Chirurgie de l’obésité : perdre 50 kilos relève l’espérance de vie

Aider les patients à manger moins. C'est l'objectif de la chirurgie bariatrique, qui explose en France où 1 adulte sur 6 est obèse. Le Dr Pierre Campan est le référent chirurgical du centre de l'obésité à l'Hôpital Européen de Marseille. Il prévient : cette opération exige de gros efforts et engendre un changement radical de la physionomie. L'un des ses patients a perdu... 100 kilos !

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La chirurgie de l’obésité est une spécialité où il y a de plus en plus d’interventions en France. En quoi consiste ce qu’on appelle la chirurgie bariatrique ?

Dr Pierre Campan : C’est un mot qui vient du grec. « Baros » en grec veut dire le poids. La chirurgie bariatrique s’adresse à des patients obèses, donc ce sont des patients qui mangent trop, qui mangent mal. Il s’agit pour nous de les aider à manger moins. Ou bien carrément de les empêcher de manger beaucoup. Il s’agit aussi, dans certains cas, de faire en sorte que la nourriture qu’ils prennent soit moins absorbée par le corps. Pour cela, on agit essentiellement sur l’estomac en modifiant sa forme, son volume. Le point de départ de l’obésité ne se situe pas à l’estomac; ça se situe au comportement alimentaire, un peu plus au niveau du cerveau qu’à l’estomac. Evidemment on ne doit pas opérer le cerveau – on ne peut pas – alors on s’adresse indirectement à lui par l’estomac. Ce qui explique qu’on ne peut pas avoir 100% de bons résultats.

3 types d’opérations proposées

Le nombre de personnes en surpoids et surtout obèses ne cesse d’augmenter En France. Les demandes de prise en charge chirurgicale progressent-elles également ?

Oui, elles progressent beaucoup ! Il y a une quinzaine d’années on considérait qu’on avait opéré environ 1% des obèses. Aujourd’hui on pense avoir opéré 3% de la population française pour des problèmes liés à la chirurgie bariatrique.

Quelles sont les principales interventions ?

Il y a beaucoup d’opérations. Certaines ont été abandonnées, d’autres restent d’actualité et il y a des opérations nouvelles. Mais finalement, en France comme dans le monde, il y a 3 grandes opérations qui sont toujours l’anneau gastrique, le bypass gastrique et la réduction gastrique qu’on appelle aussi la sleeve gastrectomie.

L’anneau gastrique est une technique toute simple, qui est réversible, qui est une intervention assez bénigne et réversible donc, mais qui a l’avantage d’être efficace longtemps. Ce qui est très intéressant chez les personnes jeunes. Elle induit une gêne à l’absorption des aliments. Quand les patients mangent, ils ressentent une petite gêne et cette gêne est réglable; ça peut être une petite gêne ou quelque chose d’un petit peu plus sévère pour les patients qui ont tendance à garder un comportement alimentaire fragile. Avec ces réglages qui impliquent un suivi sur le long terme, on finit par réussir à modifier leur comportement alimentaire tout en les encourageant bien sûr aussi à augmenter l’activité physique. C’est une procédure de long terme qu’on aime bien proposer aux gens les plus jeunes.

Bypass et sleeve font maigrir plus vite…

Ce sont les interventions les plus fréquentes ? Quel âge ont ces patients « plus jeunes » ?

A partir de de 20 ans on propose l’anneau gastrique toujours, même si on finit par faire autre chose. C’est une intervention qui implique une certaine participation du patient, qui implique aussi l’acceptation d’une évolution qui n’est pas une évolution très spectaculaire du poids. C’est pour cela qu’elle n’est pas forcément très à la mode parce que, bien souvent, le souhait est de perdre du poids rapidement, de façon spectaculaire. Et c’est pour ça qu’il existe d’autres interventions qui ont peut-être un petit peu plus, actuellement, la faveur du public.

Ce sont donc la sleeve et le bypass ?

