Santé : pour vivre vieux, pariez sur la prévention

L'IA, les robots, les nouveaux médicaments, c'est bien utile pour notre santé. Mais le secret pour bien vivre dès la naissance et longtemps est ailleurs. Il repose sur la prévention dans sa vie quotidienne. Le directeur de l'Agence Régionale de Santé PACA Yann Bubien explique comment y parvenir et appelle le monde médical comme les citoyens à se saisir de cette opportunité. Une conférence gratuite est organisée le 3 juillet à Marseille pour en savoir plus, en présence des ex-ministres de la Santé, Roselyne Bachelot et Agnès Buzyn.

Santé

Le système de santé a plutôt bonne réputation en France. Il a résisté à la crise du COVID mais on sent bien qu’il craque. Il faut parfois 6 à 8 mois pour obtenir un rendez-vous chez les spécialistes comme les dermatologues, les neurologues ou les cardiologues, plusieurs mois pour passer un scanner ou une IRM. Les soins sont de moins en moins remboursés et les soignants sont à bout de nerfs particulièrement à l’hôpital public où l’on a du mal à trouver des anesthésistes pour opérer les gens, où des blocs opératoires ont été fermés. Yann Bubien, le directeur général de l’Agence Régionale de Santé PACA, est au cœur de ce réacteur en surchauffe.

Il a publié un livre de solutions absolument passionnant pour améliorer la prévention et ainsi mieux soigner les Français. Il participera à une conférence publique le 3 juillet à Marseille et présentera ce livre « Innovations et prévention en santé », en présence de deux anciennes ministres de la Santé, Roselyne Bachelot et Agnès Buzyn.

Quel est le plus grand défi auquel nous sommes confrontés pour sauver notre système de santé qui aujourd’hui soigne encore tout le monde à peu près gratuitement ?

Yann Bubien : Oui il faut quand même le dire. Parce qu’on parle des choses qui ne marchent pas mais il faut aussi parler des choses qui fonctionnent bien. On a un système de santé qui est certes très complexe mais qui est très complet. Aujourd’hui il permet à tous les Français d’accéder à des soins de très grande qualité, d’avoir toutes les opérations possibles et les médicaments gratuitement la plupart du temps. Et donc vraiment il faut se féliciter d’avoir un système de santé qui est très performant.

Néanmoins il ne faut pas cacher non plus les défauts. Parce qu’il y a aussi des défauts, des difficultés. On dépense beaucoup en France en matière de santé et de médico-social. Il ne faut pas oublier qu’on est le 3e pays au monde en dépenses de santé. On a les États-Unis en 1 mais ce n’est pas un modèle parce qu’aujourd’hui on voit bien que les États-Unis, c’est un système extrêmement inégalitaire. Après il y a l’Allemagne, la France, la Suisse. On est dans un peloton de tête qui fait qu’aujourd’hui on dépense 12% de notre PIB en santé en France. C’est beaucoup et les difficultés qu’on a, vous venez d’en parler un petit peu, c’est premièrement le vieillissement de la population, on le sait tous, on le voit autour de nous. La société occidentale vieillit et notre pays vieillit, et c’est tant mieux parce que ça veut dire qu’on vit plus longtemps, en bonne santé aussi. Le 2e sujet c’est évidemment les maladies chroniques parce que plus on vieillit, plus on a des risques de maladies chroniques. Le 3e sujet, c’est la santé mentale.

Yann Bubien, directeur général de l’Agence Régionale de Santé PACA.

Stop aux examens en double et aux médicaments périmés par centaines

Jusqu’à quand sera-t-il tenable financièrement de soigner de plus en plus de gens, et donc de plus en plus longtemps ?

Avec 12% du PIB dans la santé, on ne va pas pouvoir aller beaucoup plus loin. Or les demandes sont de plus en plus nombreuses. La seule manière de trouver des marges de manœuvre – c’est ce que j’ai fait dans ce livre sur la prévention en santé – c’est évidemment la prévention. Plus on rentre tard dans la maladie, moins on a dépensé d’argent pour se soigner. Donc aujourd’hui, ce qui compte, c’est la prévention, la promotion de la santé, pour faire reculer au maximum les maladies, les pathologies chroniques, etcetera, ça c’est le premier point.

