Les laboratoires d’analyses médicales sont les très bons amis de notre santé. Et ils vont le devenir de plus en plus. Pourquoi ? Parce que les analyses de sang, d’urine ou de salive livrent des secrets toujours plus nombreux afin de détecter de possibles maladies ou des risques pour notre santé. On pense bien sûr à la recherche de cadmium dans l’urine des Français, qui est désormais remboursée par l’Assurance maladie dans certaines conditions. Et on se rappelle combien le recours aux labos est essentiel en période d’épidémie comme lors du Covid.
Pour évoquer ces formidables progrès, nous avons interrogé la docteur Jenny Becam, médecin biologiste au sein du Groupe Inovie qui possède 700 laboratoires en France et une plateforme ultra moderne d’analyses spécialisées dans les quartiers Nord de Marseille. On y réalise même les dosages en cas de soumission chimique ayant conduit à un viol ou pour les patients qui ont reçu une greffe d’organes et doivent surveiller leur taux d’immunosuppresseurs.
Combien d’analyses de sang ou d’urine sont réalisées chaque année en France ?
Docteur Jenny Becam : On estime qu’en France, environ 500 millions d’actes de biologie médicale sont réalisés chaque année. Cela représente en moyenne 7 à 8 prélèvements biologiques par personne et par an. C’est un pilier essentiel du système de santé : 70 % des décisions médicales s’appuient sur un résultat biologique
Quelles sont les analyses les plus courantes qui sont demandées par les médecins généralistes ?
La plus demandée en médecine générale est le bilan sanguin standard. Il est composé de la numération formule sanguine, donc les globules rouges, les globules blancs, les plaquettes. La glycémie pour l’évaluation potentiellement du diabète. Le bilan lipidique, donc le cholestérol. La fonction du rein et du foie, avec la créatinine, les enzymes hépatiques. L’inflammation éventuellement. Parce que, quand on va voir le médecin, ça peut être éventuellement parce qu’on a une maladie, donc on dose la CRP qui est une protéine de l’inflammation. Et le bilan hormonal avec la TSH (hormone de la fonction thyroïdienne), c’est un peu le chef d’orchestre du système hormonal global. Toutes ces analyses peuvent être rendues le jour même. Ce sont des examens très simples et qui permettent de renseigner et de détecter précocement des dysfonctions de l’organisme.
L’ADN du cancer circule dans le sang
On a l’impression que le sang n’a pas livré tous ses secrets mais qu’il en dit déjà beaucoup sur notre état de santé. Par exemple, certains marqueurs indiquent s’il y a un cancer. Quels sont les progrès notables ces dernières années ?
La biologie permet une détection plus précoce et plus précise pour diagnostiquer des maladies avant les symptômes bruyants grâce à des biomarqueurs ultrasensibles. On peut aller détecter des quantités très faibles d’éléments dans le sang ou dans l’urine.
En oncologie par exemple, il y a le développement des biopsies liquides qui permettent de détecter de l’ADN de tumeurs qui circule dans le sang (ADN tumoral circulant) qui permettent un suivi des cancers en temps réel sans geste invasif, au lieu d’aller faire des biopsies, de prélever un morceau de tumeur. A partir de ce que la tumeur rejette dans le sang, on va pouvoir suivre l’évolution du cancer quand il y a un traitement. Et éviter des actes sous anesthésie, ou qui vont faire saigner. C’est juste à partir d’une prise de sang qu’on peut suivre les traitements et l’évolution du cancer.

Et puis la biologie permet d’accéder à une médecine plus personnalisée grâce à des profils biologiques individualisés…
La biologie permet en effet de relier différentes dysfonctions de différents systèmes – le système neuro-endocrinien, le système nerveux et hormonal, le système hépatique. En reliant ces différents points, on va mieux pouvoir identifier les déséquilibres au sein de l’organisme et comprendre l’origine des maladies.
L’IA identifie une dérive avant l’oeil humain
Que peut-on espérer comme avancées dans les années à venir en matière d’analyse de sang mais également d’urine ou de salive ?
On entre dans une ère de la médecine qui va être prédictive. L’intelligence artificielle ne va pas remplacer le biologiste mais elle va être une aide à l’interprétation globale des profils biologiques. Elle va permettre de dessiner des cartographies qu’à l’oeil nu on n’aurait pas vues, ça va synthétiser un très grand bilan, relier des points de contacts qu’on n’aurait pas vus ou alors de détecter des petits déséquilibres sur le long terme. C’est-à-dire que si on va faire un bilan de prévention ou de contrôle tous les ans, l’IA va pouvoir détecter une dérive bien avant que l’oeil humain s’en rende compte.