Le bypass reste l’intervention de référence, et curieusement c’est la plus ancienne. C’est une intervention un peu plus compliquée qui vise à empêcher les aliments d’occuper la totalité du volume de l’estomac. L’estomac est un organe qui est assez volumineux. En faisant un bypass, on fait en sorte que les aliments ne peuvent occuper qu’une toute petite partie de l’estomac. L’avantage aussi est qu’avec ce tout petit estomac, on a un tout petit appétit. On perd l’appétit et donc on maigrit sans en souffrir.

Des agrafes pour séparer l’estomac en 2

Que faites-vous chirurgicalement sur l’estomac ?

Avec un système d’agrafage on sépare l’estomac en 2 parties. Ce qui est très intéressant dans cette opération, c’est qu’elle n’est pas irréversible. Elle est réversible. Elle a beau être un petit peu compliquée, elle est totalement réversible. On sépare l’estomac en 2 parties. Il y a une partie qui reçoit les aliments qui est toute petite. On peut en choisir les dimensions selon notre souhait. Cela a un avantage supplémentaire, c’est que les patients qui ont un bypass, pour la plupart, ont un dégoût des aliments sucrés et des aliments gras. Ce qui complète l’efficacité du processus.

Mais la partie de l’estomac qui ne fonctionne plus reste en l’état ?

On s’inquiète souvent de cette partie là, mais elle a son travail à faire parce qu’elle sécrète du suc gastrique. Elle ne se ratatine pas au fond du corps, elle est tout à fait réutilisable si on en avait besoin.

Les inconvénients de la sleeve

Parlez-nous de la 3e technique qui est la sleeve et qui est plus radicale.

La sleeve est effectivement une intervention radicale dans le sens où c’est une amputation des 3/4 de l’estomac. C’est une intervention irréversible, c’est la seule intervention irréversible d’ailleurs. Evidemment, comme on va amputer les 3/4 de l’estomac, ça va avoir une efficacité spectaculaire. Mais la sleeve nous pose 2 problèmes en dehors du fait irréversible.

Le premier problème, c’est que cet estomac est un estomac qui peut, petit à petit, reprendre du volume et provoquer une reprise de poids. C’est un estomac qui ne fonctionne pas très bien et qui peut induire ce qu’on appelle un reflux, c’est-à-dire des remontées acides, qui sont pénibles et qui peuvent être dangereuses pour la santé. C’est pour ça que dans beaucoup d’équipes on est un petit peu en train de diminuer le nombre de sleeves par rapport au bypass.

« Un de mes patients de 20 ans a perdu 100 kilos »

Quel est le poids maximum qu’un patient a perdu après avoir été opéré par vos soins ?

J’ai le souvenir d’un jeune patient qui devait avoir 20 ans, qui pesait 180 kilos et qui a perdu 100 kilos avec un anneau gastrique qu’on n’a même pas eu besoin de serrer ! C’est une aventure intéressante qui montre combien la participation du patient peut avoir un énorme effet, parce que ce patient a aussi repris une activité sportive et il a complètement changé son mode de vie. Il n’y a pas de limite particulière à la quantité de poids qu’on peut perdre. Ce qui est assez sympathique, ce n’est pas forcément le nombre de kilos perdus, c’est la transformation du mode de vie et l’impression de renaissance qu’on observe chez les gens. C’est pour moi la motivation à poursuivre cette chirurgie.

Leur entourage ne les reconnaît plus !

Quand on perd 100 kilos ou qu’on perd 40 kilos « simplement », seulement, ça suppose de changer beaucoup de choses dans sa vie, y compris physiquement aussi. Faut-il avoir d’autres interventions chirurgicales après, parce qu’on va avoir de la peau en trop par exemple ?

Bien sûr. Les patients disent que tout change. Ce qui change, c’est leur sensation. Pour certains, leur poids est tout simplement divisé en 2. Leur entourage ne les reconnaît pas forcément. Il y a même dans leur entourage des personnes qui les trouvaient mieux avant. C’est très compliqué à vivre et quelquefois eux-mêmes dans le miroir ne se reconnaissent pas et continuent de voir la personne qui était avant.

