Descente d’organes : 1 femme sur 4 concernée

Les grossesses et le surpoids ainsi que certains sports favorisent le prolapsus : la vessie et l'utérus peuvent alors descendre dans le vagin, et le rectum saillir à travers l'anus. Une sensation de pesanteur et une gêne au quotidien, généralement non dangereuses mais perturbantes également sur le plan psychologique et parfois lors des rapports sexuels. Le docteur Jean Quilichini, chirurgien et gynécologue (Hôpital Européen à Marseille), détaille les techniques de prise en charge, très efficaces.

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Voilà un sujet un peu tabou et qui concerne les femmes : ce qu’on appelle communément la « descente d’organes ». De quoi s’agit-il et quelles sont les causes ?

Docteur Jean Quilichini : La descente d’organes est une hernie dans la cavité vaginale où vont s’engager les organes pelviens. En avant on a la vessie, au milieu l’utérus (ou le fond vaginal si la patiente a eu une hystérectomie) et en arrière le rectum. Les causes sont multiples. La première, ce sont antécédents obstétricaux puisque les prolapsus surviennent essentiellement chez les femmes qui ont eu des grossesses et des accouchements. C’est beaucoup plus rare chez les patientes qui n’ont jamais accouché. C’est moins de 5% des cas. Cela tient au nombre d’accouchements, à la difficulté des accouchements, et au poids des bébés.

Il y a d’autres causes qui sont l’âge et la survenue de la ménopause. Ce qui va entraîner une modification du tissu conjonctif. Il y a l’obésité, et tout ce qui entraîne une hyper pression au niveau abdominal comme la toux chronique, une constipation, des pratiques sportives intensives. En dernier, il existe des facteurs constitutionnels liés à la qualité du tissu conjonctif.

Vie sexuelle possible mais affectée

Une femme qui n’a pas eu d’enfant ou qui a eu une grossesse avec un bébé de petit poids ne sera donc pas sujette à la descente d’organes ?

Elle a moins de risque. Mais du fait de la qualité du tissu conjonctif, peut-être qu’elle fera un prolapsus, alors qu’une autre qui a de meilleurs tissus n’en fera pas alors qu’elle a eu cinq enfants.

Est-ce que les conséquences de ce prolapsus peuvent être graves ou « seulement » gênantes ?

C’est « seulement » gênant. C’est exceptionnellement grave. Il n’y a pas de conséquences graves, hormis parfois sur des prolapsus complètement extériorisés, avec des conséquences sur le haut appareil urinaire, les uretères et les reins.

La vie sexuelle est-elle forcément perturbée ?

On peut avoir des rapports sans aucun problème. Elle peut être perturbée, mais c’est plus par l’aspect psychologique, avec une appréhension ou une mauvaise estime de soi, que ça peut être gênant.

Difficultés à uriner voire à déféquer

Justement, l’impact psychologique est important. Les femmes qui ont un prolapsus viennent-elles consulter parce qu’elles sont embarrassées, gênées ?

C’est le motif de consultation. Elles ont une sensation de poids, de pesanteur, ce n’est pas douloureux. Ou alors la constatation de l’apparition d’une boule au niveau vulvaire, qui est l’extériorisation de la paroi vaginale. Ce sont aussi parfois des difficultés à uriner parce que, en s’extériorisant, la vessie peut entraîner une dysurie, une difficulté à vider la vessie. Il y a parfois également des troubles de la défécation.

A partir de 50 ans, le problème surgit

Quel est l’âge moyen des personnes concernées, et à partir de quel âge peut-on avoir un prolapsus ?

C’est à partir de 50 ans en moyenne. Mais on peut être sujet à prolapsus à tout âge en fonction de la qualité des tissus.

Quelle est la proportion de femmes ayant un prolapsus dans leur vie ?

C’est entre 11 et 25%, suivant que l’on considère la gêne exprimée par les patientes ou les constatations de l’examen clinique.

En 2023 les femmes sont-elles plus sensibles à ce problème qu’elles ne l’étaient il y a quelques décennies ?

Elles sont plus suivies, mieux informées.

Perte de poids conseillée, gare au footing

Quelles sont les solutions pour remédier à un prolapsus ?

On n’intervient que lorsqu’il y a une gêne car le prolapsus n’est pas dangereux. Donc s’il n’y a pas de gêne, on n’a pas à intervenir. Quand on constate un début de prolapsus, il y a des règles d’hygiène et de diététique qui sont de perdre du poids, de limiter certains efforts et de modifier certaines pratiques sportives comme le footing. Car il y a une sollicitation du périnée qui peut être importante.

C’est le seul sport ?

Non, sont concernés tous les sports qui font travailler la sangle abdominale et qui poussent sur les muscles du périnée, sur les ligaments qui maintiennent les organes en place. Après ces mesures hygiéno-diététiques, si la patiente est très gênée, on a des solutions chirurgicales. Mais avant cela, il y a la possibilité de mettre en place un pessaire (NDLR : une sorte d’anneau ou cube). Un dispositif que l’on met en intravaginal qui est de différentes tailles et formes. Il permet de maintenir les organes en place en s’appuyant sur les muscles du périnée. La mise en place d’un pessaire est très simple et se passe en consultation. Les patientes peuvent apprendre à le mettre et à l’enlever toutes seules.

Souvent chez une femme jeune, on va préférer une solution chirurgicale, définitive, permettant une réparation du prolapsus et la reprise d’une activité normale. Le pessaire, on le réserve plus à des patientes plus âgées qui ne veulent pas être opérées, ou trop fragiles pour l’être.

Des bandelettes pour empêcher la descente des organes

En quoi consiste l’intervention chirurgicale ?

Il y a deux types d’intervention. Les promonto-fixations sous coelioscopie, c’est l’intervention de référence. Cela consiste, à l’aide de bandelettes, comme des pièces de tissu, à fixer les organes et à les accrocher sur un point fixe, le promontoire : la jonction entre la colonne vertébrale et le sacrum, sur le ligament prévertébral. Lorsque la patiente pousse ou fait un effort, les organes vont rester suspendus, et ne vont plus descendre  dans le vagin.

La deuxième solution, ce sont des interventions par voie vaginale, que l’on pratique sans mettre en place de bandelettes. Qui se font avec ou sans hystérectomie, sans prothèse ni bandelettes. Cela consiste à faire des incisions au niveau du vagin, à resserrer le vagin, et à refixer le fond vaginal sur un ligament.

Ce sont des interventions définitives ou peut-il y avoir une récidive du prolapsus ?

Il peut y avoir des récidives dans moins de 5% des cas.

(Le Dr Quilichini précise en marge de notre entretien que la rééducation peut être entreprise avant la prise en charge médico-chirurgicale.)

Reprise d’une vie normale, notamment sexuelle

Quand une patiente a été traitée, que doit-elle éviter au quotidien ?

Le but de l’intervention est que les patientes puissent reprendre une vie quasi normale. Elles doivent faire attention sur des efforts excessifs, certaines pratiques sportives devant être faites avec modération. Elle peuvent reprendre une vie normale, notamment sexuelle.

Quel est le taux de satisfaction de ces patientes traitées d’une façon ou d’une autre ?

Plus de 90% des patientes sont satisfaites, ce sont des interventions codifiées et qui marchent bien. Le seul bémol est en cas de récidive, qui peut nécessiter une nouvelle intervention ou la mise en place d’un pessaire.

 

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