Le docteur Abdou Sbihi est bien connu des sportifs amateurs comme professionnels. Supervisant le staff médical de l’Olympique de Marseille depuis une dizaine d’années, il adore le foot. Il opère genoux et hanches à l’Institut de Chirurgie Orthopédique et Sportive (ICOS) de Marseille. A l’occasion du Mondial 2026 aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique (11 juin – 19 juillet), il rappelle les clés d’une bonne condition physique que l’on soit un jeune joueur, un amateur, un pro ou un sexagénaire ! Des conseils en or pour jouer jusqu’à 60 ans même !

La France entière va se prendre de passion pour le foot avec le Mondial. Vous connaissez bien cet univers par votre engagement depuis longtemps en tant que chirurgien orthopédiste et médecin avec l’OM. Qu’est ce que ça vous inspire ? Joie, opportunité de promotion d’un sport populaire, etc.
C’est d’abord une immense joie, car un Mondial de football possède cette magie unique de rassembler les gens, toutes générations confondues. C’est une fête populaire extraordinaire. Mais au-delà de la fête, en tant que chirurgien et expert médical à l’Olympique de Marseille, j’y vois une formidable opportunité de promotion pour la santé et le sport. Le football est le sport le plus populaire au monde, et un tel événement donne envie à des milliers de jeunes et de moins jeunes de chausser les crampons ou de se remettre au sport.
Mon rôle au quotidien, que ce soit à la clinique ou au club, c’est de faire en sorte que le sport reste un plaisir et un synonyme de bien-être. Voir la France entière vibrer pour le foot, c’est le moment idéal pour rappeler des valeurs essentielles : le dépassement de soi, l’esprit d’équipe, mais aussi l’importance de prendre soin de son corps, de bien se préparer et de pratiquer une activité physique de manière saine. C’est un coup de projecteur magnifique sur les bienfaits du sport !
Le foot est une école de la vie complète
Quelles qualités physiques et morales développe le foot ?
Le football est une « école de la vie » complète. C’est un sport d’une richesse incroyable, car il est extrêmement complet, tant pour le corps que pour l’esprit.
Sur le plan physique, il concerne un athlète total. C’est un sport qui développe des qualités athlétiques très variées. On n’est pas juste sur de l’endurance ou de la force, on est sur une combinaison des deux :
- L’endurance cardiorespiratoire : courir pendant 90 minutes demande un coffre énorme.
- L’explosivité et la vitesse : le foot est fait d’accélérations brutales, de changements de direction, de sauts.
- La coordination et l’équilibre : courir à pleine vitesse tout en contrôlant un ballon du pied, en évitant un adversaire, cela demande une agilité et une proprioception (la perception de son corps dans l’espace) exceptionnelles. C’est une excellente école de motricité, dès le plus jeune âge.
De la force dans la tête et dans les jambes
Sur le plan moral, le foot est l’école du collectif. C’est là que le foot prend toute sa dimension humaine. Il forge des valeurs fortes qui servent toute la vie :
- L’esprit d’équipe et la solidarité : on ne gagne jamais seul au football. On apprend à dépendre des autres et à ce que les autres dépendent de nous. C’est accepter de faire un effort ingrat (comme se replier en défense) pour aider un coéquipier.
- La résilience et la gestion de la frustration : dans un match, on prend des coups, on subit des injustices, on rate des occasions. Le foot apprend à digérer l’échec immédiatement pour se reconcentrer sur l’action suivante.
- Le respect et la discipline : respect de l’arbitre, des règles, des adversaires et du cadre fixé par le coach.
C’est ce que je constate tous les jours, que ce soit chez les jeunes qui débutent ou chez les professionnels que j’encadre à l’OM : les champions ont autant de force dans la tête que dans les jambes.
Et que nous apporte le football sur un plan collectif, sociétal ?
Sur le plan sociétal, le football est bien plus qu’un jeu : c’est l’un des plus puissants vecteurs de cohésion sociale et d’intégration qui existe. Un incroyable miroir de la mixité.
Sur un terrain de football, l’origine sociale, le parcours scolaire ou le niveau de vie n’existent plus. Les compteurs sont remis à zéro. On porte tous le même maillot, on a tous le même objectif. C’est un espace unique de mixité où des profils totalement différents apprennent à se comprendre, à se respecter et à s’entraider. Le football donne sa chance à tout le monde, uniquement sur le critère du talent, du travail et de l’état d’esprit.

