Il ya 6 ans, le ciel tombait sur la tête de Balram Dyal sous la forme d’un cancer colorectal très agressif. En plein Covid il était opéré à Nice. Aujourd’hui, cet ingénieur varois installé à Fréjus va bien mais au prix de lourds traitements qui lui ont laissé des séquelles. Jeune quinquagénaire, Balram avait pourtant bien reçu l’invitation des autorités de santé à faire le test, mais il n’avait pas répondu. Pas de temps à perdre, et puis ce sportif aguerri et de surcroît végétarien se croyait quand même protégé.

« Lors de la deuxième invitation deux ans plus tard, j’ai fait le test à la maison. Un médecin m’a appelé quelques jours plus tard pour m’inviter à passer une coloscopie parce que le test avait révélé des traces de sang microscopiques. J’y suis allé avec la peur au ventre, et la nouvelle est tombée : cancer. »
Faites le test surtout si vous allez bien…
Silence. Puis applaudissements dans la salle du Théâtre du Forum de Fréjus par les quelque 150 auditeurs venus s’informer ce mercredi soir de mars 2026 à l’invitation de notre média sur la prévention du cancer colorectal, le 2e cancer le plus mortel dans notre pays avec 17 000 décès annuels, et 47 500 nouveaux cas. Tous ont salué le courage de témoigner de cet homme qui aujourd’hui est guéri mais doit suivre un régime strict, et conserve un embarras intestinal permanent.
Le message c’est : faites le dépistage tous les deux ans dès 50 ans (test gratuit et indolore à demander à son pharmacien ou son médecin). Le docteur Basile Ivacheff, médecin généraliste à Saint-Raphaël, l’a martelé : « Les gens concernés par ce test sont les gens qui vont bien« . Ou qui pensent aller bien, comme Balram qui ne présentait alors aucun symptôme. « Avec le test, on recherche du sang invisible dans les selles, précise le médecin. Si on déjà des saignements, on va directement faire une coloscopie à l’hôpital. »

12 000 cancers dépistés grâce au test
Sur 100 tests réalisés, seuls 4% reviennent positifs. Ces patients sont invités à passer une coloscopie sous anesthésie générale et alors dans 30 à 40% des cas le gastro-entérologue va retirer des polypes encore bénins et l’affaire s’arrêtera là. Mais dans 8% des cas il va identifier un cancer qu’il s’agit de traiter. « Nous dépistons 11 000 à 12 000 cancers du côlon et du rectum chaque année grâce au test immunologique fécal et 55 000 adénomes (polypes) pouvant se transformer en cancer au bout de quelques années sont retirés préventivement. » Donc le test c’est hyper efficace !
Le Dr Ivacheff a rappelé que ce test prend 5 minutes : il suffit de tremper un bâtonnet dans son caca puis de l’envoyer sous enveloppe T pour analyse en remplissant bien le formulaire. L’enveloppe bleue fournie préalablement contient tout l’équipement nécessaire et une notice d’utilisation : c’est un jeu d’enfant. Dans l’idéal, réalisez ce test le dimanche ou le lundi afin de toujours le poster en début de semaine car l’analyse doit être faite avant six jours.

Plus de cancers avant 55 ans
Chef du service de gastro-entérologie au Centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël, le docteur Jean-François Codoul estime que « la meilleure prise en charge de ce cancer, c’est le dépistage« . Si c’est autour de 71 ans que survient en moyenne ce cancer, le praticien tire la sonnette d’alarme. Constatant une progression du cancer chez les moins de 55 ans, il plaide pour un élargissement du dépistage dès 45 ans.

