Dimitri Payet vient de mettre fin à sa carrière de footballeur professionnel et n’hésite pas à donner de son temps pour les causes qui lui tiennent à coeur. Aussi quelle ne fut pas notre surprise lorsqu’il a accepté de témoigner lors de la conférence publique de sensibilisation au cancer du poumon organisée ce mercredi 29 avril 2026 dans l’amphithéâtre d’Aix Marseille Université au Pharo. On pensait qu’il resterait 5 minutes en solidarité avec l’association d’opérés du cancer du poumon « Le Souffle d’Après » qu’il parraine, mais il a suivi toute la conférence avec un intérêt manifeste.
Dimitri Payet : « L’histoire de Marc m’a touché »
« Quand je m’engage à soutenir une cause, c’est complétement« , glisse l’ancien numéro 10 de l’OM qui s’est prêté au jeu des selfies avec le public comme avec les soignants. Oui mais pourquoi cette implication sur un cancer qui fait très peur, donc qui est par nature impopulaire, qui est très grave et qui reste le plus meurtrier en France (30 000 décès par an) ? « C’est l’histoire de Marc qui m’a touché. On lui a dépisté un cancer à temps et il a pu être opéré par le docteur Bouabdallah de l’Hôpital Saint Joseph qui m’a raconté son histoire. Aujourd’hui Marc est sauvé et il court même le marathon, c’est impressionnant ! Je me suis dit qu’il fallait soutenir ces malades qui se battent contre ce cancer et soutenir les soignants parce que ces gens qui sont capables de redonner la vie, ce sont des héros. »

« Ne laissez pas la chance décider de votre vie »
Marc Demauret se tient à ses côtés avec gravité au pupitre de l’amphi Gastaut. Ancien gros fumeur, ce sexagénaire aujourd’hui chargé de mission à la Ligue contre le Cancer des Bouches-du-Rhône a senti passé le vent du boulet. Il doit beaucoup à la chance d’être présent parmi nous. C’est en effet un dépistage fortuit qui a révélé une tâche sur un poumon. Il s’agissait d’un cancer naissant donc opérable.
Désormais en rémission mais encore pour quelque temps sous surveillance régulière, il a monté avec son chirurgien Ilies Bouabdallah l’association « Le Souffle d’Après ». Ensemble, ils militent pour inciter fumeurs et anciens fumeurs à passer ce scanner à fable émission. « Faites-vous dépister si vous êtes dans le créneau d’âge de 50 à 75 ans. Un petit scanner peut vous sauver la vie. Ne laissez pas la chance décider de votre vie. »

Le recrutement de 20 000 fumeurs et ex-fumeurs débute
Le public a été très touché par le témoignage de ce trio d’attaquants inédits Payet-Bouabdallah-Demauret qui surgit inopinément mais avec bonheur à la pointe d’une offensive sanitaire française : dans les prochains jours à travers le programme IMPULSION, l’Etat va lancer précisément le recrutement de 20 000 volontaires, fumeurs et anciens fumeurs ayant arrêté depuis moins de quinze ans, dans quatre régions dont la nôtre. Ils seront invités à se faire dépister et suivre durant plusieurs années, et pris en charge médicalement bien sûr si besoin.
Le professeur Laurent Greillier s’est réjoui de cette initiative. Chef du département Pneumologie, Allergologie et Cancérologie à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (APHM), il l’assure : le dépistage par scanner est l’arme fatale contre le cancer du poumon qui peut sauver des milliers de vies chaque année en France.
Pr Greillier : « La mortalité baisse de 40% »
Comment ce médecin est-il certain de ce résultat incroyable ? Parce que cette expérimentation a déjà été conduite dans plusieurs pays et les conclusions sont éloquentes. « Le dépistage par scanner permet de réduire de 20% la mortalité, et si on y ajoute l’arrêt du tabagisme qui est évidemment souhaité, on atteint une baisse de la mortalité de près de 40%. »

Petit calcul : si on considère grosso modo que sur les 30 000 victimes annuelles environ 25 000 personnes décèdent d’un cancer du poumon lié au tabac et au tabagisme passif, ces 40% équivalent à 10 000 vies sauvées par an. Ce serait le cas si tous les gens concernés souscrivaient au dépistage. Malheureusement on connaît l’insoutenable légèreté des Français en la matière… Pensons à la faible participation au dépistage gratuit du cancer colorectal après 50 ans (moins de 50%, coloscopies comprises, et 17 000 morts à l’arrivée). Le pneumo-oncologue rappelle cependant que tout fumeur ou ancien fumeur peut déjà demander, dans le cadre d’un dépistage individualisé, à son médecin traitant de lui prescrire ce scanner thoracique à faible émission.

