Audition, surdité : les 20 conseils du Pr Guevara

Bébés et enfants dépistés trop tard, adolescents et jeunes adultes écoutant la musique trop fort et bien sûr personnes plus âgées dont l'oreille a vieilli : des millions de Français sont impactés par les troubles de l'audition et la surdité. Le professeur Nicolas Guevara, chirurgien à l'hôpital de Nice, invite à s'équiper rapidement sous peine de perte irréversible et de sérieuses maladies.

Santé

La perte d’audition toucherait la moitié des plus de 75 ans mais elle survient parfois bien plus tôt. On dit également que la génération Z qui a entre 15 et 30 ans serait menacée par une surdité précoce à cause du port fréquent des écouteurs et des concerts à répétition. Malheureusement ces troubles sont souvent minorés par la population qui se dit que ce n’est pas si grave si on entend mal ! Quitte à se gâcher la vie !

Un podcast réalisé avec le soutien institutionnel de

Chirurgien à l’Institut Universitaire de la Face et du Cou (IUFC) à l’hôpital de Nice, le professeur Nicolas Guevara est un expert des troubles de l’audition. Il participe à la campagne de prévention organisée par MProvence et interviendra lors d’une conférence publique à Nice le 28 janvier (inscrivez-vous vite, on n’a que 200 places). Voici son interview.

Vous pilotez la filière otologie, chirurgie de l’oreille et implants auditifs au sein de l’IUFC. Quels sont les profils types des patients atteints de troubles auditifs ?

1- Le vieillissement après 65 ans, cause numéro 1

Professeur Nicolas Guevara : Il y a plusieurs profils, mais c’est vrai que dans l’inconscient collectif, la personne âgée de plus de 65 ans est vraiment celle qui a tendance à être la plus à risque d’avoir un trouble de l’audition. Bien évidemment les troubles auditifs peuvent survenir à n’importe quel âge voire même chez l’enfant, même dès la naissance ! La surdité chez l’enfant, ça peut être catastrophique parce qu’il y a une absence de développement du langage et donc ce sont des problématiques totalement différentes de la personne âgée.

Et puis parfois, la pathologie, qu’elle soit infectieuse, d’otites chroniques ou traumatiques, peut entraîner le trouble auditif même chez l’adulte jeune ou d’âge moyen. Tous les âges peuvent être atteints mais il est vrai que classiquement, la cause principale de perte d’audition est la presbyacousie, c’est-à-dire le vieillissement de l’audition qui survient généralement autour de 65 ans.

2- La malbouffe rend sourd !

Justement, est-on condamné en vieillissant à entendre moins bien ?

Oui et non puisque le vieillissement touche tout le corps et donc tous les organes commencent à dysfonctionner. L’audition n’est pas épargnée bien évidemment mais on peut essayer de limiter ce vieillissement auditif. Comment ? Eh bien déjà en essayant de s’exposer le moins possible au bruit fort, que ça soit dans son activité professionnelle ou de loisir. Mais également en ayant une hygiène de vie.

La malbouffe par exemple va favoriser les problèmes cardiovasculaires et on sait que la vascularisation de l’oreille interne – c’est une micro vascularisation – peut également être atteinte. Le diabète, l’hypertension, certaines maladies rénales (peuvent impacter l’audition). Donc l’audition aussi peut se protéger en essayant d’avoir une hygiène de vie la plus correcte possible sur le plan général mais aussi sur le plan auditif.

3- Surdité = perte de mémoire et risque de démence

Souvent – on l’a vu avec nos parents ou nos grands-parents – on ne se rend pas compte qu’on entend moins bien. On accuse même les autres de ne pas parler assez fort ! Quels sont les signes qui doivent amener à consulter ? Et pourquoi faut-il réagir le plus tôt possible ?

La perte auditive, souvent le patient ne s’en aperçoit pas tout seul. C’est l’entourage qui va lui faire remarquer effectivement « Ah bah tu mets la télé un peu trop fort ou tu me fais répéter souvent », etcetera, ça va amener petit à petit à une prise de conscience. Il faut s’en inquiéter quand même. D’une part parce que parfois certaines pathologies peuvent se cacher derrière cette baisse d’audition et parfois on va mettre en évidence certaines maladies, pour lesquelles des prises en charge spécifiques devront être proposées. Mais au-delà de ça, laisser évoluer une surdité de façon insidieuse peut provoquer bien sûr à moyen terme déjà une diminution de la qualité de vie – parce que quand on n’entend pas bien, on fait répéter et ce n’est pas agréable.

