Les contraintes pour obtenir des seins plus « généreux »

La pose de prothèses mammaires à visée esthétique connaît toujours un énorme succès, les candidates du Sud se distinguant notamment par des implants plus volumineux que les Parisiennes. Cette intervention chirurgicale demeure cependant délicate, douloureuse et coûteuse, autour de 4000 euros et souvent plus. Et il faudra la renouveler tous les 7 à 15 ans pour changer les implants.

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Le professeur Baptiste Bertrand (CHU de la Conception, Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille) en détaille les enjeux. Il souligne également qu’à l’inverse, des femmes souffrant de seins trop volumineux réclament une réduction mammaire qui, elle, est remboursée par l’Assurance maladie.

La pose de prothèses mammaires pour avoir de plus gros seins est-elle fréquente, comme on l’imagine souvent ?

Professeur Baptiste Bertrand : Effectivement ! La chirurgie mammaire, et notamment la pose de prothèses mammaires, est la chirurgie esthétique la plus fréquente en France. On a un vrai gradient entre le Nord et le Sud. A Marseille, les femmes exposent beaucoup leur corps, sur les plages, l’été, et la demande de poser des implants mammaires pour avoir une poitrine plus grosse est très fréquente. Surtout ici à Marseille.

Avec des demandes qui sont donc différentes par exemple de Paris ?

Tout à fait ! J’ai eu l’occasion de voyager pour l’enseignement de cette chirurgie. On se rend compte que le terme « sophistiquée », qui désigne plutôt une poitrine avec une petite augmentation mammaire aux alentours de 1 bonnet, donc de 200 à 300 millilitres, c’est une augmentation que l’on fait très peu à Marseille. On est plutôt dans une augmentation mammaire que je qualifierais de « généreuse » avec au moins 1 bonnet et demi voire 2 bonnets de plus. Et donc des prothèses autour des 350, 400 millilitres. On se rend vraiment compte que la demande à Marseille est plus fréquente avec de plus gros volumes implantés.

« Comme un claquage du mollet pour un footballeur »

Les motivations pour une telle intervention sont-elles uniquement esthétiques ?

Oui, ces prothèses mammaires ont pour but d’avoir un plus joli relief dans le décolleté. Il existe aussi des malformations du thorax, comme les seins en forme de tube, les seins tubéreux, qui gênent énormément les patientes et la pose d’implants permet de redonner un joli galbe, de féminiser la poitrine et de corriger ces déformations. Là, on est dans le thérapeutique et non plus dans la chirurgie esthétique.

Est-ce une chirurgie douloureuse ?

Malheureusement oui puisque, dans la très grande majorité des cas, les implants mammaires, on va les glisser derrière le muscle pectoral qui recouvre le torse. Pour y parvenir, ce qui va permettre d’avoir un joli galbe et de masquer la partie supérieure de l’implant, pour avoir un aspect vraiment naturel, il va falloir qu’on découpe complètement le muscle pectoral. J’ai l’habitude de dire à mes patientes qu’elles imaginent la douleur d’un joueur de football qui a un claquage au niveau du mollet. Eh bien cette fois-ci ce n’est pas un claquage du mollet mais du pectoral. Et ce n’est pas un pectoral, mais les deux pectoraux ! Donc oui c’est une chirurgie très douloureuse. D’autant plus qu’on va mettre des gros implants mammaires qui vont venir prendre en étau le muscle pectoral entre la peau et la prothèse.

Autour de 30 ou 40 ans, une demande pour de gros seins

Combien de temps va durer cette douleur ?

Elle s’estompe au bout de quelques jours et c’est supportable. Il faudra prendre des médicaments qui vont vraiment la diminuer, et que la patiente ne fasse pas d’efforts physiques pendant plusieurs jours, voire une bonne semaine, quinze jours.

Quel est le profil et l’âge moyen des patientes qui demandent une augmentation de la taille de leurs seins ?

On a plusieurs cas de figure. Le plus souvent, ce sont des patientes qui ont eu une belle poitrine généreuse lors de leurs grossesses, et qui ont envie de retrouver ce joli volume. Ce sont des patientes autour de la trentaine, la quarantaine. On va mettre dans ce cas-là des volumes importants pour avoir une augmentation mammaire de 1 bonnet et demi, 2 bonnets. Ce sont des patientes qui s’assument, qui sont en couple, qui n’ont pas peur d’avoir une poitrine généreuse.

Et puis on a des patientes beaucoup plus jeunes, au début de leur majorité, accompagnées souvent par leurs parents. Elles vivent très mal d’avoir un tout petit bonnet et ça c’est vraiment pour les aider à avoir une poitrine plus féminine. On va faire très attention à choisir des petits implants, car ces patientes jeunes vont beaucoup moins facilement assumer le regard des garçons sur leur poitrine refaite. On va faire attention à ne pas créer un malaise.