Le créateur de lien social au quotidien
On pense souvent aux grands stades, mais le cœur du football bat dans les milliers de petits clubs amateurs, au coin de la rue ou au centre des quartiers. Ces clubs sont souvent le véritable poumon social d’une commune ou d’un secteur. Ce sont des éducateurs qui transmettent des règles de civisme, des bénévoles qui créent du lien, des parents qui se rencontrent au bord du terrain.
C’est une usine à émotions collectives. On le voit bien ici à Marseille, mais c’est vrai partout en France. Le football offre des moments de communion, de joie pure et de fierté collective dont nous avons profondément besoin. Quand une équipe gagne, c’est toute une communauté, toute une ville, ou tout un pays qui sourit en même temps. C’est une énergie positive extraordinaire
Le foot en 2026 : ultra-rapide, intense et compact
Sur un plan physique existe t il un profil privilégié pour pratiquer ce sport aujourd’hui ?
Le football moderne a énormément évolué. Si on regarde les joueurs actuels, la première réponse qui vient à l’esprit, c’est non : il n’y a pas un morphotype unique, et c’est la grande beauté de ce sport. Le football reste accessible à tous les gabarits. Cependant, sur le plan des qualités athlétiques pures, les exigences du très haut niveau ont profondément changé le profil des joueurs.
Il y a de la place pour tout le monde. Un joueur d’1m65 très vif et agile peut être tout aussi décisif et performant qu’un athlète d’1m90 puissant et dominateur dans les airs. Le profil dépend avant tout du poste et du style de jeu. En revanche, si on regarde l’évolution du sport ces dernières années, le profil « privilégié » aujourd’hui, c’est l’athlète total. Le football moderne est devenu ultra-rapide, intense et compact.
3 qualités physiques indispensables
Aujourd’hui, pour briller au plus haut niveau, trois critères physiques sont devenus indispensables :
- L’explosivité et la vitesse de réaction : le jeu se déroule dans des espaces de plus en plus réduits. Les joueurs doivent être capables de démarrer instantanément, de changer de direction en une fraction de seconde et de répéter ces sprints des dizaines de fois par match.
- La résistance à la charge et à la répétition : avec l’enchaînement des matchs (championnat, coupes, sélections), le corps des joueurs est soumis à un stress immense. Le profil idéal aujourd’hui, c’est un joueur doté d’une grande capacité de récupération et d’une « armure » musculaire solide pour encaisser les impacts et éviter les blessures.
- La polyvalence athlétique : un défenseur moderne doit être rapide comme un ailier ; un attaquant doit avoir l’endurance d’un milieu de terrain pour presser.
En résumé, il n’y a pas une taille ou un poids idéal, mais il y a une exigence absolue : la vitesse et l’endurance à haute intensité.
C’est justement le rôle des staffs physiques et médicaux, de développer le potentiel athlétique propre à chacun, tout en protégeant leurs articulations et leurs muscles face à ces nouvelles exigences ultra-intenses.

3 types de blessures chez les amateurs
Voyez-vous beaucoup de joueurs amateurs parmi votre patientèle et pour quelles blessures ?
Les pathologies sont souvent les mêmes, mais le contexte de prise en charge et de préparation change. Les joueurs amateurs représentent une part très importante de ma patientèle à la clinique. Qu’ils jouent en club amateur, entre collègues le midi ou lors d’un « five » le week-end, la passion est la même… et les risques de blessures aussi !
Le football est un sport de pivots, de contacts et de changements de direction brusques. Chez les amateurs, on retrouve principalement trois grands types de blessures :
- La rupture du ligament croisé antérieur (LCA)
C’est le traumatisme du genou par excellence au football. Il survient souvent seul, lors d’un mauvais appui, d’une torsion ou d’un pivot alors que le pied reste bloqué dans la pelouse. Le joueur ressent souvent un « crac » et le genou gonfle. C’est une blessure qui nécessite fréquemment une chirurgie de reconstruction pour permettre de retrouver un genou stable et reprendre les pivots.
