Le sud place financière 2/5 : de la corbeille aux transactions haute fréquence

Est-il encore nécessaire de prendre un avion ou un TGV pour aller rencontrer les meilleurs spécialistes parisiens, voire londoniens ?

Economie

Blockchain, actif numérique, finance à impact, responsabilité sociétale… À n’en pas douter, la huitième édition du salon de la finance organisée le 25 novembre à Kedge par les étudiants de la commission bourse finance (COBFI), une association née en 1989… exprime  la mondialisation de l’univers de l’argent.
Pour autant, la proximité reste une donnée forte de ces métiers : banquier, avocat d’affaires, expert-comptable et commissaires aux comptes, gestionnaire de patrimoine, gérant de fonds,… qui manient  les complexités et les évolutions  de la discipline financière  avec dextérité sur le territoire de la région Sud comme ailleurs.

La finance, locale ou globale … ?

Est-il encore nécessaire de prendre un avion ou un TGV pour aller rencontrer les meilleurs spécialistes parisiens, voire londoniens …, pour réaliser des opérations capitalistiques de première importance comme une introduction en bourse ou une fusion acquisition ?
Le pari du nouveau projet de place financière pour la région Sud, voulu et animé par l’équipe de Renaud MUSELIER et que préside l’ancien banquier Alain LACROIX, aujourd’hui à la tête du fonds Région Sud Investissement ( cf podcast) , est de répondre «  non » à la question et d’inscrire la finance dans le mouvement général  de la COP d’avance.
Pour une région qui se targue à juste titre d’être en pointe sur les communications et les échanges de données à une vitesse record, facilités par les fameux câbles sous-marins qui partent du port de Marseille, le challenge est compliqué :  comment développer une finance de plus en plus gourmande en technologie en respectant les canons du développement durable?
La mise en perspective de ce qu’on appelle désormais la finance impact, sujet à la fois sociétal et commercial, tant il révolutionne aujourd’hui la commercialisation de produits financiers, est une priorité pédagogique.
On comprend mieux la floraison de formations universitaires spécialisées et les initiatives prises par les étudiants des grandes écoles ou de la fac pour démontrer que les jeunes générations sont très sensibles à cette nouvelle façon de parler d’argent et de faire carrière dans les métiers de la gestion financière.

Un parfum d’exotisme..

Les préoccupations écologiques étaient peu présentes à l’époque, c’est donc bien la volonté de mettre en avant les compétences régionales qui avait amené à la fin des années 1980, le président de la chambre de Commerce et d’industrie  Marseille Provence Henry et  un doyen de faculté, Claude Bensoussan, fondateur du Centre de l’Economie et des Techniques du Financement (CETFI) relayé ensuite par l’ISEFI ( Institut Supérieur d’Etudes Financières) à unir leurs efforts avec les professionnels locaux pour créer la CEFIM ( Communauté Economique et Financière Méditerranéenne).

Il s’agissait avant tout de réagir à une réforme nationale qui avait fait disparaître en quelques années les traditionnelles bourses qui, du palais Brongniart à Paris jusqu’ aux places de province, permettaient  à des professionnels aujourd’hui disparus, les agents de change, d’échanger sur l’ensemble du territoire des valeurs mobilières. À Marseille, une des six bourses régionales avec Bordeaux,  Nantes, Lille, Nancy et Lyon, le marché avait connu sa période la plus faste au milieu du XXe siècle dans les mouvements de la colonisation et de la décolonisation. À l’époque, au cœur des années 60, on cotait à Marseille les phosphates et chemins de fer de Gafsa ( Tunisie) , les caoutchoucs de Kompomg Thom (Indochine), les pêcheries de l’Océan Indien de la SAPMER …et bien sûr différentes filiales de la puissante Compagnie Française de l’Afrique Occidentale (CFAO) dont le siège était situé sur le cours Pierre Puget.

Au cœur du Palais de la Bourse et à quelques encablures du port de Marseille, les habitués des séances quotidiennes assistaient entre midi et deux à ces échanges directs de titres, rejoints parfois par quelques curieux ou des étudiants qui s’arrêtaient  sur le chemin de la bibliothèque de la chambre de commerce… il est vrai qu’une séance à la corbeille était un grand moment, une criée d’actions en quelque sorte, qui résonnait parfois d’intonations pagnolesques.
Dans les années 90, un jeu télévisé autour du thème des bourses régionales avait fait l’objet d’une soirée en direct sur le service public animée par le très british Bernard Rapp; et Jean-Pierre Gaillard lui même, le héraut de la Bourse à Radio France, transforma un jour en studio une partie des locaux marseillais de la Société des Bourses Françaises, ancêtre d’Euronext.

Une mine d’or cotée à Marseille

Au moment où fut actée la disparition définitive des bourses régionales, en 1991, une vingtaine de valeurs étaient quotidiennement cotées à Marseille parmi lesquels la mine d’or (!) de Salsigne dans la Montagne Noire, la circonscription boursière de Marseille s’etendant sur une partie de la région Midi-Pyrénées, pratiquement jusqu’à Toulouse.

Mais la bourse de Marseille, contrairement à son homologue lyonnaise, a beaucoup souffert du manque d’introduction de valeurs locales qui lui ont préféré l’attrait de la place parisienne. Le cas le plus emblématique est bien sûr Sodexho dans les années 70 qui , malgré l’attachement de Pierre Bellon pour la cité phocéenne fit logiquement le choix de la capitale.
Rares sont les entreprises qui décidèrent de « se coter » à Marseille. Citons toutefois HOM, le célèbre fabricant de sous-vêtements masculins ou le Change de la Bourse devenu Idsud, entreprise dont l’activité traditionnelle (échange de monnaies) fut impactée logiquement par l’arrivée de l’euro. Cette société discrète est aujourd’hui une holding qui détient une pépite: une participation dans le capital de la Française des Jeux!

La corbeille ressurgit des placards lors d’une soirée de la CEFIM pour lancer le Nouveau Marché, au tournant du siècle, avec comme vedette l’entreprise aixoise High Co, deuxième entreprise à entrer sur ce nouveau compartiment de la cote des valeurs mobilières, et qui aujourd’ hui anime son titre par une politique active de dividendes.

Yves BLISSON

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