Protoxyde d’azote : il ravage le cerveau pour de bon !

Le 26 juin 2026 l'Hôpital Saint Joseph de Marseille aborde un tabou en ouvrant un stand au public : la consommation effrénée de protoxyde d'azote, ce gaz hilarant très dangereux pour notre cerveau. 1 jeune sur 7 l'a déjà expérimenté. On parlera aussi de la cocaïne, des opioïdes et de la kétamine que consomment de plus en plus d'adultes.

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On parle beaucoup des dangers du protoxyde d’azote, ce gaz hilarant qui fait fureur chez les jeunes. Les drames se sont multipliés, notamment chez des conducteurs qui ont perdu le contrôle de leur véhicule ou bien lors de rave-party ou encore lors de soirées festives assez classiques finalement. Le phénomène a pris une telle ampleur que le gouvernement a durci la loi sur les usages détournés de ce gaz utilisé généralement pour faire de la crème chantilly. Le gouvernement a lancé une campagne nationale de sensibilisation, une journée d’information est d’ailleurs prévue ce 26 juin 2026 à laquelle va notamment s’associer l’Hôpital Saint Joseph de Marseille. Addictologue, la docteur Marie Peyrat s’alarme des usages croissant du protoxyde d’azote qui peut ravager le cerveau des ados et jeunes adultes.

Quelles sont les principales addictions qui touchent les 15-25 ans ?

Docteur Marie Peyrat : Pour vous répondre on va se baser sur les enquêtes qui sont faites lors de la Journée Défense et Citoyenneté qui interrogent les jeunes de 17 ans. On remarque quand même au fil des ans qu’il y a une nette diminution de la consommation pour les produits dont on entend le plus parler : alcool, tabac et cannabis. Et par contre on voit qu’il y a d’autres substances qui apparaissent, qui sont un petit peu nouvelles, notamment la vapoteuse avec des chiffres qui augmentent chez nos jeunes, qui vapotent davantage que les générations précédentes.

Mais qui fument un peu moins…

Exactement ! Quand ils commencent à fumer, on s’est rendu compte aussi que la première cigarette était fumée plus tard. Ce qui est de toute façon une bonne chose.

On ne se drogue pas comme son père

L’été est-elle une période propice à des addictions en particulier ?

Quand on est à la consultation et qu’on reçoit des personnes qui se posent des questions sur leur consommation, l’été peut être vu comme une période un petit peu plus propice. On est ici à Marseille, les terrasses fleurissent, il y a des apéros, les festivals de musique, plus de week-ends prolongés, des vacances. Donc c’est vrai que ça peut être pourvoyeur. Pour autant j’aime bien aussi parler de la saison hivernale qui peut être quand même associée à des dépressions saisonnières, un plus grand mal-être et donc finalement je ne retrouve pas moi, en tout cas à la consultation, de périodes qui sont plus propices l’une que l’autre. Pour différentes raisons, ça reste des contextes sujets à des consommations.

On a souvent tendance, quand on est un peu âgé, à stigmatiser les jeunes. Est-ce que les jeunes de 2026 sont plus ou moins addicts finalement que leurs parents ou que leurs grands-parents au même âge, dans les années 90 et 70 ?

On s’est vraiment rendu compte qu’il y a une différence sur le mode de consommation. Si par exemple on prend l’alcool, avant il était plutôt consommé de façon quotidienne dans la semaine. Là c’est vrai que les jeunes consomment très différemment. Peut-être avez-vous entendu parler du concept de « binge drinking ». En France on va plutôt parler des alcoolisations ponctuelles fortes.

La docteur Marie Peyrat est addictologue à l’Hôpital Saint Joseph de Marseille (Photo Ph. S)

L’alcool à haute dose bousille les organes

On se met minable le week-end, c’est ça ?

Voilà ! En fait on ne va pas consommer pendant toute la semaine et par contre on va consommer plus de 5 verres dans une soirée, pour une occasion. Et ça finalement on se rend compte que, notamment chez nos jeunes dont le cerveau est encore en train de maturer, ça peut avoir assez rapidement des conséquences sur la santé, notamment des troubles de la mémoire ou un certain mal-être. C’est très vite très fort mais nos organes ne sont pas habitués à ingérer ces consommations là dans ces quantités là. Et du coup les dommages sont quand même très sérieux et ils sont prédictifs d’ailleurs et ça c’est important quand même pour les jeunes générations. Un jeune qui a ces pratiques d’alcoolisation ponctuelle importantes a plus de risques de développer une addiction à l’alcool des années plus tard.

