Surdité : adoptez vite un appareil gratuit !

7 millions de Français sont touchés par des problèmes de surdité et d'audition et sont candidats à un appareil auditif gratuit. Mais beaucoup tardent et laissent se dégrader leur audition, ce qui est dangereux. Le Dr Stéphane Gargula, chirurgien ORL, délivre ses conseils et donnera une conférence publique à Aix le 4 février puis à Marseille le 11.

Santé

Les troubles de l’audition toucheraient 7 millions de Français plus quelques millions qui auraient des difficultés à discerner des sons. Ce sont principalement les + de 65 ans mais on compte aussi une part non négligeable d’enfants. Heureusement il existe de nombreuses solutions qui vont de la prévention aux appareils auditifs en passant par la chirurgie ou les implants cochléaires. On fait le point avec le Dr Stéphane Gargula, chirurgien ORL dans le service du professeur Justin Michel à l’hôpital de La Conception (Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille).

Est-ce que notre société devient de plus en plus sourde ?

Docteur Stéphane Gargula : Notre société vieillit. L’audition baisse naturellement avec l’âge, donc mécaniquement, il y a plus de malentendants. Mais il y a aussi une vraie augmentation de l’exposition au bruit du grand public: loisirs, écouteurs, musique forte, environnements urbains. Donc oui, on a à la fois plus de personnes concernées… et plus tôt dans la vie.
En parallèle il faut noter l’amélioration ces dernières décennies de la protection professionnelle au bruit, avec une médecine du travail plus efficace.

Surdité, dépression, démence !

Si je vous comprends bien, on est face à un problème majeur de santé publique et pourtant ! Le sujet de l’audition est souvent traité par-dessus la jambe par de nombreuses personnes qui disent « Ce n’est pas grave si j’entends moins bien ». Or c’est potentiellement grave. Dites-nous pourquoi.

Entendre moins bien engendre un problème de communication, donc de lien social. Les personnes malentendantes vont généralement plutôt bien se débrouiller dans le silence pendant assez longtemps, mais avec des difficultés croissantes dans les environnements bruyants. Ce qui va entraîner progressivement un évitement de ces situations, donc les conversations dans les restaurants, les repas de famille, et donc favoriser l’isolement.

Et on sait aujourd’hui très clairement que la perte auditive non prise en charge et que le déficit de stimulation sociale qui en découle augmentent le risque de dépression, et même de déclin cognitif et de démence chez les patients âgés. Ce n’est donc pas juste un petit inconfort : c’est un vrai enjeu de santé publique.

Le Dr Stéphane Gargula dans le service ORL de l’hôpital de La Conception que dirige le Pr Justin Michel (Photos Ph. S)

Les cellules abîmées sont perdues à vie

On va parler un peu technique. Qu’est-ce qui favorise la perte de l’audition sur un plan physiologique ? Le vieillissement de nos cellules et certaines maladies ?

Le facteur numéro un, qui est celui qui est en croissance dans notre société, c’est l’âge, avec le vieillissement des cellules neurosensorielles de l’oreille interne. Mais il y a aussi d’autres causes : des causes infectieuses, vasculaires, toxiques, traumatiques que ce soit des chocs ou des sons, et des causes congénitales, dès la naissance, qu’elles soient génétiques ou liées à la période autour de l’accouchement, dès l’enfance donc.

Parmi ces causes, la plupart vont toucher l’oreille interne et ses cellules ciliées, les cellules neurosensorielles dont je parlais. On ne peut malheureusement pas régénérer ces cellules pour lesquelles il faudra des appareils, des implants auditifs. Certaines surdités vont être plutôt mécaniques, et toucher l’oreille moyenne et externe, les osselets par exemple. On pourra en traiter certaines par la microchirurgie, en remplaçant un étrier bloqué par exemple avec une prothèse de moins d’un millimètre de large.

N’attendez pas car votre cerveau perd ses capacités !

Il y a pas mal de gens qui retardent la prise en charge de leurs troubles auditifs, soit parce qu’ils ont un peu honte soit pour faire des économies sur l’achat des appareils. Est-ce un problème de repousser cet appareillage ?

Oui, clairement passé un certain point. Plus on attend, plus le cerveau “désapprend” à traiter les sons. Quand on s’appareille tard, l’adaptation à l’appareil est plus difficile et moins efficace. Le cerveau a plus de mal à gérer les bruits de l’environnement. On réentend les portes qui claquent, le bruit des cigales, qui réapparaît d’un coup. Il ne faut pas pour autant négliger le fait que c’est une étape à passer pour les patients. Il faut les accompagner, ne pas les forcer mais plutôt chercher à expliquer le bénéfice si on veut qu’ils adhèrent au projet.