Il y a aussi des technologies comme la multi-omics qui intègre la génomique, la métabolomique et le microbiote. En reliant tout ça, on va pouvoir détecter des maladies ou leur origine. Il y a la toxicologie environnementale qui mesure l’exposome, c’est-à-dire l’exposition à tout ce qui va être toxiques, polluants et perturbateurs endocriniens. Et il y a des nouvelles matrices biologiques, des nouveaux liquides biologiques auxquels on s’intéresse, qui permettent un recueil. On ne va pas les prélever mais juste recueillir de la salive ou de l’urine. Et ça va permettre de mesurer des métabolites. Pas seulement les molécules qu’on connaît, mais comment le corps va transformer ce qu’on lui apporte ou ses propres hormones. Là, ça va renseigner sur le fonctionnement, le métabolisme, au lien de simplement la molécule en elle-même.
L’objectif est vraiment de passer d’une médecine de la maladie qui est très utile pour répondre en cas d’urgence, de pathologie avérée, à une médecine d’anticipation, de prévention, pour prévenir l’apparition de ces maladies.
https://mprovence.com/scanner-irm-radio-la-medecine-en-raffole/
Détecter le diabète… 10 ans avant sa survenue !
Cela veut dire que grâce aux analyses on pourra prédire le risque d’avoir telle maladie dans un an, cinq ou dix ans ?
Effectivement. Il y a des analyses soit très poussées qui vont permettre de déceler des dérèglements avant qu’ils arrivent. Par exemple des diagnostics da maladies neurodégénératives comme Parkinson et Alzheimer. On est en train d’y travailler et c’est très prometteur. Et il y a des analyses très simples, comme une glycémie et un dosage d’insulinémie – l’hormone qui permet de réguler la glycémie – et on sait que quand on calcule un score avec le ratio de ces deux dosages, cela permet de détecter la possibilité d’un pré diabète jusqu’à dix ans avant que celui-ci se déclare. Et il est encore temps à ce moment là de changer notre mode de vie – activité physique, régime alimentaire – ou de voir ce qui inclut du stress ou un dérèglement hormonal qui peut mener à ce déséquilibre du diabète. Et donc de prévenir la déclaration de ce diabète.
C’est pour quand ce système prédictif des futures maladies ?
C’est déjà maintenant pour la détection du pré diabète.
Cadmium : uniquement si vous êtes concerné…
Parlons évidemment du cadmium. Constatez-vous une recrudescence des analyses pour mesurer le taux de ce métal lourd depuis que la France a découvert horrifiée en 2025 que le pain et les céréales notamment en étaient bourrés à cause des engrais ?
Oui, avec la médiatisation de la contamination alimentaire, on observe une sensibilisation des médecins et du public qui se traduit par une augmentation des prescriptions de dosage. Avec le remboursement (depuis le 16 juin 2026) il est fort probable que ça augmente. Mais ce dosage nécessite d’être prescrit dans certaines situations bien ciblées, notamment en cas de suspicion d’exposition personnelle ou professionnelle, en cas par exemple d’anomalies biologiques qu’on ne pourrait pas expliquer et dont potentiellement le cadmium pourrait être à l’origine, pour établir aussi ou confirmer des diagnostics différentiels : quand on a éliminé toutes les causes, voir si ce n’est pas le cadmium qui serait à l’origine d’une pathologie.
L’objectif n’est pas un dépistage massif mais un dépistage ciblé et circonstancié, pertinent médicalement. Pas une pêche à la ligne. En France, le principal facteur d’exposition au cadmium reste le tabagisme.
10 à 30 ans pour être éliminé
Ce métal lourd qui est présent dans les terres agricoles, parfois naturellement ou bien en raison des apports en engrais, est suspecté de causer de graves maladies des reins, des os, ou encore le cancer du pancréas. Concrètement, comment se passe la recherche de cadmium dans notre organisme ?
Il y a deux possibilités. Dans le cadre de la médecine du travail, quand il y a une intoxication aigue, on va rechercher le cadmium dans le sang. Et quand c’est dans la population générale pour mesurer l’exposition environnementale quotidienne sur la durée d’une vie – quand il rentre dans l’organisme, le cadmium y reste entre 10 et 30 ans avant d’être éliminé – c’est un dosage urinaire. Le test repose sur le dosage du cadmium urinaire souvent rapporté à la créatinine pour standardiser le résultat en fonction de l’excrétion urinaire individuelle.