A-t-on a des chiffres en particulier sur les addictions dans la région PACA ?

On peut se baser sur les données de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies qui va comparer les consommations chez nos jeunes de PACA par rapport au niveau national. Si on regarde par exemple l’alcool, on se rend compte qu’on est quand même une région où les jeunes de 17 ans ont plus expérimenté et ont un usage plus fréquent que dans le reste de la France. Pour ce qui est du tabac on est dans la moyenne nationale.

Dispose-t-on de chiffres précis sur ces consommations ?

Si on prend l’alcool, dans notre région l’expérimentation touche 83,6% des jeunes pour les garçons et 81,7% des filles. Au niveau national ces chiffres sont un peu plus bas, autour de 80%. Par contre on a l’impression que nos jeunes consomment moins régulièrement que les autres jeunes dans le reste de la France.

Cocaïne + alcool : une bombe qui explose dans le coeur

Quelles sont de votre point de vue les substances les plus dangereuses, les plus redoutées, celles qui provoquent des dégâts immédiats ou irréversibles sur le cerveau ?

Dans le passé il y avait les notions de drogues dures et drogues douces qu’on n’utilise plus du tout en addictologie de nos jours. Je dirais que les produits les plus dommageables sont ceux qui sont licites, le tabac et l’alcool, qui entraînent en fait des dommages sociaux majeurs et aussi des conséquences sanitaires puisque c’est par ces produits là qu’on va avoir le plus de décès prématurés.

Après, pour vous répondre, c’est sûr que même quelqu’un qui n’est pas addict, qui va consommer une seule fois à une soirée, suivant la substance, suivant aussi comment la personne est fabriquée, cela peut avoir de lourdes conséquences pour sa santé. Je pense notamment à la cocaïne dont les effets peuvent être immédiats sur une seule prise avec des tableaux d’infarctus du myocarde – les artères au niveau du cœur se bouchent – ou des tableaux d’accidents vasculaires cérébraux, ce qu’on appelle plus simplement les attaques cérébrales. Il y a un risque dès la première prise.

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A 40 ans il a un coeur de nonagénaire !

La consommation de cocaïne en France aurait doublé en quelques années parce que c’est une drogue qui est devenue moins chère, qui arrive d’Amérique latine notamment très facilement. Aujourd’hui il y aurait un million de consommateurs. Vous la constatez, cette augmentation ?

C’est un produit qui s’est démocratisé; ça veut dire qu’avant c’était peut-être moins accessible, là c’est très présent quel que soit le milieu socioculturel. On a aussi vu avec ce qui s’appelle le dispositif Synthèse, qui est un dispositif d’analyse des produits, que la cocaïne est à la fois de plus en plus pure et de moins en moins chère. Donc ça veut dire qu’en plus d’être accessible, elle est de meilleure qualité, ce qui peut renforcer le côté addictif de ce produit là. Pour le coup on va être très vigilants à ce sujet.

Cela a quand même des conséquences notables au niveau vasculaire, au niveau du cœur, de notre cerveau. Sur Saint Joseph on a un service de cardiologie où on a aussi des jeunes qui vont consommer de façon mélangée la cocaïne et l’alcool; ça c’est extrêmement cardiotoxique, ça vient abîmer notre cœur. A 40 – 50 ans on va avoir comme un cœur de quelqu’un qui aurait 90 ans, donc ça c’est vraiment des phénomènes inquiétants et on n’aime pas bien les mélanges de substances avec leurs conséquences sur le corps.

La kétamine, un anesthésique de cheval

La kétamine serait de plus en plus présente en matière d’addiction, de quoi s’agit-il ?

Au départ c’est un traitement anesthésique plutôt utilisée en médecine vétérinaire. En France en 2026 c’est aussi utilisé dans le cadre de l’anesthésie, dans le cadre de gestion de la douleur notamment quand on cherche à se sevrer de certains médicaments. C’est aussi employé maintenant dans le cadre de certaines dépressions résistantes. C’est une molécule qu’on peut retrouver dans des points de deal et que les personnes peuvent consommer. On a vu une mutation. Au départ ce produit faisait un petit peu peur parce que c’est un anesthésique puissant capable d’endormir les chevaux, donc ce n’était pas très populaire.

