Menace sur le coeur des femmes, jusqu’à quand ?

Le coeur des femmes explose. Diagnostic retardé, inflation des infarctus, sous-prescription des traitements, stress accru, méconnaissance des effets du tabac, de la pilule et de la ménopause... La Pr Gabrielle Sarlon (CHU Timone) et le Dr Dominique Marziale (Saint Joseph) ont tiré le signal d'alarme et proposé des solutions lors de la première rencontre médicale publique accueillie ce 3 février 2025 à Villa M Marseille.

Santé

Va-t-on bientôt en finir avec toutes ces bêtises qui entourent le coeur des femmes et qui finissent par les tuer ? Du genre : les femmes sont moins sujettes que les hommes aux maladies cardiovasculaires. « Il faut déconstruire un vieux dogme selon lequel la femme est protégée par ses hormones, tranche le docteur Dominique Marziale, cardiologue à l’Hôpital Saint Joseph de Marseille. Les hormones (estradiol) sont protectrices certes, mais insuffisantes face aux facteurs de risque cardiovasculaire et leur chute à la ménopause accentue la vulnérabilité des femmes. »

Dr Dominique MARZIALE, cardiologue, hôpital Saint-Joseph
Dr Dominique Marziale, cardiologue, Hôpital Saint-Joseph (Photos Killian Blisson).

« Vous êtes les grandes oubliées, Mesdames ! »

Ce médecin est intervenu en compagnie de la professeure Gabrielle Sarlon devant 80 auditeurs réunis ce mardi soir du 3 février 2026 à Villa M de Marseille (Groupe Pasteur Mutualité), qui lançait à cette occasion Les Pitchs des Dialogues de la Santé animés par l’auteur de ces lignes. Ce nouvel espace de débat a donc frappé fort pour son inauguration en plantant des banderilles sur un sujet de santé publique sulfureux. Car, ces experts l’ont redit : le coeur des femmes est moins bien soigné que celui des hommes !

« Pendant longtemps vous avez été les grandes oubliées de la prise en charge des maladies cardiovasculaires, souligne le Dr Marziale qui pointe un décès toutes les 7 minutes. Les femmes meurent plus souvent du coeur que du cancer du sein… mais elles le savent beaucoup moins. » Et c’est bien là le noeud du problème. Pour elles-mêmes d’abord, pour la société toute entière, y compris pour les soignants, les infarctus et les AVC seraient d’abord des pathologies très majoritairement masculines.

De + en + d’infarctus

« On constate une augmentation annuelle de 5% des infarctus chez les femmes depuis 15 ans« , observe le cardiologue, qui insiste sur la forte prévalence du tabac dans l’inflation des maladies cardiovasculaires. D’ailleurs ce chiffre de 5% de progression annuelle se retrouve dans l’augmentation du cancer féminin du poumon, alors qu’il est stable voire régresse légèrement chez l’homme.

Sont également minorés les facteurs de risque cardiovasculaire typiquement féminins listés par la Pr Sarlon, cheffe du service des Maladies vasculaires et Hypertension artérielle à l’hôpital de la Timone (APHM) : avoir eu ses règles avant 12 ans augmente le risque de développer une maladie à l’âge adulte, idem avec les ovaires polykystiques; la prise de contraceptifs oraux et sa durée accroissent le risque de thrombose, donc il faut particulièrement surveiller les taux de cholestérol et de sucre dans le sang. Des calcifications mammaires vasculaires repérées à la mammographie constituent un autre signe d’alerte.

Pr Sarlon, cheffe du service des Maladies vasculaires et Hypertension artérielle à l'hôpital de la Timone (APHM)
Pr Gabrielle Sarlon, cheffe du service des Maladies vasculaires et Hypertension artérielle à l’hôpital de la Timone (APHM)

La ménopause précoce augmente le risque d’accident

La grossesse peut également augmenter le risque, tout comme les fausses couches répétées. « Une ménopause précoce augmente le risque cardiovasculaire, c’est pourquoi il faut privilégier la thérapie hormonale substitutive le plus tôt possible, pas à 60 ans ! conseille la Pr Sarlon. La ménopause bouleverse la tension artérielle, le cholestérol, le sucre. Ce n’est pas parce qu’à 45 ans vous aviez une tension normale et un taux de cholestérol normal qu’il ne faut pas les surveiller dix ans plus tard ! Les femmes ne sont pas conscientes que la pilule, la grossesse et la ménopause sont des facteurs de risque majorés. »

Le stress et la précarité tuent le coeur

Autre facteur de risque très impactant mais là encore minoré, renvoyé scandaleusement à ces « trucs de bonne femme » : le stress – et ça, les épouses et mères en produisent tant et plus pour assurer les tâches ménagères, le suivi de la scolarité et de la santé des enfants et du conjoint, et le bien-être de la famille en général ! Notons encore que les femmes sont bien plus impactées par la dépression et une détérioration de la santé en mentale général, ce qui fragilise leur système cardiovasculaire. Gabrielle Sarlon insiste sur les violences conjugales et la précarité comme facteurs de risque émergents pour la santé du coeur et des artères.