Et puis à plus ou moins long terme, maintenant il est prouvé que la perte auditive est un facteur de risque indépendant de troubles cognitifs, c’est-à-dire de troubles de mémoire, de démence. C’est un facteur de risque indépendant et voire même c’est le facteur de risque modifiable le plus prédominant dans les facteurs de risque modifiables de démence. C’est pour ça que dès qu’on a une perte auditive qui nécessite un appareillage, il faut aller se faire appareiller. C’est aussi pour prévenir ces troubles de mémoire, ces troubles cognitifs à moyen et long terme.

4- Plus on tarde, plus on est sourd

Donc ça veut dire que ce n’est pas anodin de perdre de l’audition ?

Ce n’est pas anodin. Bien sûr ça peut faire rire certains, ça peut être mal vécu parfois. En cas de surdité légère, il n’y a pas d’urgence. Lorsqu’on fait un dépistage, qu’on commence à s’apercevoir qu’il y a un trouble auditif, il n’y a pas d’urgence à mettre un appareil auditif. Mais c’est vrai que si on laisse évoluer une surdité sur la durée, elle va s’aggraver et on sait que le risque de développer des problèmes cognitifs est augmenté selon l’importance de la surdité.

Donc plus on laisse passer le temps, plus ça va s’aggraver. Et plus on laisse passer le temps sans appareillage, plus il est aussi difficile de s’appareiller. Parce que appareiller une surdité quand l’esprit est encore dynamique, quand on a encore de l’énergie, qu’on est relativement jeune si je puis dire, on va plus facilement s’adapter à l’appareil auditif.

Le professeur Nicolas Guevara dans le hall de l’Institut Universitaire de la Face et du Cou (Photos Philippe Schmit).

5- Faites-vous dépister entre 50 et 60 ans

Conseillez-vous de réaliser un test auditif après 50 ans ? J’évoque cet âge de 50 ans parce que c’est celui où l’on nous propose tout un tas de dépistages, pour les cancers ou les maladies cardio-vasculaires par exemple. Est-ce le cas également pour nos oreilles ?

50 ans, c’est peut-être un peu jeune pour le dépistage. Encore que certaines sociétés savantes peuvent le recommander à partir de 50-55 ans selon les pays. L’Organisation Mondiale de la Santé a tranché en disant 60 ans. On va dire entre 50 et 60 ans pour un dépistage, pourquoi pas ! Comme on fait un dépistage cardiovasculaire, visuel, etcetera. Donc ça peut être intéressant de faire ce dépistage.

A ce sujet-là je voudrais quand même rappeler que les seuls spécialistes à réaliser un diagnostic, ce sont les médecins ORL. Faire un dépistage dans des campagnes par des audioprothésistes, dans un magasin d’audio prothèses, c’est très bien, mais il est majeur au moindre doute d’aller faire un bilan ORL. Parce que derrière une surdité comme on l’a évoqué en introduction, peut se cacher une authentique maladie autre que le simple vieillissement.

6- Les maladies rénales menacent nos oreilles

Vous avez dit que certaines pathologies peuvent favoriser des troubles de l’audition, notament les maladies cardiovasculaires. Quelles sont les autres pathologies ?

Tout ce qui va limiter la vascularisation de l’oreille interne – c’est-à-dire le diabète, l’hypertension, tous les facteurs de risque cardiovasculaire -, certaines maladies spécifiques comme des maladies rénales ou certaines infections graves peuvent entraîner aussi des problèmes auditifs. Certains médicaments peuvent abîmer l’audition, on appelle ça des médicaments auto toxiques. Parfois ça peut être des médicaments contre le cancer, une chimiothérapie, mais souvent on ne peut pas faire autrement. Mais ça peut être aussi des antibiotiques par perfusion, de la quinine ou de l’aspirine à très forte dose, mais ce sont des cas ponctuels.

