Cancers du sein et de la prostate : les bienfaits après le traitement

Les cancers du sein et de la prostate touchent environ 60 000 femmes et 60 000 hommes chaque année en France. Le Dr Xavier Muracciole, onco-thérapeute dans les hôpitaux Timone et Nord (APHM), s'occupe des unes et des autres au-delà des traitements par rayons. Il constate les bienfaits des activités de groupe, des défis collectifs et du sport pour affronter la maladie puis éviter la récidive du cancer.

Santé

Quand survient l’annonce d’un cancer, c’est un choc. On s’interroge alors sur les traitements, leur efficacité, la rapidité de leur mise en route et les conséquences sur l’ensemble de la vie personnelle et professionnelle. Les traitements sont de plus en plus diversifiés et efficaces. Certains cancers affichent des taux de survie ou de guérison très élevés. C’est notamment le cas des cancers du sein et de la prostate qui sont les plus fréquents chez la femme et chez l’homme.

Mais les traitements par la chirurgie, les rayons ou les médicaments ne font pas tout. Qu’est-ce qui aide également à affronter la maladie et à rebondir après les traitements ? Radiothérapeute à  l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille, en l’occurrence à l’hôpital de la Timone et à l’hôpital Nord, le docteur Xavier Muracciole est notamment spécialisé dans le cancer de la prostate. Mais son engagement auprès des malades va bien au-delà et il croit aux vertus des activités de groupe et du sport pour affronter la maladie et réduire le risque de récidive. Entretien.

Diriez-vous que le cancer de la prostate est une maladie que l’on sait de mieux en mieux soigner, et même carrément guérir, notamment dans votre spécialité qui est la radiothérapie ?

Docteur Xavier Muracciole : Tout à fait. Le cancer de la prostate va être mis en évidence pour Movember, pour le mois de novembre (consacré à la sensibilisation aux cancers masculins). C’est très important que chaque année on puisse sensibiliser la population sur l’intérêt de détecter très précocement ce cancer de la prostate par un PSA fait par le médecin généraliste et un examen clinique. Parce que derrière on a un arsenal thérapeutique qui nous permet d’avoir des traitements très efficaces en minimisant au maximum les risques de séquelles.

Dans notre spécialité par exemple, on est passé grâce aux avancées technologiques à une grande précision, de traitements qui duraient 8 semaines à maintenant 2 semaines et cela avec la même qualité de contrôle de la maladie à distance, au long terme. Donc on parle plutôt de rémission à long terme (plutôt que de « guérison »). Avec aussi un contrôle parfait des risques de séquelles qu’on a minimisés au minimum. On a vraiment une offre de soins qui est aussi extrêmement individualisée. C’est-à-dire que vous avez la radiothérapie bien sûr mais aussi la chirurgie et pour certains patients aussi la surveillance active. Cet arsenal nous permet de proposer vraiment une stratégie adaptée à chacun.

5 séances de rayons au lieu de 40

Si je reviens spécifiquement sur la radiothérapie, vous dites qu’on est passé donc simplement à 8 séances, c’est peu. Mais au-delà du gain de temps pour le patient et pour les médecins, qu’est-ce que le patient a à y gagner ?

Il faut savoir que quand on a un traitement de 8 semaines – c’est quand même une séance par jour, 5 jours par semaine, soit 40 séances de rayons au total -, on est dans un processus sur une durée de 2 mois. On prend conscience finalement de la pathologie, on a un peu coupé avec son milieu professionnel, familial, son environnement. Si on peut minimiser en fait ces délais, ça permet au patient de mieux accepter ce traitement dans des espaces courts.  On passe de 8 semaine et de de 40 séances à 5 séances (une tous les deux jours) et là vraiment on est beaucoup plus à l’aise nous, pour le proposer. Cela permet au patient de passer ce cap du traitement pour se projeter ensuite sur sa vie et sur ses activités.

Est-ce un traitement qui est plus précis et qui a moins d’effets secondaires ?

Ce n’est pas qu’on avait des traitements moins précis avant. Mais aujourd’hui on a des outils qui nous permettent d’avoir une dose très concentrée sur la maladie, en l’occurrence sur la glande de la prostate, en protégeant au mieux les organes environnants grâce à des diminutions de dose. Et ça, c’est l’avancée technologique qui nous permet de le faire aujourd’hui alors qu’on ne pouvait pas le faire il y a 5 ou 10 ans.

