Greffe de rein : on était au bloc opératoire !

Environ 140 greffes de rein sont réalisées chaque année à l'hôpital de La Conception. Dans le cadre de la campagne en faveur du don d'organes, nous avons assisté à une transplantation effectuée par la Dr Léa Perez.

Santé

À la fin de l’année 2025, 880 patients – dont 32 enfants – figuraient sur la liste d’attente pour une greffe de rein, de cœur, de foie ou de poumon dans les Bouches-du-Rhône. Ces transplantations sont réalisées dans les hôpitaux marseillais.

Photo bloc opératoire
Dr Léa Perez, chirurgienne intervenant au bloc opératoire lors d’une transplantation rénale à l’hôpital de La Conception 

 

Dans le cadre d’un projet professionnel tuteuré par Philippe Schmit, Mathilde Bonal et Victoria Lambin, étudiantes en master 2 Communication d’intérêt général à l’Ecole de Journalisme et Communication d’Aix-Marseille, ont eu l’opportunité d’assister à l’une des 140 greffes de rein annuelles accomplies à l’hôpital de La Conception, dans le service du professeur Gilles Karsenty.

À Marseille, la pression reste particulièrement forte, signe d’un besoin en organes qui ne faiblit pas malgré les avancées médicales et les campagnes de sensibilisation. Le système français repose pourtant depuis un demi-siècle sur la loi du consentement présumé, qui considère chaque citoyen comme donneur potentiel. Sauf s’il a clairement manifesté son opposition par exemple en s’inscrivant sur le registre national des refus et/ou en informant son entourage de son choix.

Les refus en baisse mais encore nombreux

Mais dans les faits, l’accès aux greffons dépend encore largement d’un facteur décisif : l’accord des familles. Lorsqu’un décès survient, que le cerveau est détruit mais que les organes restent perfusés au moins quelques heures parce que le coeur continue à battre, les équipes médicales doivent interroger les proches afin de connaître la volonté du défunt.

Cette pression locale reflète la situation nationale : au 1er janvier 2025, la France comptait 22 585 patients en attente d’une greffe d’organes. À Marseille, le taux de refus a certes reculé de 61 % en 2023 à 52 % en 2024. Une amélioration notable mais insuffisante, puisque ce chiffre dépasse largement la moyenne nationale établie à 36,5 %. Début décembre 2025, ce chiffre avait encore baissé à 46,5%, mais ce phénomène encourageant demeure fragile aux dires des soignants.

Des centaines de Provençaux espèrent un rein

Autrement dit, quasiment un don d’organes potentiellement possible sur deux est encore refusé dans la cité phocéenne. Pour beaucoup de patients en attente d’un rein – ils sont plusieurs centaines dans les Bouches-du-Rhône -, l’enjeu est considérable. Ils doivent avoir recours à la dialyse, un traitement indispensable pour filtrer le sang et compenser le travail que leurs reins ne peuvent plus effectuer.

Ce traitement lourd et contraignant nécessite pour la majorité d’entre eux une présence à l’hôpital ou dans un centre spécialisé, trois fois par semaine pour des séances de dialyse qui durent entre trois et quatre heures. Ces séances sont physiquement très éprouvantes et impactent grandement leur quotidien.

Pour mettre en lumière ce problème de société et mieux comprendre le déroulement d’une transplantation, nous avons eu l’occasion d’assister à une intervention au bloc opératoire de l’hôpital de La Conception (Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille). C’est la docteur Léa Perez qui intervenait ce soir-là au sein du bloc opératoire situé au rez-de-chaussée de l’hôpital.

Bien nettoyer le nouveau rein

La transplantation rénale est un traitement qui permet non seulement de prolonger la vie, mais surtout de lui redonner une meilleure qualité. Cette intervention, d’une durée de 2 à 3 heures se déroule sous anesthésie générale et consiste en un enchaînement de différentes étapes impliquant chirurgiens, anesthésistes et infirmiers.

Premièrement, les chirurgiens font la préparation du greffon arrivé par transport spécial dans une glacière avant l’implantation. Il a été prélevé dans un hôpital français sur un donneur en état de mort encéphalique. L’organe destiné est méticuleusement nettoyé de ses tissus superflus. Les chirurgiens identifient et ajustent les vaisseaux afin que les artères et veines s’adaptent parfaitement au receveur. C’est une étape cruciale : la réussite des futurs raccordements en dépend.