Parfois certaines pathologies plus fréquentes, comme par exemple ce qu’on appelle les otites chroniques. Ce sont souvent des séquelles de lésions qu’on a eu dans l’enfance, des otites à répétition. En vieillissant les tympans sont un peu plus fragiles, ça peut entraîner des perforations tympaniques, ça peut entraîner des rétractions du tympan avec des infections chroniques et des maladies qui vont abîmer les osselets, voire l’oreille interne. On appelle ça des cholestéatomes, des maladies agressives de l’oreille. Parfois ce type de maladie va entraîner des troubles auditifs importants pour lesquels l’appareil auditif ne va pas suffire. C’est pour ça que parfois on va être amené à d’autres options, notamment chirurgicales.

7- Les otites des enfants causent des pertes auditives

Vous allez faire peur à tout le monde si vous dites que quand on a une otite, on a éventuellement, potentiellement plus tard, un risque de trouble auditif ! C’est vrai ?

Oui bien sûr ! Le fait de réaliser des otites fragilise l’oreille. Et d’ailleurs le fait de faire beaucoup d’otites dans l’enfance est un facteur de risque d’avoir plus tard des problèmes auditifs. Soit des problèmes auditifs au niveau du tympan et des osselets, voire même des problèmes sur l’oreille interne. C’est pour ça qu’il est important aussi de traiter les enfants en bas âge. Tout le monde dans sa famille a un neveu, un enfant qui a eu des otites séreuses et qui fait des otites à répétition. Tout le monde a entendu parler des yoyos, de mettre des petits tubes dans les tympans pour vider les liquides.

8- Entre 1 et 4 ans, dépistez vos enfants

L’otologie pédiatrique, c’est-à-dire la médecine des oreilles des enfants, est majeure. Il faut d’une part un dépistage à la naissance parce qu’on peut avoir d’authentiques surdités sévères à profondes pour lesquelles on va même parler d’implant cochléaire. Et d’autre part également dépister chez l’enfant en bas âge, entre 1 an, 2 ans, 3 ans, 4 ans. C’est la phase d’apprentissage du langage et des enfants qui font des otites à répétition vont avoir du liquide derrière le tympan. C’est comme s’ils avaient des boules Quies en fait en permanence. Et donc ils ne sont pas soumis à l’environnement sonore et ils ont du mal à acquérir le langage. C’est pour ça qu’il est majeur de s’en occuper.

9- N’écoutez pas de la musique en continu sur le smartphone

Un mot sur la génération Z, les jeunes de 15 à 30 ans dont le port quasi permanent d’écouteurs est une constante. Leur audition est-elle réellement en danger et redoutez-vous l’arrivée d’une génération précoce de malentendants ?

Concernant les jeunes adolescents, les jeunes adultes, c’est vrai qu’ils sont de plus en plus connectés avec les smartphones, les écouteurs sur la tête. Il est prouvé que le traumatisme sonore chronique est un facteur de risque de troubles auditifs. On a parlé du diabète, de l’hypertension, le traumatisme sonore est un facteur de risque. Le traumatisme sonore c’est 2 choses : c’est l’intensité de stimulation et la durée de stimulation. Si on écoute trop fort, ce n’est pas bon mais si on écoute trop fort pendant très longtemps, c’est encore moins bon.

C’est pour ça qu’il est conseillé de limiter ces niveaux d’écoute. Tous les smartphones maintenant sont bloqués aux alentours des 80-85 décibels selon les marques de téléphone. On sait qu’à ce niveau de volume, une écoute prolongée peut quand même être délétère. Même si on se limite à 60%-70% d’un volume maximal d’un smartphone ou un appareil multimédia, il faut quand même faire des pauses de quelques minutes toutes les heures pour laisser les cellules de l’oreille interne un peu se mettre au repos, récupérer.

10- Les 15-30 ans sont en train d’abîmer leur audition

C’est important. Effectivement cette génération est petit à petit en train d’abîmer son capital de cellules ciliées, de cellules neurosensorielles avec plusieurs conséquences. D’abord une surdité qui peut apparaître de façon plus précoce, mais avec des nouveaux types de surdité en fait que nous ne connaissions pas auparavant. C’est-à-dire que ce sont des gens qui entendent les bruits faibles – on les entend, donc on n’a pas l’impression d’être sourd. Par contre on a du mal à comprendre, à déchiffrer. On appelle ça les surdités cachées.