Dr Dominique MARZIALE, cardiologue, hôpital Saint-Joseph
Le Dr Dominique Marziale a insisté pour que les femmes soient aussi fortement traitées que les hommes pour leurs pathologies cardiovasculaires.

200 femmes au cimetière… par jour

Les conséquences de cette moindre prise en compte du risque cardiovasculaire chez la femme, ce sont 200 décès… par jour en France ! Autant que les hommes. Or selon la Pr Sarlon, on pourrait éviter 80% des maladies cardiovasculaires (chez les deux sexes) avec la prévention, le dépistage, une meilleure hygiène de vie…

Devant ce faisceau de menaces, le Dr Marziale préconise un suivi coordonné renforcé entre le médecin traitant, le cardiologue, le gynécologue, les sage-femme, les infirmières et votre pharmacien. « Il faut faire évoluer nos pratiques médicales, plaide la Pr Sarlon, et quand on voit une patiente, systématiquement l’interroger sur les pathologies gynécologiques, ses grossesses, si elle a fait un diabète gestationnel, une pré éclampsie et des fausses couches, la date des premières règles… »

Les femmes moins traitées que les hommes !

Face à ce tsunami de risques qui engloutit les femmes, comment réagir ? Cette soirée à Villa M s’est également voulue un puits de solutions pratiques, de conseils à mettre en oeuvre. Le premier est d’avoir un suivi médical avec son généraliste, c’est le chef d’orchestre de votre santé.

« Combien de fois faut-il voir un cardiologue ? » a demandé une auditrice. « Une fois déjà pour faire un bilan complet, puis le médecin traitant prend le relais et on se reverra si besoin, mais ne venez pas que lorsqu’il y a un problème déjà bien ancré », implore le Dr Marziale. Qui met cependant en garde sur un phénomène inquiétant parmi les médecins : « Il y a une sous-prescription des traitements, or il faut être aussi agressif que pour les maladies cardiovasculaires chez les hommes. »

Les leviers d’action pour empêcher la maladie

Les leviers d’action sont multiples pour éviter la catastrophe. Il convient d’abord de sensibiliser et former tous les professionnels de santé cités plus haut. Comme d’inciter les femmes à demander une consultation spécifique à la ménopause pour évaluer leurs risques. Ou encore de soutenir une recherche scientifique spécifique aux maladies cardiovasculaires chez la femme. Or jusqu’à présent, la mise au  point des traitements implique seulement 20% de femmes. C’est-à-dire qu’on traite une femme comme un homme, alors qu’elle n’est pas du tout constituée comme lui – ses artères sont par exemple plus petites – et ne réagit pas toujours comme lui.

Savez-vous qu’à taux de diabète égal, ou à consommation égale de tabac, une femme a 2 à 3 fois plus de risque de faire un infarctus qu’un homme ? Savez-vous aussi qu’une femme victime d’un infarctus est prise en charge avec 30 minutes de retard sur un homme ? Car on croit d’abord qu’elle a un « malaise »… « L’infarctus tue deux fois plus chez la femme à cause de ce retard de diagnostic, déplore la Pr Sarlon. Ce ne sont pas des infos de féministes qu’on vous donne ce soir, c’est la réalité chiffrée. C’est pour ça qu’il faut que ça change ! »

 

Un super médoc : marcher vite 30 mn par jour

Dernier conseil pour tous les jours : accomplir 30 minutes d’activité physique modérée comme marcher à un bon rythme, en étant un peu essoufflé si vous parlez. « L’activité physique est un super médicament pour prévenir beaucoup de maladies, elle est protectrice, explique le Dr Marziale. Car on sécrète des molécules anti inflammatoires qui permettent de stabiliser les vaisseaux et font diminuer le risque de cancer. Mais c’est tous les jours qu’il faut faire cette activité, pas que le week-end ! C’est comme se brosser les dents ! »

La prochaine conférence organisée par Villa M (17 place Louis Bonnefon, 13008 Marseille) se déroulera mercredi 15 avril 2026 à 19h et portera sur les bienfaits et les dangers des compléments alimentaires. 

cet article vous a plu ?

Donnez nous votre avis

Average rating / 5. Vote count:

No votes so far! Be the first to rate this post.

Partagez vos commentaires.