Obtenir la confiance du patient par l’échange

En tant que patient, on n’a pas du tout la main sur les traitements évidemment. On fait confiance aux médecins, on les laisse nous soigner en espérant ne pas faire partie des 9 000 décès provoqués par ce cancer de la prostate chaque année en France. Mais est-ce que l’état d’esprit du patient joue un rôle ? Est-ce qu’il peut être lui même acteur de la lutte contre sa maladie ? Est-ce que c’est efficace ? 

Notre mission au départ, au-delà de proposer un traitement au niveau technologique, c’est de faire adhérer le patient à notre proposition. Il faut vraiment que le patient, quand il a démarré son traitement, soit convaincu que c’est le plus adapté. Et pour ça, il faut l’interroger, le laisser parler et écouter, voir quels sont ses besoins, ses limites et voir comment on peut adapter au mieux notre proposition thérapeutique et le faire amener sur une proposition positive.

Il faut qu’il soit acteur ne serait-ce que dans la décision, et ça ne peut se faire que dans une relation singulière, en tête à tête, pour acquérir en fait une confiance mutuelle. A partir de là on peut mener le traitement de manière beaucoup plus confortable et confiante. C’est ça qu’il faut acquérir. J’avoue que dans l’immense majorité des cas, c’est ce qu’on obtient.

Le docteur Xavier Muracciole au centre de radiothérapie de la Timone.

Gravir un sommet avec des femmes en rémission d’un cancer du sein

Les patients ont envie de se prendre en main face à cette maladie, ils ne veulent pas la subir…

Exactement. Il faut bien prendre conscience que le diagnostic de cancer déstabilise, isole. Il faut pouvoir vaincre ces barrières pour faire venir le patient sur une prise en charge collective, à 2 ou à 3. C’est le patient, le médecin mais c’est aussi les aidants et d’autres soignants. Là par exemple on va peut-être reconsidérer notre comportement dans l’activité physique, dans l’alimentation, dans le tabac, tout ce qui peut nuire à la bonne tolérance de ces divers traitements. C’est déjà pour le patient une action positive vis-à-vis de lui même.

Vous vous intéressez également au cancer du sein. Vous avez été à l’origine de la création d’une association très originale qui soutient les femmes dans leur combat contre le cancer en les emmenant gravir des sommets alpins de haute altitude dans notre région Provence Alpes Côte d’Azur. Racontez nous un peu comment ça se passe, quelles sont les femmes concernées ?

Les femmes qu’on a sollicitées sont des femmes qui n’étaient pas sportives au départ, encore moins montagnardes mais surtout qui avaient subi l’agression psychologique du diagnostic du cancer et l’agression des traitements au niveau physique. On sait très bien qu’une fois que ce parcours thérapeutique est terminé, elles le vivent comme un grand vide surtout qu’ensuite il n’y a plus que les rendez-vous de suivi. On s’est dit là qu’on laisse des patientes qui sont envahies par des questions sur « qu’est-ce que je vais devenir », qui sont atteintes par les traitements. Donc sur la fatigue, sur les douleurs.

On a lancé un vrai défi et un défi auquel on n’aurait même pas pu penser avant d’être malade. Pour transcender la maladie, ce qu’on a trouvé c’est faire une ascension à plus de 3 500 mètres d’altitude; ça c’est un vrai défi. Si elles étaient capables de le faire, et si on leur donnait des moyens de le faire, eh bien elles pouvaient prendre conscience qu’elles étaient capables de faire des choses incroyables. C’est dans cette dynamique là, pour la reconstruction après le traitement, qu’on a proposé ce dispositif.

Ce défi leur montre qu’elles sont capables de choses incroyables

Elles ne sont pas fatiguées ces femmes ? Elles sortent de traitement, et il y en a qui sont encore en traitement et qui viennent avec vous…

Cette fatigue est probablement un élément qui est difficile à apprécier quand on est dans le suivi médecin et qu’on voit la maladie. On ne voit pas le retentissement physiologique avec la fatigue psychologique. Et donc on a voulu grâce à l’activité physique adaptée leur donner des moyens de se reconstruire physiquement et de se montrer qu’elles sont capables de faire des choses incroyables. Ce programme propose, avant de faire l’ascension, 6 mois de préparation avec 2 séances par semaine. C’est un engagement pour leur permettre de se convaincre qu’elles sont en train de se transformer, de récupérer une forme physique leur permettant de relever le défi.

