Le cancer du poumon est le plus meurtrier avec 30 000 décès chaque année en France et particulièrement dans notre région PACA où l’on fume beaucoup. Les fumeurs et les anciens fumeurs sont les plus à risque mais il y a aussi d’autres causes comme la pollution et bien sûr le tabagisme passif. Heureusement le dépistage est efficace et les traitements progressent, comme nous allons le voir avec le professeur Laurent Greillier, pneumologue et chef du département de Pneumologie, Allergologie et Cancérologie à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille. Il participera à une conférence publique et gratuite organisée par MProvence, « Protégeons nos poumons du cancer », mercredi 29 avril 2026 à 18h à Marseille.
soutient la campagne « Protégeons nos poumons »
Comment expliquez-vous que le cancer du poumon continue à touchttps://mprovence.com/larme-la-plus-efficace-contre-le-cancer-du-poumon/bristol-myers_squibb_logo_2020-svg-1/her autant de personnes, et notamment une proportion plus importante de femmes depuis quelques années ?
Professeur Laurent Greillier : La principale raison est le tabagisme qui reste toujours un fléau en termes de santé publique. Pour vous donner un ordre d’idée, dans le cancer du poumon, c’est 8 cas sur 10 qui sont directement attribuables au tabac. Donc comme dans notre pays et dans notre région il y a encore beaucoup de fumeurs, comme en plus il y a quand même une latence entre la période où on fume et où la maladie peut apparaître, ça explique qu’il y a encore beaucoup de cas de cancer du poumon qu’on observe aujourd’hui, donc beaucoup de patients à prendre en charge.
Quand vous parlez de « latence », c’est combien de dizaines d’années entre le moment où on commence à fumer et le moment ou peut apparaître un cancer ?
Classiquement on dit que c’est un temps de latence de 30 à 40 ans entre le début du tabagisme et l’apparition de la maladie.
Toux, essoufflement, fatigue, perte de poids : c’est anormal
Rappelez-nous les symptômes qui peuvent faire penser à un cancer du poumon, ce qui doit alerter.
Naturellement les symptômes respiratoires doivent forcément alerter, notamment un fumeur. Que ce soit de la toux, de l’essoufflement, le fait de cracher ou de cracher du sang. Et même plus largement que ça, tout symptôme inhabituel, et notamment chez un fumeur, ça doit mettre la puce à l’oreille et faire évoquer la possibilité qu’il s’agisse d’un cancer du poumon. Quand je dis ça, je pense à des symptômes généraux comme une fatigue inhabituelle, une perte de poids inhabituelle et parfois des symptômes qui sont en dehors du thorax.
Donc vraiment tout ce qui est inhabituel notamment chez un fumeur ça doit faire évoquer la possibilité que ça puisse être un signe de cancer du poumon. Et ce d’autant que dans cette maladie, les symptômes n’apparaissent que tardivement dans l’histoire naturelle du cancer. Autrement dit quand les premiers signes arrivent, c’est que la maladie est déjà avancée. Quand la maladie est un stade plus précoce justement, elle n’entraîne pas de symptômes. On pourra en reparler mais c’est tout l’intérêt de développer le dépistage dans cette maladie. Parce qu’on a des outils aujourd’hui qui sont capables de détecter la maladie quand elle est présente mais avant l’apparition des symptômes.

Une petite précision, quand on est fumeur et qu’on tousse, ce n’est pas normal…
Quand on est fumeur et qu’on tousse, ce n’est pas normal. Quand on est fumeur et qu’on est essoufflé, ce n’est pas normal. Ces symptômes là traduisent forcément qu’il y a un problème au niveau respiratoire, pas forcément un cancer du poumon. Il y a aussi une autre maladie grand public, c’est la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive). C’est une maladie des bronches qui vient justement des effets néfastes du tabac sur l’appareil respiratoire et qui entraîne ces symptômes – la toux, l’essoufflement. C’est une maladie qui conduit à terme à l’insuffisance respiratoire. C’est aussi une grande cause de mortalité liée au tabac.
Des cancers à l’âge de… 30 ans !
A partir de quel âge voyez-vous arriver des patients dans votre service ?
L’âge moyen si j’ose dire où on détecte les cancers du poumon aujourd’hui, c’est autour de 66 ans chez les femmes et 68 ans chez les hommes. Mais on voit des cancers du poumon à la fois chez des patients très, très âgés, mais aussi chez des patients très jeunes aux alentours de 30 ans.