Le deuxième point, c’est la pertinence des actes, la pertinence des soins. On le sait, on l’a tous vécu, vous autant que moi : parfois on nous fait faire 2 scanners à la suite ou 2 IRM ou bien on a 2 prises de sang très, très rapprochées. Et si on n’a plus les résultats, on refait une prise de sang. Qui peut dire qu’il n’a pas dans sa pharmacie ou la pharmacie de ses parents ou de ses grands-parents des médicaments par centaines, périmés ? Franchement je vous engage à aller voir dans votre propre pharmacie. A chaque fois que je le fais même chez moi, je vois que j’ai des médicaments périmés, non utilisés. On voit bien qu’on a là des sources et des moyens d’économie qui vont nous permettre non pas d’économiser de l’argent pour le mettre ailleurs, mais d’économiser de l’argent pour le redépenser dans la santé, et mieux dépenser en santé. Les 12% du PIB, on ne pourra pas aller beaucoup plus loin. Mais en revanche dans ces 12% on peut mieux dépenser.

Halte au nomadisme médical !

Cela veut dire qu’il faut que les médecins prescrivent moins ?

Cela veut dire que parfois il faut prescrire moins, oui. Mais ça veut dire surtout qu’il faut avoir un parcours de santé coordonné, c’est ce que les médecins veulent. Moi je suis pour une médecine coordonnée avec un médecin généraliste qui oriente, qui conduit et qui permet d’éviter le nomadisme médical. Tous les médecins s’en plaignent du nomadisme médical aujourd’hui où l’on prend rendez-vous chez l’un, chez l’autre, etcetera, et vous pouvez vous retrouver avec 3 ordonnances ! Il y a même des personnes – et on l’a tous vécu aussi -, qui rentrent chez elles et qui disent « Ben non finalement je ne vais pas aller chercher les médicaments, je n’en ai plus besoin. »

Chacun fait son travail mais aujourd’hui il y a un sujet de coordination des soins, de parcours de santé, de parcours de soins. On doit revoir le parcours de la naissance à la fin de vie. Et depuis la naissance c’est évidemment les 1 000 premiers jours, la prévention, la promotion de la santé, la vaccination, le fait de rentrer dans un processus, d’avoir un médecin traitant, un médecin généraliste qui va être là pour vous orienter tout au long de votre vie.

« On a de la chance en région PACA… »

Voilà des années qu’on le dit, ça fonctionne déjà aujourd’hui. Vous êtes satisfait de la façon dont les choses s’organisent ou est-ce qu’on a encore pris du retard ?

Aujourd’hui je ne suis pas entièrement satisfait, non. D’abord il y a une grande inégalité sur les territoires. On a de la chance en Provence-Alpes-Côte d’Azur, on est la région qui a le plus de médecins, le plus d’infirmiers, le plus de kinés, le plus de sages-femmes, le plus de spécialistes. On est numéro 1 dans toutes les spécialités et dans toutes les professions médicales comme paramédicales. Mais il y a une grande différence en France.

Si vous prenez le département de l’Indre où on a 197 médecins pour 100 000 habitants et le département des Alpes-Maritimes chez nous où il y a 461 médecins pour 100 000 habitants, on va de 1 à 3 quasiment entre ces 2 départements français. Notre région est privilégiée. Les départements côtiers du littoral méditerranéen sont très propices à l’installation médicale. Donc je ne suis pas entièrement satisfait parce qu’il y a des inégalités territoriales, des inégalités d’accès aux soins. Il y a aussi des inégalités dans notre région. Elle a beau être la plus pourvue en médecins et en paramédicaux, eh bien on a des difficultés dans le Haut-Var, dans la vallée de la Roya, dans les Alpes de Haute Provence, dans le sud du Vaucluse. On voit bien qu’on a des zones et des territoires qui sont bien plus en difficulté que d’autres.