Autopsie d’un tueur
Le Pr Greillier a également fourni d’autres bonnes nouvelles en évoquant les progrès des traitements, depuis la chirurgie pour les cancers localisés au poumon, en passant par la radiothérapie, la chimiothérapie et bien sûr les avancées considérables pour la survie des malades grâce aux thérapies ciblées et à l’immunothérapie. « Nous combinons souvent ces traitements pour améliorer la prise en charge et nous avons de plus en plus de traitements médicamenteux à disposition. »
Lui succédant au pupitre, la Dr Anne Madroszyk a dressé l’autopsie du tueur qu’est le tabac. « La fumée de cigarette contient 4 000 à 7 000 agents toxiques dont une centaine qui sont des carcinogènes. » L’augmentation du risque de cancer est alors exponentielle, y compris pour les cancers de la vessie, de la gorge, du pancréas, du côlon… La responsable du service d’oncologie thoracique à l’Institut Paoli-Calmettes évoque aussi la terrible BPCO associée au tabac qui réduit les capacités à respirer et tue allègrement des milliers de personnes. Or si on peut la soulager peu ou prou, on ne peut la guérir.

De plus en plus de cancers chez les non fumeurs
La Dr Madroszyk alerte sur le tabagisme passif – on respire la fumée du voisin. Elle pointe aussi le tabagisme ultra passif : on respire un air constamment chargé en particules du tabac fumé par autrui qui restent en suspension dans l’air ambiant ou qui se sont déposées sur les meubles. « Nous constatons de plus en plus de cancers du poumon chez des non fumeurs. » La spécialiste a détaillé les symptômes d’alerte qu’il ne faut jamais négliger : toux, essoufflement, sifflements respiratoires, jusqu’aux crachats de sang. « Mais beaucoup de patients n’ont pas envie de savoir s’ils courent un risque », déplore la spécialiste.
Prenant le relais, le professeur Pascal Thomas a refroidi l’assistance en une seule phrase : « Dans cette salle, nous sommes tous à risque ! » Y compris les petits fumeurs et les non fumeurs ? « Même si on fume peu, pas tous les jours, occasionnellement, on est à risque », avertit ce chirurgien mondialement réputé officiant à l’Hôpital Nord (APHM). Et n’invoquez pas devant lui le cigarillo qui serait moins nocif, car il voit rouge ! « 1 cigarillo = 5 cigarettes, 1 cigare = 10 cigarettes, et 1 chicha c’est 1 à 2 paquets ! »

Gare à la mode du tabac chauffé
« Il n’y a aucun seuil qui protège mais il y a toujours un bénéfice à arrêter quel que soit l’âge. » Le Pr Thomas alerte sur « l’IQOS, le tabac chauffé« , la nouvelle pratique à la mode supposément moins dangereuse. « Il contient au moins 20 carcinogènes. C’est fait pour maintenir la dépendance de la population au tabac ! »
Il milite pour l’interdiction du tabac en France. Car les dégâts, il les a opérés des milliers de fois. Et il prévient : « J’entends souvent dire ‘Je fume, je tousse, c’est normal’. Eh bien non, ce n’est jamais normal de tousser ! »
Marseille : un centre-ville ultra pollué
Le chirurgien a en outre pointé d’autres facteurs de risque importants. D’abord le radon, un gaz responsable de 10% des cas de cancers du poumon. Présent dans les sols des régions granitiques et volcaniques, il est produit par la dégradation de l’uranium et se répand via le sous-sol des maisons. On en a peu dans la région de Marseille, plus du côté de la Sainte Baume et de l’Estérel. « Mais on est très forts sur d’autres causes de cancers ! » ironise le Pr Thomas.
Et de citer l’amiante qui a impacté les ouvriers des anciens chantiers navals, l’arsenic employé dans la culture de la vigne, et bien sûr les particules fines des moteurs diesel et des bateaux stationnant dans le port de Marseille. « Les habitants du centre-ville de Marseille sont soumis à un niveau de pollution parmi les plus élevés d’Europe. Car le vent ramène sur la ville les fumées des bateaux du port. » Selon lui, toutes causes confondues, 6 millions de Français présentent un risque plus élevé que la moyenne de contracter un cancer du poumon.
Une auditrice dont le fils joue au foot sur des terrains synthétiques et présente des problèmes respiratoires, a demandé à Dimitri Payet ce qu’il pense des billes de caoutchouc noir qui se détachent de ces pelouses. L’ex-joueur constate le phénomène et s’en inquiète lui aussi, surtout en période de chaleur à cause des possibles émanations. Mais lui qui organise maintenant des stages pour les enfants, précise que les nouvelles pelouses ne génèrent plus ces résidus.

