La mort d’un acteur remet en lumière le cancer colorectal
L'acteur américain James Van Der Beek est décédé d'un cancer colorectal à 48 ans. A la veille du mois de mars consacré à ce cancer qui tue 17 000 Français par an, cette disparition remet en lumière l'intérêt du dépistage dès 45 ans. Le Dr Olivier Msika (Hôpital Saint Joseph) constate que cette maladie progresse chez les jeunes. La junk food, la sédentarité, l'obésité ou les perturbateurs endocriniens pourraient être en cause. MProvence invite à une conférence publique à Marseille le 5 mars puis à Gap, Fréjus et Nice.
Le cancer colorectal s’est retrouvé sous le feu des projecteurs hollywoodiens ces derniers jours avec la mort le 11 février 2026 de l’acteur américain James Van Der Beek, rendu célèbre par la série Dawson et diverses productions comme Esprits criminels, Ugly Betty, How I Met Your Mother, New York – section criminelle, New York – unité spéciale. Une disparition amplifiée par l’organisation d’une cagnotte lancée par sa femme pour payer les frais médicaux exorbitants outre-Atlantique y compris pour des vedettes richissimes. Abondée par Steven Spielberg notamment, elle avait atteint 2,1 millions d’euros avant-hier, en cinq jours.
Ce qui a surpris, c’est l’âge de son décès, 48 ans. Fin 2024, l’acteur se voulait pourtant rassurant sur son cancer diagnostiqué au stade 3 (sur 4). Il indiquait suivre « un traitement » et faire attention « à son état de santé avec plus d’attention que jamais ». « Je suis en bonne santé et je me sens fort », disait-il. Quinze mois plus tard il est mort.
50 morts par jour en France
Touchant aussi bien les hommes que les femmes, le cancer colorectal qui a emporté James Van Der Beek, représente la deuxième cause de décès par cancer tous sexes confondus avec environ 50 décès par jour rien qu’en France et 130 nouveaux cas dépistés quotidiennement, selon les derniers chiffres fournis par l’Institut National du Cancer (INCA). Il se développe à partir des cellules qui tapissent la paroi interne du côlon ou du rectum. Le plus souvent, ces tumeurs malignes proviennent d’une tumeur bénigne, appelée polype adénomateux, qui évolue lentement et finit par devenir cancéreuse en une dizaine d’années.
A l’hôpital Saint Joseph de Marseille, le docteur Olivier Msika constate : « Le cancer colorectal est le 2ème cancer le plus fréquent chez les femmes, le 3ème chez les hommes. Il s’agit de la 3ème cause de cancer chez les hommes et les femmes en France avec près de 17 000 décès recensé en 2022. L’âge médian au diagnostic est de 71 ans chez les hommes et 72 ans chez les femmes. » Le taux de survie à 5 ans des personnes diagnostiquées entre 2010 et 2015 était de 63%. Malgré les progrès des traitements, quasiment 4 malades sur 10 étaient décédés seulement cinq ans après la découverte de la maladie.
Le Dr Olivier Msika, gastro-entérologue à l’Hôpital Saint Joseph, interviendra lors de la conférence publique le 5 mars à Marseille sur le thème « Pourquoi le cancer colorectal augmente-t-il chez les jeunes ? »(Photo DR)
Désormais des patients diagnostiqués avant 40 ans
C’est donc un cancer qui survient un peu tardivement en moyenne mais à l’image de l’acteur américain, il frappe de plus en plus de sujets jeunes. « C’est une maladie qui historiquement touchait la personne âgée, poursuit le gastro-entérologue marseillais. Mais aujourd’hui, il n’est plus rare de rencontrer en consultation de jeunes patients diagnostiqués de cancers colorectaux avant 50 ans, voire même avant 40 ans, sans qu’aucune cause génétique ne soit retrouvée le plus souvent.La majorité des cancers digestifs du sujet de moins de 50 ans sont d’origine colorectale, suivi des cancers œso-gastriques puis du pancréas. On estime d’ailleurs que d’ici à 2030, 11 % des cancers du côlon et 23 % de ceux du rectum surviendront chez des patients de moins de 50 ans. »
Actuellement, dans 95% du temps, le cancer du côlon touche les personnes de plus de 50 ans. Mais il y a un rajeunissement, notamment aux États-Unis, des cas de cancers colorectaux chez les plus jeunes de 40-45 ans. Et ce qui se passe outre-Atlantique se reproduit généralement en Europe très rapidement.
