Une sexualité épanouie, ça se travaille !

Une sexualité épanouie est souvent gage d'une vie équilibrée et d'un couple harmonieux. Mais à partir de 45-50 ans, beaucoup d'hommes ont des difficultés érectiles. C'est parfois lié à une mauvaise circulation sanguine. Le Dr Edouard Fortier, urologue et andrologue dans le Vaucluse, les invite à en parler. Il existe de multiples solutions.

Santé

Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt : une sexualité accomplie est une source importante d’épanouissement personnel et pour le couple. Or entre 45 et 65 ans, un nombre important de couples est confronté à des pannes sexuelles, un désir qui s’émousse, une baisse de la performance si importante aux yeux des hommes, un recul de la libido qui peut être en lien avec l’arrivée de la ménopause chez la femme.

Chirurgien urologue et spécialisé en chirurgie andrologique, le docteur Edouard Fortier exerce en cabinet à Cavaillon et à la clinique Rhône-Durance d’Avignon. Il confirme que les troubles sexuels concernent bien les deux sexes.

“La grande majorité des hommes atteints de troubles sexuels que je reçois consultent pour prendre en charge une dysfonction érectile (essentiellement après 45 ans) c’est-à-dire une difficulté à obtenir ou à maintenir les érections. Les patients plus jeunes peuvent consulter pour un frein court, un phimosis (décalottage du prépuce difficile voire impossible) ou pour une éjaculation prématurée.

Il s’agit de symptômes fréquents, souvent bénins, qui peuvent être liés à l’âge ou pour la dysfonction érectile être associés à des troubles urinaires en lien avec une hypertrophie bénigne de la prostate ou être une conséquence d’autres maladies ou être une séquelle de traitements contre le cancer ou de chirurgies. Les troubles du désir sexuel, la diminution de la libido, les troubles de l’orgasme sont moins fréquents pris isolément mais sont fréquemment associés entre eux.”

Un déficit en testostérone

Mais finalement, est-il pertinent d’établir un parallèle entre la ménopause chez la femme autour de 50 ans – où les changements hormonaux peuvent engendrer une baisse du désir – et l’andropause pour les hommes ? Pour le Dr Fortier, c’est loin d’être systématique. “On peut constater l’apparition d’un syndrome de déficit en testostérone lié à l’âge chez certains patients (5 % des patients à 50 ans et jusqu’à 25 % à 80 ans). Le terme d’andropause est impropre car il s’agit d’une diminution progressive de la capacité à synthétiser de la testostérone et non pas un arrêt brutal de la sécrétion (des œstrogènes chez les femmes au moment de la ménopause).

Ce déficit en testostérone peut entraîner divers symptômes qui peuvent se rapprocher de ceux présentés par les femmes ménopausées et notamment une baisse du désir, une diminution du plaisir sexuel et de l’intensité de l’orgasme, des difficultés à obtenir et à maintenir des érections, des bouffées de chaleur, une perte de masse musculaire et un gain de masse grasse, des difficultés de concentration et de sommeil… Le diagnostic se fait par une prise de sang qui devra être répétée afin de confirmer le déficit en testostérone.”

Le Dr Edouard Fortier est urologue et andrologue à Cavaillon et Avignon (Photo DR).

À 75 ans passés, ils réclament du Viagra          

Mais, que ces Messieurs se rassurent, le reflux de performance sexuelle n’est pas une fatalité ! “Certains patients maintiennent une activité sexuelle à un âge avancé avec parfois des érections de bonne qualité. Il n’est pas rare de voir à ma consultation des patients de plus de 70-75 ans, veufs ou vivant seuls, désireux d’un traitement à visée érectile pour faire des rencontres ! Néanmoins, il est bon de rappeler que la sexualité évolue avec le temps et la recherche d’une intimité sexuelle demeure un besoin très présent chez le sujet âgé et participe au vieillissement réussi, tout comme le maintien des relations sociales.”

À 38 ans, il n’avait plus de rapports depuis 5 ans

La dysfonction érectile s’accompagne souvent d’une souffrance psychologique. Plus le trouble s’installe dans le temps, plus la confiance en soi s’émousse et le risque de repli sur soi et de désinvestissement de la sexualité existe.

