Vous vous sentez constamment fatigué, vous avez du mal à marcher rapidement ou à monter les escaliers ? Et si c’était l’insuffisance cardiaque ? 200 000 personnes sont hospitalisées pour ce motif chaque année en France et environ 70 000 en meurent parce que leur cœur est à bout de souffle. Cette maladie tue plus que le cancer du poumon, le cancer du côlon, le cancer du pancréas et le cancer de la prostate réunis !
Mais le plus incroyable encore en 2026, c’est que la moitié des malades ignorent qu’ils sont porteurs de cette pathologie. Dans le cadre de la Semaine du Coeur, une journée de sensibilisation le 22 septembre va faire le point sur la lutte contre cette maladie à l’Hôpital Saint Joseph de Marseille. Deux cardiologues de cet établissement sont particulièrement impliqués dans la prévention, le docteur Patrick Khanoyan, et la docteur Thiziri Si Moussi, responsable de l’unité insuffisance cardiaque.
Première question qui nous vient immédiatement à l’esprit : comment je fais pour savoir si j’ai de l’insuffisance cardiaque ? Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?
Docteur Thiziri Si Moussi : Les symptômes principaux, on pourrait les retenir grâce à un acronyme qu’on appelle EPOF. E pour Essoufflement au repos ou à l’effort; P pour prise de Poids; O pour Oedème – c’est le gonflement des jambes ou des chevilles; et F comme Fatigue anormale. Ce sont des symptômes assez fréquents de la vie quotidienne qu’on pourrait parfois mettre sur le compte de l’âge. Mais attention, ces symptômes peuvent cacher de l’insuffisance cardiaque, une maladie très grave.
Il faut que j’ai les 4 symptômes pour savoir si j’ai de l’insuffisance cardiaque ou un seul suffit ?
Un seul symptôme pourrait suffire. Donc il faut rester vigilant et écouter son corps.
On va définir ce qu’est précisément cette maladie. Mais avant cela, rappelez-nous combien de personnes en souffrent en France et combien en meurent ?
Docteur Patrick Khanoyan : Comme vous l’avez évoqué, on a officiellement 1,5 million de personnes qui sont concernées en France. Ce chiffre sous-estime probablement la réalité des faits puisque sous-diagnostiqués et il s’agit probablement d’une maladie qui touche 2 à 3 millions de personnes si on intègre les gens qui virtuellement, potentiellement, sont déjà insuffisants cardiaques et ne le savent pas. On sait que ça coûte pour la société puisque c’est au moins 200 000 hospitalisations et ça représente à ce moment-là près de 1,5 à 2 milliards d’euros au total pour la santé publique. L’insuffisance cardiaque est responsable d’au moins 70 000 décès par an, ce qui est considérable.
Ce sont des hospitalisations qui sont lourdes ?
Oui ces hospitalisations sont lourdes. Mais des nouveaux process se mettent en place pour essayer justement de réduire ces hospitalisations et leurs coûts pour la société.
Hypertension, diabète, tabagisme au rang des accusés
Concrètement, qu’est-ce que cette maladie et par quoi est-elle causée ?
Dr Si Moussi : L’insuffisance cardiaque est une maladie liée au cœur. Comme vous le savez, le cœur c’est une pompe et quand cette pompe a du mal à éjecter le sang, pour différentes raisons, l’organisme ne reçoit pas de sang, d’oxygène et donc tout l’organisme est affaibli. Les causes sont multiples. Mais les principales sont l’hypertension et le tabagisme, le cholestérol, le diabète, tous ces facteurs de risque qui vont causer une obstruction au niveau des artères du cœur.

Comment savoir si je souffre de cette maladie et à partir de quel âge doit-on particulièrement s’en préoccuper ?
Dr Khanoyan : La campagne nationale (de la Semaine du Coeur, du 21 au 27 septembre 2026) va axer un peu le travail sur les gens à partir de 65 ans. Parce que finalement, un certain nombre de pathologies qui sont antérieures à cet âge là comme l’hypertension artérielle, le diabète et surtout les maladies coronaires, font que ces gens qui auparavant mouraient de leur maladie et pour lesquels de bons traitements sont mis en place, survivent et gardent des séquelles qui vont permettre malheureusement, ultérieurement, de développer ces maladies. L’incidence de la maladie est beaucoup plus importante chez les gens qui ont plus de 80 ans que chez les gens qui ont plus de 60 ans, mais il faut le savoir, ça peut commencer à partir de 65 ans.
30 jours pour voir un cardiologue à Marseille sauf en cas d’urgence
On va un petit peu inquiéter les gens, là ! Est-ce que mon médecin généraliste peut détecter que j’ai une insuffisance cardiaque ?
Dr Si Moussi : Absolument ! Le médecin généraliste peut suspecter le diagnostic et faire un prélèvement, une prise de sang, qui s’appelle le dosage du NT-proBNP. C’est un marqueur cardiaque qui est facile à prélever dans tous les laboratoires. Si ce marqueur est élevé, associé à des symptômes, le médecin généraliste doit orienter la personne vers un ou une cardiologue.