Probablement que toute cette génération qui écoute un peu trop fort la musique est en train de s’abîmer certains types de cellules dans l’oreille interne avec des surdités dites « cachées ». Pourquoi « cachées » ? Parce que quand on fait un test auditif, les patients entendent les sons faibles. On dit « Ben ça va, vous entendez finalement ». Dans le silence ça va, c’est pas trop mal. Mais dès qu’on va se mettre à faire des tests dans le bruit, alors là grosse difficulté à répéter. Donc ça ce sont effectivement des nouveaux types de surdité. Il faut les dépister parce qu’il y a maintenant des solutions, notamment l’appareillage auditif.

L’Institut Universitaire de la Face et du Cou de Nice regroupe des médecins du CHU et du Centre Antoine-Lacassagne.

11- Gare à la tronçonneuse qui crève les tympans

Donc les écouteurs oui, mais pas à la puissance maximale loin de là, et surtout pas tout le temps…

Surtout pas tout le temps ! Les écouteurs, il faut les employer exactement comme on vient de le préciser. Les concerts, les boîtes de nuit, là aussi il faut faire attention. Les professionnels qui travaillent dans le bruit bien sûr doivent faire attention à porter des protections auditives, des casques antibruit. Et même dans les activités de loisirs – comme le jardinage des fois avec la tronçonneuse. Même certains sports bruyants peuvent aussi traumatiser l’oreille interne.

12 – L’appareil auditif est la solution

Une fois ces troubles installés, identifiés par un médecin ORL, on va donc nous proposer en général un appareillage auditif, c’est bien ça ?

On peut proposer un appareil auditif. C’est dans le type de surdité classique, liée à l’âge ou à la surdité cachée comme on vient de le dire, où c’est un problème d’oreille interne plus ou moins important. Malheureusement à l’heure d’aujourd’hui nous n’avons pas de médicaments ou de thérapie génique applicable à tout le monde pour essayer de refaire pousser les cellules. Des traitements miracles, ça n’existe pas ! Par contre on sait que ne rien faire, ce n’est pas bon. C’est-à-dire que le cerveau auditif va être de moins en moins stimulé, donc ça peut avoir des conséquences comme nous en avons parlé.

Le moins pire on va on va dire, c’est de mettre un appareil. Parce que l’appareil c’est bien sûr un amplificateur. Dans des surdités modérées à sévères, c’est majeur d’amplifier le son. Mais les appareils vont aussi permettre – la technologie fait beaucoup de progrès – d’améliorer ce qu’on appelle le rapport signal/bruit. En d’autres termes : améliorer le signal important, c’est-à-dire la parole des gens qui vous parlent et de limiter le bruit qui arrive à vos oreilles avec des filtres anti bruit. Cette amélioration du signal de la parole dans le bruit est un des éléments importants de ces appareils auditifs.

13- Stimuler son cerveau auditif est capital

Beaucoup d’usagers se plaignent d’appareils auditifs mal réglés, disent-ils. Ont-ils raison ? Jugez-vous ces appareils performants ?

Les patients, s’ils se plaignent, c’est qu’ils ont raison. On ne va pas leur dire « non, c’est votre faute ! ». Pourquoi se plaignent-ils ? Parce que comme on l’a esquissé, un appareil auditif c’est un amplificateur. Si on n’a plus assez de cellules dans l’oreille interne pour décoder précisément les sons, on amplifie mais on ne comprend pas. Donc le but qui est d’amplifier au départ, ce n’est peut-être pas la panacée.

Néanmoins ces appareils peuvent aussi permettre d’améliorer la parole et de débruiter, d’enlever le bruit, donc ça c’est un atout de l’appareillage auditif. A court terme on peut voir un bénéfice mais aussi à long terme. Le fait de restimuler l’audition – en fait on va restimuler le cerveau auditif. Autant une oreille interne qui s’est abîmée on ne va pas arriver à la faire récupérer – peut-être que dans quelques années on aura des médicaments mais pour l’instant on n’a pas grand chose -, autant un cerveau pas assez stimulé, lui, va se mettre au repos. En renvoyant de la stimulation, on améliore son capital neuronal auditif. C’est pour cela qu’il est important de s’appareiller et d’utiliser son appareil.