Yann Bubien présentera son ouvrage vendredi 3 juillet 2026 à 19h lors d’une conférence publique à Villa M Marseille.

Améliorer la coordination des pros de santé

Même dans des villes comme Marseille il faut des mois pour avoir un rendez-vous avec un dermatologue, un neurologue et bien d’autres spécialités…

Oui ça arrive, c’est vrai, mais beaucoup moins ici dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille que dans d’autres départements ou dans d’autres villes. Il faut quand même raison garder, dans les Bouches-du-Rhône on a beaucoup d’installations de médecins. D’ailleurs vous avez vu les chiffres d’installation des médecins libéraux en France : on voit qu’il y a plus 30% d’installations (NDLR : chiffres annoncés le 12 juin 2026), on voit qu’on a plus de médecins qui sont en train de s’installer. La fin du numerus clausus depuis 2020 permet aujourd’hui d’avoir davantage de médecins qui s’installent sur les territoires et c’est une très bonne chose.

Mais encore une fois, ce n’est pas le nombre de médecins qui compte, c’est la coordination du parcours. Si vous allez voir 3 fois un médecin dans la journée, vous prenez 3 places alors que ce sera peut-être nécessaire pour d’autres personnes. Donc ce qui compte, c’est d’avoir un parcours coordonné avec un médecin traitant qui vous oriente et d’avoir ensuite un parcours avec des spécialistes et puis évidemment toute une coordination entre la ville, l’hôpital, la clinique, l’hospitalisation à domicile, le retour à domicile, les Ehpad et le médico-social, le SMR pour la rééducation. On voit bien qu’en France on a tout à notre disposition mais parfois on a une coordination qui n’est pas suffisante.

On va y arriver ?

On va y arriver bien sûr ! D’abord on va être contraints d’y arriver parce qu’avec le vieillissement de la population et la multiplication des maladies chroniques, on va avoir besoin de ce parcours. Ce que nous essayons toutes et tous de faire avec les professionnels de santé qui en sont convaincus également – je travaille évidemment avec les unions régionales des professionnels de santé, avec des syndicats de médecins, avec l’Assurance maladie – on a tous envie de mieux coordonner ces parcours. Oui on va y arriver parce qu’on va être obligé d’y arriver.

La santé mentale accentuée par l’isolement

On va parler de la santé mentale. C’est la grande oubliée des politiques de santé jusqu’à présent. Or là aussi les signaux d’alerte se multiplient dès l’adolescence. Comment endiguer spécifiquement cette nouvelle vague de maladies qu’on n’a pas anticipée ?

Vous avez raison, c’est une difficulté qu’on a mais qu’on connaît dans tous les pays du monde. Il ne faut pas croire que c’est franco-français, pas du tout. Quand vous parlez avec les autres pays européens, quand vous parlez avec les autres pays du monde, tout le monde est touché par le sujet de la santé mentale, de la psychiatrie, de la pédopsychiatrie. La santé mentale c’est plus général, c’est le bien-être de toutes et tous, c’est le concept de « One Health » (Une santé globale, NDLR) que l’on connaît bien.

Aujourd’hui on a plusieurs difficultés. D’abord il ne faut pas croire que le COVID et le post COVID, le confinement, ça a créé ce sujet. Il existait avant. Mais par contre il l’a mis en valeur. Le COVID et le confinement le post COVID, ont mis en exergue des difficultés que l’on connaissait déjà chez les jeunes, chez les adolescents mais aussi chez les adultes. Il ne faut jamais oublier que toutes les études montrent qu’on parle beaucoup des jeunes, des jeunes adultes, et c’est normal d’en parler, mais les plus grandes difficultés que l’on a en matière de santé mentale sont dans les milieux isolés.