Malbouffe, obésité et environnement favorisent ce cancer
Si l’origine de cette augmentation n’est pas génétique, où se trouve la source du problème alors ? « Cette augmentation de cas de cancers digestifs chez le sujet jeune pourrait être en lien avec des modifications environnementales ou des modes de vie en transition. De multiples travaux sont en cours et seront présentés lors de la conférence publique (rendez-vous jeudi 5 mars à 18h au Pharo, voir comment y participer en bas de l’article) pour identifier avec précision les causes de ce changement épidémiologique. Mais il paraît clair que la la « junk food », la sédentarité et la diminution de l’activité physique, l’alimentation ultra-transformée, la surconsommation, l’obésité, tout ceci contribue à l’augmentation des cancers chez le sujet jeune. »
Le médecin alerte les jeunes générations. « Il est évident que ce nouveau mode de vie n’est pas bon pour la santé. Je pense qu’on va vers de graves problèmes de santé, pour cette nouvelle génération à laquelle j’appartiens ! »
L’alcool impliqué dans 21% des cancers du côlon et du rectum
Dans son Panorama 2025 des cancers en France, l’INCA rappelle que « en 2015, 21% des cancers colorectaux (hors cancers de l’anus) chez les plus de 30 ans sont directement liés à la consommation d’alcool. Plusieurs facteurs de risque modifiable en lien avec les comportements et habitudes de vie ont été identifiés : la consommation d’alcool et de tabac, la sédentarité, l’inactivité physique, le surpoids et l’obésité, une alimentation pauvre en fibres, mais riche en viande rouge ou en charcuteries. » Manifestement, dix ans plus tard, ça ne s’est pas arrangé. Si on observe un léger recul des cas de cancers colorectaux entre 2012 et 2022 (-1,5% par an chez les femmes et -2% chez les hommes), d’autres progressent.
Le cancer du pancréas aussi…
Olivier Msika établit d’ailleurs une relation avec un autre cancer digestif en train de flamber dans la population, y compris dès 50 ans : le redouté cancer du pancréas (taux de survie à 5 ans : 12%). « Nous sommes déjà spectateurs d’une véritable « épidémie » de cancers du pancréas, et je pense que l’évolution de notre mode de vie y est pour quelque chose. » Ce cancer – auquel l’INCA attribuait déjà l’apparition de 16 000 nouveaux cas en 2023 et 12 9231 décès en 2022, dont 50% de femmes – pourrait dépasser rapidement le nombre de morts par cancer colorectal et monter sur la 2e marche du podium des décès par cancer.
Le Dr Miska pointe une anomalie dans le système de dépistage organisé du cancer colorectal en France. « Actuellement, le dépistage organisé en France ne ciblant que la population âgée de 50 à 74 ans, il existe une réelle place au débat sur l’extension du dépistage organisé à partir de l’âge de 45 ans, comme c’est déjà recommandé dans plusieurs pays. »
Il faudrait également que les Français déjà éligibles réalisent ce dépistage gratuit et facile à faire soi-même à la maison avec le recueil des selles – on demande un kit à son pharmacien ou son médecin traitant – s’y mettent sérieusement. Le jeu en vaut la chandelle : 9 lésions pré-cancéreuses identifiées sur 10 seront guéries. Les polypes qui occasionnent les traces de sang dans les selles, traces souvent invisibles à l’oeil nu mais repérées par le test de dépistage, sont généralement retirés lors de la coloscopie de contrôle suivant un dépistage positif.