Ce qui n’est pas forcément connu et qu’il faut expliquer aux patients absolument, c’est que les essais sont gratuits, c’est la loi. C’est-à-dire que les patients peuvent se rendre avec une ordonnance chez n’importe quel audioprothésiste et essayer pendant un mois des appareils auditifs pour se faire une idée. La deuxième bonne nouvelle, pour les finances des patients, c’est que depuis quelques années, les aides auditives classe 1, qui sont des appareils de très bonne qualité, sont prises en charge à 100 % par la Sécurité sociale et les mutuelles. Il n’y a donc aujourd’hui ni raison médicale, ni raison financière valable pour attendre. Mais il faut stimuler la motivation des patients en premier lieu.

L’appareil de base remboursé par la Sécu est déjà excellent

Dites-nous un mot des appareils auditifs. Ce n’est plus ce gros truc qu’on avait accroché à l’oreille, c’est esthétiquement acceptable aussi…

Tout à fait ! Un appareil auditif c’est un concentré d’électronique comme un téléphone portable, et on voit bien les progrès qu’il y a eu en 20 ans de ce côté-là. On a aujourd’hui des appareils qui sont très discrets, qui sont reliés au téléphone, à la télévision, qui sont intelligents et qui savent extraire la parole du bruit, comprendre l’environnement sonore.

Et oui les appareils classe 1 sont déjà capables de tout ça, et fournissent déjà une très bonne correction. Les modèles plus sophistiqués vont apporter un peu plus d’options et de confort, en particulier pour les patients présentant une surdité assez avancée,. Mais pour la plupart des patients, les modèles remboursés sont suffisants. Et il n’y a pas de différences en termes de discrétion entre les appareils classe 1 et ceux de classe 2. On sait très bien miniaturiser les appareils.

Audition, surdité : les 20 conseils du Pr Guevara

Comment choisir son appareil

On voit des publicités partout, comment savoir quel appareil est le bon ? Comment savoir d’ailleurs si mon problème relève d’un appareillage standard ?

Les publicités qu’on voit vont rarement concerner le modèle d’appareil pour la plupart. Le patient ne va pas choisir tel fournisseur d’appareil par rapport à un autre, il va se rendre chez un audioprothésiste en premier lieu. Les publicités vont chercher à pousser le patient à venir faire un bilan auditif. Ce qui en soi n’est pas un problème.

Mais il faut se rappeler que l’indication et la prescription d’un appareillage auditif doivent passer par un médecin ORL pour établir un diagnostic de la cause de la surdité, et discuter du bénéfice attendu de l’appareillage. Ensuite, l’appareillage doit être réalisé par un audioprothésiste qualifié, avec des réglages réguliers. On ne parle pas d’une paire de lunettes, un bon appareil mal réglé ça donne de mauvais résultats. Il faut régler absolument les appareils. Le suivi est aussi important que l’appareil lui-même et il est d’ailleurs inclus dans le forfait que fournit l’audioprothésiste à l’achat.

Déçu par votre appareil ? Il est mal réglé !

Cela veut dire qu’il faut faire régler régulièrement son appareil ? Il n’est pas réglé une bonne fois pour toutes ?

Non, déjà parce que l’audition va évoluer et parce que le patient va s’adapter. Les problèmes d’adaptation que nous avons au début – le bruit des cigales, certains sons métalliques – vont faire que quand on va mettre un appareil auditif pour la première fois, généralement on va le sous corriger. On va donner un gain plus faible. Puis avec l’habitude du patient, on va pouvoir augmenter progressivement ce gain pour augmenter le bénéfice. Si on ne fait pas ces réglages, on reste avec un gain insuffisant, qu’on a mis au début pour ne pas être gêné. Et finalement on perd une grosse partie du bénéfice de l’aide auditive.

Nez qui coule, perte d’odorat : et si c’était la polypose !

Le top 5 des dangers auditifs

On dit souvent qu’un bruit intempestif peut abîmer notre audition, au travail, dans des soirées et même des activités de loisirs. C’est quoi votre Top 5 des risques auditifs dont on doit se méfier ?

Alors le plus dangereux c’est tout ce qui est explosion, comme le tir. L’exposition professionnelle, qu’elle soit industrielle ou dans le BTP, il faut absolument des protections, surtout si c’est régulier. Pareil pour le bricolage ou le jardinage motorisé. Et enfin la musique, même s’il y a des normes : resté collé aux enceintes pendant plusieurs heures en boîte de nuit, ou écouter des heures au casque à volume maximal, ce n’est pas bon pour les oreilles.

Alors justement parlons du casque et des écouteurs ! On voit plein de gens se balader dans la rue en écoutant de la musique, ou à la maison. Est-ce risqué pour notre audition cet usage qui sollicite en permanence nos cellules ciliées ?

Le problème ce n’est pas l’écouteur lui-même, qui en général respecte un volume maximal, mais ce qu’on en fait. Ecouter de façon intermittente à volume raisonnable, ce n’est pas un problème. Une exposition courte mais très intense à un réacteur d’avion par exemple, c’est dangereux et ça tout le monde en est conscient. Mais une exposition moins intense, mais prolongée, comme la musique à pleine puissance plusieurs heures, ça l’est aussi, même si c’est moins intuitif. L’oreille consomme de l’énergie, et a besoin de régénérer cette énergie, sans quoi elle se fatigue et s’abîme.