30 ans ? Donc on n’est plus sur le délai de latence de 30 – 40 ans là ?
Non. On ne comprend pas encore tout parfaitement mais il y a des susceptibilités individuelles au tabac, aussi à d’autres substances cancérogènes – je pense notamment au cannabis – qui font qu’à exposition égale il n’y a pas une égalité de risque de développer un cancer du poumon. On voit bien que certains individus sont plus sensibles que d’autres à l’exposition à des cancérogènes.
C’est un phénomène nouveau ou c’est constant depuis toujours ces cancers qui arrivent à ces jeunes ?
J’ai l’impression qu’on voit davantage de cancers chez les jeunes aujourd’hui et qu’on en voit aussi davantage chez les sujets âgés. Par rapport au début de mon exercice (NDLR : environ 25 ans) j’ai plutôt l’impression que l’éventail des possibilités s’est allongé.
Des progrès dans tous les traitements
Est-ce que la prise en charge thérapeutique des patients connaît des progrès significatifs, concrètement ? Arrivez-vous à améliorer la survie des patients ?
Oui on en est très heureux d’ailleurs même si on n’est pas arrivé au bout de ce qu’on aimerait faire puisque notre objectif c’est naturellement de guérir tous les patients. Mais quand même. En une vingtaine d’années on a multiplié par 2 nos résultats et on a multiplié par 2 le nombre de patients qu’on arrive à guérir d’un cancer du poumon. On a encore beaucoup de progrès à faire mais on en a fait déjà pas mal avec les différents types de traitements, que ce soit les traitements qu’on applique au niveau local comme la chirurgie du cancer du poumon qui a connu beaucoup de progrès dans la préparation des opérations, le geste lui-même avec des techniques aujourd’hui robot-assistées et puis des programmes de récupération accélérés après la chirurgie.
Il y a d’autres types de traitements locaux comme la radiothérapie, la radiologie interventionnelle qui ont aussi beaucoup progressé sur le plan technologique. Et après sur les traitements qu’on dit systémiques – les médicaments au sens large – il y a eu d’immenses progrès dans les domaines d’abord de la chimiothérapie puis des traitements ciblés, plus récemment des immunothérapies. On s’est améliorés un peu partout et ça se ressent déjà sur les résultats.
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« On guérira tout le monde »
Vous avez dit qu’on a doublé le nombre de personnes qu’on guérit, c’est-à-dire qu’aujourd’hui on guérit combien de personnes du cancer du poumon, quel pourcentage ?
Encore trop peu. Mais ce qui est souvent communément admis comme pour parler de guérison, c’est un délai de 5 ans après le traitement de la maladie. Aujourd’hui on estime dans les cancers du poumon, et ce sont les données nationales en France, qu’il y a 20% des patients qui sont vivants 5 ans après le traitement d’un cancer. Il y a 20 ans c’était 10%. On fait 2 fois mieux aujourd’hui. Mais il y a encore 80% de marge, encore 80% de progrès à faire pour guérir tous les patients à terme.
Justement est-ce que vous nourrissez des espoirs importants, particuliers, en fonction des progrès de la recherche médicale dans les années à venir ? Etes-vous sur des pistes prometteuses ?
Il y a plein, plein de pistes de recherches. Plus on avance, plus on se rend compte que c’est compliqué. Le cancer est une maladie compliquée. Les cellules cancéreuses sont toujours capables de s’adapter pour contourner les traitements qu’on leur met en face. Donc on avance petit à petit et on va de plus en plus loin dans la complexité. Je pense qu’à terme on y arrivera. Comme on y est arrivé au siècle dernier avec les maladies infectieuses. Les maladies de ce siècle, ce sont plutôt les maladies cancéreuses. Je suis convaincu qu’un jour ou l’autre on va y arriver. Il va falloir encore du temps mais il y a aussi une autre voie d’amélioration. Si on arrive à détecter la maladie très tôt dans son évolution, là c’est beaucoup plus facile de la guérir que lorsqu’elle est diagnostiquée au moment où il y a les symptômes, c’est-à-dire où les gens ressentent quelque chose d’anormal et viennent nous consulter.
Le dépistage est un levier plus rapide
Quand la maladie est avancée, on arrive à à soigner les malades. On arrive à prolonger leur vie, à améliorer leur qualité de vie. Mais on n’arrive pas encore à les guérir complètement alors qu’au stade précoce de la maladie, avant qu’il y ait des symptômes, si on est capable de détecter la maladie, là on peut plus facilement la guérir. Et ça c’est un levier qui est actionnable beaucoup plus rapidement encore que les progrès de la science fondamentale.