Et puis là, vraiment, on va dire sur les 10 – 15 dernières années, son usage s’est répandu. Des personnes disent qu’en fonction de la dose elles vont avoir certains effets. Il y a un côté où on peut manier les effets psychoactifs qu’on a en fonction de ce qu’on vient de consommer. Donc c’est un vrai sujet. Les jeunes en consomment plutôt un petit peu moins que le reste de la population, ça concernerait quand même 2,6% des adultes en 2023 qui ont déjà testé de la kétamine.

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Protoxyde d’azote et risque d’asphyxie

Nous allons évoquer la consommation de protoxyde d’azote. C’est un gaz hilarant dont l’usage a été détourné de de la pâtisserie, c’est bien ça ?

Au tout départ, c’est un chimiste anglais Joseph Priestley qui l’a découvert, ça remonte quand même à 1772 ! Ce n’est pas tout à fait récent. C’est un gaz qui est connu depuis au moins 100 ou 150 ans dans tout ce qui est aussi prise en charge de la douleur. Quand on est médecin, on va l’utiliser mélangé à la moitié d’oxygène, donc moitié protoxyde d’azote moitié oxygène. C’est ce qu’on appelle le meopa et donc ça on peut en donner en pédiatrie, à l’âge adulte, etcetera, et ça peut permettre de faire certains gestes sans douleur. Mais ça c’est sur le plan médical. Le protoxyde d’azote qui est dans la rue, que les jeunes ou les moins jeunes peuvent consommer, ne contient que du protoxyde d’azote. C’est ce qui en fait aussi un des risques, c’est qu’on peut s’asphyxier en en consommant de façon répétée des ballons.

La mémoire et la marche sont affectées

Un jeune sur 8 à peu près dans la tranche des 18-24 ans consommerait du protoxyde d’azote selon l’Assurance maladie. Pourquoi ce gaz qui fait rire est-il potentiellement si dangereux ?

On constate même pour un premier usage des conséquences possibles. Il y a par exemple une perte du tonus. On peut tomber plus facilement. Je vous parlais de l’asphyxie. La façon dont est consommé ce gaz – on va mettre parfois la cartouche directement à la bouche pour inhaler plus rapidement le gaz mais le gaz sort très froid de la bonbonne, donc on peut s’abîmer au niveau des lèvres, avoir des engelures, donc ça c’est vraiment sur les risques à court terme.

Il y a également – c’est de plus en plus connu grâce à des campagnes de prévention – le risque de perdre le contrôle de son volant si on a consommé avant. Et sur le plus long terme, c’est des choses qu’on voit ici à l’hôpital, les jeunes qui arrivent avec des consommations de protoxyde d’azote sur le long cours vont avoir des répercussions neurologiques. Ils vont avoir des fourmillements qui sont assez désagréables, des pertes de tonus musculaire, des troubles de la marche et également beaucoup de troubles de la mémoire. C’est des jeunes qui vont vous dire « Même mon code de carte bleue, là, j’ai oublié ce que c’était. » Donc ça nous inquiète et on ne sait pas bien l’évolution sur le long terme de ces symptômes.

Les victimes connaissent souvent les risques

Si un jeune vient consulter pour ces troubles là même s’il arrête de prendre du protoxyde d’azote, la situation ne va pas forcément rentrer dans l’ordre ?

Ce qui va être recommandé, c’est vraiment l’arrêt et la mise à distance du protoxyde d’azote. Sans rentrer trop dans les détails, le protoxyde d’azote utilisé de façon chronique altère la métabolisation de la vitamine B 12 qui est essentielle pour nos nerfs. Le pronostic de récupération est vraiment fonction de l’arrêt total des produits parce que, bien sûr, on va supplémenter nos usagers. Mais si on supplémente alors que la personne utilise du protoxyde d’azote, c’est comme le tonneau des Danaïdes : on va remplir un puits qui n’est pas fonctionnel, donc ça ne va pas aider.

Est-ce que selon vos observations ces jeunes présentent un profil particulier ?