Des kits de dépistage seront remis aux participants aux conférences organisées par MProvence à Marseille, Gap, Fréjus et Nice en ce mois de mars 2026 (Photo Ph. S)
Les Français rebelles aux dépistages
Malheureusement, la prévention ne semble vraiment pas inscrite dans la culture des Français. D’ailleurs le taux de dépistage organisé du cancer du sein chez les femmes à partir de 50 ans est lui aussi tombé à 46,3% en 2023-2024 après avoir « culminé » à 52,7% trois ans plus tôt. Ce n’est guère mieux pour les cancers du col de l’utérus, 40% des femmes concernées ne le réalisant pas.
Les chiffres sont encore plus cruels au sujet du dépistage colorectal. Le taux de participation a reculé en Provence Alpes Côte d’Azur avec un quart des hommes et femmes de plus de 50 ans qui l’effectue (le taux de participation est de 29,6% en France, soit une baisse de 3 points en 3 ans !). Sur 20,8 millions de personnes éligibles, seules 6,2 millions ont été dépistées en 2023-2024 dont 30,7% de femmes et 28,5% d’hommes.
Sur cette minorité de participants, 11 127 cancers et 48 685 adénomes avancés ont été détectés. Imaginons combien de milliers de vies pourraient être sauvées chaque année avec un taux de 65% comme espéré par les autorités ! Le Pr Jean-François Seitz, vice-président du Centre régional de dépistages des Cancers Sud-Paca les chiffre entre 5 000 et 10 000 pour la France.
85% des Français ne mangent pas assez de fibres
Si l’obésité galopante (17% des adultes français) et le manque d’activité physique sont associés au cancer colorectal, on évoque également l’alimentation. En France, il y a une inquiétude particulière sur la consommation de fibres qui se trouvent dans les lentilles, les haricots, les pois chiches, les fruits et les légumes, tous des aliments protecteurs face à ce cancer.
Seulement 15% des Français suivent les recommandations journalières de consommation de fibres. L’alimentation est trop sucrée, parfois très riche en protéines. Pour prendre soin de son tube digestif, il faut manger plus de fibres.
4 conférences publiques et gratuites à Marseille, Gap, Fréjus et Nice
MProvence, en partenariat avec les hôpitaux de notre région, organise quatre conférences publiques et gratuites à l’occasion de Mars Bleu, le mois dédié à la prévention du cancer colorectal. Vous pourrez y entendre des médecins et nutritionnistes qui donneront des conseils alimentaires et sportifs. La conférence inaugurale se déroulera jeudi 5 mars à 18h, amphi Gastaut, Aix Marseille Université, jardin Emile-Duclaux (Pharo), 58 Bd Charles Livon, 13007 Marseille. Coordination scientifique : Pr Jean-François Seitz. Entrée libre sur inscription obligatoire en lien dans le bandeau bleu en haut de cet article ou au 06 95 79 13 97.
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Les conférences suivantes (inscription obligatoire en raison du nombre limité de places) auront lieu à :
Gap : jeudi 12 mars à 18h à l’amphithéâtre du Pôle universitaire, 5 rue Bayard. Coordination scientifique : Dr Jean-Guy Bertolino.
Fréjus : mercredi 18 mars à 18h, salle Jean Cocteau, Théâtre le Forum, 83 Bd de la Mer. Coordination scientifique : Dr Jean-François Codoul.
Nice : mercredi 25 mars à 18h, salle Le Stockfish, 5 avenue François-Mitterrand. Coordination scientifique : Dr Patrick Delasalle.
Une course le 1er mars à Marseille et le 8 mars à Fréjus
1 500 participants dont de nombreux enfants s’étaient élancés pour la course Mars Bleu en 2024 au parc Borély à Marseille (Photo Ph. S)
Plus de 1 500 participants sont attendus dimanche 1er mars à 9h30 au parc Borély de Marseille pour participer à la course Mars Bleu parrainée par Basile Boli (parcours enfants, adultes et marche). Inscriptions sur KMS et event@smuc.fr
600 participants annoncés à la Course de l’Espoir qui aura lieu sur la base naturelle de Fréjus le 8 mars (parcours de 5 et 10 km + marche et course enfants). On peut encore s’inscrire.
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