- Les entorses de la cheville
C’est la blessure la plus fréquente. Un tacle, un duel aérien avec une mauvaise réception, ou simplement un trou dans le terrain, et la cheville « tourne ». On parle souvent d’une atteinte des ligaments externes de la cheville.
- Les lésions musculaires
On voit aussi beaucoup de « claquages » ou de déchirures musculaires, notamment derrière la cuisse (les ischio-jambiers) ou aux mollets, souvent à cause d’une accélération brutale sur un muscle mal échauffé.
La grande différence entre le pro et l’amateur ne réside pas dans la blessure elle-même, mais dans la préparation physique et la récupération. Le joueur amateur a souvent une vie professionnelle bien remplie, il manque parfois de temps pour s’échauffer correctement ou il joue sur des terrains de moins bonne qualité, ce qui majore le risque. Mon rôle à la clinique est de leur redonner les mêmes chances de traitement et de reprise que les professionnels !
Attention après 30 ans !
Quels sont les signaux d’alerte à surveiller quand on passe 30-35 ans ?
Passé la trentaine, le corps commence doucement à changer : la récupération est un peu plus lente, les tendons perdent de l’élasticité et la masse musculaire a naturellement tendance à diminuer si on ne l’entretient pas. Pour le joueur amateur de 30-35 ans, le risque est de garder l’esprit d’un jeune de 20 ans dans un corps qui demande plus d’attention.
Après 30 ou 35 ans, le corps nous envoie des messages. Le problème, c’est qu’on a souvent tendance à les ignorer en se disant « ça va passer ». En médecine du sport, on surveille particulièrement trois types de signaux :
- Les douleurs « du réveil » ou à froid
C’est le premier grand classique de la trentaine. Vous vous levez le matin et vous avez mal au talon (tendon d’Achille) ou sous la rotule (tendon rotulien). Après quelques pas, la douleur disparaît, le tendon « chauffe ».
- Le signal d’alerte : C’est le début d’une tendinopathie (l’ancien terme pour la tendinite). Le tendon commence à fatiguer et à perdre son élasticité. Si vous forcez dessus sans adapter votre charge ou vos chaussures, il risque de se fissurer ou, dans le pire des cas pour le tendon d’Achille, de rompre brutalement sur une accélération.
- Le genou qui « gonfle » après l’effort
Si après un match ou un entraînement, votre genou devient un peu lourd, gonflé, ou que vous ressentez une raideur pour l’étendre le lendemain :
- Le signal d’alerte : C’est souvent le signe que le cartilage ou les ménisques (les amortisseurs du genou) commencent à saturer. À 20 ans, le ménisque encaisse tout ; à 35 ans, un petit accroc méniscal peut survenir lors d’un pivot et créer une inflammation. Un genou qui gonfle, c’est un genou qui dit « stop, j’ai trop encaissé ».
- Les raideurs asymétriques et les petites pointes musculaires
Si vous ressentez une tension persistante d’un seul côté (par exemple uniquement sur un mollet ou un ischio-jambier derrière la cuisse), ou une micro-pointe pendant un sprint :
- Le signal d’alerte : Le muscle est fatigué, déshydraté ou manque de souplesse. Passer outre, c’est s’exposer à la déchirure (le fameux claquage) au prochain démarrage.
Prothèse de genou : opération spectaculaire en direct du bloc !
N’arrêtez pas de jouer mais évoluez
Mon conseil d’orthopédiste pour cette tranche d’âge, ce n’est surtout pas d’arrêter le foot, bien au contraire ! C’est simplement de changer de méthode :
- On passe d’un échauffement de 2 minutes à un vrai échauffement de 15 minutes.
- On soigne l’hydratation (les tendons adorent l’eau).
- On écoute ces petits signaux. Une douleur qui dure plus de 48 heures, ce n’est plus une simple courbature, c’est un message du corps !
On peut jouer jusqu’à 60 ans passés !
Jusqu’à quel âge peut-on raisonnablement jouer en amateurs ?
Cette question revient très souvent à la clinique ! La réponse va faire plaisir à beaucoup de passionnés : il n’y a pas d’âge limite théorique, tant que le plaisir est là et que la santé le permet.