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Les agriculteurs se suicident

Plus on est isolé, plus on a des problèmes. On voit qu’on a beaucoup de sujets dans les campagnes – et d’ailleurs les agriculteurs ont un taux de suicide qui est particulièrement élevé. Donc c’est un phénomène général mais c’est un phénomène plus rural et d’isolement qui est beaucoup plus marqué. Chez les personnes âgées on a aussi ce sujet de la santé mentale. C’est un sujet qu’il faut prendre dans sa globalité, de manière holistique.

Le gouvernement souhaite le faire et lance un grand plan santé mental qui vient d’être annoncée par Stéphanie Rist, la ministre de la Santé. Cela fait deux ans que l’on est en grande cause nationale sur la santé mentale et c’est une très bonne chose. On voit aussi que beaucoup d’acteurs, de journalistes, de personnes célèbres ont parlé de santé mentale et c’est nécessaire parce qu’aujourd’hui il faut avant tout déstigmatiser les problèmes psychiatriques et pédopsychiatriques. Alors bien sûr on n’a pas toujours suffisamment de psychiatres, de pédopsychiatres. Mais il faut travailler tous ensemble.

Les réseaux sociaux pointés du doigt

L’idée c’est de travailler avec évidemment les psychologues qui sont extrêmement importants sur le sujet, les infirmiers en pratique avancée (IPA) en psychiatrie, ça marche extrêmement bien. Beaucoup d’hôpitaux ont mis en place une première ligne avec des IPA en psychiatrie et ça fonctionne. On peut travailler avec les associations, avec les pairs aidants, avec les médiateurs. On voit qu’il faut faire feu de tout bois pour travailler et c’est ce que souhaite la ministre de la Santé à juste titre, c’est que l’on travaille tous ensemble de manière-là aussi la plus coordonnée possible pour offrir des solutions.

La semaine dernière j’étais à Nightline à Marseille, la ligne d’écoute la nuit pour les étudiants par des pairs de difficultés qu’ils peuvent avoir. On voit qu’on a beaucoup de solutions aujourd’hui. On a des numéros prévention du suicide, des numéros pour les adolescents, des numéros pour les étudiants. On voit qu’on a besoin d’écoute. On est aussi dans un monde tel qu’il est aujourd’hui – et on ne pourra pas revenir en arrière – un monde de réseau social, un monde où on est tourné davantage sur le virtuel que sur le réel et ça, ça crée des difficultés.

La France en retard dans la prévention

Parlons prévention. Les Français ne semblent pas encore prêts à y adhérer. Il suffit de voir la faible adhésion au dépistage organisé des cancers qui pourtant peuvent sauver la vie à des dizaines de milliers de personnes chaque année dans notre pays… Comment comptez-vous améliorer ces systèmes de prévention qui sont exceptionnellement efficaces ?

Mais oui, vous avez parfaitement raison ! D’ailleurs les 5 pays au monde qui ont le mieux réussi en matière de prévention et de promotion de la santé, ils ont réussi à avoir des taux massifs de dépistage et de vaccination. On le voit bien en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Danemark, en Suède. On a depuis longtemps mis l’argent sur la prévention, sur la promotion de la santé. Je vais prendre quelques exemples très simples. En Australie ça fait plus de 15 ans qu’on vaccine 100% des lycéens sur HPV, c’est le papillomavirus, et donc 100% sont vaccinés. Aujourd’hui en Australie on a réussi à éradiquer les cancers du col de l’utérus. On réussit à éradiquer certains cancers oraux. On voit que ça a un vrai impact.

Mais chez nous ?

Chez nous on l’est moins alors qu’on a inventé le vaccin. C’est Pasteur qui invente le vaccin, c’est français le vaccin, ça existe depuis le 19e siècle ! Et on voit qu’on a encore des difficultés dans notre pays. Par exemple les Anglais cette année ont eu 75% des personnes éligibles qui ont été vaccinées contre la grippe. Nous on est à 50%. On voit bien qu’on a une grosse différence. Le dépistage qu’on essaye de développer partout est gratuit. Donc ce n’est pas une question d’argent. Mais c’est une question d’aller vers ce dépistage.