Préparation du greffon rénal au bloc opératoire de l’hôpital de La Conception, à Marseille.

Le rein placé… dans l’aine !

Ensuite vient la préparation de la loge où va être implanté le greffon. Une fois que l’anesthésiste a endormi le patient, le chirurgien fait une incision au niveau de la fosse iliaque, située en bas du ventre, près de l’aine. En effet, à la différence des autres organes transplantés, les reins natifs sont laissés en place. Ils ne fonctionnent plus certes, et vont s’atrophier, mais leur retrait qui est une opération complexe n’est pas nécessaire. Du coup le greffé vivra avec… 3 reins !

Les médecins créent alors une place suffisante pour accueillir le nouveau rein en utilisant des écarteurs, des instruments médicaux permettant de maintenir le bas du ventre ouvert. Ils cautérisent ensuite les tissus et stoppent les saignements. L’objectif est d’obtenir une cavité stable, propre et dégagée qui servira d’emplacement au greffon.

Durant l’opération, les artères et les veines du patient greffé sont clampées (fermées par des pinces) pour éviter tout flux sanguin tant que les sutures ne sont pas terminées. Les chirurgiens réalisent l’anastomose, c’est-à-dire la « connexion » entre le greffon et le receveur, entre les veines puis l’anastomose entre les artères.

Les chirurgiens réalisent les raccordements vasculaires entre le greffon et le receveur, une étape clé de la transplantation rénale.

L’heure de vérité : le déclampage

Le moment le plus délicat est arrivé : c’est l’étape du déclampage. Les médecins retirent les pinces pour rétablir la circulation sanguine dans le nouveau rein. Subitement perfusé par le sang du receveur, le greffon change alors de couleur, passant du beige au rouge. Cela peut arriver que le greffon commence immédiatement à produire de l’urine, une grande joie pour les chirurgiens qui disent familièrement que « le greffon pisse sur table ». C’est la preuve que la greffe fonctionne, que le rein transplanté est immédiatement actif, et que le raccordement a été réalisé avec succès.

Il faut cependant, en général, attendre quelques heures pour que le système urinaire se rétablisse. L’intervention se termine par la fermeture de l’incision, puis par la rédaction d’un compte-rendu opératoire, document essentiel au suivi post-greffe. Le patient est alors transféré aux soins intensifs du service de néphrologie voisin, où il reste une grosse semaine dans une chambre stérile.

Instruments chirurgicaux et matériel de perfusion disposés sur la table opératoire avant le déclampage.

Le risque majeur : un rejet du nouveau rein

Si la greffe reste une procédure complexe, son déroulement repose aujourd’hui sur des protocoles maîtrisés et des équipes hautement spécialisées. Le patient retrouve généralement une fonction rénale suffisante pour vivre sans dialyse, avec une amélioration immédiate et considérable de sa qualité de vie. Mais la greffe n’efface pas tous les risques.

Le rejet demeure la principale menace. Transplanter un organe revient en effet à introduire un corps étranger dans l’organisme. Et comme tout organisme est conçu pour détruire les intrus (les virus comme les greffons), il ne fait pas la différence et il envoie l’artillerie lourde ! Pour éviter que le corps ne s’attaque au nouveau rein, le patient devra suivre un traitement immunosuppresseur strict, à vie, sans possibilité d’interruption ne serait-ce qu’un seul jour. D’ailleurs dès la sortie du bloc opératoire le patient reçoit des immunosuppresseurs à haute dose.

Travail minutieux des chirurgiens autour du greffon rénal, sous anesthésie générale.

En parler à ses proches

La transplantation rénale est donc une véritable course contre la montre pour les centaines de patients en attente. Elle rappelle l’importance vitale du don d’organes pour transformer ces prouesses médicales en réalités. Tant que le taux de refus restera aussi élevé, les 880 patients marseillais qui espèrent une greffe continueront de se confronter à un avenir incertain.

Il est donc crucial de poursuivre la sensibilisation afin que le plus grand nombre de personnes connaissent la décision de leurs proches. Seriez-vous favorable au don de vos organes en cas d’accident mortel ? Faites connaître votre choix à votre entourage.

Mathilde Bonal et Victoria Lambin

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