Le football amateur s’est énormément adapté. Aujourd’hui, on peut tout à fait jouer à 40, 50, voire 60 ans et plus, à condition de faire évoluer sa pratique. Je dis toujours à mes patients qu’on n’arrête pas le football parce qu’on vieillit, mais qu’on vieillit parce qu’on s’arrête ! On peut jouer très tard, mais on ne joue pas à 50 ans comme on jouait à 20 ans. La clé, c’est l’adaptation.
Pour évaluer jusqu’à quel âge on peut continuer, il faut regarder deux critères. Le premier est le type de football pratiqué :
- Le football à 11 traditionnel : passé 40-45 ans, sur grand terrain, les distances et l’intensité des impacts deviennent très exigeantes pour les articulations et le cœur. C’est souvent l’âge où la transition s’impose.
- Les alternatives : le développement du Foot à 5 sur terrain synthétique réduit les courses, même s’il reste traumatisant pour les genoux à cause des démarrages. Mais la vraie révolution santé, c’est le Walking Football (le football en marchant). C’est une discipline en plein essor pour les seniors, où les contacts et les courses sont interdits. On garde le plaisir du jeu, de la passe, du collectif, sans le stress mécanique sur les tendons et le cartilage.
Les 3 règles d’or
Le 2e critère à respecter pour jouer tardivement, c’est le capital santé et l’entretien du corps
On peut repousser les limites de l’âge si on respecte trois règles d’or :
- L’entretien musculaire : à partir de 40 ans, il faut compenser la perte musculaire naturelle en faisant un peu de renforcement à côté (vélo, natation, gainage). Un genou bien entouré de muscles vieillira beaucoup moins vite.
- Le choix de l’équipement : c’est capital. Avec l’âge, nos amortisseurs naturels (cartilages, ménisques) s’usent. Il faut absolument privilégier des chaussures adaptées au terrain (évitez les crampons vissés trop rigides sur les synthétiques durs) et, si besoin, utiliser des semelles ou des chaussures plus amortissantes.
- Le suivi médical : après 45 ans, un bilan cardiologique régulier est indispensable pour valider la poursuite d’un sport à haute intensité.
En résumé, si le cœur est sain, que les articulations sont entretenues et que l’on accepte de jouer dans des catégories adaptées (vétérans, foot en marchant), le football peut nous accompagner une très grande partie de notre vie.
En tant que chirurgien, mon but n’est pas d’interdire, mais de maintenir mes patients actifs le plus longtemps possible. Le football est un formidable élixir de jeunesse pour le lien social et le moral, il faut juste savoir écouter son corps pour le pratiquer intelligemment.
Collagène, protéines, probiotiques : qui en a besoin en plus ?
La préparation idéale pour jouer au foot
Comment améliorer sa condition physique quand on veut être un bon joueur ? Beaucoup de foncier, d’endurance, car le foot est quand même devenu un sport de costauds ?
C’est une excellente question, car l’idée reçue consiste à se dire : « Pour tenir 90 minutes, je vais aller courir 1 heure en forêt à un rythme régulier ». C’est ce qu’on appelle le « foncier » traditionnel. C’est une bonne base pour la santé générale, mais cela ne fait pas un bon footballeur moderne.
Le football a changé. Aujourd’hui, ce n’est plus un sport d’endurance pure, c’est un sport d’endurance intermittente à haute intensité. Un joueur passe son temps à s’arrêter, démarrer, sauter, sprinter sur 10 mètres, puis trottiner. Pour améliorer sa condition physique efficacement et sans se blesser, il faut travailler sur trois piliers :
- Le travail intermittent (le fameux « Fractionné »)
Au lieu de courir 45 minutes au même rythme, privilégiez le travail de fractionné (par exemple le 30/30 : 30 secondes de sprint, 30 secondes de récupération en trottinant). C’est ce qui se rapproche le plus de la réalité d’un match. Cela muscle le cœur pour qu’il soit capable de récupérer très vite entre deux actions intenses.
- Le renforcement « intelligent » (la protection)
Quand on dit que le foot est devenu un « sport de costauds », cela ne veut pas dire qu’il faut devenir un bodybuilder. Les muscles les plus importants pour un footballeur sont invisibles dans le miroir :
- Le gainage (abdos/lombaires) : c’est le pont entre le haut et le bas du corps. Un bon gainage permet de résister aux contacts, de mieux sauter et de changer de direction sans tordre le dos ou les genoux.
