Il faut sauver le coeur des femmes !

Infarctus, AVC et insuffisance cardiaque sont la première cause de mortalité chez les femmes. Mais ces maladies cardiovasculaires demeurent sous-diagnostiquées. A la différence des hommes ! Une conférence avec la Pr Gabrielle Sarlon et le Dr Dominique Marziale brisera ce tabou à Marseille le 3 février prochain à Villa M. On peut y participer.

Santé

Un chiffre. Cruel. Qui frappe au coeur. Qui tue : si une femme fait un infarctus, elle sera prise en charge avec 30 minutes de retard par rapport à un homme. Parce que face à un homme qui se tient la poitrine, on va penser immédiatement infarctus et réagir en conséquence en appelant le 15. Mais si c’est une femme on pensera peut-être d’abord malaise, coup de mou. On temporisera – « tu es fatiguée, repose-toi un moment » – avant de s’inquiéter sérieusement.

Les chiffres effrayants de l’Académie Nationale de Médecine

Or à chaque minute d’occlusion coronaire des cellules myocardiques sont détruites.
Dans un rapport très étayé de janvier 2025, l’Académie Nationale de Médecine écrit très officiellement : « Lorsqu’un infarctus du myocarde survient, les registres français ont montré un retard de 30 min
dans la prise en charge de la femme par rapport à l’homme. Ce délai correspond
principalement au temps écoulé entre le début d’apparition des symptômes et le contact médical, dit « délai patient ». Par ailleurs, 20% des femmes vont aller dans un service d’accueil des urgences ou chez leur généraliste car l’appel aux services d’urgences n’a pas été suivi d’effet.
Une fois la prise en charge décidée, on constate que le délai entre cette prise en charge et la revascularisation coronaire est plus long chez la femme que chez l’homme. Enfin, la mortalité
hospitalière globale est de 9.6% chez la femme contre 3.9% chez l’homme. En analyse
multivariée, le sexe est un facteur prédictif de mortalité au même titre que l’âge et le diabète. »

Et puis, c’est trompeur,  l’infarctus chez les femmes se manifeste parfois un peu différemment avec de l’essoufflement, une grande fatigue, des nausées… en plus de la douleur thoracique présente 9 fois sur 10. Mais ça, on l’ignore ou on le minore, y compris les médecins. D’autant que les femmes habituées aux douleurs menstruelles et à la violence des accouchements ont tendance elles-mêmes à minimiser leurs douleurs… Comme me le disait une chirurgienne, dès qu’il a (un peu) mal un homme crie; une femme serre les dents et se dit que ça va passer !

Un bond des hospitalisations pour infarctus après 45 ans

Eh oui, comme s’il fallait stupidement le répéter, les femmes sont différentes des hommes. Le problème est qu’en matière de santé, elles le paient parfois très cher ! On va vous le démontrer dans les lignes qui suivent mais également lors d’une soirée de prévention à laquelle nous participerons avec MProvence ce 3 février 2026 à Villa M, nouveau lieu de santé et de bien-être à Marseille, et donc de débats sur des grands sujets de santé publique ouverts à la population.

Car l’heure est grave. En 1999, 13% des victimes d’un infarctus du myocarde était des femmes. C’est 30% aujourd’hui. Les hospitalisations de femmes de 45 à 54 ans pour un infarctus progressent de 5% par an, c’est considérable.

La double peine pour les femmes

Les hommes et les femmes ne sont donc décidément pas égaux et ceci jusque dans leur coeur. C’est la double peine. D’abord pour des raisons physiologiques, il s’avère que les femmes présentent une sensibilité accrue aux facteurs de risque cardiovasculaire. « Le diabète augmente le risque de mortalité de 3 à 7 fois pour les femmes, comparé à 2 à 3 fois chez l’homme« , pointe la fondation Agir pour le Coeur des Femmes.  Et ensuite les raisons sociétales pèsent lourd : la santé cardiovasculaire des femmes reste insuffisamment étudiée, insuffisamment reconnue et à l’arrivée moins prise en compte.

C’est ce qu’explique la professeure Gabrielle Sarlon, sans doute l’une des meilleures expertes du sujet, très engagée pour bousculer cette fatalité crasse (elle participera à la conférence mardi 3 février à 19h à Marseille avec le Dr Dominique Marziale, cardiologue à l’Hôpital Saint Joseph, voir en fin d’article comment y participer). « Les femmes ont une sensibilité accrue aux facteurs de risque cardiovasculaire classiques du type tabac, dyslipidémie, hypertension, cholestérol, diabète. Par exemple, à consommation égale de tabac, la femme aura 3 fois plus de risque de développer un infarctus qu’un homme. Il y a également des facteurs de risque spécifiquement féminins avec une exposition inadaptée à la contraception oestroprogestative, des complications liées à la grossesse, la ménopause, les maladies gynécologiques. »

3 à 4 cigarettes seulement par jour multiplient par 3 le risque cardiovasculaire. Idem avec l’alcool. L’alcoolémie est plus élevée pour les femmes avec la même quantité d’alcool absorbée.

médecin
La Pr Gabrielle Sarlon (CHU Timone) interviendra mardi 3 février dans le cadre des Pitchs des Dialogues de la Santé à Marseille, au sein de Villa M.

Le stress et la charge mentale tuent

Cheffe du service de Médecine vasculaire et Hypertension artérielle à l’hôpital de la Timone (Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille), la Pr Sarlon pointe encore les facteurs de risque « émergents » comme le stress, la dépression – 2 fois plus de femmes que d’hommes souffrent d’une dépression ou de stress psycho-social -, la charge mentale ou les violences faites aux femmes. Ces facteurs ravagent le système cardiovasculaire et peuvent favoriser la survenue d’un accident grave, voire mortel.