« Il y a 30 ans, c’était 1 cas sur 10 avant cet âge, aujourd’hui c’est 1 cas sur 5. Sans doute est-ce lié à notre mode de vie, comme notre alimentation. Mais alors le cancer est la plupart du temps beaucoup plus agressif. Souvent les patients avaient des saignements apparents depuis longtemps, ils pensaient à tort qu’il s’agissait d’hémorroïdes ! »
Attendre 3 mois, c’est trop d’angoisse !
A l’autre bout du spectre, en raison de l’allongement de la vie, le Dr Codoul préconise de continuer à faire le test jusqu’à 80 ans. Or la Sécu stoppe les invitations à 74 ans. Si les médecins le jugent opportun et quel que soit votre âge, ils peuvent vous prescrire un test à réaliser en laboratoire (comme pour une analyse d’urine). « On opère des gens en bonne santé jusqu’à 90 ans. » Mais surtout le Dr Codoul incite les 50-74 ans à faire le test tous les deux ans afin de sauver des milliers de vies chaque année. « Si on passait de 30% de participation à 50%, on ferait baisser la mortalité de 20%. »

Tirant une nouvelle flèche, ce toubib déplore le délai d’attente entre un test positif et une coloscopie : de 3 à 4 mois, quand les préconisations sont de 45 jours. « C’est une semi urgence certes, mais vous êtes pris de panique quand vous recevez le résultat positif. Attendre 3 à 4 mois, ce n’est pas possible. » Il fustige aussi les dépassements d’honoraires de certains praticiens pouvant atteindre 200 euros pour une simple coloscopie, ce qui exclut de fait certaines personnes aux faibles ressources.
Ces risques qu’on peut écarter
La Dr Morgane Sallette a passé en revue les facteurs de risque. Si on ne peut rien en matière d’hérédité ou de maladies inflammatoires de l’intestin, elle rappelle qu’on peut agir sur notre mode de vie pour réduire la malchance de développer ce cancer. Le tabac et l’alcool sont des éléments prépondérants, souligne la gastro-entérologue de la clinique des Lauriers à Fréjus. « Même un fumeur occasionnel ou léger augmente son risque de 20%. »
La viande rouge consommée en excès (maximum 500 grammes par semaine ) et la charcuterie qui doit rester « occasionnelle pour un apéro » (150 g max/semaine) sont pointées du doigt dans cette progression des cancers. L’obésité également accroît le risque de 30%. Or 17% des adultes sont obèses et 30% en surpoids. « L’obésité est souvent liée à une alimentation déséquilibrée et à un mode de vie sédentaire. Elle entraîne une modification du microbiote et une augmentation de l’inflammation. » Et l’inflammation, c’est le carburant des cancers.
Lisez les étiquettes au supermarché !
La Dr Sallette alerte sur l’alimentation ultra-transformée du supermarché et des fast-food. C’est là encore 20% de risque supplémentaire. Elle nous invite à lire les étiquettes et à bannir les aliments aromatisés, tout ce qui contient du glutamate monosodique E621, du dioxyde de titane E171, des colorants alimentaires synthétiques, les substituts du sucre type sucralose. Elle recommande une alimentation riche en fibres (fruits et légumes) et en calcium via les laitages, ce sont des protecteurs du cancer colorectal.
Enfin, l’activité physique est l’autre pilier de la prévention à raison d’au moins 30 minutes de marche rapide par jour. Par ailleurs, elle diminue de 30% le risque de rechute, selon le docteur Bruno Valenza, oncologue médical.
Gare à l’anémie et l’amaigrissement…
La Dr Cécilia Quintana a listé, en plus du sang dans les selles, les symptômes qui doivent alerter et conduire directement à la coloscopie : diarrhée inexpliquée, constipation récente, douleurs abdominales persistantes, amaigrissement, anémie… Pour cette gastro-entérologue de l’hôpital, il ne faut pas avoir peu de la coloscopie. « Le plus désagréable, c’est la préparation la veille de l’intervention pour nettoyer le côlon avec un laxatif à boire, plus un régime sans résidu durant 72 heures. Une bonne préparation augmente la sécurité et l’efficacité de la coloscopie. »
Si le médecin détecte un polype, il va généralement le retirer durant l’intervention (dans 30 à 40% des cas) et on n’en parlera plus. Jusqu’à la prochaine coloscopie 7 à 10 ans plus tard. « Un polype met 5 à 10 ans pour dégénérer. Il est important de le retirer sinon il peut progresser en profondeur dans le muscle puis proliférer vers l’ensemble de l’organisme. »
Chirurgie mini-invasive
Dans ce cas, on fait appel au chirurgien. C’est le domaine de la docteur Héloïse Seux, cheffe du service de chirurgie digestive et viscérale de l’hôpital qui appelle elle aussi à se « méfier de ce qui ressemble à des hémorroïdes. Trop de patients qui ont un cancer colorectal me disent qu’ils avaient du sang dans les selles depuis longtemps en croyant que c’était des hémorroïdes« .

