Les Français fous de running : gare aux signaux d’alerte

13 millions de Français courent pour être en forme. Beaucoup enchaînent les entraînements intensifs, imposant à leur corps de fortes contraintes. A l'occasion du 47e Marseille - Cassis 2026, Les Pitchs des Dialogues de la Santé de Villa M Marseille ont réuni 4 experts pour expliquer comment réussir sa préparation avant une course sans se blesser et en s'alimentant correctement. Il faut... écouter son corps !

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Pour 13 millions de Français, courir est synonyme d’épanouissement. Ils seraient même 4 millions à acheter un dossard pour participer à des courses – qui se multiplient à l’envi – selon la fédération d’athlétisme. Le running est la nouvelle fièvre nationale ! Voilà plutôt une saine passion fondée sur un exercice physique exigeant. Mais le thermomètre peut vite grimper dans les tours et transformer la quête de la performance en cauchemar. Bref, notre corps n’est pas une machine à enchaîner les foulées mais plutôt une horlogerie de précision propre à chacun et qu’il faut bichonner si on veut que l’effort demeure bénéfique.

Le bord de mer à Marseille voit défiler des milliers de coureuses et coureurs chaque week-end comme en ce début octobre 2026 (Photo Ph.S)

C’est en substance le message transmis par les intervenants au dernier Pitch des Dialogues de la Santé organisé jeudi 1er octobre 2026 par Villa M Marseille (Groupe Pasteur Mutualité). Et cette date n’a pas été choisie au hasard. Car le dimanche 25 octobre se déroulera la 47e édition du mythique Marseille – Cassis, 20 kilomètres de montée et descente entre le stade Vélodrome et le port cassidain, une épreuve que tout bon sportif marseillais se doit d’accomplir au moins une fois dans sa vie.

A 88 ans, Bernard court ses 20 bornes

Oui mais voilà, n’est pas Bernard Blanc qui veut ! Quoi ? Vous ne connaissez pas Bernard Blanc ? Les mères de famille peut-être, car il fut une époque, dans les années 80 et 90, où il accouchait les femmes à tour de bras en tant que chef du prestigieux service de gynécologie de l’hôpital public de la Conception (APHM). Mais ce n’est pas de cet aspect de sa personnalité dont on veut parler ici. Bernard Blanc est un athlète qui force le respect.

A 88 ans, il va accomplir son 40e Marseille – Cassis. Qu’il espère boucler en 2h20 à 2h30. Quel meilleur ambassadeur du sport pour valeur que ce gynécologue encore en activité à mi-temps et qui ne se déplace qu’à vélo, à raison de 30 kilomètres par jour ?

Le Pr Bernard Blanc (à droite) interrogé par Philippe Schmit : « Je cours comme un vieux lapin » (Photos Killian Blisson)

Son secret : le mouvement perpétuel

C’est donc lui qui a ouvert la conférence intitulée « Plus haut ! Plus vite ! Plus fort ! Les secrets de la préparation physique. »  Son secret à lui se résume en une attitude, une ligne directrice dont il n’a jamais dévié : être toujours en mouvement. Et on peut le croire les yeux fermés, il connaît chaque centimètre d’asphalte de la traîtresse Gineste. « C’est une course très difficile quand on n’en a pas l’habitude. Je conseille de démarrer lentement. Moi je cours à 8km/h. Ne forcez pas, discutez avec votre voisin. » Autrement dit, ne cherchez pas à égaler, Messieurs, le record du Kényan Edwin Kipyego établi en 2015 : 57 minutes et 18 secondes. Ni celui, Mesdames, de la Kényane Edith Chélimo en 2017 : 1h05’58 » !

Revenons à notre bon docteur Blanc. Est-il un OCNI : Objet Courant Non Identifié ? A-t-il des dispositions génétiques exceptionnelles ? « Non, c’est accessible à tout le monde de faire du sport très vieux« , assure-t-il. Simplement, il ne faut jamais lâcher l’affaire, et donc faire du mouvement l’alpha et l’oméga de ses journées. Il faut dire que ce toubib n’a pas le permis de conduire. Pour se déplacer, il mise tout sur ses guiboles et son vélo (ou plus exceptionnellement la voiture de sa femme). Et quand on lui fait remarquer qu’à son âge avancé, il court encore « comme un lapin », il acquiesce. « Oui, mais comme un vieux lapin ! »

On peut se mettre tardivement au marathon

Le docteur Abdou Sbihi, chirurgien orthopédiste et ex-marathonien, par ailleurs responsable médical à l’Olympique de Marseille, reconnaît bien là non seulement un de ses pairs mais également un maître avec lequel il partage une philosophie de vie. Celle du mouvement donc. Il n’y a rien de pire qu’une chaise ou un canapé pour ces deux-là.

Malgré l’absence de transports en commun ce jeudi 1er octobre et d’énormes embouteillages, une centaine de passionnés sont venus chercher des informations précieuses pour leur préparation sportive ou simplement se cultiver.