Le siège de l’Agence Régionale de Santé, boulevard de Paris à Marseille. C’est d’ici qu’est pilotée la politique de santé pour l’ensemble de la région PACA.

Le « mammobile » arrive bientôt en Provence !

Si je prends l’exemple le plus le plus frappant, c’est celui du dépistage du cancer du sein. On voit que plus on est dans un milieu socio éducatif élevé, plus on va se faire dépister et ça ce n’est pas normal, c’est une injustice qui est très forte. Toutes les femmes doivent se faire dépister à un moment donné en fonction évidemment de l’âge, des pathologies, de la famille, de la génétique, etcetera. Tout le monde doit y avoir droit. De la même manière d’ailleurs on lance avec la Région et avec les centres de lutte contre le cancer un « mammobile » très bientôt pour aller dans les zones les plus difficiles (NDLR : ce camion itinérant sera équipé pour faire des mammographies).

Ce sera quand ? Il était annoncé pour avril 2026. On est en juin.

On est en train de mettre en place le dispositif. Il suppose évidemment d’avoir aussi des radiologues, des médecins, des sages-femmes qui sont présents, des manipulateurs radio. On le finance en tout cas et on est très motivés là-dessus. C’est toujours le même sujet, il faut aller vers les populations qui ont le plus de difficultés, aller vers les populations qui en ont le plus besoin.

La prévention à l’école, au bureau et dans les familles

La prévention devrait s’apprendre dès le plus jeune âge, depuis l’école jusqu’aux bancs de l’université. Comment faire ? Parce que c’est vrai que quand on parle de prévention aux enfants, d’alimentation, d’activité physique et sportive, de l’apprentissage des gestes des premiers secours, tout ça ne fonctionne quand même pas très bien. N’est-ce pas là qu’on devrait mettre le paquet aussi ?

Oui bien sûr mais à l’école, au lycée, à l’université. Mais aussi dans le monde du travail, dans l’entreprise, mais également dans la famille. C’est quand même là que ça commence la prévention, quand on apprend à bien manger, quand on apprend évidemment à vivre dans sa famille, avec ses amis, avec son entourage, ça commence à tous les âges de la vie. Et ça doit se poursuivre jusqu’à la fin de la vie.

Où voyez-vous des solutions pérennes d’espoir pour vraiment améliorer la prévention ? Est-ce que vous pouvez nous donner tout simplement des exemples de pratiques qui changent la donne à partir de votre travail ici en région PACA ?

Ce qui change la donne – et ce qui a changé la donne – c’est les 11 vaccins qui sont obligatoires aujourd’hui pour les moins de 2 ans. C’est appliqué maintenant depuis 2018. On voit que ça a changé la donne. Aujourd’hui on a tous les enfants de la nouvelle génération qui sont à nouveau vaccinées avec ces 11 vaccins. On voit que la vaccination HPV commence à fonctionner.

On travaille très bien à l’Agence Régionale de Santé avec l’Education nationale. On a lancé des plans au lycée, au collège, pour travailler avec les proviseurs et les professeurs évidemment pour mettre en place cette vaccination. Et ça commence à prendre. On a un véritable effet, ça augmente chaque année, ce n’est pas encore satisfaisant mais on va y arriver dans quelques années. On vient de se lancer ici dans notre région et tout particulièrement à Marseille dans un programme qui s’appelle IMPULSION; c’est un grand programme national dans lequel la Provence-Alpes-Côte d’Azur s’engage; nous à l’ARS on s’engage avec les professionnels de santé sur le dépistage du cancer du poumon avec des scanners thoraciques pour voir si les fumeurs et anciens fumeurs ont des problèmes de cancer du poumon notamment. Donc ça c’est un vaste programme national, on est plusieurs régions à s’être engagées sur le sujet.

