À Serre-Ponçon, on cultive de l’orge pour lutter contre les vents de sable

Dans la lutte contre les vents de sable qui sévissent en amont de la grande retenue artificielle sur la Durance, l'orge vient à la rescousse des hommes. Céréale cultivée depuis l'Antiquité, elle est une solution naturelle et ancestrale qui présente de nombreux avantages.

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Chaque année, entre les mois de février et juin, la queue de retenue de Serre-Ponçon est soumise au phénomène des vents de sable, qui occasionnent une forte gêne pour les habitants du secteur concerné. Il s’agit essentiellement des communes de Crots et de Baratier, situées dans l’axe du vent de secteur sud, et, à un degré moindre, d’Embrun et de Savines-le-Lac. Cette dernière zone est touchée quand l’orientation du vent s’inverse et qu’il se met à souffler d’est en ouest. Parmi la population, certaines personnes souffrent alors de problèmes respiratoires engendrés par la poussière.

La problématique des ventes de sable

Plus généralement, les sédiments soulevés par le vent sont une nuisance qui devient vite insupportable et nuit à l’activité dans ce secteur très touristique. Une situation embarrassante évidemment est prise en compte par EDF, gestionnaire du barrage et de la retenue, ainsi que par le Syndicat mixte d’aménagement et de développement de Serre-Ponçon (Smadesep), auquel EDF a délégué une partie de sa gestion.

Ce phénomène des vents de sable est apparu plusieurs décennies après la mise en eau de la retenue artificielle, en 1961, le temps que se déposent les alluvions et limons de la Durance. Si les vents sont appréciés par les adeptes des activités nautiques quand le lac est plein, ce n’est pas la même histoire en période de basses eaux. Mais c’est le lot du lac artificiel, qui répond, rappelons-le, à trois missions : maîtriser les crues de la rivière, produire de l’énergie électrique et subvenir aux besoins en eau de l’agriculture provençale.

Un premier test avec du cresson

C’est en 2013 que les deux gestionnaires de l’ouvrage ont initié la lutte contre ce gêneur occasionnel. Une première campagne de mesures a été réalisée pour « mieux connaître le comportement du vent sur la zone d’envol des sédiments afin d’anticiper ces épisodes ». Les résultats recueillis ont ensuite été corrélés avec les relevés de la station de Météo France d’Embrun, histoire de préciser dans quelles conditions le phénomène s’enclenche pour in fine, tenter de trouver une solution pour fixer au sol les sédiments au sol. Vaste travail en vérité. Il y a d’abord le vent, qui dépasse parfois les 100 km/h; il y a aussi les méandres de la Durance qui changent de place, faisant émerger des hectares de terrasses limoneuses en de nouveaux endroits. Le parti-pris de la dernière tentative a été d’ensemencer environ 25 hectares à proximité de la digue de Crots, en rive gauche, pour protéger les habitations les plus proches.

« Dans un premier temps, précise Christophe Rapuc, du service environnemental au Smadesep, des pieds de cresson naturellement présents dans la retenue, au Pré d’Emeraude, près de Savines-le-Lac, et dans la branche Ubaye, ont été plantés. En dépit de résultats encourageants, l’expérimentation n’a pas été convaincante car la plante était submergée trop précocement par l’eau au mois de juin et, certaines années, le niveau d’eau était encore trop élevé à l’automne, comme ce fut le cas il y a deux ans. La plante n’a donc pas le temps de se disséminer. Cinq mille pieds ont cependant été plantés à partir de plants recueillis dans la retenue et multipliés à la pépinière des Jardins des Salettes, sur la commune voisine de Saint-Sauveur. »

Semi d'orge
Quand cela est nécessaire les zones ensemencées sont arrosées ce qui contribue également à limiter l’envol des sédiments. ©Espace Alpin

Un nouvel essai avec de l’orge

Une céréale est apparue comme une alternative pertinente, l’orge. La procédure diverge de celle du cresson, capable, lui, de se développer à l’air libre comme en submersion, ce qui n’est pas le cas de l’orge. « Nous avons un agriculteur partenaire. Lionel Davin, de Châteauroux-les-Alpes, qui effectue le semis, explique Christophe Rapuc. En principe, cette opération intervient à l’automne et la céréale pousse au printemps, ce qui n’a pas été possible en 2021. La queue de retenue était encore occupée par l’eau et la céréale n’a pu être semée qu’au début du printemps. » La surface ensemencée a commencé à verdir il y a quelques semaines.

D’autres solutions envisageables

Un deuxième partenaire intervient également. À la fois pour l’arrosage de la semence et, quand cela est nécessaire, pour arroser les sols secs, propices à l’envol des sédiments. Un camion ou un engin agricole tracte une citerne d’eau, le liquide étant puisé dans la Durance qui étire ses méandres. « EDF prend en charge le coût financier de ces opérations ; le Smadesep, lui, gère l’expérimentation de cette lutte contre le phénomène naturel qui affecte la queue de retenue. »

Il y aurait bien une autre solution, qui consisterait à enlever les sédiments de façon mécanique. Ce qui est fait en rive droite, vers le lieu-dit Chadenas, au pied du versant du mont Guillaume. Il y a deux ans, la Routière du Midi a prélevé plus de cent mille mètres cubes de sédiments et matériaux. Un curage efficace. « Mais, en rive gauche, ce n’est pas possible à cause du risque d’affouillement de la digue de Crots », assure Christophe Rapuc.

Enfin, autre moyen existe, mais simplement anecdotique ; il sollicite des jardiniers qui viennent récolter des sédiments pour fertiliser leurs potagers ! La plaine sous le Roc d’Embrun n’a-t-elle pas été fertilisée par les débordements de la Durance qui a déposé ses sédiments durant des millénaires ? Un juste retour des choses, en quelque sorte.

Maurice Fortoul

Espace Alpin 412
L’Espace Alpin est le journal agricole et rural des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes. Ce journal bimensuel est disponible sur abonnement sur lespace-alpin.fr

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