Prévenir et soigner la BPCO, redoutable maladie des poumons

La maladie des poumons qu'est la BPCO progresse. Elle tue 20 000 Français par an. Les traitements s'améliorent mais il faut absolument arrêter de fumer. Et se méfier de la pollution. Malheureusement 2/3 des malades ignorent qu'ils en sont porteurs et ne se soignent pas. Exemple à Marseille avec le Dr Alain Palot, pneumologue à l'Institut du Thorax de l'hôpital Saint Joseph.

Santé

Les maladies respiratoires sont courantes et parfois très graves si l’on songe évidemment au cancer le plus mortel, le cancer du poumon, mais également à l’asthme ou à la BPCO. Or on a le sentiment que cette maladie des poumons progresse notamment en raison des conséquences du tabagisme qui reste particulièrement élevé dans notre région provençale ou à cause de la pollution. Face à ce large problème de santé publique, l’hôpital Saint-Joseph à Marseille a constitué un Institut du Thorax que dirige le pneumologue Alain Palot qui est l’un des plus grands experts de la BPCO.

Deux chiffres me viennent à l’esprit : 30.000 décès par cancer du poumon chaque année en France et près de 20.000 décès à cause de la BPCO, la fameuse broncho-pneumopathie obstructive. Pourquoi les maladies respiratoires sont-elles aussi importantes dans notre pays ?

Dr Alain Palot : Ces maladies sont aussi importantes parce qu’il y a une exposition tabagique qui est culturelle depuis des années. Ces deux maladies respiratoires que sont le cancer du poumon et la BPCO sont en lien avec le tabagisme.

Quand on a une BPCO, c’est automatiquement, systématiquement, lié au tabagisme ?

On va dire que 75% des patients qui ont une BPCO c’est en rapport avec un tabagisme. Sinon on peut avoir une BPCO d’origine professionnelle mais c’est relativement rare. Et sinon on a des patients qui viennent plutôt d’Afrique ou de pays en voie de développement où on cuisine au feu de bois dans les maisons et donc ce sont des patients qui sont exposés à la biomasse dès leur enfance. Cela entraîne plus tard une BPCO chez des sujets qui n’ont pas forcément fumé, mais ça reste minoritaire. Le principal facteur de risque reste le tabac.

Le Dr Alain Palot dans le service de Pneumologie, Allergologie respiratoire, Oncologie thoracique et Tabacologie, qu’il dirige à l’hôpital Saint Joseph de Marseille.

Votre cheminée est-elle dangereuse ?

Ce que vous venez de dire m’interpelle : les cheminées à foyer ouvert dans les maisons chez nous en hiver, c’est un facteur favorisant les maladies pulmonaires ?

L’exposition reste minime. Là on parle de populations où ils cuisinent, il y a énormément de fumées qui sortent et ça tous les jours, toute l’année. Donc on peut être un petit peu irrité par la cheminée à foyer ouvert si on a une maladie chronique mais ça ne va pas être responsable en tout cas d’une maladie chronique des voies aériennes.

Vous nous rassurez ! Parlons plus précisément de la BPCO. Comment se déclenche cette maladie ?

Déjà il faut savoir que c’est une maladie qui est sous-diagnostiquée puisque à peu près 2/3 des patients sont atteints de BPCO sans le savoir, donc c’est un vrai problème de santé publique. Malgré des campagnes qu’on fait sur cette maladie depuis des années, ça reste une maladie qui n’est pas connue du grand public. D’ailleurs le terme BPCO n’évoque en général absolument rien dans toutes les enquêtes qu’on fait sur ce sujet.

Toux, crachats, essoufflement

Cette maladie là va se manifester principalement par une toux, des crachats, et un essoufflement qui va apparaître très progressivement. Les patients ne vont pas consulter pour ça parce que l’évolution est très, très progressive. Ils savent qu’ils sont essoufflés parce qu’ils fument et ils n’ont pas envie forcément qu’on leur dise d’arrêter de fumer. C’est pour ça que cette maladie est sous-diagnostiquée. Les médecins de famille et les spécialistes ne vont pas forcément diagnostiquer, dépister en tout cas de façon systématique la BPCO.

Est-il recommandé de s’attaquer à cette maladie le plus tôt possible ou est-ce que ça n’a pas d’importance finalement ?

Si. Le dépistage est essentiel parce que si on se sait atteint d’une BPCO, eh bien il y a beaucoup plus de taux de succès dans le sevrage tabagique que si on pense qu’on n’a pas de maladie pulmonaire. Donc c’est essentiel de débuter ça. En plus, il existe des traitements inhalés et une prise en charge globale de ces patients. Le diagnostic précoce est nécessaire et il faut y penser.