Soignant de nombreux sportifs, le Dr Sbihi a insisté sur la joie de courir, exercice physique autant que mental. Il a partagé avec l’assistance composée essentiellement d’une centaine de sportifs, jeunes et vieux, son expérience du Marathon des Sables au Maroc, l’un des plus difficiles au monde qui se déroule sur 6 jours en plein désert à raison d’un marathon quotidien. Il y a même un jour où les coureurs doivent se taper deux marathons, soit 84 km d’affilée !

Dr Sbhi : « Je suis tombé dans la bigorexie »

« Trois ans avant ce marathon,  je n’avais jamais couru. On peut donc s’y mettre tardivement. Mais attention à ne pas basculer dans les extrêmes comme je l’ai fait pendant deux ans. J’étais tombé dans la bigorexie, j’étais obsédé par les entraînements, les moments où je devais faire du sport, il n’y avait plus que ça qui comptait. Même sortir avec des amis était devenu un sujet insupportable pour moi. C’était surtout insupportable pour ma famille. »

Ce sportif impénitent a heureusement retrouvé l’équilibre. Dans son cabinet de l’ICOS (Institut de chirurgie orthopédique et sportive) qu’il a fondé rue Paradis à Marseille, il croise beaucoup de patients qui tirent trop sur la corde. Ils commettent des erreurs fatidiques provoquant des blessures nécessitant alors du temps et du repos pour être, si possible, réparées. Pour aborder une course pédestre et éviter le l’élongation voire bien pire, on lira avec intérêt sa récente interview via le lien ci-dessous.

Course Marseille – Cassis : les secrets médicaux de la réussite

Médecin du sport à Marseille et de l’équipe de France féminine de football, le docteur Mathias Giustiniani a insisté lui aussi lors de cette conférence sur la prévention des blessures et la préparation physique. Il évoque également la bigorexie qui frappe de nombreux coureurs amateurs.

Cette dépendance pathologique et incontrôlable à l’exercice physique est d’ailleurs reconnue comme une addiction par l’Organisation Mondiale de la Santé. « C’est alors compliqué de maintenir une activité quand un sportif se présente pour une blessure. » En d’autres termes, il est quelquefois difficile de faire entendre raison sur une mise au repos indispensable à un pratiquant qui court quotidiennement ou presque et qui en tire sa raison d’être.

Ce qui menace le sportif : le pic brutal d’activité

« Notre corps nous envoie des signaux d’alerte. Si on les écoute, on évite un certain nombre de blessures. La blessure survient quand il y a un déséquilibre entre la charge de travail à l’entraînement et la récupération. » Selon lui, pour performer dans une épreuve, il convient de rester sur des fondamentaux assez simples. Son trépied c’est une bonne paire de chaussures, bien s’hydrater et avoir un corps tonique grâce au renforcement musculaire.

Dr Mathias Giustiniani, médecin du sport et de l’équipe de France féminine de football (Photo Ph. S)

« Les blessures sont toujours multifactorielles. Notre corps est une machine bien faite, capable d’absorber d’énormes contraintes si on s’y prend progressivement. Le risque survient en cas de pic brutal d’activité. » Pour protéger son corps, le Dr Giustiniani recommande 5 règles à suivre : travailler la force pour acquérir de la résistance, la mobilité pour gagner en amplitude articulaire, les étirements pour la souplesse, le contrôle du mouvement pour une qualité du geste, et la stabilité afin de gagner en équilibre. Avec ça on progresse en limitant le risque de casse.

Ne laissez jamais une douleur s’installer

Pour courir un Marseille – Cassis ou toute autre épreuve, il est conseillé de faire des squats (3 séries de 12 répétitions), des fentes arrières (3 séries de 8 à 12 par jambe), du step-down (3X12/jambe), de faire des flexions sur la pointe des pieds pour endurcir ses mollets (3X20 répétitions) et du gainage (3X30 à 45 secondes en planche verticale + 3 séries en planche latérale). Avec ça, vous serez paré pour faire la montée du col de la Gineste qui mobilise le cardio, les mollets et l’allure, et pour la descente qui requiert de bons quadriceps, de la stabilité et du contrôle.

Le Dr Giustiniani insiste : un sportif doit consulter sans tarder en cas de douleur atypique ou récurrente le soir ou le matin. Un gonflement au niveau d’un genou, une boiterie sont rarement anodins. Côté cardiaque, il est des signes devant conduire chez le médecin traitant ou le cardiologue au plus vite : une douleur thoracique évidemment, mais aussi des palpitations après l’effort, des antécédents cardiovasculaires ou familiaux, si on a du diabète ou du cholestérol, ou en cas de malaise pendant ou après un exercice. La plupart des accidents cardiaques parfois mortels surviennent à cause de pathologies existantes non identifiées. Enfin, il faut dormir 7 à 9 heures par nuit quand on prépare une course, et notamment la veille.

