Les pharaons plus forts que les pop stars au Mucem de Marseille

Avec sa nouvelle exposition "Pharaons Superstars", le Mucem dévoile comment les anciens et les modernes se sont réapproprié leur image au fil du temps, jusqu’à en faire des icônes à la notoriété internationale. L'exposition propose ainsi une réflexion autour de la notion de célébrité, elle révèle aussi un aspect méconnu du destin parfois ironique de ces rois et reines d’Égypte.

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Quand on découvre des pharaons dont on a effacé le nom et le règne ©DVDM

Sur les 340 reines et pharaons qui ont régné sur l’Egypte durant 3000 ans, nous n’en avons retenu que cinq : Khéops, Néfertiti, Toutânkhamon, Ramsès et Cléopâtre. Pourquoi ? C’est la question centrale de l’exposition imaginée par Frédéric Mougenot et Guillemette Andreu-Lanoë, visible jusqu’au 17 octobre au niveau 2 du Mucem.

Pharaon un jour, pharaon toujours ?

Rien n’est plus faux dans l’Égypte ancienne que ce cliché du pharaon éternel, dont le nom subsisterait pour l’éternité. Ce n’est pas faute d’avoir élevé des stèles et statues à son image, afin qu’il survive selon la croyance « tant que son nom demeure », qu’il soit écrit ou prononcé. La réalité est bien plus complexe.

Relief représentant Hatchepsout, mis au nom de son prédécesseur Thoutmosis II.  XVème siècle avant J-C. Deir-el-Bahari Egypte. Calcaire peint. Prêt des musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles, Belgique. ©DVDM

Des pharaons, l’Égypte en a connu à la pelle. Certains, à l’image d’Hatchepsout, première femme pharaon, des réformateurs Akhénaton et de sa femme Néfertiti, ou encore de Toutânkhamon, ont vu les monuments érigés à leur effigie intentionnellement détruits. Leur nom était remplacé par celui d’un autre, ascendant ou descendant, dont l’œuvre correspondait mieux aux attentes du peuple. Et ils furent oubliés de longs siècles durant.

Un pharaon en chasse et/ou en cache un autre.

Les Égyptiens révéraient plutôt le roi victorieux Ahmosis et son épouse Ahmès Néfertary, reine divinisée et vénérée comme une patronne bienveillante, puis leur fils Amenhotep 1er, ou encore Téti et Menkaouhor, des bienfaiteurs. Ils sont moins connus aujourd’hui. Néanmoins, ils ont longtemps été commémorés par les anciens à l’instar de Psammétique, amoureux de Rhodope, la Cendrillon grecque, et Sésostris, un législateur et un bâtisseur bien avant Alexandre et Napoléon.

Stèle dédiée à Osiris et Apis et monument votif dédié à Osiris et Téti, Saqqara, Egypte, entre le 15 et 11è siècle avant J-C  et ©DVDM

Pour ces derniers, leur renommée atteint son apogée entre la Renaissance et le XIXème siècle, grâce aux artistes qui s’inspiraient des textes grecs de l’époque hellénistique, dans l’évocation de leur règne et légende. Leur mémoire a été toutefois éclipsée de nos jours par Ramsès II à l’origine de sa propre divinisation ou encore par les rois maudits, un temps oubliés, dont le nom effacé des stèles résonne encore à nos oreilles. Alors que reste-t-il des pharaons de nos jours ?

Entre mythe et réalité

C’est ce que nous dévoile l’exposition Pharaons superstars au Mucem : une exposition où est mise en perspective l’histoire des pharaons de l’Égypte ancienne à aujourd’hui dans une optique civilisationnelle, fidèle à l’âme constitutive du Mucem, musée des civilisations par excellence.

Statut d’Amon et Toutânkhamon. Karnac ou Louxor, Egypte. ©DVDM

Cette exposition interroge la part de légende et de vérité dans cette mythologie florissante autour des pharaons. Prenons en exemple le cas d’Alexandre le Grand, supposé fils du dernier pharaon Nectanébo, une légende forgée par ses successeurs, visant à légitimer l’arrivée d’un Macédonien sur le trône d’Égypte.

De nos jours, les pharaons ne sont plus vénérés, mais ils fascinent encore. Ils sont, comme la Joconde, objets d’obsessions et de croyances folles. Une preuve indéniable ? Le mythe de la malédiction de la tombe de Toutânkhamon, inventé de toute pièce par les médias de l’époque, repris et présenté dans les films comme une vérité absolue.