« L’opération se fait de façon mini-invasive, par coelioscopie. On enlève la partie du côlon ou du rectum touchée ainsi que les ganglions car ce sont les premiers relais du cancer, ceux qui vont le diffuser vers les autres organes et notamment le foie. » L’intervention peut durer de 2 à 4 heures.
Il faut le dire, comme Balram, ces malades entrent généralement dans un processus assez lourd, pouvant associer chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, avec la pose temporaire d’une stomie – une poche pour recueillir les excréments et ainsi permettre à l’intestin ou au rectum de cicatriser.
Un cancer très dangereux
Les traitements médicamenteux, c’est justement le rayon du Dr Valenza en cas de phase avancée du cancer, lorsqu’il a essaimé vers d’autres organes (foie, péritoine, poumons et ganglions), ou si la tumeur primitive est volumineuse. « On a énormément progressé. En phase métastatique, l’espérance de vie a été triplée en 40 ans. De 12 mois on est au-delà de 3 ans voire beaucoup plus. » Cinq ans après l’apparition du cancer, 63% des patients sont encore en vie. C’est donc un cancer extrêmement dangereux, pouvant nécessiter des traitements lourds et longs.

Le développement des thérapies ciblées constitue une formidable avancée. « Elles bloquent l’irrigation des cellules cancéreuses pour les détruire en les empêchant de se nourrir. Des traitements bloquent la multiplication des cellules cancéreuses en s’adaptant au profil exact de la tumeur du patient. D’autres stimulent le système immunitaire du patient pour mieux combattre la maladie. » Pour illustrer son propos, le Dr Valenza a balancé une affirmation qui a glacé la salle : « Tous ici dans cette salle, tous les jours, on fait des cancers mais notre système immunitaire détruit ces cellules. » Ouf !
Innovations permanentes
Les traitements multimodaux sont souvent la règle en cas de métastases. Au registre des innovations, on trouve la radiofréquence qui va griller littéralement la tumeur d’une taille inférieure à 4 centimètres et éviter la chirurgie. Avec la chimio-embolisation, le médecin va passer par l’artère fémorale et monter jusque dans le foie avec un cathéther pour délivrer dans l’artère qui irrigue et nourrit la tumeur de petites billes chargées de chimiothérapie.
Enfin, depuis deux ans, la greffe de foie peut être indiquée chez des patients dont le foie est métastatique par suite d’un cancer colorectal, jusqu’à 70 ans. Ils doivent être par ailleurs en relativement bonne santé car c’est une opération très lourde. On le voit, les progrès dans le traitement du cancer colorectal sont incessants et prometteurs.
C’est tout ceci qu’a souligné la docteur Françoise Kaidomar, gériatre à l’hôpital et vice-présidente de l’Agglomération Estérel Côte d’Azur partenaire de cette conférence. Elle s’est réjouie du travail en profondeur conduit en matière de prévention. Au vu des applaudissements nourris tout au long de la soirée, les Azuréens sont reconnaissants à leurs formidables médecins.

On affiche déjà complet à Nice
Merci à Elsa Leduc du service communication du centre hospitalier et à Sophie Tedesco du service Santé Vaccination Prévention de l’agglomération pour leur implication à nos côtés, ainsi qu’à la CPTS locale, la Ligue contre le Cancer et l’association Mon réseau cancer colorectal représentée par Balram Dyal..
Dernière conférence de la campagne de sensibilisation au cancer colorectal 2026 conduite par MProvence : mercredi 25 mars à 18h à Nice, salle du Stockfish. C’est complet, veuillez nous en excuser.


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