Voilà, c’est fait. Avec plusieurs mois de retard, la France lance un programme pilote pour organiser le dépistage du cancer du poumon, qui reste de loin le cancer le plus meurtrier avec plus de 30 000 décès par an. Dans la 4e région de France pour le nombre de fumeurs quotidiens, cette initiative était fortement attendue par les professionnels de santé. Maître d’oeuvre dans les Bouches-du-Rhône, le professeur Laurent Greillier dirige le département Pneumologie, Allergologie et Cancérologie à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (APHM).
Après des années d’hésitation, la France lance enfin un programme pilote de dépistage du cancer du poumon, appelé IMPULSION. En quoi consiste ce programme et quel est son objectif ?
Professeur Laurent Greillier : Il s’agit d’un programme pilote, avant la généralisation du dépistage du cancer du poumon à l’échelle de la population française. L’objectif de ce programme est de déterminer les conditions optimales d’implantation de ce dépistage organisé, qui soient à la fois les plus efficaces et les plus sûres.
A qui s’adresse ce programme et est-il contraignant ?
Ce programme s’adresse à la population le plus à risque de développer un cancer du poumon. Il s’agit des adultes âgés de 50 à 74 ans, fumeurs ou anciens fumeurs (sevrés depuis moins de 15 ans). En effet, l’âge et le tabagisme sont les deux principaux facteurs de risque de cette maladie.
Le dépistage n’est pas très contraignant : il consiste en la réalisation d’un scanner thoracique faible dose, associé à une aide au sevrage tabagique pour les sujets encore fumeurs.

Déjà 14 centres dépisteurs en PACA
De quelle manière sera-t-il mis en oeuvre dans notre région où l’on fume encore plus que dans le reste du pays, et particulièrement dans les Bouches-du-Rhône ?
Les sujets volontaires peuvent dès à présent parler du dépistage avec leur médecin traitant et évaluer leur éligibilité au programme en contactant le 3433 ou en se connectant sur depistage-cancer-poumon.fr
Il leur est alors indiqué les centres de dépistage à proximité de chez eux (établissements hospitaliers et médecins généralistes, 14 centres dépisteurs aujourd’hui dans toute la région PACA, bientôt 25 centres dépisteurs) et ils peuvent prendre un rendez-vous pour une consultation « d’inclusion » dans le programme IMPULSION. Pour les sujets encore fumeurs, une aide au sevrage tabagique sera mise en œuvre à ce moment-là. Ensuite, ils sont dirigés vers un centre de radiologie agréé (16 centres en PACA) pour la réalisation du scanner thoracique faible dose. Si aucune anomalie n’est détectée, le scanner sera répété 1 an plus tard, puis tous les 2 ans. Si une anomalie est détectée sur le scanner de dépistage, des examens complémentaires sont nécessaires pour en déterminer la nature.
En tant que médecin, qu’espérez-vous de ce programme ? Ne va-t-il pas conforter des choses que l’on connaît déjà depuis 15 ans et des études internationales, à savoir que le dépistage par scanner à faible émission est efficace pour détecter des cancers du poumon à un stade précoce ?
Effectivement, le bénéfice du dépistage du cancer du poumon est déjà prouvé de manière incontestable sur le plan médical et scientifique.
Le programme IMPULSION va en fait permettre de faire les derniers ajustements avant la mise en œuvre d’un dépistage organisé en population. C’est en quelque sorte une répétition à grande échelle puisque ce sont 20 000 participants qui sont prévus dans le programme pilote IMPULSION.
Personne ne sera exclu du dépistage
Les médecins – dont vous-même – n’ont pas attendu IMPULSION pour prescrire déjà ce scanner, et cela depuis plusieurs années. Ils ont ainsi permis à des milliers de patients d’être sauvés. Si des patients ne rejoignent pas le programme officiel, pourront-ils encore bénéficier de ce dépistage gratuit et de l’accompagnement au sevrage tabagique ?
Oui, bien sûr ! Le dépistage du cancer du poumon était déjà réalisé à l’échelon individuel, et cela pourra bien entendu continuer, surtout si les fumeurs ou anciens fumeurs ont des symptômes, respiratoires notamment. En effet, même si l’on fume, ce n’est pas « normal » de tousser, de cracher, d’être essoufflé… Dans ces situations, il est essentiel de consulter un médecin ! Par ailleurs, si certains volontaires pour le dépistage ne remplissent pas tous les critères du programme IMPULSION (pour des questions d’âge par exemple, ou encore de niveau d’exposition), il existe d’autres programmes de dépistage dans notre région (nous en avons un à l’AP-HM d’ailleurs).
Pénurie de scanners ?
Imaginons que des milliers de fumeurs ou anciens fumeurs s’inscrivent à IMPULSION ou que ce projet débouche sur un dépistage organisé proposé à tous les fumeurs et anciens fumeurs de plus de 50 ans. Soit des millions de personnes en France. Disposera-t-on de suffisamment de scanners pour passer les examens en temps utile et sans décourager les volontaires ?
Le programme IMPULSION va permettre de répondre précisément à ces questions, mais à titre personnel je pense que oui. A la fois parce que ce scanner est vraiment très simple et très rapide (quelques minutes tout compris, pas de perfusion de produit de contraste…). Et aussi parce qu’aujourd’hui les patients souffrant de cancer du poumon sont diagnostiqués majoritairement à un stade avancé de la maladie, et qu’à ce moment-là il est nécessaire de faire des scanners très fréquemment (toutes les 6 à 8 semaines) pendant le traitement médical, et ce sont des scanners qui prennent beaucoup plus de temps (scanner corps entier, injection de produit de contraste…). Avec le dépistage, le cancer du poumon sera diagnostiqué au stade précoce, ce qui libèrera de facto de nombreuses plages de rendez-vous de scanner dans les centres de radiologie.
De 20 à 40% de décès en moins
Rappelez-nous les chiffres qui comptent : quand un cancer du poumon est dépisté tôt, quelles sont les chances de survie d’un patient versus un cancer dépisté à un stade avancé ou métastatique ?
Avec le dépistage, on diagnostique les cancers au stade précoce (stade 1), alors que sans dépistage, les cancers sont le plus souvent diagnostiqués au stade avancé car les symptômes n’apparaissent que tardivement dans cette maladie.
L’espérance de vie 3 ans après le diagnostic d’un cancer du poumon varie selon le stade de la maladie auquel elle a été détectée : pour les cancers de stade 1, elle est de 84 % ; pour les cancers de stade 2, de 66 % ; et de 21 % pour les stades avancés.
D’une façon générale, le dépistage du cancer du poumon diminue de 20 % la mortalité spécifique par ces cancers. Combiner dépistage et arrêt du tabac permet de réduire de 40 % le risque de décès par cancer du poumon.
Note de la rédaction : Il existe des centres dépisteurs à Marseille, Aix-en-Provence, Avignon, Toulon, Nice, Antibes, Cannes… La carte que l’on retrouve sur depistage-cancer-poumon.fr indique leur localisation et leurs coordonnées. Certains centres ne sont pas encore opérationnels. Si vous souhaitez vous faire dépister au plus tôt, parlez-en à votre médecin traitant.
cet article vous a plu ?
Donnez nous votre avis
Average rating / 5. Vote count:
No votes so far! Be the first to rate this post.