Est-ce qu’il y a un objectif purement thérapeutique ?

Bien sûr ! Je dirais de manière simple que c’est de permettre un travail musculairement, au niveau cardiaque, au niveau respiratoire, au niveau de faire des efforts physiques dont elles ne se sentaient même plus capables à l’issue des traitements de chimiothérapie, mais aussi sous hormonothérapie avec des effets secondaires indéniables.

Cette activité physique adaptée recèle des bienfaits pour la récupération de l’autonomie, avec un succès à terme sur le risque de rechute.

L’activité réduit de 20 à 30% le risque de récidive

Justement, on dit que l’activité physique et sportive permet non seulement de prévenir certains cancers mais également de prévenir la récidive. C’est le cas dans le cancer du sein ?

Cela a été évalué très précisément et de plus en plus d’ailleurs dans d’autres cancers aussi. Mais dans le sein, ça réduit le risque de rechute de 20 à 30%. Ce n’est pas anecdotique. Il faut savoir que ce niveau de réduction de risque, eh bien il y a des médicaments qui offrent une diminution du risque moins importante mais à des coûts beaucoup plus importants ! Là, franchement, c’est une activité qui est simple, qui permet de se reconstruire et qui en plus en stimulant nos défenses immunitaires permet de réduire ce risque de rechute. Et c’est probablement le gain le plus satisfaisant pour la patiente et pour nous, de pouvoir, grâce à l’activité physique, le prendre en compte.

Le sport limite fortement le risque de cancer du sein

Le ciment du groupe

Ces patientes vont s’entraîner pendant 6 mois, se préparer et se conditionner en groupe avec vous, avec d’autres médecins, d’autres soignants, et puis elles font l’ascension et après vous redescendez. Tout le monde est content. Mais ensuite, qu’est-ce qui se passe pour elles ?

On n’en avait pas conscience à l’initiation de ce projet mais il y a une dynamique du groupe qui va se mettre en place sur ces 6 mois de préparation avec, chez chacune, des questions qu’on se pose. « Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que ce n’est pas fou ? Je ne suis pas sportive mais ce qu’on me propose c’est quelque chose d’impensable… » Ensemble elles vont pouvoir se poser les mêmes questions, trouver des réponses les unes les autres.

Il y a un ciment et en fait on a l’impression qu’elles partagent une même famille. Et cette dynamique de groupe, c’est ce qui va les porter vers le haut, vers cette ascension pour in fine au sommet déposer tout ce que la maladie aura entraîné de négatif et redescendre avec déjà la satisfaction de s’être dépassée parce que c’est un véritable exploit. Et ensuite se projeter en se disant « Mais si j’ai fait ça, je peux faire beaucoup de choses. »

Demain les malades de la prostate sur le vélo ?

La question qui fâche : pourquoi est-ce que vous ne le faites pas pour les hommes qui ont un cancer de la prostate ?

C’est vrai qu’on se pose beaucoup de questions au niveau de l’association ADER – qui veut dire Association pour un défi, un élan et une reconquête – qui porte ce projet pour les femmes. Dans cette dynamique là on se demande ce qu’on pourrait proposer à nos patients masculins atteints de cancer de la prostate, de cancer du côlon, mais surtout en rapport avec les traitements hormonaux du cancer de la prostate. Quelle activité pour nous permettre d’avoir le même résultat ?

On se dit que la montagne, se mélanger avec des femmes, ça va casser un peu la dynamique. On se projette plutôt sur les activités qu’on pratique classiquement, peut-être le vélo, peut-être le triathlon, et voir comment qui cela pourrait intéresser. Par exemple je vais faire un défi comme monter un col hors catégorie chez des gens qui n’ont jamais fait de vélo. Pourquoi ne pas monter le Ventoux ? On a dans  l’idée de le proposer.