Linteau d’une chapelle construite par Ramsès II, Qantir, Egypte ©DVDM

Légende et fascination

Autre légende prospère et fascinante qui intrigue encore aujourd’hui : le personnage de Cléopâtre, dernière reine d’Egypte, qui a inspiré un péplum cinématographique éponyme avec Liz Taylor dans le rôle-titre. « Cléopâtre » de Joseph L. Mankiewicz sera d’ailleurs projeté en deux temps les 27 et 28 juillet au Mucem, dans le cadre du ciné plein air gratuit (séance à 21h30).

Sculpture en bronze de Cléopâtre se donnant la mort. Ducommun du Locle David Henry-Joseph. 19ème. Prêt du Musée des Beaux-Arts de Marseille ©DVDM

Etait-elle une femme fatale et lascive, ambitieuse et dangereuse, comme le prétendent les historiens romains, ou une reine savante et bâtisseuse, comme le soulignent les auteurs du monde arabe classique ?  Son suicide par morsure de serpent a inspiré un très grand nombre d’artistes chrétiens dont l’objet – dans le droit fil des Romains avant eux – était de condamner sa démesure et sa luxure.

Une scénographie en trois temps à l’image de la conception cyclique du temps chez les Égyptiens

La scénographie, signée Emilie Delanne et Amélie Lauret, suit les pas des pharaons de l’Égypte ancienne selon un tracé circulaire, avec une première salle consacrée aux stèles, bustes et monuments élevés à la gloire des Pharaons dans un clair-obscur chatoyant. Le temps est ici suspendu à notre contemplation d’œuvres millénaires.

Suit un univers plus coloré et vivant, avec des copies des bustes de Néfertiti et de son époux, des photographies d’époque de la découverte de la tombe de Toutânkhamon, avant de glisser vers les représentations artistiques des pharaons, avec une série de représentations picturales de Cléopâtre ou encore 5 moulages de bustes de Néfertiti, alignés du plus clair au plus obscur. Les pharaons étaient-ils noirs ou blancs ou les deux ?

On découvre comment les successeurs des Égyptiens ont transfiguré l’image des pharaons selon leur croyance. Le réel laisse ainsi peu à peu place à l’imaginaire et aux représentations fantasmées des pharaons jusqu’à leur survivance – et omniprésence – au travers des objets de consommation courante et leur usage quotidien.

Néfertiti par Hossam Dirar (2018) ©DVDM

 Objets de marketing

Ils sont de nos jours des objets de marketing incroyables et une marque sur laquelle il fait bon capitaliser pour attirer le chaland.

C’est ce que montre la dernière partie de l’exposition où sont dévoilés affiches et billets de banque, une publicité de snacks pour chat, une machine à coudre Néfertiti, une moto Kéops et tout un arsenal d’objets hétéroclites, dont un flasque de whisky Cléopâtre, issus des réserves du Mucem et d’ailleurs.

Moto Keops et affiches publicitaires mettant en scène un pharaon ©DVDM

L’exploitation marketing du pharaon se révèle dans toute sa créativité sans limite, au détriment peut-être de l’image même du pharaon éternel, dont le symbole allie puissance et bienfaisance, beauté et jeunesse éternelles.

Ce symbole, on le retrouve de façon inattendue avec la représentation du masque de Toutânkhamon réalisé à partir de 45 kilo de chocolat qui clôt notre cheminement de l’exposition, un clin d’œil au masque en or de ce même Toutânkhamon qui nous accueillait à notre arrivée. La boucle est bouclée.

Un pharaon à croquer – Réplique du masque de Toutânkhamon réalisée en chocolat par Jérémy Mazet, meilleur ouvrier de France 2016 ©DVDM

Avec  300 pièces exposées, cette évocation des pharaons propose un voyage étonnant à travers les 5000 ans d’histoire égyptienne, d’hier à aujourd’hui.

Extrait des carnets  de Champollion, surnommé l’Egyptien. Il a été le premier à déchiffrer les hiéroglyphes et est considéré comme le père de l’égyptologie. ©DVDM

Diane Vandermolina

Bon à savoir

L’exposition s’accompagne d’un parcours tactile de 6 stations à destination des visiteurs en situation de handicap visuel, mais également des enfants à partir de 7 ans. Chaque station est composée d’une partie tactile modélisée en 3D ou 2D, d’un texte explicatif en gros caractères et en braille, et d’une consigne de jeu adressée plus particulièrement aux enfants. Après le Mucem à Marseille, elle sera présentée au musée Calouste Gulbenkian à Lisbonne (du 24 novembre 2022 au 6 mars 2023).

Plus d’infos : https://www.mucem.org/programme/exposition-et-temps-forts/pharaons-superstars

Renseignements : Esplanade du J4 13001 Marseille – France / +33 (0)4 84 35 13 13

Photo de une : Ceux-là ne sont pas les vrais visages d’Akhénaton et de Néferti, mais une représentation de la beauté et jeunesse éternelles des deux pharaons  ©DVDM

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