Chauffage au bois et fumées de cuisine
Le Dr Arnaud Boyer, pneumologue à l’Hôpital Saint Joseph, a interpellé en indiquant que 36% des cancers du poumon chez les femmes ne sont pas liés au tabagisme actif. « C’est pourtant la 5e cause de mortalité par cancer« . Il y a donc une attention particulière à porter sur la femme bien plus victime de tabagisme passif et sans doute plus sensible génétiquement.

Il a ensuite un peu scotché l’assistance en expliquant que le chauffage au bois – la cheminée ouverte ou le bon vieux poêle du salon – provoque des cancers en raison des particules émises en intérieur. Les fumées de cuisson doivent être évacuées par une hotte aspirante ou en ouvrant les fenêtres. Il conseille de proscrire les bougies parfumées émettrices de substances toxiques et sinon de bien aérer. Il ajoute que notre région est exposée aux poussières venues du Sahara et aux feux de forêt. Dans ce cas, mieux vaut se calfeutrer chez soi en attendant que les fumées soient dissipées.

Cannabis : progression des cancers agressifs
Autre suspect en puissance : le cannabis. C’est la Dr Alice Mogenet, oncologue thoracique à l’Hôpital Nord, qui était chargée de démonter le mythe « Le joint, c’est cool« . Non, le joint, ça tue. C’est ce que confirme une étude réalisée justement à l’Hôpital Nord, démontrant que les fumeurs de cannabis – qui sont souvent aussi des fumeurs de tabac – décèdent plus précocement du cancer du poumon. « On a identifié 120 participants de moins de 50 ans avec un cancer métastatique, dont la moitié déclarait fumer du cannabis, mais c’est sans doute plus car certains n’osent pas nous le dire. On voit de plus en plus de patients consommateurs de cannabis arrivant avec une maladie agressive. » Le pronostic de survie à court terme est alors très sombre.

« Près de la moitié des adultes ont expérimenté le cannabis et 10% en consomment chaque année, relate la Dr Mogenet. Mais la proportion est plus importante chez les hommes jeunes qui sont 10% à fumer quotidiennement contre 4,5% des jeunes femmes. Un joint équivaut à fumer 2,5 à 3 cigarettes, et la fumée est 4 fois plus toxique. On inhale des particules de plus gros volume, il n’y a pas de filtre, l’effet irritant pour les poumons est donc bien plus important. »
La nicotine atteint le cerveau en 7 secondes
La question de savoir comment arrêter de fumer si possible sans douleur était au menu de la conférence. Car l’objectif de la réunion était également de proposer des solutions pratiques. C’est Patricia Gallotti, tabacologue à l’Hôpital saint Joseph, qui s’y est collé. Rappelant que la dépendance tient à la nicotine présente dans la feuille de tabac, elle détaille le fonctionnement terriblement efficace de cette addiction. « Quand on fume une cigarette, il y a un shoot de nicotine qui met 7 secondes pour atteindre le cerveau et agir sur les récepteurs nicotiniques, ce qui enclenche la sécrétion de dopamine et de sérotonine. » D’où la sensation de bien-être qui envahit le fumeur avec un effet récompense.