Cancer du poumon et rougeole

On a beaucoup de manière de travailler, comme sur la nutrition. Le NutriScore ça compte. Apprendre à bien manger c’est nécessaire, le sport, l’activité physique. La Ville de Marseille développe le sport santé et c’est une très bonne chose. On a la vaccination évidemment qu’il faut reprendre dans tous les sens parce qu’aujourd’hui on a vu pour la première fois et depuis des années à nouveau des rougeoles. La rougeole ça peut tuer. On voit qu’aux États-Unis où la vaccination a du plomb dans l’aile en ce moment, on a des vagues de rougeole alors même qu’on pensait que la rougeole était éradiquée. On voit bien que ça a un impact qui est réel, qui est direct. Sur le tabac on a une amélioration très nette. Je parlais tout à l’heure de l’Australie, ils sont à 4% de fumeurs.

Et nous on est 17% en France. Mais en région PACA on est à 21 ou 22%, mais ça baisse…

Aujourd’hui l’Australie est à 4% de fumeurs réguliers, la Grande-Bretagne est à 8%, la France est à 18% de fumeurs réguliers et on voit que la région Provence-Alpes-Côte d’Azur malheureusement est à 22% de fumeurs réguliers. Effectivement c’est en baisse et c’est une bonne chose. La consommation de tabac a moins la côte notamment chez les plus jeunes et c’est tant mieux. On voit quand même des progrès.

Entre 20% et 4% c’est sûr qu’on va pouvoir s’améliorer. C’est de la prévention, c’est de la promotion de la santé, c’est des lieux sans tabac, c’est des universités sans tabac, c’est des écoles sans tabac, des lieux de travail sans tabac. Je crois qu’il faut réinvestir tous les lieux de vie collectifs, que ce soit l’école, le milieu du travail, de l’entreprise, les institutions que l’on connaît, le milieu du sport également parce que le sport est porteur de valeurs et il peut vous faire prendre conscience à un moment donné non seulement qu’il faut faire de l’activité physique mais également qu’il faut éviter certains comportements à risque.

On ne va pas trahir un secret : c’est un ancien fumeur qui parle et qui dit qu’il faut faire de la prévention ?

Moi j’ai arrêté de fumer il y a 10 ans et j’en suis très content. J’ai arrêté assez brutalement d’ailleurs parce que comme beaucoup à 40 ans j’ai pris un peu peur de ma consommation de tabac. J’ai été un fumeur et je suis content d’avoir arrêté aujourd’hui. On en sent les effets extrêmement vite.

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L’IA est une chance si on la maîtrise

On va parler d’un sujet que vous maîtrisez très bien, que vous adorez, c’est l’intelligence artificielle. On la sent monter en puissance notamment dans le domaine de la santé. Est-elle une opportunité incontournable pour préserver notre système de santé ?

D’abord le numérique en général, le digital et maintenant l’intelligence artificielle, eh bien ils sont partout ! On ne va pas contre son monde, on ne va pas contre sa société. Aujourd’hui il faut travailler avec le sujet. C’est maîtriser les outils qui sont à notre disposition, c’est ne pas en avoir peur mais ne pas non plus leur attribuer toutes les vertus du monde. C’est ni tout mal ni tout bien, ça existe. Et pour que ça existe de manière positive, il faut l’utiliser à bon escient. Pour l’utiliser à bon escient, il faut être formé, il faut comprendre, savoir l’utiliser. Il faut être dans un cadre évidemment le plus éthique possible parce que les données de santé par exemple sont primordiales dans votre dossier médical. Il y a tout. Il y a votre nom, votre prénom, votre adresse, votre âge, vos pathologies, il y a même vos antécédents. Il peut y même y avoir les pathologies ou les maladies de votre famille, bref il y a tout dedans !

Et donc aujourd’hui il faut faire très attention, avoir un système numérique qui est sécurisé, qui est souverain, qui appartient à la France, à la nation, et qui n’appartient pas à d’autres sociétés parce que ça ne peut pas aller n’importe où. Donc l’intelligence artificielle, il ne faut pas en avoir peur, il faut bien l’utiliser. Pour bien l’utiliser, il faut la comprendre, la maîtriser, être formé au sujet. En matière de santé, l’intelligence artificielle est partout aujourd’hui.