Le débat a permis de délivrer nombre de conseils pratiques. Réagissant aux confidences de Margot Chevrier qui a eu recours à un psychologue pour gérer les suites de son accident, le Dr Sbihi (à droite) a rappelé que désormais « la dimension psychologique fait pleinement partie des soins. »

Poissons gras et poulet, la bonne source de protéines

Un moment très attendu de la conférence était bien sûr la partie dédiée à l’alimentation avec la nutritionniste Cécile Capdeville. Cette ex-volleyeuse de l’équipe de France coache Monsieur et Madame-tout-le-monde et des sportifs de haut niveau (les footballeurs Aurélien Tchouaméni et Jules Koundé par exemple). Parmi ses recommandations, le poisson gras figure tout en haut de la liste en raison de ses apports en protéines, avant même la viande rouge pour laquelle c’est 500 grammes par semaine maximum, soit l’équivalent de 4 steacks hâchés.

La viande blanche – poulet en tête – est à privilégier, comme les légumineuses. Et il est indispensable d’apporter des protéines à son petit-déjeuner sous forme d’oeufs, ou de jambon, d’oléagineux, de fromage, de fromage blanc ou de Skyr selon ses goûts ou ce qu’on arrive à avaler. Si elle n’est pas a priori contre les régimes végétariens, Cécile Capdeville met cependant en garde leurs adeptes sur une possible carence en protéines, surtout s’ils font du sport.

Cécile Capdeville, nutritionniste, et son assiette magique pour les sportifs.

Mais la mère de toutes les batailles pour prévenir la blessure, c’est l’hydratation. « Dès qu’on sort du lit, on boit un grand verre d’eau. On ne doit jamais attendre d’avoir soif pour boire car c’est déjà un signe de déshydratation. Ensuite on boit de l’eau en petite quantité tout au long de la journée. » 1% de déshydratation entraîne une baisse de 10% des capacités musculaires, 2% c’est 20%.

Le manque d’eau ralentit le cerveau

Cécile Capdeville rappelle que cette carence en eau génère des migraines et une baisse des capacités cognitives. « Pour savoir si vous buvez suffisamment, il existe une règle simple : vos urines doivent être claires toute la journée (sauf le matin où elles sont naturellement concentrées). » La nutritionniste précise que lorsqu’on fait du sport, il faut protéger son intestin. « On évite les légumineuses, le fromage et la charcuterie la veille d’une course. On préfère les légumes et les fruits cuits plus digestes. »

Immédiatement après un effort intense, pour récupérer le conseil est de boire 50 centilitres d’eau gazeuse fortement minéralisée type St-Yorre, Vichy Célestins, Badoit. Puis jusqu’au soir ou la séance suivante, on alternera eau minéralisée et eau plate.

Surgelés, conserves, laitages, burger, jeûne : revenons au bon sens !

Pour finir, tout le monde n’a eu plus d’yeux que pour elle : la championne de France de saut à la perche, Margot Chevrier. Membre de la team Villa M Paris et étudiante en 6e année de médecine, elle mène de front les études les plus exigeantes qui soient et une carrière sportive déjà remarquable. Mais une grave blessure contractée lors d’un meeting à Glasgow début 2024 l’a privée des JO de Paris pour lesquels tous les feux étaient alors au vert.

Objectif : les JO 2028 à Los Angeles

Deux ans après cette fracture ouverte de la cheville consécutive à une mauvaise réception, l’athlète est repartie à l’assaut des 4,50 mètres avec succès aux championnats d’Europe à l’été 2026. On imagine la force de caractère peu commune qu’il lui a fallu déployer pour surmonter la crainte de la montée puis de la retombée dans le vide.

La perchiste Margot Chevrier est sextuple championne de France. Elle a franchi 4,71m à Paris en 2023, c’est son record.

En plus d’un préparateur mental, la Niçoise désormais exilée à Bordeaux pour raisons sportives a entamé une thérapie chez le psychologue. « Il y avait beaucoup de choses à gérer car j’avais tout mis sous le tapis pendant deux ans après mon accident. » Si elle a dû apprendre à gérer la douleur chronique notamment en position debout – « C’est dur à 24 ans de se dire que c’est pour toute la vie » -, Margot est désormais apaisée et confiante en ses capacités. Objectif : les Jeux Olympiques 2028 aux Etats-Unis (sans oublier le concours de médecine cette année 2026/2027 qui décidera de sa spécialité).

Et après ? Le docteur Sbihi verrait bien la docteur Chevrier embrasser la carrière de… chirurgienne orthopédiste ! Marseille lui tend déjà les bras. Et les jambes.

Prochaine conférence à Villa M Marseille mercredi 9 décembre 2026 à 19h : Les super pouvoirs de l’alimentation. Avec le docteur Yves Rinaldi, gastro-entérologue à l’Hôpital Européen de Marseille, le chef étoilé Michel Portos, et Stéphane Diagana, champion du monde et d’Europe du 400m haies, consultant en entreprise. Entrée libre sur inscription (vous retrouverez le lien d’inscription à partir de fin octobre sur MProvence).

Pascal Chamassian (Villa M) a annoncé la venue de Stéphane Diagana le 9 décembre pour évoquer les super pouvoirs de l’alimentation.

 

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