Stéphane Benhamou, président du MEDEF Sud, a rencontré la presse ce 29 octobre à Marseille pour évoquer une rentrée gorgée d’inquiétudes. Dans une parole franche et sans tabou, il estime que l’État est arrivé au bout d’un mode de fonctionnement qui démoralise et épuise entrepreneurs, salariés et ménages…
« Nous sommes à la fin d’une histoire. Ce qui s’est passé le 17 octobre, puis le 24, est la traduction d’un pays fracturé. La cohésion sociétale est entamée. Je ne peux pas l’accepter » a déclaré Stéphane Benhamou, marqué par les pillages et destructions de 300 commerces à Marseille et plusieurs dizaines à Nice, Toulon, Avignon.
Il pointe « la coresponsabilité exécutive et législative » d’un État défaillant dans l’exercice de ses missions régaliennes et inapte à réfléchir à d’autres solutions que des alourdissements de charges et d’impôts pour ceux qui travaillent.
Il évalue à 11 milliards d’euros les impacts sur les entreprises des orientations budgétaires du gouvernement, soit « 550 euros par salarié », et juge inadmissible de faire peser les déficits sur les comptes d’exploitation des entreprises quand les prélèvements obligatoires s’élèvent déjà à 46 %.
« Cette spirale infernale est mortifère. Les mauvaises nouvelles s’accumulent, l’inquiétude est réelle » insiste-t-il, soucieux pour la jeunesse, pour tous les secteurs, commerce, industrie, agriculture, économie sociale et solidaire, et pour l’ensemble des citoyens.
« La réponse est dans l’entreprise, dans la capacité à offrir du travail pour avoir d’autres perspectives que des tentations nauséabondes de violences, de drogue, telles que nous pouvons les connaître ».
« Un pouvoir hors-sol et désœuvré »
Le président du MEDEF Sud salue la réactivité des institutions et organisations professionnelles et consulaires pour instaurer des dispositifs de solidarité, mais il redoute une amplification de « la situation dramatique » au vu du budget qui se dessine et d’une Assemblée nationale qui se déchire.
« La confiance est entamée, le pouvoir hors-sol et désœuvré, la parole politique décrédibilisée… Ce n’est plus seulement le pouvoir d’achat qui est affecté, c’est le vouloir d’achat. La peur de l’avenir s’ancre dans les têtes. Cette fracture sociétale détruit le vivre ensemble et nourrit le refus du partage et le repli sur soi » alors qu’avec l’approche des fêtes de fin d’année, les centres-villes, notamment, en auront plus que jamais besoin pour ne pas péricliter (le taux de vacance commerciale atteint 20 % à Marseille, dit-il) et laisser la place demain, selon lui, aux marchands de sommeil et points de deal.
« 40 % du chiffre d’affaires se réalise en fin d’année » précise Stéphane Benhamou.
Deux forums pour débattre et proposer
Cet « optimiste actif », comme il se définit, veut néanmoins ouvrir le débat d’idées et de propositions.
Vis-à-vis de la jeunesse, un forum se tiendra à l’ESCAET à Aix-en-Provence le 1er décembre afin de mieux corréler les attentes des jeunes et des entrepreneurs sur l’économie verte, l’IA responsable, les débouchés des filières scientifiques et d’ingénierie ou la féminisation des emplois.
« Nous avons la responsabilité de nous adapter. Nous espérons faire émerger des perspectives » confie-t-il. Une dizaine d’établissements d’enseignement supérieur et universitaires prévoirait de s’y associer.
Auparavant, le 19 novembre chez AG2R à Marseille, le MEDEF Sud confrontera les représentants locaux des candidats à l’élection présidentielle dans un « débat libre et sans tabou » sur les transformations à mettre en œuvre.
Pour Stéphane Benhamou, les actions futures doivent faire une plus grande place aux réalités territoriales où se situe « la vraie vie ».
Mais il alerte : « Le danger qui nous guette est une forme de smicardisation de la société quand le travail est mis à mal dans sa valeur et sa rémunération. La démarche vertueuse « tu travailles, tu progresses, tu gagnes plus » est bousculée. Ce climat anxiogène se renforce par une concordance mentale entre les citoyens, les consommateurs et les entrepreneurs, néfaste pour notre pays. Nous nous y opposons. Dans nos entreprises, nos collaborateurs nous soutiennent. Ils ressentent un sentiment d’injustice qui les fait se demander à quoi ça sert de travailler dur. La conscience économique des salariés est totale sur ce plan ».
Mobiliser une force de frappe pour influer
Stéphane Benhamou appelle les entrepreneurs à ne pas se résigner, mais « à se mobiliser en force de frappe qui peut influer pour faire comprendre que l’intérêt d’un pays, c’est d’avoir et de favoriser des entreprises prospères ».
Provence-Alpes-Côte d’Azur compte de nombreux atouts pour attirer projets, investissements et recrutements, des industries de Fos-Berre au numérique dans les Alpes-Maritimes en passant par la Défense dans le Var ou l’aérien dans les Hautes-Alpes.
Par l’implication collective, il espère obtenir le consensus le plus large sur la situation de la France qui entraîne aussi sa « déconsidération dramatique » vu de l’étranger.
« Il n’existe pas encore » regrette-t-il.
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