Donc il y a énormément de choses qui changent sur le plan physique, sur le plan psychologique. Effectivement, la peau peut plus ou moins bien accepter cette perte de poids lorsqu’elle n’est pas très élastique. Il y a des interventions pour cela, les chirurgiens plasticiens s’en chargent. On peut réparer les excès de peau sur le ventre, sur les cuisses, sur les bras, sur la poitrine. Il y a beaucoup de choses qui peuvent se faire pour terminer le travail et faire reprendre à cette personne une physionomie qu’elle avait perdue depuis longtemps.

La chirurgie rétablit l’espérance de vie

Il faut le rappeler, c’est important : le surpoids et encore plus l’obésité ont des conséquences délétères pour l’ensemble de notre corps. Une personne en situation d’obésité sévère a une espérance de vie qui est notablement réduite…

Elle est notablement réduite, c’est prouvé. Et on a aussi prouvé que la chirurgie de l’obésité, bien qu’elle ne soit pas tout à fait anodine, bien qu’elle puisse présenter quelques inconvénients, globalement, statistiquement, elle rétablit l’espérance de vie normale de la personne, en moyenne.

Quand les gens se font opérer, on peut être à peu près sûr qu’ils vont perdre du poids. Mais qu’est-ce qui les amène précisément à venir consulter ?

Ce qui les amène à venir consulter, ce sont 3 choses. La première c’est qu’il vivent mal leur obésité. On peut le comprendre parce que ce sont des obésités importantes. C’est la gêne physique, c’est aussi une destruction de l’estime de soi, une dégradation de leur relation avec les autres et puis aussi les maladies qui sont aggravées par l’obésité. Ce qui les amène aussi à consulter, c’est bien sûr la difficulté de perdre du poids sans la chirurgie. Ils disent souvent qu’ils ont tout essayé, que c’est leur dernier recours. Ce qui les amène enfin à consulter, c’est qu’ils savent par leur entourage ou par leur médecin qu’il existe une solution efficace.

Se préparer avant une telle intervention

Est-ce qu’il faut se préparer avant de « subir » une telle intervention ?

Il faut se préparer psychologiquement, il faut se préparer physiquement. L’équipe est là pour ça. C’est une équipe qui les aide sur le plan diététique, sur le plan physique, sur le plan psychologique. Qui les aide à effectuer les modifications de leur mode de vie qui permettra à long terme d’avoir un meilleur résultat.

Il faut se préparer aussi d’une façon qui peut leur paraître quelquefois un peu désagréable, c’est que je leur impose une perte de poids avant l’opération. C’est une perte de poids très importante parce qu’elle nous permet de faire l’opération dans de bonnes conditions et de faire exactement l’intervention selon le schéma qu’on a souhaité faire.

Concrètement, une personne qui vient vous voir et qui pèse 150 kilos, vous lui demandez de perdre combien de kilos avant d’être opérée ?

C’est variable, ça dépend un petit peu de sa physionomie; ça dépend un petit peu de comment on imagine que ça va se passer à l’intérieur en fonction des examens préopératoires. Mais on peut être amené à demander à une personne de perdre 10 voire 20 kilos.

Pas de régime après l’opération

Quelles sont les suites post-opératoires et puis est-ce que je vais être au régime toute ma vie après l’opération ?

L’objectif final est évidemment de ne plus jamais être au régime. Tout simplement parce que, ce qu’on souhaite faire, c’est transformer cette personne obèse qui était contrainte par divers régimes souvent assez difficiles à suivre et qu’elles n’ont pas pu suivre longtemps, ces personnes qui étaient contraintes on souhaite en faire des personnes on va dire « normales ». Et une personne « normale » ne fait pas de régime.

Combien coûtent ces opérations ? Sont-elles remboursées par l’assurance maladie ?

Ces opérations coûtent généralement très cher même si certaines personnes qui sont en dehors des critères, et qui se payent leur opération quand il s’agit d’un anneau gastrique, peuvent le faire selon leurs moyens. Mais on ne peut pas aller beaucoup plus loin que ça. Les opérations coûtent très cher, il est nécessaire que l’assurance maladie participe beaucoup à cette chirurgie. Elle impose des critères. Si on respecte ces critères, elle accorde au patient sa prise en charge et l’intervention ne coûte plus très cher.

