Cancer : 1 Français sur 2 devrait regarder ses poumons

Prévenir et soigner le cancer du poumon : l'hôpital d'Aix-en-Provence a accueilli cette semaine une conférence présentant les moyens de lutte. La Dr Stéphanie Martinez a rappelé que 56% des adultes français fument ou ont fumé. Beaucoup peuvent demander un dépistage par scanner à faible émission. Voici les conseils des pros.

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La bonne nouvelle sanitaire des années 2020, c’est que les Français fument de moins en moins. Selon les derniers chiffres, 900 000 d’entre eux auraient abandonné la cigarette entre 2021 et 2023. Le discours sur les dangers du tabac qui provoque 75 000 morts par an rien qu’en France – dont 30 000 par cancers du poumon, soit l’équivalent de la population de La Ciotat, d’Orange ou de Saint-Raphaël qui disparaît chaque année ! – et l’augmentation des prix commencent à être efficaces. Les jeunes notamment semblent moins accros, même si beaucoup se tournent vers l’e-cigarette.

56% des Français ont goûté à la clope

Cheffe du service des maladies respiratoires au Centre hospitalier du Pays d’Aix, la docteur Stéphanie Martinez a régalé de statistiques le public venu assister mardi 5 mai à une conférence sur le cancer du poumon, organisée à l’hôpital par MProvence. Si 43% des Français entre 18 et 75 ans n’ont jamais fumé, 17,4% déclarent fumer régulièrement, 6,8% occasionnellement et 32% sont d’anciens fumeurs. La proportion de fumeurs réguliers en région PACA (20,9%) est un peu plus élevée que la moyenne nationale. Rappelons que 8 cancers du poumon sur 10 sont provoqués par le tabagisme.

Dr Stéphanie MARTINEZ, pneumologue, chef du service des maladies respiratoires, Centre Hospitalier du Pays d'Aix
Dr Stéphanie MARTINEZ, pneumologue, chef du service des maladies respiratoires, Centre Hospitalier du Pays d’Aix

La Dr Martinez regrette que les 3/4 des cancers du poumon soient repérés à un stade avancé (stade 3) voire métastatique (stade 4). Cette prise en charge tardive explique que cinq ans après la découverte de la maladie, seuls 20% des patients sont encore en vie. « Notre objectif est de dépister le cancer avant ces stades 3 et 4 de façon précoce, c’est-à-dire aux stades 1 et 2. Car alors le taux de survie à 5 ans se situe entre 40% et 70%. » Comment faire ?

Inverser la tendance : traiter 80% des cancers au début

Eh bien la France a les outils pour inverser littéralement la tendance : arriver à 80% de cancers traités en phase précoce, donc potentiellement guérissables. C’est tout le sens de la « filière remarquable » mise en place par les pneumologues de l’hôpital d’Aix : ils s’engagent à recevoir sous 7 jours tout patient chez qui on suspecte un cancer du poumon, et à entamer si nécessaire un traitement chirurgical ou médical dans les 45 jours.

L’arme fatale, c’est le dépistage par scanner thoracique à faible irradiation (low dose), l’examen ayant déjà largement fait ses preuves. Suivant deux études, une américaine de 2011 et une européenne de 2020, la réduction de la mortalité à 10 ans avait atteint 24% chez l’homme et 35% chez la femme (études portant sur de gros fumeurs ou ex-gros fumeurs âgés de 50 à 75 ans). « En France, environ 4 millions de personnes sont éligibles à ce dépistage« , souligne la Dr Joséphine Chenesseau, chirurgienne thoracique à l’Hôpital Privé de Provence.

Déjà des scanners passés en masse

Très en retard sur des pays comme l’Italie, la Pologne, la Croatie, l’Australie, la Chine, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, la France lance ce mois-ci un programme pilote (IMPULSION) dans quatre régions dont la nôtre. Il s’agira de voir si les personnes concernées sont prêtes à se plier aux exigences de ce suivi médical d’abord sur 3 ans (1 scanner renouvelé à 1 an puis à 3 ans avec entre-temps des consultations et un arrêt du tabac accompagné par les tabacologues si besoin). Cette étude inclura 20 000 patients. Sur 4 millions potentiels donc…

Heureusement les médecins généralistes et spécialistes peuvent déjà prescrire ce scanner low dose en dehors d’un tel programme; Et les praticiens qui savent ne s’en privent pas depuis des années. « Si on autorisait le dépistage, cela reviendrait moins cher que la prise en charge de patients métastatiques« , affirme la Dr Chenesseau.

Face au cancer du poumon, ne misez plus sur la chance !