On voit quand même que ce sont des personnes – je tiens à le dire – qui ont un certain niveau de connaissance des dangers. Il y a quand même des informations qui circulent sur les réseaux. Je ne sais pas si elles sont toutes correctes mais quand je les interroge, souvent ces jeunes me disent « Bah oui c’est vrai que je savais que ça pouvait faire ça » mais peut-être en se disant « Moi non, ça ne m’arrivera pas. »

Il y a un certain nombre de personnes qui sont assez mal à l’aise parce qu’elles sont en difficulté pour trouver un emploi, ont un mal-être général. J’ai une anecdote récente d’une jeune que j’ai rencontrée, dont la consommation de protoxyde d’azote s’est par exemple aggravée après un traumatisme. Elle était passagère dans une voiture, son ami conduisait en ayant pris du protoxyde d’azote et depuis en fait elle a des scènes de reviviscence de cet événement douloureux et ça a majoré sa consommation de proto, probablement pour gérer son anxiété post accident de la voie publique.

On peut devenir addict au proto

Le protoxyde d’azote est-il une substance à laquelle on devient accro ?

Quand on regarde le phénomène addictif, il y a un manuel psychiatrique qui s’appelle le DSM5 qui va passer en revue certains éléments qui doivent nous faire dire s’il y a ou pas une addiction. Dans ces exemples là, il y a par exemple « je fais un effort tous les jours pour ne pas consommer autant de ballons qu’hier ». Il y a le fait peut-être d’avoir réduit mes sollicitations amicales, d’avoir refusé certaines sorties, peut-être aussi d’avoir dépensé une certaine somme d’argent pour trouver ce produit. Finalement, quand on regarde ces différents critères, ça peut tout à fait correspondre avec ce qui se passe pour certains jeunes. Donc oui on peut parler d’addiction au protoxyde d’azote.

Qu’est-ce qui fonctionne en matière de sensibilisation ? Quel discours ?

En addictologie on défend beaucoup les actions de sensibilisation. Déjà évidemment on informe sur ce que sont ces produits là. Et puis peut-être que, tourner les choses un peu différemment par exemple pour un jeune, ça pourrait être : et toi, où est-ce que tu en es avec le protoxyde d’azote ? Plutôt formuler une question que d’annoncer des choses terribles qui en fait, finalement, font peur mais ne vont pas forcément mettre la personne en mouvement pour qu’elle change de façon de consommer, ça c’est la première chose.

Après, on a vraiment notamment sur Marseille de la chance. Il y a des associations qui passent dans les milieux festifs, comme Le Monde des Possibles avec le Delta Festival. En addictologie on va aussi beaucoup défendre ce qu’on appelle la réduction des risques, c’est-à-dire que probablement telle ou telle personne va avoir ce soir une consommation de protoxyde. Eh bien on peut peut-être aller la voir en lui disant « Evite de mélanger les substances. Si tu consommes, assieds toi, ça évitera que tu tombes si jamais il y a une perte de tonus, hydrate toi, assure toi qu’il y a peut-être quelqu’un qui veille sur toi et qui est lucide. Tout ça c’est vraiment des choses qui nous semblent très pertinentes pour qu’après les usagers, s’ils souhaitent consommer, puissent consommer dans des conditions qui soient le moins délétères possible pour eux.

Proto, kétamine et opioïdes : Saint Jo crève l’abcès

A l’occasion de la Journée nationale d’information sur les drogues, et le trafic de drogue, ce 26 juin ici à l’Hôpital Saint-Joseph vous allez parler du protoxyde d’azote j’imagine ?

On s’est basé sur 3 produits. Le protoxyde d’azote sera effectivement abordé, la kétamine dont on vient de parler à l’instant et puis on a aussi souhaité faire un focus sur les médicaments antalgiques qu’on appelle les opioïdes. C’est pour cela qu’on aura des collègues de Saint Joseph avec notamment une des médecins neurologues, une des médecins de la douleur mais aussi notre service de santé et de prévention au travail.

On aura aussi l’aide de l’APHM avec le service d’addicto et pharmaco vigilance qui va venir nous aider à animer cette journée. Notre souhait est vraiment de pouvoir sensibiliser bien sûr les jeunes et peut-être les parents, ils sont les bienvenus, et aussi de parler à nos professionnels de Saint Joseph de ce que sont potentiellement les risques de consommation de ces substances qui peuvent toucher tout le monde, même des gens qui travaillent à l’hôpital.

Rendez-vous vendredi 26 juin de 10h à 12h, hall du bâtiment Fouque, Hôpital Saint Joseph (accès recommandé par le boulevard Latil en raison des travaux). Métro Rond-Point du Prado, 13008 Marseille.

Entrée de l’hôpital Saint Joseph par le boulevard Latil.

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