Cancer de la prostate : « Je n’ai pas perdu ma virilité »

Douze ans après son opération d'un cancer de la prostate à l'hôpital de La Conception, Laurent Lanord, 62 ans, vit en rémission mais refuse de se dire guéri". Aujourd'hui patient expert à l'hôpital Nord, à Marseille, ce sexologue de profession rompt le silence sur l'après-cancer : le suivi, le couple, le tabou de la maladie qui touche à l'intimité masculine. Il témoignera lundi 9 novembre à 18h au Pharo lors de la conférence publique organisée par MProvence : "La prostate : parlons-en, pour nous protéger".

Santé

C’est une des grandes craintes des 60 000 nouveaux malades annuels français d’un cancer de la prostate : ne plus avoir d’érection après une ablation ou radiothérapie, être affecté dans leur sexualité et perdre ainsi en virilité. Pour cette raison, certains refusent même de se faire soigner !

Diagnostiqué d’un cancer de la prostate à 50 ans, Laurent Lanord a été opéré il y a une douzaine d’années, par voie ouverte, sans avoir besoin de traitement complémentaire. Infirmier, psychologue et sexologue de formation, il intervient aujourd’hui comme patient expert à l’hôpital Nord, à Marseille, où il fait le lien entre les patients et l’équipe médicale.

Participant à la 5e campagne de sensibilisation au cancer de la prostate organisée par MProvence, il témoignera en ouverture de la conférence publique inaugurale lundi 9 novembre à 18h au Pharo (inscription gratuite via le lien ci-dessus). Il parlera notamment de l’après-cancer : le suivi, le couple, le tabou de la virilité. Ce sont trois étudiantes en Master 2 Communication, parcours Intérêt général, à l’Ecole de Journalisme et Communication d’Aix Marseille (EJCAM) – Selsabil Kerbal, Imane Belhadri et Salma Gabardi – qui l’ont interrogé dans le cadre de leur formation et d’un projet tuteuré piloté par le rédacteur en chef de MProvence, Philippe Schmit.

Touché très jeune par le cancer

Chaque année, Laurent Lanord effectue le rituel de la prise de sang. Il guette un chiffre en particulier : le taux de PSA total, qui doit rester indétectable. Jusqu’à présent, tout va bien pour ce sexologue hyper actif.

Le PSA est une protéine produite par la prostate. Chez un homme opéré, qui n’a plus de prostate, elle ne doit plus apparaître dans le sang. Si elle réapparaît et augmente, c’est un signal d’alerte, peut-être de récidive. Pour lui, ce rendez-vous est devenu un passage obligé depuis son opération il y a douze ans à l’hôpital de la Conception. Un rituel qui rappelle que la page n’est jamais tout à fait tournée.

Diagnostiqué à 50 ans, un âge qu’il juge lui-même « très jeune » pour ce cancer dont l’âge médian de survenue est 69 ans. Il a subi une prostatectomie, c’est-à-dire l’ablation totale de la prostate, par voie ouverte, et non pas par chirurgie robot-assistée comme c’est depuis devenu la norme pour la grande majorité des prostatectomies. Son cancer était localisé : il n’a eu besoin ni d’hormonothérapie ni de radiothérapie. Aujourd’hui, il met son expérience au service des autres.

Laurent Lanord est sexologue et bénévole à l’Anamacap. Il a été touché par le cancer à 50 ans.

Guéri ? Un mot que l’on n’ose pas prononcer

Sur le plan médical, le suivi repose d’abord sur le dosage du PSA. Après l’ablation de la prostate, il doit être « plus ou moins indétectable ». S’il devient détectable puis augmente, parfois dix ou quinze ans plus tard, cela peut signaler une récidive. Les médecins peuvent alors proposer un suivi rapproché ou un traitement complémentaire, comme la radiothérapie ou l’hormonothérapie.

Mais pour le patient, la guérison ne se résume pas à un résultat d’analyse. « Se considérer comme guéri, ce n’est pas simple« , confie Laurent Lanord. Il parle d’une « épée de Damoclès » qui reste suspendue au-dessus de la tête de celui qui a eu un cancer. Avant la guérison, il y a la rémission, un état plus prudent, plus honnête, qu’il juge plus proche de la réalité vécue.

Le tabou de la virilité

Le cancer de la prostate est le premier cancer chez l’homme, avec environ 60 000 nouveaux cas par an d’après Santé publique France. C’est aussi un cancer « très silencieux ». Il se fait peu remarquer avant de devenir dangereux. Seuls des troubles à la miction peuvent parfois alerter, et les antécédents familiaux doivent inciter à un dépistage précoce.

Pourquoi tant d’hommes consultent-ils tard, ou pas du tout ? Pour Laurent Lanord, la réponse tient en un mot : tabou. Le cancer de la prostate touche à « quelque chose de fondamental » chez l’homme : l’érection, donc, dans l’imaginaire de beaucoup, la virilité. « Un homme est habitué à avoir une érection de façon automatique depuis sa plus tendre enfance », rappelle-t-il. Le risque de la perdre devient une peur sourde, qui en entraîne d’autres : celle de fragiliser son couple, de se dégrader physiquement.

Il l’affirme pourtant sans détour : un homme n’a pas besoin d’une érection pour être viril. Une idée fausse, mais « tenace ». Selon lui, la communication autour de la maladie a progressé, mais reste loin de celle du cancer du sein, bien plus organisée et médiatisée. Il plaide pour parler davantage, et en amont, de la virilité, des changements à venir et des solutions existantes.