Ne prenez pas les vertiges à la légère !

14- L’appareil est désagréable au début, persévérez !

Pourquoi les patients se plaignent de leur appareil également ? Quand vous avez une surdité qui évolue sur plusieurs années, vous ne vous rendez même pas compte que vous entendez moins bien. C’est un peu comme quelqu’un qui serait dans l’obscurité et à un moment on va lui mettre du soleil dans les yeux, ça va l’éblouir, il va être gêné. Un appareil auditif c’est un peu la même chose.

Les premiers temps, quand vous commencez à porter un appareil auditif, les bruits sont désagréables, métalliques, ça va résonner. Quelqu’un qui n’a pas compris ça parce que son ORL ne lui a pas expliqué, parce que l’audioprothésiste ne lui a peut-être pas bien expliqué, eh bien il ne va pas le supporter et ça va finir dans un tiroir. Il faut que le patient comprenne que, les premiers temps, il y a un temps d’adaptation minimal. C’est plusieurs heures de port, au moins 8 heures de port d’appareillage par jour et sur plusieurs jours, même plusieurs semaines voire même plusieurs mois.

15- L’implant cochléaire pour les sourds

Il faut s’habituer, le cerveau doit s’habituer…

Le cerveau doit s’habituer ! Mais ça se fait très bien. Les patients qui sont habitués, après ils ne peuvent plus se passer de leur appareil.

Quelles sont les autres solutions dont vous disposez pour rétablir une audition défaillante, notamment sur un plan chirurgical ? On entend beaucoup parler d’implants cochléaires par exemple.

L’implant cochléaire c’est pour des surdités pour lesquelles l’appareil auditif dont on vient de parler n’est plus suffisant. Lorsqu’il n’y a plus assez de cellules pour décoder les sons, on a beau mettre un appareil auditif très performant, ça ne suffit plus. Dans ces cas-là effectivement, si les critères audiométriques bien précis sont respectés – on a la capacité de tester les gens dans nos services – on peut être amené à proposer un implant cochléaire.

16 – La surdité favorise la dépression

Un implant cochléaire c’est le pacemaker de l’oreille interne. Donc comme quand le cœur ne va pas bien, on va mettre un signal électrique pour l’aider à marcher. Là c’est la même chose : on va mettre un signal électrique directement sur le nerf auditif pour passer au-delà des cellules de la cochlée déficiente. Cela permet aux gens qui ont vraiment des troubles de compréhension majeurs d’avoir un signal bien précis qui est envoyé sur le nerf auditif .

Alors ça ne redonne pas une écoute totalement naturelle, mais ça leur permet de revivre, de recommuniquer presque normalement tout au moins dans le silence. Et donc de revivre parce que, quand on n’arrive plus à communiquer avec personne, c’est horrible, c’est l’isolement, c’est la dépression. C’est pour ça que les troubles auditifs sont majeurs. Il y a aussi tous les troubles d’isolement, de dépression qui sont très importants aussi à dépister.

17- Les appareils de base suffisent la plupart du temps

Est-ce pris en charge par la Sécurité sociale ?

Oui. Que ce soit l’implant cochléaire ou les appareils auditifs, les deux sont pris en charge par la Sécurité sociale. L’implant cochléaire, ça vaut très cher, c’est une technologie qui vaut 20 000 euros plus la chirurgie, donc ce sont des coûts de 30 000 à 40 000 euros pour un patient. C’est pris en charge parce qu’on considère que redonner l’audition à quelqu’un qui n’a plus d’audition est majeur pour son intégration sociale, professionnelle. Même pour un retraité qui va dépenser moins de soins parce qu’il reste dans la vie active alors que quand il est sourd, c’est isolement, dépression, plein d’autres pathologies qui vont survenir.

Depuis le 100% santé il y a quelques années, tous les appareils auditifs sont pris en charge. Des appareils sont remboursés à 100% et pour d’autres il y a un reste à charge. Ce qu’il faut faire comprendre aux patients, c’est qu’il vaut mieux un appareil de classe 1 que pas d’appareillage auditif quand il y a une indication. Les appareils qui sont remboursés à 100% sont déjà de très, très bons appareils. Si on a des conditions de vie classique, si on n’est pas dans des milieux professionnels bruyants toute la journée en train de courir etcetera, un appareil de classe 1 peut largement suffire.