L’inflation de l’obésité stimule les innovations…

Votre spécialité bénéficie-t-elle d’innovations thérapeutiques ?

Elle bénéficie d’énormes innovations thérapeutiques. La première raison est que cette inflation de l’obésité en France, comme dans le monde, crée tout simplement un marché. Quand il y a un marché, il y a beaucoup de recherches. Et quand il y a beaucoup de recherches, il y a beaucoup de trouvailles. Certaines innovations ont apporté énormément à la chirurgie, au traitement médical. Sur l’ensemble des innovations, il n’y a peut-être que 10% qui ont été bénéfiques – je songe à celles qui ne l’ont pas été comme le Médiator ou comme certaines interventions qui sont aujourd’hui interdites – mais les innovations techniques nous ont beaucoup apporté.

On sort de l’hôpital le lendemain

Qu’est-ce que ça va changer dans les années à venir dans votre pratique et pour les patients ?

Je ne sais pas tout ce qui va se passer. Mais les innovations vont se porter sur le plan médical avec des médicaments, sur le plan des interventions non invasives avec les interventions qui se font par voie endoscopique, qui n’ont pas encore une grande diffusion; et sur le plan chirurgical avec 2 nouvelles interventions, avec des innovations qui nous facilitent la chirurgie. Comme par exemple le robot, comme par exemple le développement des techniques d’agrafage ou qui sécurisent de plus en plus les techniques et qui nous permettent surtout – c’est ça le principal de l’innovation – de faire des interventions qui ont des bonnes suites opératoires. Avant, on gardait les patient (hospitalisés) 5 jours voire une semaine. Maintenant on peut les faire sortir le lendemain parce que l’opération s’est passée vite et bien.

Y a-t-il une limite d’âge pour pratiquer ces interventions ?

Il y a une limite d’âge. Il n’y a pas d’interdit d’âge mais ce qu’on peut dire – et qui est une bonne chose – c’est que les procédures préopératoires sont extrêmement rigoureuses pour les patients qui ont moins de 18 ans et pour les patients qui ont plus de 65 ans.

Méfiez-vous du thé turc au Viagra !

En préparant cet entretien vous m’avez parlé d’un thé turc qui ferait fortement maigrir tout en provoquant de sérieuses complications De quoi s’agit-il ?

Effectivement, on a remarqué que beaucoup de personnes qui sont venues à la chirurgie avaient par ailleurs expérimenté, acheté sur le marché par diverses voies, ce fameux thé turc. Cela a mis la puce à l’oreille d’une personne que je connais bien et qui a eu beaucoup de curiosité, qui l’a fait analyser. Ce thé contient effectivement du thé pour le goût, mais seulement pour le goût, parce qu’il contient d’autres choses : des produits, des substances chimiques qui s’avéraient être dans le cadre du thé analysé des amphétamines voire même du Viagra.

Cette composition a évidemment provoqué de la part des autorités une interdiction de commercialisation. Malheureusement on peut encore se le procurer par des voies parallèles.

Maigrir, c’est une renaissance

Il n’y a pas de solution miracle pour maigrir, à part maigrir fortement chez les personnes obèses, à part la chirurgie ou alors un régime draconien mais qu’il est compliqué de de respecter peut-être ?

La solution de facilité n’existe pas. Je dis souvent à mes patients qu’on finit toujours par avoir le poids qui correspond à son mode de vie. Quand on parle de « miracle », ça me fait beaucoup penser à ce que j’entends des patients qui ont réussi et que je suis après la chirurgie. Ils ont une telle impression de renaissance, en fait parce qu’ils ont changé beaucoup de choses dans leur vie – je pense par exemple à quelqu’un qui ne pouvait même plus prendre l’avion et qui s’est mis, un an après la chirurgie, à aller construire des hôtels en Amérique du Sud. Donc la transformation du mode de vie, c’est ça le miracle. Ce n’est pas la chirurgie, des médicaments. C’est ce qu’on va en faire.

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