La pistache veut se faire une place au soleil de Provence

Adaptée au climat de la région et portée par une forte demande, la pistache dispose de nombreux atouts pour prospérer en Provence et permettre aux agriculteurs de développer des cultures de complément rémunératrices.

économie

Trouver des cultures de diver­sification et de nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs a toujours été une préoccupation majeure de la profession. Après l’olive et l’amande, c’est désormais la pistache qui fait de l’oeil aux professionnels. D’abord dans le Vaucluse, avec Jean-Louis Joseph et Georgia Lambertin, devenue depuis prési­dente de la chambre d’agriculture, qui ont planté les premiers arbres sur leur exploitation. La démarche était motivée par la volonté de trouver de nouvelles cultures, de préser­ver le foncier agricole et de favo­riser sa transmission.

La famille Burcheri sur le plateau d’Albion a planté plusieurs hectares de pistachiers. ©DR

Une rencontre avec Olivier Baussan, l’entrepreneur phare des Alpes-de-Haute-Provence, a été déterminante. Connu pour avoir mené les plans de relance de l’amande et de l’olive avec André Pinatel, le fondateur de l’Occitane a saisi l’intérêt que pouvait représenter la pistache. Les deux hommes ont alors commencé de se renseigner et de se documenter sur le petit fruit à coque. Ils sont donc partis en tournée, notamment en Tunisie et en Espagne, afin de découvrir cet arbre et ses modes de culture.

« Nous avions l’expérience de l’amande et nous savions qu’il nous fallait les transformateurs de notre côté pour être sûrs de bien rémuné­rer les agriculteurs, explique André Pinatel, président du syndicat France pistache. Et, là, ce sont eux qui nous ont incités à nous lancer, car ils avaient des besoins. C’est un peu plus compliqué que pour l’olive ou l’amande, car il n’y a pas de pista­chiers qui produisent des fruits en Provence. Il n’y a que des variétés sauvages. C’était bon signe, mais il fallait aller voir ailleurs si les variétés à fruits pouvaient s’implanter. »

Une première récolte en septembre

Il s’avère que le pistachier est un arbre peu gourmand en eau, qui résiste plutôt bien au gel mais qui réclame aussi de la chaleur. « Le pista­chier fleurit après l’amandier. Donc, on a espoir qu’il le fasse après les der­nières gelées printanières, détaille André Pinatel. Nous savons égale­ment qu’en Tunisie, il supporte des températures allant de 40 ° l’été à -10 ° l’hiver. Nous savons gérer les maladies qui sont susceptibles de le toucher, elles sont similaires aux autres cultures. Nous avons com­mencé par faire des essais pour affi­ner nos connaissances sur les varié­tés, les modes de culture… etc. Il fallait avoir toutes ces données avant de lancer des aides à la plantation. »

Aujourd’hui, 100 à 120 ha sont plantés entre le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-de-Haute-Provence. La culture du pis­tachier est particulière car elle nécessite des plants femelles et des plants mâles pour les polliniser – idéalement un mâle pour huit femelles.

La première récolte devrait avoir lieu en septembre prochain à La Bastidonne, dans le Vaucluse. « Maintenant que nous avons les pépinières qui savent nous fournir des plants certifiés, que nous savons comment mener les cultures, nous allons nous intéresser à comment récolter et casser le fruit, précise André Pinatel. Un passionné a planté plusieurs hectares cette année sur son domaine à Montfuron et il a proposé de se lancer dans le mon­tage d’une unité de cassage dont il pourra faire profiter les autres pro­ducteurs. Par ailleurs, un concession­naire de Pertuis travaille pour adap­ter une récolteuse spécialement pour les pistaches. Cette question maté­rielle est le challenge de ces prochaines années. Avec le syndicat et l’association, nous allons les aider à développer les outils adéquats. »

Un engouement général autour du projet

Dès que ces pionniers ont vu qu’une dynamique se créait autour de la pistache et que les agriculteurs, les transformateurs et les pâtissiers étaient intéressés par cette nouvelle culture, ils se sont organisés en créant une association, Pistache en Provence, en 2018. C’est Olivier Baussan qui en a pris la présidence. Aujourd’hui, elle compte plus d’une centaine d’adhérents et s’occupe principalement de la promotion. Elle s’est aussi rapprochée du syn­dicat France pistache, pour pouvoir prétendre à des subventions et assurer un appui technique plus poussé. Par ailleurs, un plan Pistache Avenir a été monté avec la chambre d’agriculture de Vaucluse, qui a embauché un technicien dédié afin de dynamiser et sui­vre la filière.

Actuellement, la majorité des pis­taches utilisées et consommées en France viennent d’Iran, de Tunisie, d’Espagne ou de Californie. « Nous ne pensons jamais concurrencer le modèle agricole de ces pays et nous ne le voulons pas, assure Alexis Bertucat, secrétaire de Pistache en Provence. Nous défendons le modèle de la pistache verte de Provence qui pourra être bien valorisée par les transformateurs. »

Les essais montrent que le pistachier est un arbre qui semble bien adapté au climat provençal. ©DR

Un arbre aux multiples vertus

« En tant que transformateur, il est effectivement important de nous impliquer dans de tels projets, confirme Guillaume de Foucault, directeur de la maison Brémond 1830, qui appartient au groupe d’Olivier Baussan. Territoire de Provence possède aussi les calissons du Roy René, la confiserie-chocolaterie Leblanc de Banon, la biscuiterie de Forcalquier et l’écomusée de l’oli­vier, à Volx. Selon Guillaume de Foucault, « cela fait vraiment sens pour une maison comme la nôtre, car nous vendons déjà des produits à base de pis­tache. Nous sommes une épicerie fine de Provence engagée. Il est donc très intéressant d’acheter des pis­taches locales, comme nous le fai­sons pour les amandes et les olives. Notre objectif est d’être autosuffisant avec un produit de qualité. Il est pos­sible de le valoriser sous plusieurs formes et nous comptons bien étof­fer notre gamme pour utiliser la pis­tache dans tous ses états. Nous sommes déjà prêts à accueillir les premières productions. »

Alexis Bertucat y croit tellement qu’il offre des plants de pistachiers par l’intermédiaire de son association, Act for Planet, qui agit pour la biodiversité et le cli­mat. « Nous en avons déjà offerts 550, révèle-t-il, et une autre associa­tion nous a emboité le pas et va en offrir 1000. Le pistachier est une excellente solution pour lutter contre le dérèglement climatique et fixer le carbone dans le sol. Il est également parfaitement compatible avec l’agroforesterie, d’où l’enthousiasme qui se crée autour de cette culture. »

Tous sont unanimes : la culture de la pistache doit être une culture de complément pour les agriculteurs dans le cadre d’une diversification. L’implantation demande, en effet, d’avoir les reins solides et du temps, car il faut attendre quatre à cinq ans avant la première récolte.

A croire André Pinatel, dans deux ans, la crème de pistache rempla­cera la plus connue des pâtes à tar­tiner à la noisette. Une idée parta­gée par Julien Denormandie, à qui il en avait offert un pot lors de sa visite sur le plateau de Valensole. Au Salon inter­national de l’agriculture, le ministre lui avait d’ailleurs raconté que ses enfants s’étaient régalés et en redemandaient !

Alexandra Gelber

L’Espace Alpin est le journal agricole et rural des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes. Ce journal bimensuel est disponible sur abonnement.

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