Reprendre le pouvoir face au risque de cancer ! C’est l’espoir qui a conduit 200 Niçois à participer à l’ultime conférence organisée par MProvence le 25 mars dans le cadre d’une campagne de sensibilisation au cancer colorectal qui est le 2e en nombre de décès dans notre pays (17 000 par an). Mais c’est également celui pour lequel on peut sans doute limiter le risque le plus fortement.

« 2 avions s’écrasent chaque jour »
La salle du Stockfish était donc pleine pour écouter des spécialistes venus distiller leurs conseils. Déplorant l’inertie des citoyens et des pouvoirs publics, le coordinateur médical de cette soirée, le docteur Patrick Delasalle avait sorti le bazooka pour frapper les consciences : « Ce cancer provoque 580 morts par jour en Europe. Soit l’équivalent de deux gros avions qui tomberaient tous les jours. Si c’était le cas, on ferait quelque chose pour que ça n’arrive plus, non ? Eh bien tous ces morts et cette inaction, c’est le cancer du côlon ! » Puis vient l’argument fatal : « En France on pourrait sauver 10 000 vies par an dont un millier en région PACA. »

Ces 10 000 morts en trop, c’est l’équivalent de la population d’une ville comme Mandelieu La Napoule !
Le caca peut nous sauver
Ce gastro-entérologue de Grasse et secrétaire général du Centre régional de dépistage des cancers Sud-PACA (CRCDC) a-t-il raison d’être furax ? Assurément ! Le taux de dépistage – pourtant organisé par l’Assurance Maladie – ne dépasse pas 30% chez les 50-74 ans qui reçoivent une invitation à se tester gratuitement. Or ce test immunologique qui consiste à tremper un bâtonnet dans son caca puis à le poster vers le laboratoire d’analyses est super fiable, a rappelé le professeur Jean-François Seitz, gastro-entérologue au CHU Timone et vice-président du CRCDC.
Ce test permet de repérer d’éventuelles traces de sang invisibles dans les selles. Elles peuvent être le signe de polypes qui saignotent dans le gros intestin, pouvant se transformer en cancer. Le test revient positif 4 fois sur 100. Il faut alors passer une coloscopie à l’hôpital et là, dans 40% des cas, le médecin retirera des polypes pré cancéreux et ce sera suffisant. Dans 8% des cas il identifiera un cancer qu’il faudra opérer ou traiter par chimiothérapie, thérapie ciblée ou des rayons.
2 Français sur 3 mangent trop de charcuteries
« Dépisté tôt, ce cancer se guérit dans 90% des cas« , indique le Pr Seitz. Malheureusement, on y revient, trop peu de Français réalisent le test et le cancer en profite. Et il est fatal si on le laisse proliférer. Alors un malade sur 3 décède avant cinq ans. Autre phénomène souligné par le Dr Delassale, la progression du cancer entre 40 et 50 ans (+ 140%). C’est nouveau, certainement lié à la mauvaise alimentation et à la sédentarité qui accentuent le surpoids et l’obésité. Ces deux facteurs favorisent la maladie.

C’est pourquoi l’intervention de la diététicienne Mégane Flament (CHU de Nice) était très attendue. Elle est venue rappeler des consignes de base comme manger moins de 500 grammes de viande rouge (maximum 2 steaks et 2 côtes de porc ou d’agneau) et moins de 150 grammes de charcuteries – soit 3 tranches de jambon blanc par exemple – par semaine. Là, les nitrites sont en cause.

