bien formés, de traitements innovants et d’hôpitaux publics et privés bien équipés pour le prendre en charge. La mortalité a d’ailleurs diminué de 1,5% par an depuis 2019, sans doute parce que les cas sont détectés plus tôt et les traitements ont gagné en efficacité.
Ce cancer reste néanmoins le plus fréquent avec plus de 60 000 nouveaux cas repérés chaque année dans notre pays. Il touche 99% de femmes et 1% d’hommes (environ 500 cas par an) et provoque 12 000 décès.

Dépisté tôt, un cancer se guérit
Heureusement, il existe un dépistage très fiable et bien organisé. Entre 50 et 74 ans, les femmes reçoivent à domicile une invitation régulière de l’Assurance Maladie pour effectuer une mammographie, c’est-à-dire un examen radiologique (avant et après ces âges, la prévention relève du dépistage individualisé à envisager avec son médecin). Mais la majorité des quinquagénaires et sexagénaires ne donne pas suite.
En 2024, le taux de participation au dépistage organisé atteignait 33,9% en Provence-Alpes-Côte d’Azur, contre 44% au niveau national. Notre région se classe à un piteux 14e rang sur 17 régions françaises. Or un cancer du sein dépisté tôt, à son début, se guérit plus facilement. C’est notamment ce qui explique que le taux de guérison – ou de « survie » à 5 ans – est de 88%.

Déjà 4 villes traversées par le mammobile
La question est évidemment de savoir comment faire progresser la participation au dépistage qui peut littéralement sauver la vie. La difficulté à prendre un rendez-vous, les délais d’attente ou l’éloignement d’un centre de radiologie freinent un certain nombre de femmes. Déjà que l’examen est réputé ne pas être agréable, si en plus il faut attendre des mois pour le passer… Beaucoup se découragent.
C’est pour aller au-devant des publics les plus éloignés de la prévention, résidant dans des territoires présentant de faibles taux de participation, que la Région Sud-PACA a fait démarrer son mammobile le mois dernier. Ce petit camion, rose comme il se doit, abrite un appareil de mammographie. Il a déjà fait quatre étapes dans les Bouches-du-Rhône : Berre-l’étang, Fos-sur-Mer, Saint-Chamas et Port-Saint-Louis du-Rhône. Il a été présenté hier à l’Hôtel de Région à l’occasion du mois de sensibilisation Octobre Rose.

Vice-président de l’institution, pressenti pour succéder au président actuel Renaud Muselier en partance pour le Sénat, le maire de La Londe-les-Maures, François de Canson, a pointé un taux de dépistage inférieur de 10 points au taux national. « On a envie d’aller vers ces femmes, de les aider, de faire en sorte que le dépistage soit plus systématique. Quand on dépiste plus tôt, on peut guérir plus tôt. On ira vers les endroits les moins accessibles, dans tous les quartiers, tous les villages. Les freins, c’est l’isolement, la précarité, le tempérament sudiste. On a tendance à être un peu plus laxistes. On se doit de donner l’impulsion. On a dépisté 120 personnes en septembre dont 2 pour lesquelles il faut engager des examens complémentaires. »
L’émotion de François de Canson
Illustrant son rapport intime à la maladie et la sincérité de son engagement, François de Canson a évoqué avec émotion son grand-père, le premier greffé du coeur marseillais, le fameux Emmanuel Vitria qui a vécu deux décennies avec le coeur d’un autre. Mais aussi sa propre soeur décédée d’un cancer. Il a également rendu hommage à trois élues varoises disparues à cause d’un cancer du sein. « Je pense aussi à toutes les autres qui luttent contre un cancer, qui attendent un résultat, qui accompagnent une soeur ou une mère, qui ont guéri. Je pense à celles qui repoussent le dépistage pour leur dire : N’attendez plus ! Non pas pour les culpabiliser. Lorsqu’une femme ne peut pas rejoindre le dépistage, c’est le dépistage qui doit aller vers elle. En 2027 nous mettrons les moyens nécessaires pour aller encore plus vite et plus loin contre la maladie. Quitte à envisager un deuxième véhicule si besoin. »

