Grignoter entre les repas détruit nos dents

Des biscuits, des bonbons, de simples gorgées de jus d'orange ou de café sucré, le tout consommé entre les repas : ces mauvaises habitudes devenues régulières provoquent des attaques acides à répétition, fatales pour notre dentition. Le professeur Delphine Tardivo (Hôpital de la Timone, APHM) est chirurgien-dentiste et pilote l'unité fonctionnelle de prévention bucco-dentaire individuelle. Cette consultation unique en France aide tous les assurés sociaux à préserver la santé de leur bouche. Et il y a du boulot !

podcasts

C’est unique en France ! Vous avez mis en place une unité fonctionnelle de prévention bucco-dentaire individuelle. De quoi s’agit-il ?

Professeur Delphine Tardivo : Nous recevons des patients soit adressés par un professionnel de santé, soit venant de leur propre chef. On va faire le point avec eux de tous les éléments de leur vie qui peuvent constituer un facteur de risque, s’ils en ont conscience ou pas, pour leur santé orale. On va aborder leurs habitudes d’hygiène, ce qu’ils utilisent comme outils, pourquoi, comment, à quelle fréquence, etc.; leurs habitudes alimentaires et plus largement.

Est-ce qu’ils pratiquent un sport, est-ce un sport à risque pour les dents? On va voir avec eux la qualité de leur brossage, en leur montrant s’il y a des zones où il faut revenir au niveau du brossage, quels outils on peut leur conseiller pour l’optimiser, leur faire prendre conscience des facteurs de risque qui leur sont spécifiques en fonction de leurs habitudes. Notre objectif est de trouver avec chaque patient ce qui va lui correspondre le mieux, par rapport à ce qu’il aime, à ses habitudes de vie, ses obligations. Ainsi il accédera à une hygiène bucco-dentaire de qualité et gardera une bonne santé bucco-dentaire.

Alcool, tabac, sucre : trio fatal pour nos dents

Est-ce ouvert à tout le monde, ou bien vient-on quand on a des problèmes ?

Non, c’est ouvert à tout le monde. L’idée est vraiment de venir en préventif. J’ai rien mais je veux continuer à être sûr de ne rien avoir. Je veux éventuellement avoir un conseil pour me brosser les dents. Du coup, cela permet de faire un bilan très général sur ce qui peut impacter.

Quels sont les pires facteurs de risque pour notre bouche et nos dents en particulier ?

Pour notre bouche comme pour notre santé en général, on retrouve dans les facteurs de risque l’alcool et  le tabac, le sucre. Le gros piège, ce sont les grignotages. Car c’est absolument terrible pour les dents et pour le développement des caries dentaires. Toute prise alimentaire, quelle que soit sa nature, entraîne une baisse du PH dans la bouche, avec une attaque acide qui va provoquer une déminéralisation des surfaces dentaires, et donc des caries.

Si toute la journée vous buvez ne serait-ce qu’une gorgée de jus d’orange, eh bien toute la journée vous avez systématiquement des attaques acides qui se perpétuent. Et le PH de la bouche n’a pas le temps de remonter entre deux prises alimentaires. D’où l’importance d’avoir des vraies prises alimentaires mais seules – le matin, le midi, le soir, éventuellement le goûter – mais pas de grignotage entre elles, car c’est le pire des facteurs de risque.

Les Français sont négligents, le tartre se régale

Si je bois du café et du thé toute la journée, c’est un problème ?

Si vous le sucrez, oui ! Si vous ne le sucrez pas, non.

Pourquoi cette nécessité de mettre en place cette unité ? L’hygiène bucco-dentaire des Français est-elle si mauvaise que ça ?

Elle est très  insuffisante. Elle est négligée, sous-valorisée. Les gens se disent « je sais qu’il faut brosser » mais très souvent on ne le fait pas. Avec une hygiène qui n’est pas optimale, des résidus de biofilm puis de plaque dentaire vont adhérer aux dents après toute prise alimentaire. Si ce n’est pas retiré à la fois au niveau des surfaces dentaires et des surfaces inter-dentaires, ça va se transformer dans les 24 heures en tartre. Le tartre va adhérer aux dents, ne va pas pouvoir être enlevé par l’action du patient, et cela risque de causer des problèmes de caries, de gencives.