Après, pour le cadre de 55-60 ans qui est encore actif, qui commence à être gêné, peut-être qu’un classe 2 avec pas mal d’options, avec des des accessoires qui vont lui permettre d’avoir une qualité de vie un peu meilleure, ça peut valoir le coup de faire l’investissement bien évidemment.

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18- On peut mettre des implants jusqu’à 85 ans

Est-il possible de compenser une surdité totale ?

Compenser, c’est les implants cochléaires. Un enfant qui naît sourd, s’il n’y a pas les implants cochléaires, que les appareils ne suffisent pas, c’est quelqu’un qui va développer l’absence de langage. Il est démontré qu’un enfant implanté avant l’âge de 2 ans va avoir un développement de l’audition et du langage totalement normal et mener des études comme un enfant normo entendant. Donc c’est vraiment une révolution majeure l’implant cochléaire chez l’enfant né sourd. Encore faut-il dépister les enfants et le réaliser très tôt.

Quelqu’un qui n’est pas dépisté suffisamment tôt, qui n’est implanté qu’à l’âge de 5-6 ans, tous les circuits neuronaux se sont mis en place et là on a des très mauvais résultats avec l’implant. L’implant, il faut soit le mettre au départ pour que les circuits neuronaux soient en place. Soit chez quelqu’un qui a acquis le langage et qui va perdre l’audition totalement vers 40, 50, 60 ou 70 ans – il n’y a pas de limite d’âge d’ailleurs, on peut même implanter des gens de plus de 80-85 ans ! Quelqu’un qui en a vraiment besoin, qui a encore une bonne condition générale, on peut être amené à l’implanter. Et ça peut effectivement réhabiliter des surdités totales, un implant cochléaire.

19- L’IA booste les appareils auditifs

Quelles sont les innovations à venir ? Sur quoi se concentre la recherche en matière d’audition ? On songe notamment aux apports de l’intelligence artificielle qui bouleverse toute la médecine. Est-ce que l’IA est votre alliée ?

Ah oui ! Je pense que l’IA est l’alliée des médecins. De toute façon on ne pourra pas faire contre, parce que même les patients maintenant s’en saisissent pour poser des questions. Il faut que les médecins apprennent à travailler avec, c’est majeur. Au niveau de l’appareil auditif, maintenant l’IA est arrivée dans l’appareil. Elle permet de multiplier les capacités de traitement des microprocesseurs de façon exponentielle.

On a vu arriver dans les appareils la capacité à analyser une scène sonore en temps réel et d’adapter les filtres anti-bruit et l’amplification du signal sonore vraiment en temps réel par rapport à la scène sonore. Donc on voit que ça a une application déjà aujourd’hui et ça va encore progresser. L’IA peut nous aider bien sûr dans le diagnostic, dans le traitement de certaines pathologies, dans le futur avec la thérapie génique.

20- La révolution arrive dans nos oreilles

Il y a quelques études pour l’instant limitées qui montrent que chez certains enfants nés sourds avec une pathologie génétique très particulière, on arrive à réintroduire un gène manquant et donc refaire travailler l’oreille interne. C’est une révolution. C’est une minorité, c’est quelques enfants avec une certaine pathologie, mais peut-être que l’IA va nous permettre de développer de nouvelles thérapeutiques dans l’avenir au niveau biologique. Au niveau technologique tout progresse. On a parlé des implants cochléaires où il y a encore une partie extérieure. Peut être qu’on va avoir des implants cochléaires totalement implantables, c’est en cours d’étude, ça devrait arriver dans les années à venir.

Le Pr Guevara en conférence à Nice le 28 janvier

Le Pr Nicolas Guevara participera à la conférence publique et gratuite sur les troubles de l’audition, les dépister et les soigner, mercredi 28 janvier à 18h au Stockfish, 5 avenue François-Mitterrand (arrêt de tram Vauban) à Nice. Attention : nombre de places limité, inscription obligatoire via le lien ci-dessous ou au 06 95 79 13 97

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