Privilégier une IA française et européenne

On opère dans les blocs opératoires avec des robots, on utilise des aides à la décision pour les médecins, par exemple pour l’orientation médicamenteuse. On l’utilise énormément pour la radiologie, l’imagerie. On l’utilise pour le traitement de données. Pour qu’elle soit bien utilisée et pas utilisée de manière clandestine ou à mauvais escient, il faut évidemment la maîtriser, que ce soit dans un cadre qui soit réglementé. Un cadre français, un cadre européen. Aujourd’hui il existe l’Act Intelligence Artificielle en Europe et c’est une bonne chose. On voit que tous les gouvernements européens ont envie d’encadrer ce sujet donc il ne faut pas en avoir peur mais il faut le maîtriser de manière sécurisée et souveraine.

Est-ce que l’intelligence artificielle va nous permettre à nous, simples patients, simples mortels, de vivre mieux, de vivre plus vieux, de vivre plus longtemps ?

Cela ne suffira pas, l’intelligence artificielle ! Si vous ne changez pas votre comportement de vie, si vous fumez, si vous buvez trop, si vous n’avez pas d’activité physique, si vous êtes trop sédentaire, vous aurez beau avoir une application avec votre intelligence artificielle, ça ne va pas changer grand chose. Je ne sais pas si, parce que votre intelligence artificielle va vous dire qu’il faut arrêter de fumer, vous allez arrêter de fumer. Je n’en suis pas très sûr hein !

Méfiez-vous de Tik Tok et d’Instagram

Encore une fois aujourd’hui il y a l’intelligence artificielle mais il y a les réseaux sociaux. On voit bien que les réseaux sociaux ont envahi le sujet de la santé, de la santé mentale, et vous donnent parfois des conseils qui sont à l’opposé de tout ce que dit la science. Ouvrez Tik Tok, ouvrez Instagram aujourd’hui, vous allez avoir des conseils qui sont complètement farfelus. Il faut faire extrêmement attention et toujours se référer à un vrai professionnel de santé ou à des sites qui sont labellisés et qui sont certifiés. Sinon vous allez passer de mauvaises phases en écoutant tout ce qui se dit.

Vous avez écrit un livre qui s’appelle « Innovations et prévention en santé » avec Anne Beinier. Vous présenterez votre livre et vous allez participer à un débat public en compagnie de deux anciennes ministres de la Santé qui ont beaucoup d’idées à partager, Agnès Buzyn et Roselyne Bachelot. Ce sera vendredi 3 juillet à 19h00 à Villa M à Marseille. Quel sera votre message principal ce soir-là ?

Mon message principal c’est que la prévention en santé, il faut tous s’y mettre ! C’est un sujet citoyen, c’est un sujet collectif, ça ne concerne pas que les médecins ou les paramédicaux, ça concerne tout le monde ! Tous les citoyens sont concernés dès la naissance et même avant la naissance. La prévention, la promotion de la santé, le dépistage, ça doit être notre boussole aujourd’hui si on veut vieillir longtemps en bonne santé.

Conférence publique à Marseille le 3 juillet

Conférence publique et gratuite dans le cadre des Pitchs des Dialogues de la Santé, vendredi 3 juillet 2026 à 19h à Villa M (17 place Louis Bonnefon, 13008 Marseille) avec Roselyne Bachelot, Agnès Buzyn, Anne Beinier, Yann Bubien et les docteurs Emmanuelle Sarlon et Jérôme Kouani. Entrée libre, inscription obligatoire via le lien suivant : 

https://www.villa-m-creativestore.com/event-details/innovations-et-prevention-en-sante-pitch-des-dialogues-de-la-sante-villa-m-marseille

150 personnes ont assisté à la conférence à Villa M le mercredi 10 juin 2026. Prochain rendez-vous le 3 juillet.

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