Les Marseillais promus ambassadeurs du don d’organes

La Ville de Marseille et l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille ont officiellement signé, jeudi 5 février 2026, la convention « Marseille, ville ambassadrice du don d’organes », affirmant leur volonté commune de faire du don d’organes un enjeu de santé publique pleinement assumé dans la cité phocéenne.

société

Première adjointe au Maire de Marseille (santé publique, promotion de la santé, sport santé, conseil communal de santé, santé environnementale), Présidente du Conseil de surveillance de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM)

Cette charte, signée à l’Hôtel de Ville en présence de la Première adjointe au maire Michèle Rubirola, du directeur général de l’AP-HM François Crémieux, de représentants du collectif Greffes+ et de l’Agence de la Biomédecine, vient reconnaître et renforcer un travail de fond engagé depuis plusieurs années sur le territoire marseillais.

Au micro de Mprovence : 

Michèle Rubirola, Cédric Émile, Vice-president de la fondation Greffe de vie et Pr Valérie Moal, présidente de la commission des transplantations de l’AP-HM 

Informer pour mieux sauver des vies

À Marseille, entre 700 et 800 personnes, adultes et enfants, sont actuellement en attente d’une greffe. Si la loi française repose sur le principe du consentement présumé (depuis 1976 tout le monde est présumé donneur d’organes sauf s’il s’y oppose de son vivant), les équipes médicales doivent néanmoins consulter les proches afin de recueillir une éventuelle opposition du défunt. Or, en l’absence de position exprimée de son vivant, cette décision devient particulièrement difficile pour les familles. Qui souvent choisissent alors de « s’abstenir » de donner.

Longtemps, le taux d’opposition au don d’organes à Marseille a été largement supérieur à la moyenne nationale. « Non par manque de générosité, mais par déficit d’information« , souligne la professeure Valérie Moal, néphrologue et présidente de la Commission de transplantation de l’APHM. L’an dernier encore, dans les hôpitaux phocéens, des dizaines de patients dont quatre enfants sont décédés faute de greffons disponibles.

Face à ce constat, la municipalité, l’AP-HM, les associations et les acteurs locaux comme notre média MProvence ont multiplié les actions de sensibilisation : conférences grand public, interventions dans les lycées, rencontres auprès des étudiants en médecine, actions lors d’événements sportifs majeurs, notamment au stade Orange Vélodrome et au SMUC. Le label de ville ambassadrice va notamment se traduire par la pose de panneaux aux entrées de la commune.

don d'organes
1 000 lycéens ont été sensibilisés lors de conférences en 2025 à Marseille à l’initiative de MProvence et de l’APHM. Ici des élèves présentent le résultat du sondage sur le don d’organes effectué au sein de leur lycée Saint-Charles Camas en novembre 2025 (Photo Philippe Schmit).

Un travail de proximité qui porte aujourd’hui ses fruits. Entre 2023 et 2025, le taux de refus est passé de 61 % à 45 % (contre 37% à l’échelle nationale), démontrant que la pédagogie, le dialogue et la répétition des messages permettent de faire évoluer durablement les comportements. Mais cette progression de  l’accord des familles en faveur des prélèvements d’organes demeure fragile et requiert d’en parler constamment. 

Quand le sport devient vecteur de sensibilisation

Dans le prolongement de la signature officielle en mairie jeudi dernier, la mobilisation s’est poursuivie le soir même au Stade Marseillais Université Club (SMUC), à travers une soirée mêlant sport, témoignages et engagement citoyen.

Au crépuscule de ce 5 février 2026, le SMUC a accueilli dans son club house une conférence sur le don d’organes présentée par Philippe Schmit, rédacteur en chef de MProvence, intitulée « Les sportifs ont du cœur », mettant en avant plusieurs histoires touchantes autour de ce sujet d’intérêt général. Une démarche originale s’inscrivant à l’occasion de la retransmission du match d’ouverture du Tournoi des 6 Nations, France – Irlande.

Jean-Louis Moro, président du SMUC
Adeline Billal, vice-championne du monde 2023 de triathlon en catégorie transplantés, Cédric Emile, vice-président de la fondation Greffe de Vie, Stanislas Gensollen, vice-président du SMUC, Philippe Schmit, rédacteur en chef MProvence (Photos Killian Blisson).