Sevrage tabagique + musculation + inhalations

Peut-on soigner cette maladie ?

Le traitement de la BPCO repose sur plusieurs volets. Le traitement le plus important reste le sevrage tabagique. Pour ça il faut s’aider de substituts nicotiniques. Il y a des tabacologues aussi et nous on a la chance dans l’Institut du Thorax d’avoir des tabacologues qui prennent en charge nos patients. Le 2e traitement important, c’est le réentraînement à l’effort. Ce sont des patients qui ont une fonte musculaire et qui ont un essoufflement au moindre effort avec un handicap respiratoire. Ces patients là doivent bénéficier de programmes de réentraînement à l’effort pour gagner en masse musculaire. Ce qui permet d’améliorer nettement leur qualité de vie.

Ensuite on a des traitements inhalés, les mêmes traitements qu’on utilise pour l’asthme, associant des bronchodilatateurs et des corticoïdes inhalés. Ils permettent de diminuer le nombre d’exacerbations de cette maladie au cours de l’année. Améliorer l’essoufflement et améliorer la qualité de vie.

Cela veut dire qu’on ne peut pas guérir cette maladie ?

Non, on ne peut pas la guérir. Si par exemple vous arrêtez de fumer, ça va permettre que la BPCO ne progresse pas, ça va permettre d’avoir moins de symptômes, une meilleure qualité de vie. Mais ça ne va pas effacer toute l’exposition qu’il y a eu dans les années précédentes.

L’arrêt complet du tabac, la seule solution

Quels sont vos conseils pour la prévenir – j’imagine que vous allez dire qu’il faut arrêter de fumer – et sinon limiter son impact ?

Bien sûr, pour la prévenir, le seul moyen est l’exposition au tabac. C’est l’arrêt complet du tabac et pas uniquement ralentir. On sait que même une exposition moins importante sur une longue durée reste un facteur de risque d’évolution de cette maladie ou d’apparition de cette maladie. Et c’est la même chose pour le cancer du poumon. Donc il faut réussir à réaliser un sevrage tabagique complet. Je vous assure que si on est bien coaché, et bien encadré, ça marche; j’ai énormément de patients qui arrivent à arrêter de fumer alors qu’ils pensaient que c’était totalement inenvisageable.

Il faut donc absolument arrêter de fumer pour prévenir la BPCO, il n’y a pas d’autres solutions ?

Il n’y a pas d’autre solution. L’exposition au facteur déclenchant, c’est le tabac.

Pour guérir du cancer du poumon, il faut se lever tôt !

Le fort impact de la pollution à Marseille

On va un peu élargir le sujet et évoquer la pollution atmosphérique. On sait qu’elle est particulièrement présente dans la région marseillaise, autour du golfe de Fos également. Arrivez-vous à mesurer son impact dans les maladies respiratoires ?

On arrive à le mesurer indirectement puisqu’on se rend compte que lors des pics de pollution, notamment effectivement du côté de l’Estaque (quartier de bord de mer au nord de Marseille, dans le 16e arrondissement), etcetera, les patients qui sont porteurs de maladies chroniques des voies aériennes – asthme ou BPCO – sont plus gênés et plus handicapés. Eux ressentent ces pics de pollution. C’est vrai que quand on regarde les chiffres, que ce soit les exacerbations ou en tout cas un mauvais contrôle de leur maladie est corrélé avec ces pics de pollution au cours de l’année.

Mais ça ne concerne pas que les fumeurs ou les anciens fumeurs ?

Non puisque les patients asthmatiques, les patients qui sont porteurs d’une maladie chronique des voies aériennes, vont le ressentir. Il y a même des sujets qui n’ont pas de maladies chroniques connues et qui se sentent irrités ces jours de pics de pollution.

Faire de l’exercice, le secret de la santé

Quels sont nos moyens pour y échapper à part peut-être vivre à la campagne ?

Bien sûr l’idéal c’est de vivre à la campagne. On a quand même une belle ville à Marseille. Mais non, on n’a pas de moyens. En tout cas il y a une question qui se posait : est-ce qu’il faut quand même faire de l’exercice physique et du sport à Marseille ou est-ce que c’est trop mauvais ? On sait qu’il vaut mieux faire de l’exercice physique dans un endroit pollué que ne pas faire d’exercice physique du tout. On peut continuer à vivre sur Marseille. Les personnes les plus sensibles vont peut-être moins sortir les jours de pollution. Mais après, vous savez que même dans les logements, il y a énormément de polluants intérieurs aussi, qu’il faut bien aérer les maisons, etcetera. Donc non, je pense qu’il faut vivre le plus normalement possible et surtout insister pour sortir de chez soi et faire de l’exercice.