Gencives qui saignent = inflammation

Si on a les gencives qui saignent lorsqu’on se brosse les dents, est-ce un problème et comment le solutionner ?

Une gencive qui saigne, c’est souvent parce qu’elle est inflammatoire. Parce que pendant un certain temps, elle n’a pas été brossée correctement. Pour réduire cette inflammation, il faut revenir au brossage. C’est douloureux les premiers jours, car justement ça saigne. Mais il faut brosser pour enlever tout ce biofilm et ces bactéries qui maintiennent ce problème inflammatoire.

Il ne faut pas hésiter à se brosser aussi les gencives. En fait, il s’agit de se masser les gencives, en allant bien de la gencive vers la dent, donc du rose vers le blanc comme on le dit aux enfants. L’action de brossage va la renforcer en permettant une kératinisation. Cela va renforcer la muqueuse. On va permettre avec ce mouvement de massage de faire sortir toutes les bactéries qui se situent dans le sillon entre la gencive et la dent, où le tartre pourrait se former si on ne les retire pas. On va finir les mouvements en nettoyant la surface de la dent. Ainsi on aura de jolies gencives roses et en pleine santé.

Aphtes : après deux semaines, consultez

Souvent les aphtes nous gâchent la vie. Quelle est leur origine et que faut-il faire pour s’en débarrasser ?

L’origine de l’aphte peut être multiple. Il y a des gens plus sujets que d’autres. Et certains aliments comme les noix causent plus souvent des aphtes. En période d’aphte, on peut adjoindre (au brossage des dents) un bain de bouche. Ne pas hésiter à consulter si on voit que l’aphte n’a pas guéri spontanément ou que ça ne va pas vers le mieux. Parfois des petites lésions qu’on prend pour des aphtes ne le sont pas.

Vous parlez de « lésions » pour parler de cancer ?

On peut aussi parler de cancer même s’il existe tout un tas de lésions. Mais cela peut être un cancer. C’est pourquoi une lésion qui ne passe pas au bout de 2 à 3 semaines, il faut consulter pour être sûr que cela n’en soit pas un. Et si c’était un cancer, il faut poser ce diagnostic au plus tôt pour augmenter l’efficience des traitements et surtout pour traiter les conséquences sur la vie du patient et sur la qualité de vie.

Pour la santé de la langue, continuez à… papoter !

Il y a un organe fondamental dans notre bouche, c’est notre langue. Faut-il l’entretenir ou bien a-t-elle sa vie autonome.

Non, elle a sa vie autonome et il faut continuer à papoter !

Elle ne peut pas développer de pathologies particulières sur lesquelles être attentif ?

Hormis des lésions pathologiques voire cancéreuses, il n’y a pas de pathologie particulière de la langue.

Quels conseils quotidiens donner pour avoir une bouche en bonne santé ?

Deux brossages par jour au moins, le matin et le soir, c’est impératif. De deux à trois minutes. Ne pas oublier l’hygiène des espaces interdentaires où la brosse ne peut pas aller. Soit avec du fil interdentaire, soit avec des brossettes. N’hésitez pas à vous faire conseiller par votre chirurgien-dentiste :  est-ce que je passe le fil ou les brossettes ? Comment je passe le fil ? Si les espaces sont plus larges, quel type et quelle taille de brossette ? Il faut consulter son chirurgien-dentiste, idéalement tous les six mois, au moins tous les ans, juste pour une visite de contrôle et s’assurer que tout va bien. C’est à cette occasion qu’on enlèvera le tartre de façon à s’assurer qu’on est en bonne santé bucco-dentaire et qu’on le restera !

 

cet article vous a plu ?

Donnez nous votre avis

Average rating / 5. Vote count:

No votes so far! Be the first to rate this post.

Partagez vos commentaires.