- Les cuisses et les fessiers : les muscles derrière la cuisse (ischio-jambiers) et les mollets sont les moteurs du sprint. Il faut les renforcer, mais surtout les étirer pour garder de la souplesse.
- La proprioception et l’agilité (les fondations)
On l’oublie souvent, mais une bonne condition physique, c’est aussi un corps qui sait où il pose ses pieds. Faire des exercices d’équilibre sur une jambe, des slaloms rapides, ou des sauts amortis, cela prépare les articulations (chevilles et genoux) à encaisser les contraintes du match. C’est le meilleur bouclier contre les blessures.
Si j’avais un seul conseil à donner à un amateur qui veut progresser : remplacer un des footings de la semaine par une séance de petits sprints répétés et dix minutes de gainage.

La pratique du foot chez les filles exige la prise en compte des spécificités anatomiques et hormonales (Photo archives Ph.S)
Ce que doivent faire les filles
Est-ce la même chose pour les filles ? Doivent elles être particulièrement attentives à certains aspects de leur santé ?
C’est une question d’une importance capitale. Le football féminin connaît un essor fantastique, mais sur le plan médical, on ne peut pas simplement calquer la préparation des hommes sur celle des femmes. Le corps des joueuses a ses propres spécificités anatomiques et hormonales. En tant que chirurgien orthopédiste, c’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, car il y a des réalités scientifiques très nettes.
Sur le plan de la passion, de la tactique et de l’intensité, c’est exactement la même chose : les filles jouent le même football, avec la même exigence. En revanche, sur le plan médical et de la santé, les joueuses doivent être particulièrement attentives à certains aspects bien spécifiques.
Une joueuse a 4 fois plus de risque de se faire les ligaments
En tant que chirurgien, il y a trois réalités majeures que nous surveillons de très près chez les footballeuses :
- Le risque accru de rupture du ligament croisé antérieur (LCA)
C’est la donnée statistique la plus marquante en médecine du sport : à niveau égal, une femme a 4 fois plus de risques de se rompre le ligament croisé du genou qu’un homme. Cela s’explique par trois facteurs :
- L’anatomie : le bassin des femmes est naturellement plus large, ce qui modifie l’axe des jambes (une légère tendance des genoux à rentrer vers l’intérieur, appelée valgus), ce qui met plus de tension sur le ligament lors des pivots.
- La souplesse et la structure : les femmes ont souvent une laxité ligamentaire naturelle plus importante, et l’échancrure dans le genou où passe le ligament est parfois plus étroite.
- Les hormones : les fluctuations hormonales au cours du cycle menstruel (notamment les pics d’œstrogènes) modifient temporairement la rigidité et la résistance des ligaments et des tendons.
- Le suivi du cycle menstruel et la charge de travail
Aujourd’hui, au plus haut niveau, le cycle n’est plus un tabou, c’est un paramètre de performance et de santé. Les variations d’hormones influencent non seulement la souplesse des ligaments, mais aussi le niveau de fatigue, la force musculaire et le risque de blessures. Les staffs médicaux modernes adaptent parfois la charge d’entraînement en fonction des phases du cycle pour protéger les joueuses.
- La prévention de la « Triade de la sportive »
Le football demande une dépense énergétique immense. Chez les filles, il faut être très vigilant à l’équilibre entre l’énergie dépensée et l’apport alimentaire. Un déficit énergétique prolongé peut entraîner ce qu’on appelle la Triade de la sportive :
- Des troubles du comportement alimentaire (parfois invisibles).
- Une absence de règles (aménorrhée).
- Une baisse de la densité osseuse (ostéopénie), qui expose la joueuse à un risque élevé de fractures de fatigue.
Le football féminin est magnifique et progresse à pas de géant. Notre rôle, en tant que professionnels de santé, c’est de donner aux joueuses les clés d’une préparation athlétique spécifiquement pensée pour leur corps, afin qu’elles puissent s’exprimer sur le terrain en toute sécurité.
Supporter de la France et des internationaux de l’OM
Quelles équipes allez-vous supporter durant cette coupe du monde ?
D’abord, bien évidemment, l’Équipe de France. En tant que Français, on a tous envie de voir les Bleus briller, vibrer avec eux et revivre ces émotions collectives uniques qui unissent tout un pays. On a la chance d’avoir une génération exceptionnelle, alors on sera tous derrière eux.