« J’ai eu peur, j’ai arrêté »

Un cancer diagnostiqué tôt permet au sujet de rester actif et donc productif tout en lui évitant des traitements très coûteux pour la société. Précision de taille : le scanner ne dépiste un cancer que rarement, mais souvent il flashe sur une tâche, un nodule sur le poumon, non cancéreux, mais qui va amener à une surveillance régulière et souvent à l’arrêt du tabac. « J’étais fumeuse depuis vingt ans et un médecin m’a prescrit un scanner qui a identifié un nodule, se rappelle Karine qui a assisté à la conférence aixoise. Ce n’était pas un cancer mais j’ai eu très peur et j’ai arrêté. J’ai compensé en faisant du sport. »

Toutefois des patients se montrent réticents à passer ce scanner bien qu’il soit rapide, peu irradiant, indolore et sans injection. « Il y a une anxiété du scanner, des patients refusent jusqu’au jour où c’est trop tard », constate Stéphanie Martinez. La Dr Chenesseau martèle que « le premier acteur du dépistage est le médecin généraliste. » Il devrait en parler à tous les fumeurs de sa patientèle.

Dr Joséphine CHENESSEAU, chirurgien thoracique, Hôpital Privé de Provence
Dr Joséphine CHENESSEAU, chirurgien thoracique, Hôpital Privé de Provence

Les symptômes d’alerte

Car la cigarette est un concentré de poisons tel qu’on en connaît peu. « Elle regorge de plus de 4 000 produits toxiques dont 50 cancérigènes prouvés, a détaillé la docteur Céline Cheron, pneumologue au Centre hospitalier du pays d’Aix. Sa fumée va donc agresser les voies respiratoires. ». Emphysème, hypertension artérielle pulmonaire, fibrose… Les soucis s’accumulent pour nos poumons qui n’en peuvent plus et déclenchent une insuffisance respiratoire.

Dr Céline CHERON, pneumologue, Centre Hospitalier du Pays d'Aix
Dr Céline CHERON, pneumologue, Centre Hospitalier du Pays d’Aix

« Il y a des symptômes d’alerte à ne pas négliger« , avertit la praticienne. Comme un essoufflement inhabituel, , un sifflement respiratoire, une douleur thoracique, des infections à répétition, une toux chronique de plus de 3 mois, et bien sûr des crachats de sang, voire un dégoût du tabac. Il convient alors de consulter rapidement.

« Des patients fument 10 joints… par jour ! »

C’est à la docteur Caroline Giordanengo, pneumologue à l’hôpital d’Aix, qu’il revenait d’aborder le cannabis. Une bombe puissance 4 car 1 joint = 3 cigarettes et la fumée inhalée est 4 fois plus toxique que celle de la cigarette. « Une étude en Nouvelle-Zélande a pointé un risque de cancer du poumon à partir de 10,5 joints par an. Ici à Aix on a des patients qui fument 10 joints… par jour ! »

Vous pensez que l’usage du cannabis ne concerne qu’une minorité de Français ? Détrompez-vous ! « 46% des adultes ont déjà expérimenté le cannabis, dont 11% d’usagers dans l’année. Et 10% des jeunes de 17 ans en font déjà un usage régulier. » 5 millions de Français sont adeptes du pétard dont un million au quotidien.

Dr Caroline GIORDANENGO, pneumologue, Centre Hospitalier du Pays d'Aix
Dr Caroline GIORDANENGO, pneumologue, Centre Hospitalier du Pays d’Aix

« Je vais prendre du poids »

Psychologue au service de tabacologie du centre hospitalier (1), Cathy Sassatelli a rapporté les propos de patients illustrant la difficulté à décrocher du tabac. « Je me lève et ma première idée est d’allumer une cigarette »; « Avec le stress au travail, je fume encore plus. » « C’est mon seul plaisir ». « Si je m’arrête, je vais prendre du poids et ça, ce n’est pas possible. » Pour aider les fumeurs à arrêter, il faut prendre en compte le patient dans sa globalité de vie. Des ateliers sont proposés en fonction du profil et de la motivation, sans oublier les prescriptions remboursées de supplémentations en nicotine sous forme de patchs ou de gommes à mâcher genre les fameuses « Nicorette ».

Mme Cathy SASSATELLI, psychologue, Centre Hospitalier du Pays d'Aix

« La culpabilité, l’autorité, la menace et la peur, ça ne marche pas pour convaincre le fumeur d’arrêter, estime Mme Sassatelli. C’est justement tout ce qui provoque une tension interne contre laquelle il fume. »

Vapoter est-il risqué ? Oui

Malgré son aspect addictif et certains composants eux aussi jugés dangereux, notamment sur la pression artérielle et l’irritation des voies aériennes, la cigarette électronique peut-elle être une solution pour stopper le tabac ? Pneumologue, la docteur Zélie Fougère ne l’écarte pas a priori. A condition que son usage soit transitoire. « Des études montrent un taux d’arrêt du tabac plus élevé avec la vape qu’avec les substituts nicotiniques. Donc elle a une place dans l’aide au sevrage tabagique. Mais vapoter n’est pas sans danger. »

 Dr Zélie FOUGERE, pneumologue, Centre Hospitalier du Pays d'Aix
Dr Zélie FOUGERE, pneumologue, Centre Hospitalier du Pays d’Aix

Autre écueil soulevé par la Dr Fougère, l’augmentation de la proportion de vapoteurs parmi les lycéens. 46% l’avaient expérimentée en 2024 contre 35% huit ans plus tôt. Et surtout, les usagers quotidiens ont bondi de 2,8% à 6,8%. Il suffit de passer devant une sortie de lycée pour observer l’ampleur du phénomène. La médecin pointe l’aspect addictif du vapotage et redoute son effet passerelle vers le tabac. D’ailleurs il n’aura échappé à personne que les fabricants de cigarettes produisent également les versions électroniques.