On va parler du dépistage. Estimez-vous que le scanner à faible émission, à faible dose, est le recours le plus efficace pour dépister un cancer du poumon justement à un stade précoce ?
Oui et à ce jour il y a une démonstration scientifique très, très claire de l’intérêt de ce scanner thoracique qui est un scanner thoracique très simple. On dit qu’il est faiblement dosé. Il y a une très faible dose de rayonnement ionisant, il n’y a pas d’injection de produit de contraste, donc c’est un examen très rapide. Il y a au moins 2 grandes études internationales qui ont démontré son intérêt. Une étude nord-américaine, l’étude NLST, et une étude européenne plus récente (2022), l’étude Nelson, dont les résultats sont parfaitement concordants.
Ils montrent que le fait de faire un premier scanner mais aussi des scanners réguliers chez des fumeurs ou des anciens fumeurs, qui sont la population la plus à risque de développer un cancer du poumon, cela permet de réduire d’un coup de 20% la mortalité par cancer. Et même ça permet de réduire la mortalité toutes causes confondues. Donc c’est clairement démontré : le scanner thoracique de dépistage est un outil efficace pour lutter contre le cancer du poumon.
Les anciens fumeurs également concernés
Si je vous écoute, si je suis fumeur ou ancien fumeur, je vais aller voir mon médecin en lui disant que j’ai entendu dire qu’il fallait faire un scanner faible dose. C’est ça qu’il faut que je lui demande ?
Oui vous pouvez effectivement en discuter avec votre médecin traitant et c’est une très bonne idée de parler du tabagisme actuel si vous êtes encore fumeur. Et d’ailleurs il faudra faire en sorte de vous aider pour sortir du tabagisme, ça c’est très important. Mais même si vous en êtes sorti et que vous avez fumé, vous pouvez en discuter avec votre médecin. Déjà à titre individuel on peut proposer ce dépistage du cancer du poumon.
Après il va y avoir des programmes justement de dépistage plus large en population générale ciblée chez les sujets les plus à risque de développer cette maladie qui sont les fumeurs et anciens fumeurs à partir de l’âge de 50 ans.
Scanner = stratégie gagnante
C’est le programme IMPULSION qui arrive qui est un programme national. Comment ça va se passer ? Est-on concerné dans notre région provençale en particulier ?
Oui. Le programme IMPULSION est la phase pilote d’un programme de dépistage à grande échelle dans notre pays. On est concerné dans notre région puisqu’on fait partie des premières régions pilotes justement qui vont expérimenter ce programme. Il va ouvrir dans les prochains jours, les toutes prochaines semaines. Il vise justement à évaluer les modalités optimales d’implémentation de ce dépistage du cancer du poumon en population générale.
C’est un peu une phase test pour voir comment on peut le faire de manière la plus intelligente possible. Vont être éligibles pour participer au programme les sujets entre 50 et 74 ans, soit fumeurs soit anciens fumeurs qui ont arrêté de fumer dans les 15 dernières années et qui ont fumé une certaine quantité de tabac cumulée dans leur vie. Donc c’est vraiment la population la plus à risque de développer cette maladie.
En rentrant dans le programme, les participants auront une consultation médicale soit avec leur médecin traitant s’il fait partie des investigateurs du programme IMPULSION, soit avec un médecin spécialiste comme par exemple un pneumologue. Le fumeur aura cette consultation là et il lui sera prescrit un scanner de dépistage. Soit ce scanner découvre une anomalie et il faudra aller peut-être plus loin pour savoir ce qu’il en est. Parce que toute anomalie détectée sur le scanner, ce n’est pas nécessairement un cancer du poumon, loin de là ! Mais s’il n’y a pas d’anomalie détectée, il sera proposé aux participants de refaire un scanner régulièrement à un an puis après tous les 2 ans. Parce qu’on sait que c’est ce suivi par scanner faiblement dosé qui est la stratégie efficace pour détecter précocement un cancer du poumon. Plus tôt il est détecté, plus il est facile à guérir.
« Ce n’est pas un permis à fumer ! »
J’imagine qu’on va inciter les gens qui fument encore à arrêter de fumer quand ils rentrent dans ce programme ?