Le Dr Gargula participera aux conférences publiques et gratuites sur les troubles de l’audition et la surdité le 4 février à l’hôpital d’Aix-en-Provence et le 11 février à Marseille, au siège de l’université (jardin du Pharo).

Posez vos écouteurs !

Donc il faut faire des pauses ?

Exactement ! Il faut faire des pauses pendant l’écoute ou diminuer un peu le volume pendant quelques minutes ou un peu plus. En tout cas, on ne peut pas écouter à plein volume en permanence. Les normes d’appareil des écouteurs ne sont pas faites pour une écoute pendant 12 heures dans la journée.

On entend parler des implants cochléaires qui seraient de plus en plus utilisés par vous, les chirurgiens. C’est le dernier recours, quand les appareils auditifs ne peuvent plus compenser la perte d’audition ?

Oui, on les propose lorsque les appareils auditifs classiques ne suffisent plus. L’implant cochléaire permet de stimuler directement le nerf auditif et remplace totalement l’oreille externe, moyenne et interne. Ce n’est plus une solution exceptionnelle : c’est aujourd’hui un traitement éprouvé, qui a lui aussi bénéficié du boom technologique des dernières décennies, avec d’excellents résultats, y compris chez les personnes âgées.

3 conseils pour retarder la surdité

Pouvez-vous nous donner 3 conseils pour préserver son audition le plus longtemps possible ?

Premièrement : se protéger du bruit si on s’y expose. On peut faire fabriquer très facilement des bouchons filtrants sur mesure chez les audioprothésistes par exemple pour jardiner, pour aller en boîte de nuit.
Deuxièmement : il ne faut pas banaliser les premiers signes, il faut écouter son entourage : ce sont souvent les proches qui remarquent la perte auditive en premier, qu’on fait répéter, qu’on met surtout le volume de la télévision plus fort qu’avant.
Troisièmement : il ne faut pas attendre. Les traitements sont d’autant plus efficaces qu’ils sont mis en place tôt. Aujourd’hui il n’y a plus de bonne raison de repousser alors que les solutions sont là et sont prises en charge (financièrement).

C’est-à-dire que si j’ai 40 ans et que j’ai l’impression de moins bien entendre, ou que mon entourage me fait remarquer que je n’entends pas bien, il faut consulter même si je suis jeune ?

Bien sûr ! Consulter un ORL pour un test d’audition, ça ne veut pas dire que vous allez sortir avec une prescription pour un appareil auditif. On attend tout de même qu’il y ait un certain niveau de surdité avant de proposer un équipement au patient. Mais avoir un audiogramme de base à la quarantaine, c’est tout à fait justifié.

Conférence audition Marseille au Pharo 11 février 2026
Situé dans le jardin du Pharo, le siège d’Aix-Marseille Université accueillera la conférence publique sur les troubles de l’audition et la surdité le 11 février à 18h dans l’amphi Gastaut.

Venez vous informer à Aix et Marseille en février

Le docteur Stéphane Gargula participera à deux conférences publiques et gratuites organisées par notre média MProvence en partenariat avec les hôpitaux à Aix et Marseille : Troubles de l’audition, surdité : danger des otites chez l’enfant et des écouteurs chez les jeunes, impact du diabète et des maladies cardiovasculaires, presbyacousie après 60 ans, quel appareil choisir…

L’inscription est gratuite mais obligatoire en cliquant sur le bandeau jaune en haut de l’article et de notre site ou en appelant le 06 95 79 13 97.

Mercredi 4 février à 18h à Aix-en-Provence : Centre hospitalier du Pays d’Aix, avenue des Tamaris, 13 100 Aix. Entrée libre et gratuite. Visite des stands à partir de 17h30 et pot de l’amitié en fin de conférence. Parking gratuit devant la salle de conférence de l’hôpital (suivre le fléchage)

Mercredi 11 février à 18h à Marseille : amphithéâtre Gastaut, Aix-Marseille Université, jardin Emile-Duclaux (Pharo), 58 boulevard Charles Livon, 13007 Marseille. Entrée libre et gratuite. Visite des stands à partir de 17h30 et pot de l’amitié en fin de conférence. Parking payant Q-Park en face du jardin du Pharo.

Et aussi à Nice dès le 28 janvier

Mercredi 28 janvier à 18h à Nice : salle Le Stockfish, 5 avenue François-Mitterrand, 06 000 Nice. Coordination scientifique de la conférence sur la surdité et les troubles de l’audition : Pr Nicolas Guevara, Institut Universitaire de la Face et du Cou, CHU de Nice. Entrée libre et gratuite. Visite des stands à partir de 17h30. Accès ligne de tram 1, arrêt Vauban. Parking payant à proximité.

Tout sent mauvais à la maison ? Et si c’était vous le problème !

cet article vous a plu ?

Donnez nous votre avis

Average rating / 5. Vote count:

No votes so far! Be the first to rate this post.

Partagez vos commentaires.