Non-fumeurs : plus de cancers

Mais subsiste une question qui taraude le grand public : pourquoi voit-on de plus en plus de cancers du poumon parmi les non-fumeurs ? Chirurgien thoracique au centre hospitalier du pays d’Aix, le docteur Olivier Azé confirme ce fait. « C’est notamment le cas chez les femmes jeunes, même si évidemment le tabac demeure responsable de 8 cancers du poumon sur 10. »

La pollution atmosphérique est-elle en cause ? Elle est impliquée dans 4% des cas. « Les particules fines et ultra fines entraînent une inflammation, un stress et une oxydation des cellules, ce qui casse l’ADN et favorise le développement des cancers, explique le Dr Azé. Plus on vit à proximité d’une route importante, plus le risque de développer un cancer du poumon dû à la pollution de l’air est important. La métropole d’Aix-Marseille et le pourtour de l’étang de Berre sont parmi les zones les plus exposées dans notre région. Heureusement une diminution de ces pollutions aux particules fines est en cours. On a tous intérêt à diminuer notre exposition et c’est possible en changeant nos modes de vie, en favorisant la marche, le vélo ou les transports en commun plutôt que la voiture. »

Dr Olivier AZÉ, chirurgien thoracique, Centre Hospitalier du Pays d'Aix
Dr Olivier AZÉ, chirurgien thoracique, Centre Hospitalier du Pays d’Aix

Ce gaz dangereux dans les caves

Non-fumeurs, méfiez-vous bien sûr de la fumée de cigarette, notamment celle émanant d’une clope se consumant dans le cendrier, encore plus que la fumée exhalée par le fumeur : c’est la plus redoutable. Enfin, un ennemi sournois pour nos poumons est un gaz incolore et inodore qui colonise les sous-sols et les caves des habitations de régions rocheuses comme la Bretagne, la Corse, l’Auvergne ou le Mercantour et, plus près de nous, les secteurs de Fréjus Saint-Raphaël et la Sainte Baume. Aix-en-Provence est classée en zone de risque intermédiaire (niveau 2 sur 3).

7 000 communes françaises et 12 millions d’habitants y sont exposés. Ce gaz, c’est le radon. Il est responsable de la bagatelle de 4 000 cancers du poumon chaque année, soit environ 10% des cas. Des détecteurs de radon existent, des experts peuvent vous conseiller, la ventilation des espaces fermés est primordiale.

L’organisation de cette conférence a été saluée par la docteur Florence Molena, présidente de la commission médicale d’établissement de l’hôpital aixois, et par Marie-Pierre Sicard Desnuelle, représentante de la municipalité au conseil de surveillance du centre hospitalier. Toutes deux ont souligné la « chance » de bénéficier d’une filière remarquable à travers la pneumologie. « L’hôpital est fait pour soigner mais aussi pour informer et il est nécessaire de faire connaître les phares d’excellence« .

Docteur Florence Molena, présidente de la Commission Médicale d’Établissement du Centre Hospitalier Intercommunal Aix-Pertuis, et Marie-Pierre Sicard Desnuelle, représentante de la municipalité au conseil de surveillance du CHIAP.
Docteur Florence Molena, présidente de la Commission Médicale d’Établissement du Centre Hospitalier Intercommunal Aix-Pertuis, et Marie-Pierre Sicard Desnuelle, représentante de la municipalité au conseil de surveillance du CHIAP.

Marc opéré du cancer et coureur de marathon

Nous remercions particulièrement Marc Demauret, chargé de mission à la Ligue contre le cancer des Bouches-du-Rhône et président de l’association Le Souffle d’Après, pour son témoignage. Il a partagé l’expérience de son cancer après une vie de fumeur et expliqué qu’on peut s’en relever. Il doit sa vie à une découverte fortuite de son cancer grâce à un scanner et il incite tous les fumeurs et anciens fumeurs de plus de 50 ans à se faire dépister.

Marc Demauret, chargé de mission à la Ligue contre le cancer des Bouches-du-Rhône et président de l'association Le Souffle d'Après
Marc Demauret, chargé de mission à la Ligue contre le cancer des Bouches-du-Rhône et président de l’association Le Souffle d’Après

Opéré au début des années 2020 à l’Hôpital Saint Joseph de Marseille par le docteur Ilies Bouabdallah, ce sexagénaire a repris la course à pied de façon magistrale. Il s’est tapé un marathon, et le Marseille-Cassis l’attend en octobre prochain. « Quand je cours, je respire plus fort, je sens mon souffle, je sens combien c’est bon de vivre. »

La dernière conférence de notre campagne d’information et de prévention « A pleins poumons contre le cancer » aura lieu mercredi 20 mai à 18h à Bastia, salle de Lupinu. Inscription dans le bandeau jaune.

(1) Service de tabacologie du centre hospitalier du pays d’Aix : 04 42 33 40 48

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