Ah oui, ça c’est indispensable. Le programme de dépistage par scanner, ce n’est pas un permis à fumer hein ! Au contraire, c’est important de ne pas exclure les gens qui fument encore parce qu’on sait à quel point c’est une dépendance difficile de sortir du tabagisme. Il y a des aides efficaces aujourd’hui pour en sortir et si on rentre dans ce programme de dépistage, il faut naturellement être engagé pour sortir soi-même de l’exposition au principal facteur de risque. Ce sont deux choses qui vont ensemble, qui vont de pair.
Le souci, ce n’est pas la nicotine…
Un rappel : on est accro à la nicotine quand on est fumeur mais ce n’est pas ça qui nous file le cancer, ce n’est pas la nicotine ?
C’est autre chose effectivement. La nicotine, c’est l’agent pharmacologique de la dépendance physique au produit. Mais la nicotine en soi n’est pas une substance très dangereuse pour le corps. Par contre dans le tabac et dans la fumée de tabac, il y a plus de 60 agents qui sont des cancérogènes prouvés chez l’homme. Et c’est eux qui donnent le cancer.
Ce qui est utile, c’est que la nicotine on peut la donner autrement que par la fumée de tabac, sans risque pour le corps. Ce sont notamment les traitements, les substituts nicotiniques qui sont soit les patchs, les timbres à coller sur la peau, soit les pastilles par voie orale qui ne vont délivrer que de la nicotine et pas tous les autres composants, notamment les composants de la fumée de tabac. C’est un outil qui est justement utile pour sortir de la dépendance à la nicotine mais en arrêtant de prendre des risques pour sa santé.
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Fumer longtemps présente un risque exponentiel
A partir de combien d’années de sevrage les anciens fumeurs peuvent-ils espérer voir le risque de cancer du poumon vraiment diminuer ?
En réalité le risque ne diminue pas. Mais il arrête d’augmenter. Parce qu’en fait, c’est ça qu’il faut bien comprendre, c’est que plus longtemps on fume, plus le risque augmente, mais ce n’est pas une augmentation qui est régulière. C’est une augmentation qui est vraiment exponentielle ! Tout ça pour dire que le mieux c’est naturellement de ne jamais fumer, mais si on a commencé à fumer, c’est vraiment un enjeu de s’arrêter de fumer le plus tôt possible.
Si on n’y arrive pas, il vaut mieux s’arrêter tard que de ne jamais s’arrêter. Il n’est jamais trop tard parce que si on continue, le risque continue à augmenter de manière exponentielle.
Objectif zéro clope
C’est la durée d’exposition qui favorise effectivement le cancer ?
Il y a les 2 paramètres : la durée d’exposition – et plus elle est longue, plus le risque de cancer est élevé -; il y a aussi la quantité de tabac – plus on fume tous les jours de cigarettes ou d’autres produits du tabac, plus le risque augmente. Mais pour ce qui est vraiment du cancer du poumon, la durée a plus de poids sur le risque que la quantité. Donc quelqu’un qui fume depuis très longtemps, même en petite quantité – certains fumeurs disent « je ne fume pas beaucoup de cigarettes ». Mais quand ça fait longtemps c’est aussi à risque que quelqu’un qui fume beaucoup pas longtemps.
Si je fume mes 3 clopes par jour, ou mes 2 clopes par jour après chaque repas, c’est un problème ?
Cela augmente le risque de maladie cancéreuse du poumon mais également de toutes les autres maladies liées au tabac. Donc oui l’objectif c’est d’arriver à zéro cigarette.
La fumée de cannabis source de cancer
On va parler d’un sujet qui va intéresser beaucoup de monde, c’est le cannabis. Le cannabis connaît un très grand succès, particulièrement dans notre région, mais partout également, qui touche toutes les catégories de la population, tous les âges. Quel est son impact sur le risque de cancer du poumon ?
Il y a de plus en plus d’études qui montrent un lien assez direct entre la consommation de cannabis fumé et le risque de cancer du poumon. Quand on regarde les produits de la combustion du cannabis, on retrouve beaucoup de substances cancérogènes comme dans la fumée de tabac. Il est souvent aussi consommé en même temps que du tabac quand il est consommé fumé, donc c’est parfois difficile de faire la part des choses. Mais clairement c’est un facteur de risque de développer un cancer du poumon. Moi j’ai plutôt le sentiment que ça multiplie le risque quand on l’utilise en plus du tabac plus que simplement l’additionner.
C’est parce qu’on tire beaucoup sur le joint, on inspire très profondément ? Ou bien est-ce lié à la substance ?
C’est probablement lié aux deux.