« Mais cet effet étant court, le fumeur rallume une cigarette. C’est pourquoi si on arrête de fumer sans être substitué en nicotine (avec des patchs et des gommes à mâcher par exemple), on est mal. On va compenser par exemple en grignotant et alors on prend du poids. » Il existe également des médicaments à base de nicotine qui augmentent les chances d’arrêter de fumer de 50 à 60%. Il convient de souligner que ce n’est pas la nicotine qui cause le cancer mais des substances qui lui sont associées dans la composition du tabac.
Jeu vidéo, acupuncture et hypnose
Les consultations de tabacologie vont jusqu’à offrir le recours à des psychothérapies et même à des thérapies par réalité virtuelle où le fumeur est équipé d’un casque. Sous le contrôle d’un professionnel hospitalier, il doit alors affronter comme dans un jeu vidéo des situations à risque provoquées par le tabac et qu’il doit déjouer pour s’en sortir.
Coordinatrice hypnose et médecines complémentaires dans le même hôpital, Alexandra Danguiral a présenté le recours à l’acupuncture – « il faut 1 à 3 séances qui ont un impact sur l’envie de fumer, la gestion de la nervosité et du stress, les troubles du sommeil. » Il existe encore l’hypnose thérapeutique mais pas dans le style spectaculaire, plus simplement en vue de « modifier l’état de conscience chez les patients. »

Constat du Dr Ilies Bouabadallah : « Il faut parfois plusieurs tentatives pour arrêter de fumer et ce n’est pas grave si on s’y prend à plusieurs reprises. L’important est d’arriver à décrocher du tabac. Certains vont y arriver avec des patchs, d’autres avec un médicament sur quelques semaines, d’autres encore avec ces méthodes. Ne vous découragez pas, ça va marcher ! Et en plus, nous vivons dans un beau pays, c’est remboursé par la Sécu ! »

Le piège du vapotage
Et le vapotage, alors ? Est-il la solution miracle bien souvent invoquée par les vapoteurs et les fabricants de ces accessoires diaboliquement addictifs eux aussi ? « C’est un liquide chauffé à haute température qu’on inhale, qui contient souvent de la nicotine, plus des arômes et des solvants, résume le Dr Nicolas Di Stefano, pneumologue à l’Hôpital Européen de Marseille. Est-ce dangereux ? Il n’y a pas de combustion donc pas de goudrons qui provoquent notamment le cancer du poumon avec le tabac. Mais la cigarette électronique contient d’autres substances cancérigènes, ainsi que des métaux lourds et des arômes. Donc ce n’est pas juste de la vapeur comme le croient certains ! »

La pratique du vapotage est encore trop récente pour savoir si elle peut générer des cancers. En revanche elle est déjà clairement suspectée pour les maladies cardiovasculaires. « Si on vapote pour se déshabituer du tabac et qu’on arrête au bout de quelques mois, le vapotage peut être intéressant. Mais ça se passe souvent différemment, l’usage se chronicise en réalité. 65% des vapoteurs fument aussi du tabac en même temps. » C’est pourquoi ce pneumologue ne recommande jamais à ses patients de se mettre au vapotage. « 59% des personnes qui adoptent la cigarette électronique continuent à vapoter au bout de deux ans. »
Une petite tambouille risquée
C’est en outre devenu une porte d’entrée vers le tabac, particulièrement chez les lycéens de plus en plus nombreux à s’adonner au vapotage. Enfin, le Dr Di Stefano alerte sur la petite tambouille hasardeuse que font la moitié des usagers : ils réalisent leurs propres mélanges de substances liquides et là, on ignore totalement les risques auxquels ils s’exposent, « ça peut être dangereux. »
Bref, s’il est hautement conseillé de lâcher le tabac, il n’est pas vraiment recommandé de devenir addict à la vapoteuse sur du moyen ou long terme. De toute façon on peut bien se douter qu’inhaler des produits artificiels n’est jamais sans conséquence pour notre santé.
2 conférences à Aix et Bastia
MProvence vous invite à deux conférences gratuites en présence des médecins des hôpitaux locaux, dans le cadre de sa campagne de prévention du cancer du poumon « A pleins poumons contre le cancer » :
- Mardi 5 mai à 18h au Centre hospitalier d’Aix-en-Provence, avenue des Tamaris. parking gratuit devant la salle de conférence de l’hôpital, fléchage après les Urgences.
- Mercredi 20 mai à 18h à Bastia, salle polyvalente de Lupinu, rue saint Exupéry, 20600 Bastia.
Renseignements et inscriptions via le bandeau jaune ou au 07 62 75 80 65

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