Laurent Lanord est revenu devant l’hôpital de la Conception où il a été opéré du cancer de la prostate avec succès voilà douze ans. Il pose ici en compagnie de deux de ses intervieweuses étudiantes en master 2 à l’EJCAM : Selasbil Kerbal et Imane Belhadri (Photo Salma Gabardi DR).

Le couple face à l’après

Les deux principaux effets secondaires des traitements sont les troubles urinaires et les troubles del’érection. Les premiers finissent le plus souvent par s’atténuer, avec l’aide d’une rééducation. Les seconds sont plus durables : lors de l’opération, les nerfs érecteurs, situés de chaque côté de la prostate, sont plus ou moins touchés, voire sectionnés. Après radiothérapie ou hormonothérapie, ces troubles peuvent apparaître plus tard, parfois six mois à un an et demi après.

Pour les hommes en couple, la question change de nature. Il ne s’agit plus seulement d’une épreuve personnelle, mais d’une nouvelle vie sexuelle à inventer à deux. Selon Laurent Lanord, les études montrent que les couples qui s’en sortent le mieux sont ceux qui font de « l’intimité relationnelle » leur priorité, qui parviennent à en parler et à se réadapter ensemble. Même si les choses ne redeviennent presque jamais « comme avant« , elles peuvent garder « un certain goût de positif« . Il invite à aborder ces sujets dès la phase de prévention.

Cet obsédant cancer de la prostate qu’on soigne très bien

Du simple patient au patient expert

Infirmier, psychologue et sexologue de formation, Laurent Lanord, patient expert, participe notamment à l’hôpital Nord à des projets destinés aux patients et fait le lien avec l’équipe médicale. Il fait également partie d’une association reconnue d’utilité publique très efficace, l’ANAMACaP, constituée d’hommes ayant traversé cette épreuve du cancer et qui conseillent utilement les malades (voir les coordonnées en fin d’article). Son expérience personnelle nourrit sa parole : il sait ce que c’est que d’attendre un diagnostic, de choisir une opération, de se reconstruire ensuite.

À ses yeux, le témoignage d’un patient a une double utilité : il permet de « voir qu’on peut ressortir » de la maladie, et il fait connaître des solutions que beaucoup ignorent. Il existe aujourd’hui plusieurs réponses aux troubles de l’érection après traitement, mais elles sont mal connues, ou difficiles à envisager. Pourtant les urologues en parlent volontiers avec les patients et sinon il faut leur demander !

Les solutions pour retrouver une sexualité

  • Les comprimés, de la famille des IPDE5 (type Viagra ou Cialis), peuvent aider si les nerfs ne sont pas trop atteints.
  • Les injections intracaverneuses, pratiquées directement dans le pénis, sont efficaces quand les nerfs sont très abîmés. Beaucoup d’hommes y répugnent, mais le résultat est, selon lui, très satisfaisant. Une infirmière montrera au patient comment procéder.
  • La pompe à vide médicale (vacuum) est conseillée avant l’opération, pendant la récupération et longtemps après, à la fois en prévention et en rééducation.
  • La prothèse pénienne, dernier recours, nécessite une intervention chirurgicale.

« Il y a beaucoup de communication à faire« , résume-t-il. Ces choix relèvent d’une décision médicale : le témoin ne se substitue pas au médecin.

Cancers du sein et de la prostate : les bienfaits après le traitement

L’activité physique indispensable !

Dernier conseil, qu’il répète avec insistance : conserver une activité physique. « On ne le dira jamais assez« , assure-t-il. Elle améliore la récupération, la forme générale, et aide à traverser l’après-cancer. Avec la qualité de l’intimité du couple, c’est pour lui l’un des deux piliers de la reconstruction.

Douze ans après la survenue du cancer, Laurent Lanord ne parle pas de victoire, mais de vigilance et de parole retrouvée. Un message simple, adressé aux hommes : consultez, parlez, informez-vous.

“ Douze ans après, l’épée de Damoclès est toujours là », mais Laurent Lanord a appris à vivre dessous. Chaque année, le PSA rend son verdict. Entre-temps, il y a la vie : le couple, son travail de sexologue, le sport, les interventions à l’hôpital et lors de conférences, la parole retrouvée.

Pour lui, un homme ne se résume pas à une érection, et l’on peut sortir d’un cancer de la prostate. À ceux qui hésitent encore, son message est simple : « Consultez, parlez, informez-vous, et ne laissez pas le tabou décider à votre place”.

Propos recueillis par Selsabil KERBAL, Imane BELHADRI et Salma GABARDI.

Conférence le 9 novembre à Marseille avec le Dr Baboudjian

Laurent Lanord témoignera de son parcours de soins et participera aux côtés de 8 médecins à la conférence publique et gratuite intitulée « La prostate : Parlons-en, pour nous protéger« , lundi 9 novembre à 18h à Marseille. Rendez-vous amphithéâtre Gastaut, Aix Marseille Université, jardin Emile-Duclos (Pharo), 58 boulevard Charles Livon, 13007 Marseille. Nombre de places limité, inscription obligatoire via le lien en tête de cet article ou au 04.84.89.70.92

Si vous êtes touché par ce cancer et si vous souhaitez de façon anonyme en parler avec des patients qui ont affronté cette maladie, vous pouvez notamment contacter l’Association Nationale des Malades du Cancer de la Prostate, ANAMACaP : www.anamacap.fr / info@anamacap.fr + Facebook. Permanence téléphonique (non surtaxée) du lundi au jeudi de 9h à 13h et 14h à 16h : 05 56 65 13 25

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