“J’ai rencontré un patient de 38 ans, par ailleurs très bien intégré dans sa vie sociale et professionnelle, qui présentait une dysfonction érectile de plusieurs causes et n’avait pas eu de rapport sexuel avec sa compagne depuis 5 ans, relate le Dr Fortier. Le retentissement psychologique pour lui et son couple était majeur. C’est une situation que l’on ne devrait plus voir aujourd’hui. Ainsi, le mot d’ordre est d’en parler. Les difficultés sexuelles peuvent aussi être précédées de causes psychologiques (évènement de vie personnelle ou professionnelle, retentissement psychologique d’autres pathologies, traumatisme, difficulté dans un projet de procréation, image de soi altérée…). Plus elles sont prises en charge rapidement, mieux elles sont traitées efficacement.”

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Ne pas hésiter à voir un sexologue

Le chirurgien conseille clairement de voir un sexologue si le trouble est chronique, d’autant plus s’il engendre une souffrance, une dévalorisation. “La prise en charge par les sexologues est complémentaire à la nôtre. La prise en charge psycho-sexologique (= la sexothérapie) permet un accompagnement sur un temps plus long qu’une consultation médico-chirurgicale et d’optimiser la prise en charge de la dysfonction érectile. Le patient peut être reçu seul ou accompagné de son/sa partenaire. Les sexologues peuvent être également médecins et avoir la double approche. Cet accompagnement bénéficie de façon évidente à la santé mentale des patients et donc à leur sexualité.”

Les plus de 65 ans osent en parler !

Le regard de la société sur l’homme qui se doit d’être performant pèserait moins sur les esprits. Les hommes atteints de troubles poussent la porte du médecin plus facilement qu’il y a 20 ou 30 ans. “Notre société de la performance et de l’hypersexualisation pouvait renvoyer aux hommes avec une dysfonction érectile un sentiment de honte ou « de déclassement » et ils pouvaient passer ce symptôme sous silence. Maintenant que la société s’est emparé « au grand jour » de l’ensemble des sexualités/genres, de l’élargissement de l’Aide Médicale à la Procréation, il existe une évolution très bénéfique sur les nouvelles générations qui n’ont plus de gêne à en parler en consultation.

Que ce soit les quadragénaires et quinquagénaires qui abordent la problématique avant que je pose la question, ou les plus âgés qui se disent qu’eux aussi ont le droit à des solutions. Et ils ont raison ! Je me souviens d’un patient de 65 ans qui mesurait sa chance de pouvoir me parler librement en consultation alors qu’il n’aurait pas pu (ou osé) parler il y a 20 ans !

Viagra, Cialis et gel fonctionnent très bien

Une fois qu’on a cerné l’origine du problème, les solutions sont multiples. Mais les médicaments du type Viagra ou Cialis sont-ils la panacée ou, à défaut, la base ? “La prise en charge initiale repose sur l’identification des facteurs de risque ou favorisant la dysfonction érectile avec un interrogatoire, un examen physique, une prise de sang, éventuellement une échographie.

En première intention, on pourra proposer un traitement médicamenteux IPDE-5 afin d’aider à la survenue et au maintien des érections. Plusieurs molécules existent avec des traitements médicamenteux par voie orale, sublinguale ou en gel en application locale sur le gland du pénis. Ils sont bien tolérés et nécessitent une stimulation sexuelle pour déclencher leur action. Ces traitements n’ont aucun risque sur le plan cardiaque (hors cas du patient en début de prise en charge dont on suspecte une maladie cardiovasculaire associée à la dysfonction érectile), d’autant plus si le patient est suivi et bien stabilisé sur le plan cardiovasculaire !”

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Un mode de vie sain pour une sexualité épanouie

Pour conserver une vie sexuelle épanouie, un mode de vie sain est recommandé “pour prolonger au maximum les fonctions « organiques », le fait d’être en accord avec sa sexualité, en phase avec ses pratiques sexuelles, qui vont évoluer tout au long de la vie et donc d’être en résonnance dans son intimité sexuelle à un instant T est fondamental. La confiance et la communication avec son/sa/ses partenaire(s) sont les clés du succès. En cas de problème, il ne faut pas hésiter à pousser la porte de nos cabinets médicaux, de sexologie ou de psychologie. Plus vite un problème est identifié, plus vite une solution peut y être apportée.”

Plus d’érection matinale : et si c’était vos artères ?