C’est facile en France de voir un cardiologue, à Marseille en particulier ?
Dr Khanoyan : Au niveau national, la moyenne des délais d’attente d’accès à la consultation de cardiologie c’est à peu près 66 jours, selon le livre blanc de la cardiologie, avec des disparités régionales. A Paris on va l’obtenir en 30 jours, en Indre et Loire il faut 171 jours. C’est l’inégalité d’accès aux soins sur la démographie médicale régionale. A Marseille malgré tout, si les délais sont là aussi plutôt autour d’une trentaine de jours en moyenne, au-delà de ce chiffre moyen il faut savoir que le motif peut amener – et surtout lorsqu’un médecin généraliste demande à ce qu’un patient soit vu – à avoir un accès parfois dans la journée. Encore une fois, il y a un certain nombre de process d’organisations qui sont mis en place, des hot-lines comme on peut avoir à l’hôpital SaintJ oseph, pour donner une réponse immédiate à la question qui peut être posée par une consultation d’urgence ou une hospitalisation d’urgence.
Supposons que mon médecin généraliste et la prise de sang confirment que j’ai bien une insuffisance cardiaque, comment se passe la prise en charge ? Est-ce que les traitements peuvent me guérir ?
Oui c’est considérable parce que depuis 40 ans de nombreux médicaments ont permis justement une amélioration à la fois du pronostic vital et de la qualité de vie des gens. Si l’on prend la partie dite d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite – quand le cœur s’est nettement ramolli – il y a 4 piliers de l’insuffisance cardiaque qui vous permettent un progrès considérable voire une amélioration de la fraction d’éjection, de la contraction du cœur (qui permet d’envoyer plus de sang dans l’organisme) jusqu’à une quasi normalisation pour un certain nombre d’entre eux.
L’activité physique chaudement recommandée
Si j’ai de l’insuffisance cardiaque, est-ce que je dois éviter certaines activités ? J’ai bien compris que mon cœur pompe moins, il envoie moins de sang dans l’organisme. Par exemple est-ce que je peux continuer à faire du sport ?
Dr Si Moussi : Absolument ! Le sport, c’est très important, c’est même recommandé. L’activité physique régulière – au moins 30 min de marche 3 fois par semaine – est recommandée. Voire même la réadaptation cardiaque, la rééducation cardiaque. C’est de l’activité physique encadrée et même recommandée et c’est un des piliers du traitement de l’insuffisance cardiaque. Donc il faut absolument faire de l’exercice physique.
Mais il faut y aller mollo quand même ? Moi par exemple je fais du vélo, des fois je grimpe des côtes et il faut peut-être faire attention quand même ?
Eh bien ça dépend de la pathologie cardiaque, ça dépend de la fraction d’éjection, ça dépend de beaucoup de choses. C’est pour ça que voir un cardiologue et faire de la réadaptation cardiaque permet d’adapter son seuil d’exercice physique à ses performances cardiaques.
1 Français sur 4 victime de stress intense, qui attaque le coeur et les artères
Est-ce que certaines activités ou une bonne hygiène de vie peuvent prévenir ou ralentir cette maladie ?
Dr Khanoyan : En miroir de ce qu’on a pu dire sur les causes tout à l’heure – bien traiter le diabète, bien traiter l’hypertension artérielle va effectivement prévenir la survenue de cette maladie. Mais évidemment le travail qui a été fait, comme la prise en charge médicamenteuse ou la réadaptation cardiaque, permet justement de donner une qualité de vie la meilleure possible et de retarder les phases terminales qu’on peut connaître en fin d’évolution de la maladie.
Quand on parle d’hygiène de vie, que conseillez-vous ?
Il faut impérativement arrêtez de fumer chez les fumeurs. Il faut sevrer l’alcool pour les gens qui ont une consommation excessive et qui a pu être parfois la cause de la maladie. Il faut effectivement bien manger équilibré. Il faut connaître le rôle du sel dans l’alimentation pour pouvoir vous permettre là aussi de réduire le risque de décompenser cette maladie.
Faites-vous vacciner !
Dr Si Moussi, je vais dire un truc qui va vous faire très plaisir. Vous insistez sur la nécessité de réduire l’exposition aux maladies infectieuses en se faisant vacciner. Lesquelles et pourquoi ?
Dr Si Moussi : Je suis ravie de répondre à cette question ! En effet, la Société Française de Cardiologie et le syndicat des cardiologues s’emparent de cette problématique. On sait que les infections, notamment l’hiver, les infections grippales, les infections à COVID, les infections à pneumocoques, aggravent la maladie cardiaque et font décompenser les patients qui sont ré-hospitalisés. Donc on incite vraiment sur les vaccins recommandés.