« Cette trop grande consommation de viande rouge et de charcuteries est responsable de plus de 5 000 cas de cancer du côlon et du rectum chaque année, insiste Mme Flament. 32% d’entre nous consomment trop de viande rouge et 63% trop de charcuteries. »
Plus de laitages et moins d’alcool
Pas question néanmoins de supprimer les protéines que notre corps réclame goulûment en vieillissant. « Il faut privilégier les viandes blanches comme le poulet, le poisson, les oeufs qui ne font pas flamber le cholestérol comme on le croyait à tort« , souligne la nutritionniste. On peut manger jusqu’à 7 oeufs par semaine selon elle. Tant mieux parce que c’est bon et… pas cher ! Il s’agit encore de restaurer les produits laitiers, au moins deux par jour. Indispensables pour avoir sa dose de calcium, ils sont protecteurs du cancer colorectal ! Notez que « le beurre, la crème fraîche et les crèmes dessert ne sont pas des produits laitiers. »
On boit également trop d’alcool (maximum recommandé : 2 verres par jour, avec minimum 2 jours consécutifs sans alcool). En gros, le cancer aime bien être arrosé de pinard et de bière et il se délecte aussi du tabac. Ce sont les facteurs de risque majoritaires. Alerte encore sur les aliments ultra-transformés du supermarché (pizzas industrielles, lasagnes, sodas, bonbons gélifiés, glaces, biscuits, crèmes dessert…). Farcis de sucres et de gras, ils composent déjà 35% de nos apports caloriques.
4 000 pas par jour font reculer le risque de cancer
Une façon remarquable de prévenir ce cancer demeure l’activité physique. A raison de 30 minutes par jour au moins, sachant que marcher entre 4 500 et 7 000 pas est suffisant et que l’on peut faire des petites plages de 5 mn de renforcement musculaire au long de la journée. Charlène Falzon, docteur en science du mouvement et co directrice à l’association Azur Sport Santé, le martèle : « Chaque mouvement compte ! Mais c’est la régularité qui compte, plus que l’intensité. A partir de 4 000 pas on a déjà des bénéfices dans la lutte contre le cancer. On a évidemment toujours l’instinct de se reposer, notre cerveau a été façonné par notre période de chasseur-cueilleur où il fallait économiser ses forces. Mais aujourd’hui nous devons lutter contre cette tendance naturelle. »

En cas de cancer, elle invite les patients à demander à leur médecin une ordonnance pour pratiquer l’activité physique adaptée. Que l’on va accomplir en étant accompagné par un professionnel de santé, par exemple dans une Maison de Santé, après avoir établi un bilan personnalisé. A raison de 2 à 3 séances hebdomadaires réparties sur 12 à 16 semaines, le but est d’amener le patient à poursuivre en autonomie. L’ordonnance est renouvelable une fois.
La très longue vie (dangereuse) des insecticides
Un autre intervenant attendu impatiemment par le public était le professeur Nicolas Chevalier. Chef du service d’endocrinologie et de médecine de la reproduction au CHU de Nice, il a mis en garde contre les perturbateurs endocriniens. Ils sont partout dans nos aliments, les produits de beauté, les jouets, les ustensiles de cuisine et dans le plastique en général. « On est entourés de polluants. 900 molécules de l’industrie ont une activité de perturbateur endocrinien avérée, pour les 10 000 autres molécules, on ne sait pas. » Pour illustrer l’omniprésence des perturbateurs dans notre environnement, ce spécialiste de la reproduction avertit : « Dans le liquide amniotique on les trouve déjà. »

Vous mangez des pommes ? Le médecin rappelle qu’une pomme a reçu 27 traitements et il interroge notamment sur leur longue conservation alors qu’elles sont récoltées en automne. Les légumes, même cultivés en bio, sont infiltrés par le cadmium présents dans les engrais. Il contamine la terre ensuite pendant des décennies, voilà pourquoi il est conseillé d’éplucher les légumes.
« Ici à Nice, on est dans une région horticole où l’on a utilisé massivement du DDT. Il est interdit depuis les années 70 et donne un sur-risque de cancer du sein dans la descendance« , donc des femmes aujourd’hui concernées. Ce problème de longévité de ces produits cancérogènes est similaire avec un autre insecticide, le chlordécone, employé pour la culture des bananes aux Antilles et reconnu responsable de cancers de la prostate. Il faudra deux siècles pour éradiquer totalement ses traces et pour que les populations soient protégées.
On vit dans une « soupe de polluants »
La liste déroulée par le Pr Chevalier est longue comme un jour sans pain. « On est exposé à une soupe de polluants ! On a contaminé toute la planète, on retrouve des perfluorés sur la banquise. »
Ce qui inquiète en outre beaucoup cet expert, c’est le plastique, ce dérivé du pétrole omniprésent et qui colonise notre organisme en se dégradant. « Quand on le jette, il va mal se décomposer, rejoindre l’eau de mer. Les crevettes c’est un bouillon de microplastiques ! » Il recommande par ailleurs de ne plus boire d’eau en bouteille, les résidus de plastique qu’on avale sont générés par le bouchon qui s’effrite en se refermant.

