C’est une bonne nouvelle – et il n’y en pas tant que ça en matière de don et de greffes d’organes – que les médecins prennent cependant avec des pincettes. Car si tous les chiffres sont au vert en cette année 2026 dans les hôpitaux publics marseillais, les spécialistes ne donnent pas d’explications définitives. Prudents, ils redoutent toujours un ralentissement de l’activité de transplantation, comme cela arrive quelquefois.
Il faut dire qu’on vient de loin, avec une baisse du nombre de greffes en recul de 16% en 2025 à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (APHM). 262 transplantations y avaient été réalisées contre 305 en 2024. Peu d’explications évidentes là non plus. Sans oublier un taux d’opposition au prélèvement d’organes qui certes avait baissé de 16 points en deux ans – on était à 61% de refus en 2023 ! -, mais qui caracolait encore à 45% le 31 décembre dernier (contre 37% au plan national).

+37% de greffes sur les 5 premiers mois
A la veille de ce 22 juin 2026, Journée nationale de réflexion sur le don d’organes et la greffe, on peut donc se réjouir d’une forte progression cette année à Marseille. Selon des chiffres obtenus par MProvence auprès de la Commission de transplantation de l’APHM présidée par la professeure Valérie Moal, au 31 mai dernier, 146 greffes ont été accomplies durant les cinq premiers mois de 2026. Dans le détail, il s’agit de 78 greffes rénales (+24 par rapport à la même période en 2025), 24 greffes pulmonaires (+4), 35 greffes hépatiques (+14) et 7 greffes de coeur (idem à 2025). En revanche c’est moins encourageant concernant les enfants, seules 2 greffes pédiatriques (1 rein, 1 foie) ont été faites contre 4 au 31 mai 2025.
Ce sont donc 40 greffes supplémentaires qui ont été réalisées dans les hôpitaux Timone (pour le coeur et le foie et les enfants), Nord (poumons) et Conception (reins) sur les cinq premiers mois de 2026, soit une augmentation impressionnante de 37,74%.

Un fort recul des oppositions au prélèvement
Autre bonne nouvelle, que l’on peut voir comme une cause (partielle) de la première, le nombre de familles s’opposant au prélèvement d’organes sur leur proche décédé souvent accidentellement, est tombé à 32% (en recul de 13 points par rapport à l’an dernier, c’est considérable). Ce qui mécaniquement augmente le nombre d’organes possiblement transplantables.
Toutefois, l’équation n’est pas basiquement mathématique, ne serait-ce que parce que les organes prélevés à Marseille sont parfois envoyés à Lyon, Bordeaux ou Lille en fonction des urgences vitales et de la meilleure compatibilité des receveurs. Un score est établi par l’Agence de la Biomédecine qui répartit au mieux les greffons sur le territoire national. Selon la même logique, Marseille bénéficie d’organes en provenance d’autres régions.
Déjà 3 000 lycéens sensibilisés
Alors, d’où vient ce regain de greffes ? Impossible à déterminer précisément. C’est multifactoriel. Mais on ne peut que s’en réjouir. En tout cas, le travail de bénédictin engagé par les services hospitaliers et l’accroissement de l’information à la population semblent porter leurs fruits, au moins pour l’instant. Il faudra consolider ces chiffres en fin d’année car en la matière rien n’est jamais acquis, comme on l’a vu l’an dernier.
Depuis deux ans, en partenariat avec notre média, et en association avec Aix Marseille Université ou le Stade Marseillais Université Club, l’APHM a lancé une campagne de sensibilisation notamment à travers les lycées. Près de 3 000 élèves ont été rencontrés lors de conférences animées par un journaliste de MProvence avec un médecin expert du don d’organes et une infirmière spécialiste du prélèvement. L’objectif est d’informer les jeunes, qui vont ensuite relayer l’information au sein de leurs familles.
Des conférences publiques ont également eu lieu et Marseille est officiellement devenue ville ambassadrice du don d’organes en février dernier, comme le SMUC est devenu club officiel. Un autre grand club sportif est annoncé à la rentrée. Bref, parler du don d’organes fait moins peur.
Jamais trop vieux pour donner
L’ambition finale de cette campagne est que chacun puisse se prononcer, dire s’il serait d’accord ou non pour le prélèvement de ses organes en vue de sauver des vies. Car ce n’est pas une fois qu’on est état de mort encéphalique qu’on peut donner son point de vue… A noter qu’il n’y a pas de limite d’âge pour donner. Il arrive que des reins soient prélevés sur des nonagénaires ! Les contre-indications médicales sont également très rares, y compris si on a eu un cancer.
De la même manière, toute personne peut être candidate à une greffe. Ce fut par exemple le cas de la triathlète de Château-Arnoux, Adeline Billal, transplantée en 2017 à la suite d’une hépatite fulminante d’origine indéterminée ayant détruit son foie. Placée en urgence absolue à La Timone, cette jeune maman avait été sauvée in extremis par un foie venant d’un donneur forcément anonyme. Sans foie, c’est la mort assurée. « Il suffit parfois de manger certains champignons », rappelle la Pr Valérie Moal. Manger une viande infectée peut engendrer une maladie nécessitant une greffe de rein, comme un infarctus du myocarde massif appellera éventuellement un nouveau coeur. Adeline Billal a repris la compétition et est devenue ambassadrice de la campagne APHM-MProvence.
Actuellement, environ 700 patients attendent un organe pour être greffés dans les hôpitaux Marseille. Ils sont 23 000 en France. Un millier en mourront cette année encore, faute d’un greffon disponible à temps. Et des milliers d’autres malades subissent une vie dégradée en raison d’organes défaillants.

Tous donneurs ? Oui mais…
Que faire face à la pénurie de donneurs ? « Mais je croyais qu’en France nous étions tous automatiquement donneurs d’organes » s’entend-on régulièrement dire. Absolument vrai ! Depuis 1976 la loi le stipule clairement : si on n’a pas manifesté son opposition de son vivant, par exemple en s’inscrivant sur le Registre national des refus, nos organes peuvent théoriquement être prélevés. Sauf que la réalité est tout autre.
Les chirurgiens ne prélèvent jamais les organes (et les tissus) si la famille du défunt s’y oppose. Les machines permettant la circulation du sang et son oxygénation sont alors débranchées et le corps est immédiatement rendu pour les obsèques. Sinon le prélèvement a lieu au bloc opératoire dans les mêmes conditions qu’une intervention chirurgicale classique, puis la dépouille est rendue à la famille sans que rien ne laisse supposer que des organes ont été retirés.
Tu tires ou tu pointes ?
Une raison fréquemment invoquée par les familles refusant le don est la suivante, que l’on peut résumer ainsi : « On ne sait pas ce qu’il/elle aurait voulu faire, on préfère s’abstenir de donner. » Voilà pourquoi il est primordial de faire connaître sa position à ses proches afin de faciliter leur prise de décision en cas de drame. C’est tout le sens de cette journée nationale du 22 juin.
Pour l’accompagner avec humour, l’APHM lance ce lundi une campagne d’affichage sur les bus et dans le métro de Marseille. On y voit des joueurs de pétanque s’exclamer « Tu tires ou tu pointes ? » ou encore des jeunes s’interpeller « Tennis ou padel ?, « Bonne-Mère ou Vieux-Port ? » Réponse identique en bas de chaque affiche : « Dans la vie il faut choisir. Moi je choisis la vie. Le don d’organes, parlez-en !«
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