Existe-t-il un effet bénéfique pour les poumons des citadins que nous sommes pour beaucoup d’entre nous à partir en vacances à la campagne ou à la montagne ? On se dit : Tiens, je vais partir 15 jours à la montagne ça va me faire du bien, je vais me régénérer les poumons.? C’est vrai ça ?

Non, on ne va pas régénérer les poumons, ça fera du bien surtout pour la tête et ça c’est très important. Cela fera du bien parce qu’on va faire souvent de l’exercice et on va gagner en masse musculaire donc ça c’est important. Mais des cures à la montagne comme ça ne vont pas forcément régénérer les poumons.

L’Institut du Thorax pour sécuriser pour les patients

Abordons la création de l’Institut du Thorax tout récent qui a été construit au sein de l’hôpital Saint-Joseph. De quoi s’agit-il ?

C’est le regroupement de plusieurs spécialités : la chirurgie thoracique – c’est le service du docteur Bouabdallah -, avec l’unité de tabacologie ainsi qu’une infectiologue respiratoire. On a la chance d’avoir sur le même plateau technique plusieurs spécialités différentes. On a l’habitude de travailler ensemble mais là c’est beaucoup plus simple parce qu’on est sur le même plateau technique et ça permet plus facilement d’échanger. Et donc c’est bénéfique pour les patients.

Les patients se sentent en sécurité parce que, quand ils passent pour une consultation avec un autre praticien, ils connaissent déjà le service. Ils connaissent l’unité. C’est une opportunité pour les patients de bénéficier d’une prise en charge globale autour du thorax.

Cette structure va-t-elle également faciliter la recherche scientifique, et on pense notamment à la mise en place de nouvelles thérapies ?

Oui. L’hôpital Saint-Joseph est assez dynamique dans la recherche clinique et donc le fait de travailler ensemble au sein d’un même institut va favoriser des projets de recherche clinique en commun entre ces différentes spécialités.

L’extension de l’aile de Vernejoul qui abrite le nouvel Institut du Thorax a été inaugurée en décembre dernier.

Nouveaux traitements en 2026

Justement, pensez-vous que dans un avenir proche les malades de la BPCO pourront bénéficier d’innovations thérapeutiques importantes ?

La BPCO est une maladie où pendant des années il n’y a eu absolument aucune innovation, que ce soit dans les traitements ou les différentes approches. Maintenant il y a eu quand même des innovations puisqu’on fait un traitement endoscopique par valve de l’emphysème chez les patients BPCO avec un handicap respiratoire. Au sein de l’Institut du Thorax on a à notre disposition cette technique.

Il y a énormément de recherches cliniques sur la BPCO, énormément de molécules qui sont en exploration actuellement avec pas mal d’échecs aussi. Ce qu’on sait, c’est qu’il y a deux traitements qui sont des biothérapies, qui sont utilisées par voie sous-cutanée. Elles sont actuellement utilisées pour l’asthme sévère et ont été testées dans la BPCO. Elles montrent un bénéfice chez ces patients là avec une diminution des exacerbations, une amélioration des symptômes et une amélioration de la qualité de vie. Ces molécules là seront disponibles dans la BPCO dans le courant de l’année 2026.

Bien entretenir ses poumons chaque jour

On reçoit beaucoup de conseils pour avoir un cœur et des artères en forme, un intestin en forme avec ce qu’il faut manger, ce qu’il faut éviter. Mais on parle rarement des poumons. Pour avoir des poumons en pleine santé, qu’est-ce qu’on doit faire au quotidien quand on n’est pas malade ou quand on est malade ?

J’insiste là-dessus mais c’est essentiel : il faut arrêter complètement l’exposition tabagique et ensuite il faut faire de l’exercice physique, qui est essentiel. Il faut faire un exercice en endurance au moins 2 à 3 fois par semaine, 30 minutes soit de marche rapide au seuil d’essoufflement, soit de course à pied, soit de de vélo, et coupler à ça des exercices de musculation en force. C’est essentiel pour les poumons mais c’est essentiel pour l’ensemble des maladies. Si on réalise un sevrage tabagique complet et qu’on fait un exercice physique régulier, qu’on fait aussi à attention à ne pas être en surpoids, à ce moment-là les années qui passent vont être merveilleuses.

L’entrée Sud de l’hôpital Saint Joseph annonce la couleur : zéro tabac. La tabagisme est la cause majeure de la BPCO comme du cancer du poumon.

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