Cet obsédant cancer de la prostate qu’on soigne très bien

« La maladie nous reprojette sur ce qui est essentiel »

De par votre longue expérience, qu’est-ce qui permet de faire résilience après un traitement contre le cancer ?

Ce mot de résilience, c’est un mot extrêmement important pour nous parce que ce cancer, une fois qu’on a fait le diagnostic, qu’on a eu le choc psychologique, le choc thérapeutique, ça va permettre pour ces personnes, pour ces patients, pour ces amies maintenant, pour celles qui ont fait le projet, de se reconstruire. Et ça c’est extrêmement important parce que par exemple, ça va permettre dans le temps du traitement de prendre conscience qu’il faut s’écouter et prendre le temps de vivre au présent et pas toujours se projeter ou remettre au lendemain ce qu’on pourrait faire le jour même.

Cela, la maladie va permettre par exemple de mettre en évidence ce qui est essentiel et ce qui est accessoire. Et ça c’est aussi un autre élément important. On voit beaucoup de patientes qui se questionnent là-dessus, sur qu’est-ce qu’elles vont devenir. Elles ont des projets qu’elles avaient toujours en tête mais qu’elles ne faisaient pas. Elles vont peut-être même changer de métier voire même se créer des nouvelles aventures et ça c’est vraiment une façon de transcender la maladie en disant « Bah voilà, je l’ai subie, mais par cette maladie je me reprojette sur la vraie vie ». Ce retour à la confiance en soi, c’est extrêmement important en termes de résilience.

L’après-cancer est devenu très important

Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir être accompagné par votre association. Où et par qui se faire aider sans risquer de tomber dans une secte ou sous la coupe d’influenceurs incompétents, on en voit plein aujourd’hui sur les réseaux sociaux ?

Complètement. Très franchement en France maintenant, le monde médical a conscience qu’il faut accompagner nos patients et les patientes dans l’après-cancer. Aujourd’hui il y a plusieurs propositions qui sont faites, par exemple les Maisons Sport et Santé. La prescription du sport sur ordonnance est un domaine extrêmement actif qui démarre. C’est pour ça qu’on a monté ce projet et cette association, pour éclairer ces démarches. Maintenant dans toutes les structures de soins on peut avoir accès à la socio-esthéticienne, au yoga, à des soins qui permettent d’accompagner et de prendre en compte les effets secondaires.

C’est important pour les soignants, pour impliquer les structures qui le proposent, pour les aidants aussi qui vont pouvoir encadrer et pour les associations de patients. Il y a beaucoup d’associations qui proposent des choses pour les patientes, et pour les patients. On peut citer l’ANAMACaP qui est une belle association pour les malades du cancer de la prostate, elle est nationale et déployée sur toutes les régions.  Il y a aussi la Ligue contre le cancer qui propose des ateliers. On a une offre de soins de support très importante. Le seul problème c’est d’informer et d’orienter.

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Valider la progression après la maladie

Effectivement il y a plusieurs structures à Marseille vers lesquelles on peut aller et qui peuvent vous aider à intégrer de l’activité physique et sportive, et même un club !

Il y a 2 niveaux : les activités physiques adaptées portées par la fac des Sports qui ont formé des intervenants spécifiques dans les sports pour les Maisons Sport et Santé et puis à côté existent des filières sportives. Dans chaque activité elles ont formé des moniteurs pour accompagner ces patients, pour faire d’abord un bilan cardio-vasculaire et ostéo-articulaire. Et ensuite fixer des objectifs avec chaque patient et chaque patiente et ensuite vérifier et valider qu’il y ait une vraie progression. Une vraie démarche a été mise en place pour les accompagner. Même l’Agence Régionale de Santé en a pris conscience pour financer une partie de ces séances.

Est-ce que l’alimentation est quelque chose d’important quand on lutte contre un cancer ou quand on sort d’un cancer, qu’on est en rémission ?

Tout à fait. Malheureusement une des pressions vient de notre alimentation transformée. Il faut pouvoir s’en dégager pour pouvoir faire une alimentation qui ne va pas être spécifique sur une partie, un élément. C’est une alimentation qui doit être équilibrée sans être hyper calorique pour apporter juste ce dont on a besoin comme énergie et ensuite la consommer par l’activité physique. Donc tout est complémentaire. Recommander une alimentation équilibrée est déjà essentiel en fait.

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