Concernant le bisphénol A, on est heureusement moins exposés qu’il y a dix ans. Mais il faut adopter certaines pratiques pour éviter que le plastique ne migre dans les aliments. Ainsi ne faut-il jamais réchauffer dans un récipient en plastique, mais dans du verre. Et ne jamais verser un aliment chaud dans un contenant en plastique, mais plutôt attendre qu’il ait refroidi.
Autre conseil : ne pas utiliser de film alimentaire en plastique car il contamine les aliments en les touchant, et surtout ne pas les mettre en contact s’ils sont chauds. Evitez la formation de gouttelettes sur les couvercles ou le film, c’est en retombant qu’elles diffusent les molécules de plastique.
Jetez la cloche du micro-ondes !
Si l’usage du micro-ondes ne pose pas de problème en soi selon le médecin, il invite tout le monde à jeter les cloches en plastique employées pour éviter les projections lors du réchauffage. C’est toujours le problème des gouttes d’eau qui se retrouvent sur les aliments. Et les salissures alors ? « Il vaut mieux nettoyer votre micro-ondes« .
Le résultat de tout ceci, c’est une augmentation de l’infertilité, des cancers, des troubles neurologiques comme des troubles de l’attention chez les enfants. Il y a un impact sur le diabète et l’obésité. Gare encore aux produits cosmétiques bourrés de perturbateurs endocriniens, il faut les limiter au maximum. Quant au nettoyage de la maison, privilégiez le vinaigre blanc et le bicarbonate de soude, évitez les produits ménagers toxiques ou qui sentent bon… et aérez votre intérieur !
Une prise de sang qui détecte 50 cancers ?
Il revenait au docteur Ludovic Evesque, oncologue médical au Centre Antoine Lacassagne à Nice, de parler du dépistage du cancer dans le futur. La grande question est de savoir si un jour prochain, une simple prise de sang suffira plutôt que le test immunologique fécal ou la coloscopie dont le Dr Delasalle avait rappelé la haute pertinence pour retirer les polypes avant qu’ils ne deviennent cancéreux.

« On réfléchit à des stratégies moins invasives. On arrive déjà avec une simple prise de sang à détecter un cancer. Pour cela, on regarde si des morceaux d’ADN anormaux circulent dans le sang. » Une étude a été menée aux Etats-Unis avec le test Galleri et d’autres sont en cours en Grande-Bretagne. « L’objectif est de voir si on détecte des cancers plus précocement. Si ce test est positif, on a 60% de risque d’avoir un cancer et il prédit le type de cancer (sein, pancréas…) à 90%. Il peut détecter jusqu’à 50 cancers différents.
« Mais on ne peut pas faire ce test en France et ses performances sur le cancer du côlon sont moindres que le test immunologique fécal (FIT) ! Le FIT détecte des lésions pré cancéreuses or ce test sanguin détecte des cancers déjà déclarés. Donc avec le FIT on prévient le cancer avant qu’il n’arrive. De plus ce test sanguin coûte 940 dollars et il reste à démontrer sa pertinence sur la survie des gens. »
Où trouver son test ?
A retenir une nouveauté en ce printemps 2026 qui pourrait améliorer le taux de dépistage : les infirmiers peuvent distribuer les tests FIT aux 50-74 ans, comme déjà les pharmaciens et bien sûr les médecins traitants. On n’a plus de raison d’y échapper, et c’est tant mieux si ça nous sauve la peau !
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