Et puis, mon autre regard, c’est celui du cœur et du quotidien à l’Olympique de Marseille. Pendant un Mondial, on regarde toujours les matchs avec une attention toute particulière pour tous les joueurs de l’OM qui partent représenter leurs sélections respectives à travers le monde. Que ce soit pour des nations européennes, africaines ou sud-américaines, quand on travaille au quotidien avec ces athlètes, on devient leur premier supporter. On a envie qu’ils aillent le plus loin possible, qu’ils s’épanouissent… et, déformation professionnelle oblige, qu’ils nous reviennent en pleine forme et sans un bobo pour la reprise du championnat !
- Geronimo Rulli, Leonardo Balerdi (blessé, forfait) et Facundo Medina (Argentine)
- Timothy Weah (États-Unis)
- Amine Gouiri (Algérie)
- Nayef Aguerd (Maroc)
- Quinten Timber (Pays-Bas)
- Derek Cornelius (Canada)

La chaleur, un danger pour les joueurs
Il va faire très chaud lors des matchs. Est-ce dangereux pour les organismes ? Comment un joueur qui joue par temps chaud peut il se prémunir ?
C’est une question cruciale. Jouer sous une chaleur étouffante est un défi immense pour le corps humain. En tant que médecin, c’est une situation que nous surveillons de très près car la frontière est mince entre la baisse de performance et l’accident médical.
La chaleur est un vrai danger si elle n’est pas anticipée. Le corps humain est comme le moteur d’une voiture : il a besoin de rester à une température constante (environ 37°C). Quand un joueur sprinte sous le soleil, ses muscles produisent énormément de chaleur. Pour l’évacuer, le corps utilise son principal système de refroidissement : la transpiration.
Si le climat est très chaud, le système peut saturer, ce qui expose l’organisme à des risques sérieux :
- La déshydratation rapide : Un joueur peut perdre plus de 2 à 3 litres d’eau en un match. Cela entraîne une baisse immédiate de la lucidité (plus de fautes techniques), des crampes violentes et une fatigue immense.
- Le coup de chaleur (l’hyperthermie maligne) : C’est l’urgence médicale absolue. Le corps ne contrôle plus sa température, qui peut monter au-dessus de 40°C. Cela peut provoquer des vertiges, des malaises et nécessite une prise en charge immédiate.
Les 3 piliers pour gérer la chaleur
Pour les professionnels comme pour les amateurs, la gestion de la chaleur repose sur trois piliers :
- L’hyper-hydratation (là, le match commence la veille). On n’attend pas d’avoir soif pour boire, car la soif est le signal que le corps est déjà déshydraté de 1%.
- La stratégie : il faut boire régulièrement les 24 heures précédant le match. Pendant la rencontre, il faut profiter de chaque arrêt de jeu. Sur les matchs du Mondial 2026 par forte chaleur, la FIFA met d’ailleurs en place des Cooling Breaks (pauses fraîcheur à la 30e et à la 75e minute). On n’y boit pas que de l’eau pure : on y ajoute des sels minéraux et du sodium pour compenser ce qui est perdu dans la sueur.
- Le refroidissement externe actif. Il faut aider le corps à faire baisser sa température par tous les moyens possibles.
- La stratégie : à la mi-temps ou lors des changements, on utilise des serviettes glacées sur la nuque et le front, des vestes réfrigérantes (souvent utilisées par les pros à l’échauffement), ou on s’asperge d’eau fraîche. Le but est de soulager le système cardiaque qui s’emballe pour refroidir la peau.
- La gestion du rythme de jeu. Courir partout et tout le temps sous 35°C est risqué.
- La stratégie : le football par temps chaud devient un jeu plus tactique. Les joueurs doivent apprendre à doser leurs efforts, à privilégier la circulation du ballon plutôt que les courses solitaires, et à accepter des temps faibles collectifs pour récupérer.
Chez les professionnels, nous surveillons le statut d’hydratation des joueurs grâce à des tests avant et après les séances. Pour les amateurs qui vont jouer cet été, mon conseil est simple : si le thermomètre dépasse 30-32°C et que vous n’êtes pas entraîné, décalez le match en fin de journée. Le plaisir du football ne doit jamais mettre la santé en péril !
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