Nous utilisons la technique de la spectrométrie de masse (ICP-MS) qui est extrêmement sensible pour détecter des traces de cadmium dans l’urine. C’est aujourd’hui la technique de référence pour évaluer l’exposition chronique qui est validée par la Haute Autorité de Santé et toutes les sociétés savantes.
https://mprovence.com/flambee-de-cancers-du-pancreas-de-plus-en-plus-de-femmes/
Mettre en place des mesures correctrices
A quoi ça nous sert d’avoir un résultat positif sinon à nous inquiéter ? Cela doit-il déclencher des analyses complémentaires ? On va mettre le doigt dans un engrenage duquel on aura du mal à sortir…
Ce n’est pas anxiogène, c’est actionnable. Un taux élevé mérite d’être dosé une deuxième fois pour être sûr qu’il n’y a pas eu un repas très riche contenant du cadmium la veille, comme un plateau de fruits de mer. Ensuite ça va permettre de faire une enquête de mode de vie, d’évaluer par exemple s’il y a une exposition au tabac, à une alimentation qui serait riche en cadmium ou dans un environnement à proximité d’une usine qui rejette du cadmium, et de mettre en place des mesures correctrices telles qu’une modification alimentaire, arrêter ou diminuer le tabagisme et ensuite évaluer les conséquences sur l’organisme. Notamment grâce à des bilans biologiques pour évaluer la fonction rénale, le statut du métabolisme osseux et le stress oxydatif que cela peut engendrer.
A l’intérieur des cellules il y a des petits organismes qu’on appelle les mitochondries, qui vont être empêchés par le cadmium, ce qui va engendrer un stress d’oxydation dans les cellules. Cela peut concourir à la création de certaines maladies. Il est aussi intéressant de dépister des carences en fer, zinc ou en calcium car les études montrent que les personnes qui manquent de ces éléments vont avoir tendance à absorber d’autant plus le cadmium alimentaire. C’est un outil de prévention et de prise en charge pour accompagner cette médecine environnementale. L’intoxication au cadmium se fait sur le temps long, il n’y a pas d’urgence et il n’y a pas de traitement. On ne va pas se débarrasser du cadmium en prenant une potion magique. C’est un changement de mode de vie qui va faire qu’on va diminuer le risque de potentielle pathologie.
Une approche personnalisée
Est-il souhaitable de rechercher la présence d’autres métaux dangereux pour la santé (le mercure, le nickel, le cuivre…) ? Cela peut-il me permettre de savoir à coup sûr si je présente un risque accru de développer une maladie en lien avec des taux élevés ?
Oui, on peut doser ces métaux, mais il faut le faire de manière raisonnée. En ce qui concerne les intoxications, les plus pertinents selon le contexte sont le mercure, le plomb et l’arsenic. Il va être intéressant suivant le mode alimentaire, l’activité professionnelle. Il y a quand même le cuivre, le sélénium, le zinc, qui eux sont utiles à l’organisme et qui sont souvent en déficit.
Mais attention, en cas d’intoxication, la présence n’est pas corrélée à la maladie. Le risque dépend de la dose, de la durée d’exposition et de la susceptibilité individuelle. On sait qu’en fonction du terrain, on va être plus ou moins à même de développer une maladie quand on a été exposé. On ne vas pas proposer une recherche généralisée mais une approche personnalisée et contextualisée.
Ces analyses qui ont lieu sur tout le territoire dans des centaines ou des milliers de laboratoires servent-elles à alimenter une base de données nationale pouvant guider les autorités de santé et le législateur dans leurs choix et leurs préconisations ?
Ce n’est pas prévu mais à mon avis ce serait très pertinent. Les laboratoires pourraient alimenter les bases de données avec Santé publique France et participer à des programmes de biosurveillance. Cela permettrait d’identifier des expositions émergentes, d’ajuster des normes sanitaires, et éventuellement d’orienter les politiques publiques.
Marseille et l’étang de Berre comme déclencheurs
Inovie a par ailleurs développé une expertise à partir de l’observation des intoxications professionnelles dans la région marseillaise. Comment s’est mise en place cette capacité d’analyse et quelles avancées a-t-elle permis de réaliser ?
Cette expertise s’est construite à Marseille grâce à un tissu industriel historique, il y a aussi l’étang de Berre avec la pétrochimie et d’autres industries. En collaboration étroite avec les médecins du travail, on a développé au sein de notre plateau technique spécialisé des analyses qui permettent d’évaluer l’état de santé et des intoxications de ces travailleurs.
Cela a concouru au développement d’expertises en toxicologie biologique, à l’amélioration des méthodes de dosage de métaux et à une meilleure évaluation des expositions en milieux professionnels. Et donc maintenant c’est aussi applicable pour tout public et en population générale.
cet article vous a plu ?
Donnez nous votre avis
Average rating / 5. Vote count:
No votes so far! Be the first to rate this post.