Il est très important de se faire vacciner tous les ans quand vous recevez le courrier de la Sécurité sociale contre la grippe de façon annuelle, le COVID. Et maintenant on a un vaccin contre une infection qui s’appelle le pneumocoque. On se vaccine une seule fois, on n’a plus besoin de rappel. Il y a une autre maladie – peut-être certains d’entre vous ne verront pas le lien – mais on a observé un lien entre le zona et le risque d’infarctus. Donc la vaccination contre le zona est recommandée chez les personnes de plus de 65 ans.
Les Français mangent 2 fois trop de sel !
Evoquons spécifiquement l’alimentation si vous voulez bien, ça s’intéresse beaucoup les gens ! Des aliments doivent-ils être proscrits ou limités ?
Dr Khanoyan : Bien évidemment ! On va commencer par le sel. Il faut savoir qu’un régime hyposodé d’insuffisance cardiaque c’est 5 grammes de sel par jour. On est sorti des régimes extrêmement restrictifs qu’on avait auparavant, mais il faut quand même connaître que la moyenne nationale de consommation de sel est pas loin de 10 grammes. Donc il faut quand même réduire quasiment de moitié la charge de sel qu’il y a dans l’alimentation. Il faut connaître le rôle du sel qu’on retrouve dans des plats par exemple cuisinés, préparés dans la grande distribution. Il faut apprendre à lire les étiquettes des produits lorsqu’on fait les courses. Il vaut mieux dans tous les cas faire de la cuisine en préparant soi-même avec des produits frais, ce qui permet d’avoir une bonne maîtrise et une bonne connaissance de ces produits. Je vous disais tout à l’heure qu’il faut limiter les excès d’alcool, et évidemment également une alimentation équilibrée.
Environ la moitié des malades s’ignorent. Pourquoi un taux de méconnaissance aussi élevé dans notre pays où quand même, sur le plan médical, on est plutôt bien pris en charge ?
Dr Si Moussi : Comme je vous l’ai dit au début de de l’interview, les symptômes de l’insuffisance cardiaque sont des symptômes qui peuvent s’installer de façon très progressive, insidieuse, auxquels on s’habitue. On est de plus en plus essoufflé, de plus en plus fatigué, on s’adapte, on ne marche plus, on prend le bus, on ne monte plus les escaliers, on prend l’ascenseur. On a tendance à croire que ce sont des symptômes qui sont liés à l’âge. Alors que ces symptômes banaux peuvent cacher une maladie grave qui est l’insuffisance cardiaque. C’est une des explications. Et la méconnaissance de la maladie par le grand public participe au fait que les diagnostics soient tardifs.
Rendez-vous le 22 septembre à St Jo
Donc on ne laisse pas filer des choses comme ça, où on est réduit dans son activité tout à coup. Cela cache peut-être quelque chose qui est grave ?
Exactement ! Il faut consulter son médecin traitant et on insiste sur le dosage de cette prise de sang qui est très facile à faire qui s’appelle le NT-proBNP et qui peut vite nous alerter et permettre une orientation rapide vers le cardiologue.

Vous organisez tous les deux justement la dernière semaine de septembre, à l’occasion de la Semaine du Cœur, le 22 septembre précisément à l’hôpital Saint Joseph, une journée de prévention à destination du grand public. Vous allez dire aux gens qui viendront ce jour-là s’ils ont de l’insuffisance cardiaque ?
Dr Khanoyan : On va essayer justement d’abord de sensibiliser à la cause de l’insuffisance cardiaque – à l’instar de ce qui s’est fait sur le cancer. C’est vraiment une cause nationale. Les maladies cardiaques, c’est la première cause de mortalité chez la femme, la 2e chez l’homme. Donc il y a vraiment une confrontation aux maladies cardiovasculaires comme causes majeures de pathologie. Sous-estimer le diagnostic, c’est s’exposer fortement à des conséquences gravissimes de la maladie. Donc on va essayer d’expliquer les symptômes.
On va essayer d’expliquer les symptômes comme l’EPOF – Essoufflement, prise de Poids, les Oedèmes des membres inférieurs, la Fatigue. On va essayer de permettre aux gens de comprendre que ces symptômes-là peuvent les orienter vers un médecin pour en faire le diagnostic. Cette sensibilisation du grand public permet par une personne de toucher finalement plusieurs personnes en cascade et d’espérer amener les gens plus rapidement vers ce diagnostic-là, par une prise de sang, par une consultation et pas forcément toujours par une hospitalisation.
Mardi 22 septembre 2026 dans le cadre de la Semaine du Coeur, l’Hôpital Saint Joseph (26 Bd de Louvain, 13008 Marseille) abritera un village de prévention de l’insuffisance cardiaque animé par des professionnels dans le hall Fouque avec dépistage. Rendez-vous de 9h à 17h.
A 17h30 l’auditorium de Vernejoul de l’hôpital accueillera une conférence publique et gratuite ouverte à tous sur le thème : « L’insuffisance cardiaque : un enjeu majeur de santé publique. Prévention, parcours de soin et coordination ville-hôpital. » En partenariat avec l’APHM, l’hôpital Clairval et sous le parrainage de l’ARS PACA.
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