La présence du mammobile sur les places de villages a une autre vertu : il sensibilise les populations locales sur l’importance du dépistage précoce. Il rappelle aussi qu’un suivi gynécologique régulier est indispensable à partir de 25 ans, voire plus tôt. Lors des consultations, le soignant peut proposer une palpation des seins pour détecter une grosseur, une « boule » anormale.
3 centres de référence : Marseille, Avignon, Nice
Comment ça marche ? Un radiologue est actuellement présent à bord du mammobile. Il effectue un examen clinique puis, une fois la mammographie effectuée par un manipulateur en électroradiologie médicale, le médecin interprète les clichés. Les images font ensuite l’objet d’une seconde lecture par le Centre régional de coordination et de dépistage des cancers (CRCDC).
A terme, et afin de tourner sur un maximum de territoires, le manipulateur formé à l’examen clinique effectuera les clichés et la palpation avec une lecture à distance par un radiologue d’un des trois centres affilié au réseau Unicancer, qui sont des centres d’excellence dans la prise en charge du cancer du sein : Institut Paoli-Calmettes à Marseille, Centre Antoine-Lacassagne à Nice, Sainte-Catherine/Institut du Cancer Avignon-Provence. La double lecture du CRCDC est évidemment maintenue.
Directeur de l’institut vauclusien, le Dr Nicolas Albin a martelé que « le mammobile est une chaîne de coopération entre les trois centres de lutte contre le cancer et avec le CRCDC, l’Assurance Maladie, les professionnels de santé, les CPTS, les associations… Il passera dans des lieux où la participation au dépistage est jugée insuffisante en raison de l’éloignement. Le vrai maillage, c’est aussi de donner confiance, d’accompagner, d’orienter. Une mammographie dans le mammobile n’est pas simplement un acte médical mais un accompagnement global. Nous aimerions en faire un véritable « bus de la prévention ». On peut imaginer la présence d’un médiateur en santé qui informera et accompagnera. »
« Ce n’est pas que les femmes refusent ! »
Chirurgien spécialiste du cancer du sein et directeur du Centre Antoine-Lacassagne à Nice, le professeur Emmanuel Baranger a reconnu qu’il s’agissait d’un projet parmi les plus complexes qu’il a dû mener. Et il se félicite de son aboutissement : « Enfin ! Les femmes ne viennent pas faire leur dépistage car elles habitent loin, elles ont des problèmes de transport, elles travaillent, il y a un reste à charge à payer. Ce n’est pas qu’elles refusent ! Donc il faut déplacer l’offre, c’est l’objectif du mammobile. » Et le médecin insiste pour dire que ce dépistage dans un camion n’est pas un acte au rabais. « Si une anomalie est identifiée, le parcours de soins sera organisé sans délai. »
Lutter contre les inégalités
Un argument repris par le directeur général de l’Institut Paoli-Calmettes à Marseille, le professeur Norbert Vey : « Ce service est fiable et au même niveau d’exigence que dans un centre de dépistage classique« . Il a prévenu : « L’incidence des cancers va continuer à augmenter. D’où l’importance de la prévention et du dépistage. On l’a vu pour d’autres pathologies, les stratégies de « l’aller vers » ont fait leurs preuves. Les trois centres Unicancer font de la lutte contre les inégalités une priorité. »

Cet investissement financier de la Région Sud-PACA se monte à 620 000 euros, notamment pour équiper le camion de matériel de tomosynthèse et de téléradiologie, auxquels s’ajouteront 23 700 euros pour l’acquisition d’un échographe. Cette participation s’inscrit dans le plan Cancer de la Région.
Son premier volet engagé en 2018 avait déjà mobilisé 27,6 millions. Le second, mis en place pour la période 2022/2027 à l’initiative du président Renaud Muselier, se monte à 40 millions d’euros, dont 28 millions ont déjà été réalisés avec des actions de prévention et de dépistage, le développement de soins de support, le soutien à la recherche et l’innovation, cet ensemble devant générer des retombées économiques.
Mesdames, autopalpez-vous les seins tous les mois !
Hier à Marseille, la présentation du mammobile s’est déroulée en présence notamment du directeur de l’Agence Régionale de Santé PACA, Yann Bubien, du directeur-adjoint de l’Assurance Maladie 13, du président de l’Ordre régional des médecins, le Dr Hervé Caël, et du président de la Ligue contre le cancer des Bouches-du-Rhône, Pierre Garosi, et de plusieurs associations. Avec un rappel essentiel : une fois par mois, il est conseillé à toutes les femmes et de tous âges de réaliser une autopalpation minutieuse des seins afin de repérer une éventuelle grosseur. Il existe plein de tutos sur Internet et on peut demander à son gynécologue de montrer la procédure; d’ailleurs ce spécialiste doit lui-même réaliser cet examen sinon demandez-lui !
L’apparition d’une boule n’est pas forcément le signe d’une tumeur maligne, elle est le plus souvent bégnine (kystes, lipome, une infection mammaire appelée mastite…) donc non cancéreuse dans 90% des cas, selon l’Institut du Sein. Mais cette modification doit amener à consulter.
Pour connaître les dates de la tournée du mammobile en octobre qui visitera quasiment tous les départements de la région, c’est par ici :
https://www.maregionsud.fr/agendas/detail/mammobile-region-sud-le-depistage-du-cancer-du-sein-vient-a-vous
cet article vous a plu ?
Donnez nous votre avis
Average rating / 5. Vote count:
No votes so far! Be the first to rate this post.