On songe au syndrome du « coeur brisé » qui frappe en priorité les femmes ménopausées après 50 ans. « Avec le stress, il va y avoir une libération d’hormones à la fois par le cerveau et les glandes surrénales, comme l’adrénaline ou le cortisol. Les artères vont alors se serrer, le coeur va accélérer et en réaction on aura une montée de la pression artérielle. »

Les femmes ont des artères de petit calibre

En cas d’infarctus, que se passe-t-il précisément chez la femme ? « Les femmes peuvent avoir des symptômes atypiques comme des palpitations ou de l’essoufflement à la place d’une douleur thoracique typique pour un infarctus du myocarde. Elles peuvent avoir des douleurs dans les jambes atypiques là aussi à la place d’une claudication typique pour une artériopathie des membres inférieurs », ajoute la spécialiste.

Qui en remet une louche sur les inégalités physiologiques : « Les femmes ont une physiopathologie particulière, avec des artères de plus petit calibre. » Donc ça coince plus rapidement, surtout en cas de contraction par exemple due au stress…

200 femmes meurent chaque jour d’infarctus, AVC…

Résultat : pas de jaloux face à la mort ! Car non, de base, le coeur des hommes n’est pas plus à risque. Contrairement à cette idée reçue et qui persiste, il meurt de maladies cardiovasculaires chaque jour en France autant de femmes que d’hommes : 200. A l’échelle mondiale, les infarctus, les AVC, l’insuffisance cardiaque… représentent la première cause de mortalité chez les femmes (1 femme sur 3).

C’est ce que soulignera le docteur Dominique Marziale lors de la conférence du 3 février. « Il faut changer de dogme, notamment en sensibilisant à la fois la population et les acteurs de santé. La première cause de mortalité chez les femmes reste à ce jour les maladies cardiovasculaires, bien avant les cancers, notamment le cancer du sein. » 200 femmes décèdent donc chaque jour d’une maladie cardiovasculaire en France, 33 d’un cancer du sein et 2 d’un accident de la route. Il préconise de « sensibiliser les différents acteurs et de créer des filières de soin, notamment entre gynécologue, médecin généraliste et cardiologue. »

Conseils aux femmes (et aux hommes !) pour surmonter la ménopause

Elles ne s’écoutent pas !

Malheureusement, par habitude, par méconnaissance, par négligence pour elles-mêmes alors qu’elles protègent et prennent soin de leur homme et de leur famille (81% des femmes s’occupent davantage de la santé de leurs proches que de la leur), parce qu’elles sont submergées par les tâches quotidiennes, les femmes n’écoutent pas les signes avant-coureurs de l’accident cardiovasculaire qui arrive. Ou de la maladie qui s’installe à bas bruit, durablement.

Il faut que ça change ! En la matière, la prévention est essentielle, insiste Mme Sarlon. Comme déjà mesurer sa tension une fois par an dès 40 ans et une fois par mois passés 50 ans, chez son médecin traitant ou en achetant un appareil. Et la traiter si besoin avec des médicaments fort efficaces : 15 millions de Français sont hypertendus dont la moitié qui l’ignorent ! Ainsi après 65 ans, plus de 50% des Français affichent une tension trop élevée (au-dessus de 13.8).

Infarctus, AVC : gare au calcium dans les artères !

L’hypertension, ce danger extrême ignoré…

Quand la pression sanguine est trop élevée, elle abîme nos vaisseaux, les rigidifie. A force, l’artère va se rétrécir voire se boucher. La pression peut même la faire éclater et engendrer une dissection aortique, un accident vasculaire cérébral, avec un risque de mort subite évident sinon de handicap. L’hypertension artérielle est la cause numéro 1 des 130 000 AVC annuels en France ! Il est par ailleurs recommandé de marcher 30 minutes par jour, de perdre (un peu) de poids car ça fait baisser la pression artérielle. Déjà 5 kilos perdus constituent un énorme progrès, assure la Pr Sarlon. Evidemment, ces conseils valent également pour les Messieurs.

Il serait enfin décisif que le corps médical et scientifique fasse sa révolution et modifie son regard et ses pratiques pour améliorer la prise en charge des patientes. Non, définitivement, une femme n’est pas un homme !

L’activité physique est plus bénéfique aux femmes qu’aux hommes

Grand apôtre de l’activité physique dans la prévention et la réparation de la maladie, le Dr Marziale insiste : « Le sport et l’activité physique régulière sont à considérer comme un médicament à prescrire sur ordonnance. Il peut être à la fois gratuit, sans effet secondaire et d’une efficacité, comparable au traitement prescrit.  Il est plus bénéfique chez les femmes par rapport aux hommes, mais encore à ce jour moins accessible chez elles, en raison des contraintes, qu’elles soient familiales ou professionnelles. » Seules 53% des femmes font suffisamment d’activité physique.

Conférence à Marseille, inscrivez-vous

Lors de la conférence inaugurale à Marseille des « Pitchs des Dialogues de la Santé », organisée mardi 3 février à 19h à Villa M (17 place Louis Bonnefon, Marseille 8e), la Pr Gabrielle Sarlon et le Dr Dominique Marziale expliqueront les causes des maladies cardiovasculaires chez les femmes et donneront des conseils pour les prévenir et les prendre en charge. Cette conférence gratuite que j’aurai l’honneur d’animer est ouverte au public, sur inscription obligatoire via le lien ci-dessous en raison du nombre limité de places :

Dr Dominique MARZIALE, cardiologue, hôpital Saint-Joseph
Le Dr Dominique Marziale, cardiologue à l’Hôpital Saint Joseph, participera à cette conférence avec la Pr Sarlon.

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