Des cancers agressifs
Donc « cannabis = attention ! » et je crois que vous aviez fait une étude à l’Hôpital Nord il y a quelques années qui démontrait que les fumeurs de cannabis, qui souvent sont aussi des fumeurs de tabac, avaient un risque qui était augmenté.
Absolument et souvent – c’est une constatation de terrain – on a l’impression que quand ces personnes là développent un cancer du poumon, ce sont des cancers quand même très agressifs et très difficiles à soigner.
Et qui arrivaient plus tôt que les cancers des seuls fumeurs de tabac ?
Alors oui c’est le sentiment qu’on avait. Après, on a quand même l’impression que le cannabis est plus consommé chez une frange de population plus jeune, en tout cas aujourd’hui, qu’il y a quelques décennies. Il est difficile de savoir qui est la poule et qui est l’œuf. Mais en tout cas, objectivement, les cancers du poumon qu’on diagnostique chez des fumeurs de tabac et de cannabis sont souvent des maladies agressives.

Le vapotage oui si c’est temporaire
Encouragez-vous vos patients à vapoter pour arrêter de fumer ?
Très bonne question. Non je ne les encourage pas à vapoter. Mais s’ils se sont dirigés vers le vapotage ou s’ils ont le souhait de se diriger vers le vapotage pour arrêter de fumer, je ne vais pas les décourager. Il y a une toute petite nuance qui vient du fait que les produits de la vape ne sont pas des produits médicamenteux, développés par la médecine au sens large. Il y a eu un développement commercial et donc si un fumeur me demande conseil, je l’orienterai plutôt vers des produits pharmaceutiques comme les substituts nicotiniques en timbres, en pastilles ou alors sur des médicaments. Il y a des médicaments spécifiques pour sortir de la dépendance à la nicotine.
Après, ces cigarettes électroniques, le vapotage, c’est un bon moyen en fait de diffuser de la nicotine. Utilisé comme ça, ça peut être une aide efficace pour sortir du tabac en remplaçant la nicotine de la fumée de cigarette par la nicotine qu’il va y avoir dans le nuage de la cigarette électronique.
Mais…
Entre cigarette électronique et cigarette de tabac, pour moi il n’y a pas photo. Il y a beaucoup moins de risques à utiliser une cigarette électronique qu’à utiliser une cigarette avec du tabac, c’est clair. Mais on ne peut pas non plus dire, dans l’autre sens, que la cigarette électronique est un produit complètement inoffensif. Il y a quand même des produits chimiques qui peuvent irriter l’arbre respiratoire. On n’a pas un recul immense.
Dans une stratégie de sortie du tabagisme, pourquoi pas. On constate que des fumeurs arrivent à se sevrer du tabac grâce à la cigarette électronique. Et c’est pour ça qu’il ne faut pas les décourager mais qu’il faut les accompagner et l’utiliser de la même manière dans la stratégie qu’on utiliserait avec des substituts nicotiniques. C’est-à-dire utiliser des liquides avec de la nicotine et plutôt des liquides qui ont des normes françaises ou européennes.
Gare à ne pas entrer dans le tabagisme avec la vape
Après il faut diminuer petit à petit la dose pour à la fin se sevrer aussi de la cigarette électronique. Ce n’est pas un produit complètement neutre et le mieux c’est de ne rien prendre. Donc dans une stratégie de sortie du tabagisme, de réduction du risque, de manière temporaire oui pourquoi pas, ça fonctionne, après il faudra sortir de ça. Et par contre quand on parle du dispositif en général, on est toujours vigilant au fait que ça ne puisse pas être à l’inverse un mode d’entrée dans le tabagisme notamment pour les plus jeunes, les adolescents, les jeunes adultes. C’est pour ça qu’il faut quand même être vigilant sur le produit en tant que tel.
Conférence à Marseille le 29 avril
Le professeur Laurent Greillier participera à une conférence publique et gratuite « Protégeons-nos poumons du cancer » à Marseille au Jardin du Pharo, au sein d’Aix Marseille Université (amphithéâtre Gastaut) mercredi 29 avril à 18h00. C’est ouvert à tout le monde et on va parler de tous ces sujets qu’on vient d’aborder : le cannabis, le vapotage, évidemment le tabac, la façon d’arrêter et puis la façon dont les médecins prennent en charge les malades. Vous pouvez vous inscrire à cette conférence, à celle d’Aix-en-Provence le 5 mai (centre hospitalier) ou à celle de Bastia le 20 mai (salle de Lupinu) en cliquant sur le lien ci-dessous.

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