Avoir des érections molles voire une absence d’érection doit amener à consulter. Car ce changement n’est pas une fatalité et, surtout, peut cacher un problème de santé bien plus sérieux. “On peut identifier 4 grandes causes à la dysfonction érectile. La première est liée à l’âge et s’associe volontiers à l’hypertrophie bénigne de prostate après 50 ans. La dysfonction érectile peut être une conséquence des maladies cardiovasculaires dont elle peut être un révélateur ! Effectivement, l’athérosclérose touche également les artères du pénis (1 à 2 mm de diamètre) et peut provoquer par divers mécanismes physiopathologiques une insuffisance érectile.”

Ainsi, selon le Dr Fortier, tout homme non suivi mais avec des facteurs de risque cardiovasculaire (fumeur depuis plusieurs décennies comme c’est souvent le cas et parfois en surpoids) qui voit disparaître ses érections réflexes la nuit ou le matin et a des difficultés d’érection devrait aller consulter son médecin afin d’initier un bilan cardiovasculaire. “La dysfonction érectile peut enfin être une conséquence de pathologies neurologiques et psychiatriques et être un effet secondaire des traitements contre le cancer, certaines chirurgies et certains médicaments cardiovasculaires (les anti-hypertenseurs par exemple). Dans tous les cas, en parler permet d’initier une prise en charge, de ne pas subir un retentissement psychologique et peut « rapporter gros » si cela permet d’adapter un traitement médicamenteux ou d’éviter un infarctus du myocarde !”

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Les compagnes plus réalistes que les hommes

Bien des urologues le constatent : les patients considèrent souvent leurs troubles sexuels comme une catastrophe, une atteinte insupportable à leur virilité. Ils ont alors le moral dans les chaussettes. Beaucoup ont du mal à en parler en couple et encore plus à un médecin, quitte à se renfermer et à devenir malheureux. C’est pourtant la base pour affronter le problème et trouver des solutions.

“L’évolution de la société fait que les compagnes sont moins présentes lors des consultations des hommes qu’avant, note le Dr Fortier. Lorsqu’elles sont là, elles sont pro-actives et poussent à la prise en charge de leur compagnon indépendamment du retentissement qu’a la dysfonction érectile dans l’intimité sexuelle du couple (sous-entendu « chéri soigne toi »). Les « besoins physiologiques » sont bien entendu similaires même si la vie génitale des femmes, marquée par des suivis médicaux répétés et les « chamboulements » physiologiques (l’apparition des règles, la contraception, les grossesses, la ménopause) font qu’elles sont motrices dans la prise en charge et souvent plus réalistes en vieillissant quant à la modification physiologique de leur sexualité.”

“La sexualité ou les sexualités d’un couple évoluent dans le temps et c’est là le défi de réinventer au fil du temps une intimité sexuelle épanouie et heureuse. Le panel des solutions existant permet, dans de nombreux cas, de pouvoir retrouver une vie sexuelle satisfaisante. La vie affective n’est pas que la vie sexuelle, heureusement !”

Dr Edouard Fortier, urologue spécialisé en andrologie au Centre médical du Luberon à Cavaillon lors d'une conférence organisée par MProvence à Avignon en novembre 2025 (Photo Killian Blisson).
Dr Edouard Fortier, urologue spécialisé en andrologie au Centre médical du Luberon à Cavaillon

Gingembre, maca, tribulus : vraiment efficaces ?

Une croyance populaire favorisant la vigueur sexuelle masculine vante les vertus du gingembre ou d’autres aliments comme la maca péruvienne, le safran, voire les fruits rouges, le radis et même le chocolat chaud ! Infos ou intox commerciales ? Les urologues misent plus sur un éventuel impact sur la libido de certains aliments que sur un effet mécanique. Si ça vous met en confiance, pourquoi s’en priver ?

“Aucun aliment ou épice ou complément alimentaire n’a fait la preuve d’une quelconque efficacité sur l’érection, prévient le Dr Fortier. Il en va de même pour les médecines alternatives (acupuncture, rééducation du périnée, stimulation électromagnétique…). Quelques molécules ont rapporté un effet positif (subjectif !) sur le désir sexuel, la libido, comme le ginseng, le gingembre, la tribulus (plante riche en antioxydants et en phytostéroïdes), la maca (idem) ou le cordyceps (champignon). Mais cela ne remplacera jamais un mode de vie sain pour éprouver une sexualité épanouie le plus longtemps possible !”

Une version modifiée de cet article a été publiée initialement dans Le Magazine de la Transition n°3 édité par La Marseillaise, en partenariat avec MProvence

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