Et de plus en plus, avec le développement d’Instagram et des phénomènes de mode de la téléréalité, on a des patientes jeunes, un peu inexpérimentées, qui nous demandent des très grosses implantations mammaires. On se bat souvent avec elles pour leur faire comprendre que ce n’est pas proportionné à leur corps, que ce ne sera pas harmonieux, ça va mal vieillir. Je dissuade ces patientes et on est tous d’accord, nous les chirurgiens plasticiens, pour ne pas réaliser ces interventions qui sont à mon avis plus des mutilations que des améliorations de la silhouette.

Une prothèse dure entre 7 et 15 ans

Existe-t-il des inconvénients à vivre avec des prothèses et quelle est leur durée de vie ?

Il y a des inconvénients. Très rarement, dans moins de 1% des cas, on a des patientes qui rejettent les prothèses. C’est plus psychologique. Elles ne supportent pas de vivre avec ces corps étrangers, puisque que ça va changer un petit peu la silhouette, le poids du corps, la manière de courir, de se déplacer. Dans la vie de tous les jours, elles sont gênées. Il nous arrive de faire des explantations, de retirer les prothèses. La grande majorité des patientes vivent très bien avec leurs prothèses mammaires.

Mais je dis à mes patientes que ces prothèses s’usent. Le corps humain est toujours en train de se régénérer. Le silicone, qui est un silicone médical et spécialisé, lui, ne va pas se régénérer. Il va subir tous les jours des agressions des muscles, des mouvements, et il va s’abîmer. C’est normal. Au bout de plusieurs années – tout va dépendre des habitudes de vie des patientes, si elles bougent beaucoup, font beaucoup de fitness, si elles ont des métiers qui les font beaucoup utiliser leurs pectoraux -, eh bien ces prothèses peuvent se rompre. Au bout de 7 ans ou alors durer jusqu’à 15 ans, parfois même 20 ans pour les patientes qui ont les habitudes de vie les plus sédentaires.

Prévoir le coût des prothèses de remplacement

Cela veut dire qu’il faudra les remplacer ?

Tout à fait. Des prothèses mammaires, ce n’est pas une intervention, mais très souvent plusieurs interventions. Si vous avez des prothèses à 30 ans, il faudra vous faire réopérer à 40, à 50 ans et il faut prévoir le coût de ces futures interventions.

Parce que ce n’est pas remboursé par l’Assurance maladie…

Il est extrêmement rare que cette chirurgie soit remboursée. Elle l’est dans quelques indications très précises, de malformation du thorax, ou de sein qui ne s’est pas du tout développé. Et c’est soumis à l’autorisation de la Sécurité sociale.

Pourquoi des femmes demandent une réduction de poitrine

Des femmes vous demandent également des opérations inverses, la réduction de la taille de leurs seins. Pour quelles raisons ?

On les réalise moins fréquemment mais ces interventions sont très demandées par nos patientes pour des raisons de gêne. Une patiente avec une poitrine volumineuse va avoir souvent mal au dos, aura du mal à s’habiller, sera gênée pour le sport, la vie de tous les jours. Le fait de diminuer le volume des seins est une véritable libération. Il permet aux patientes de reprendre une vie active, des activités qu’elles n’ont pas pu faire, au prix par contre de cicatrices.

Faut–il une justification médicale pour bénéficier d’une telle intervention ?

Elle peut être prise en charge complètement par la Sécurité sociale. Mais il va falloir enlever plus de 300 grammes par sein, c’est-à-dire diminuer d’un bonnet et demi, deux bonnets. Cela concerne ce qu’on appelle une hypertrophie mammaire, véritablement une gosse poitrine, aux alentours des bonnets D, E, F, G.

Moins douloureux que la pose de prothèses

En quoi consiste une telle réduction et comment se passe le post-opératoire ?

C’est une chirurgie lourde, qui va nécessiter de retirer de la glande mammaire et également de retirer de la peau, puisqu’on aura trop de peau. Donc c’est une chirurgie qui va faire des cicatrices, qui seront camouflées dans le soutien-gorge. On y met tout le soin pour qu’elles soient les plus discrètes possible. Les patientes jeunes vont faire des cicatrices plus inflammatoires, plus importantes que les patientes de 40, 50, 60 ans.

Est-ce également une chirurgie douloureuse ?

La réduction mammaire est bien moins douloureuse que la pose de prothèses. Elle concerne la glande mammaire et la peau qui sont faiblement innervées en termes de nociception, et qui ne sont pas très douloureuses à la différence du muscle dans les prothèses. Cette chirurgie amène à un inconfort durant plusieurs semaines puisqu’il y aura des pansements, mais pas une douleur importante.

La chirurgie mammaire nécessite-t-elle un suivi médical à vie ?

Oui pour ce qui est des prothèses mammaires. Il va falloir retourner voir son chirurgien ou un gynécologue pour surveiller. Il faut guetter la rupture de ces implants. Vérifier que le silicone n’est pas sorti de son enveloppe. Pour la réduction mammaire, une fois passés le geste et l’analyse de la glande mammaire pour vérifier qu’il n’y avait pas un petit cancer qui se cachait dans la réduction, la patiente ne nécessite pas de suivi particulier.

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