Un témoignage poignant et porteur d’espoir

Peu après l’ouverture de cette conférence, la soirée s’est lancée avec le témoignage émouvant d’Adeline Billal. Elle est venue raconter son histoire. Cette agente administrative résidant à Château-Arnoux (Alpes-de-Haute-Provence) a bénéficié d’une greffe du foie au CHU Timone en 2017 alors qu’elle avait été placée en urgence absolue à la suite d’une hépatite fulminante. Un récit poignant, accueilli par de chaleureux applaudissements, rappelant que malgré cette greffe, elle a su, par son travail et sa détermination, devenir vice-championne du monde de triathlon en catégorie transplantés.
De quoi réchauffer les cœurs des participants, venus nombreux malgré la pluie torrentielle qui s’est abattue sur Marseille ce soir-là.

Adeline Billal, vice-championne du monde de triathlon en catégorie transplantée
Adeline Billal, vice-championne du monde de triathlon en catégorie transplantés.

Être donneur : un choix qui s’exprime tôt

Après la diffusion de « L’Esprit d’Équipe », un court film de sensibilisation sur le don d’organes, les intervenants ont insisté sur l’importance d’exprimer très tôt son choix sur le don d’organes, qu’il soit favorable ou non. 


Philippe Brunet, spécialiste de la greffe rénale aux hôpitaux de Marseille, et Marion Jacquin, infirmière coordinatrice en prélèvement d’organes à l’AP-HM, ont répondu aux nombreuses questions du public, donnant lieu à des échanges riches et accessibles.
Tous se sont accordés sur un point essentiel : pour faire évoluer les comportements, il est indispensable de dédramatiser le sujet et d’en parler autour de soi, y compris sur des questions sensibles comme le don d’organes et les convictions religieuses.

Pr Philippe Brunet, chef du service de néphrologie et transplantation rénale, hôpital de la Conception
Pr Philippe Brunet, chef du service de néphrologie et transplantation rénale, hôpital de la Conception APHM et Marion Jacquin, infirmière coordinatrice en prélèvement d’organes à l’APHM

Après la pluie… le beau temps

Après avoir abordé des thématiques aussi sérieuses qu’essentielles, la soirée s’est poursuivie dans une atmosphère plus conviviale. Autour d’un buffet, les échanges se sont prolongés, notamment autour de la candidature du SMUC pour devenir club ambassadeur du don d’organes, illustrant l’implication du monde sportif dans les enjeux de santé publique. Le représentant de Greffe de Vie, Cédric Emile, s’est montré fort intéressé par cette démarche car le SMUC c’est plus de 10 000 adhérents et joueurs, autrement dit un puissant relais d’information.

La soirée s’est conclue par la diffusion du match d’ouverture du Tournoi des Six Nations, qui a vu le XV de France s’imposer face à l’Irlande. Un moment de partage et de convivialité, laissant les participants repartir avec le sourire.

Don d’organes : Oh les Marseillais, encore un effort !

Une dynamique appelée à se poursuivre

La signature de la charte « Marseille, ville ambassadrice du don d’organes » ne marque pas une fin, mais bien un point de départ. Ville, hôpital, associations, établissements scolaires et acteurs sportifs entendent poursuivre et amplifier les actions de sensibilisation pour faire du don d’organes un réflexe citoyen.

Benoît Averland,  directeur du prélèvement et de la greffe d’organes et tissus
Agence de la biomédecine
Benoît Averland, directeur du prélèvement et de la greffe d’organes et tissus à l’Agence de la Biomédecine lors de la cérémonie à la mairie de Marseille.

Car parler du don d’organes de son vivant, c’est soulager ses proches dans l’hypothèse d’une mort brutale. Et parfois, c’est offrir une seconde chance à la vie. Un don d’organes et de tissus peut sauver de 3 à 7 vies et bénéficier en tout à quatorze personnes en attente d’un coeur, d’un foie, de poumons, de rein, de cornée pour voir, d’os ou de ligaments pour marcher.

 

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