Un ministre à l’écoute, déterminé à soutenir l’agriculture bas-alpine

Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation est venu sur le plateau de Valensole et à Manosque pour rencontrer les acteurs du monde agricole et aborder leurs problématiques. Un déplacement riche en annonces et en enseignements.

économie

Le décor était planté, et de bien belle manière, pour accueillir le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. Reçu par l’ensemble des personnalités départementales, les élus et des représentants de la profession agricole Julien Denormandie a débuté sa visite bas-alpine par le Gaec La Birone une exploitation appartenant, aux frères Aurélien et Sylvain Aubry, à Puimoisson. Rapidement, a été abordée la question de l’eau, dans le cadre du Varenne de l’eau.

André Bernard, le président de la chambre régionale d’agriculture n’a pas perdu l’occasion d’évoquer l’importance de l’hydraulique dans la région Sud-Paca. Il a alors rappelé l’importance d’une gestion du partage de l’eau la plus équitable possible, la nécessité de moderniser les canaux gravitaires, pour mieux répartir et sécuriser l’ensemble de cette ressource sur le territoire.

5 600 irrigués sur le plateau de Valensole

Il a émis le souhait que le Varenne de l’eau permette d’aller encore plus loin, pour intensifier la modernisation dans une région déjà avant-gardiste sur ces questions. « Nous connaissons la valeur de l’eau et nous savons qu’il faut la partager. Cela passe par l’investissement et la motivation de tous », concluait-il.

Fabienne Joly, la nouvelle présidente de la Société du Canal de Provence (SCP), s’est attachée à présenter le projet d’aménagement hydraulique du plateau de Valensole. Un projet soutenu par l’État dans sa deuxième phase comme l’a réaffirmé le ministre lors de sa visite. « La gestion de l’eau en Provence c’est notre ADN, déclarait-elle. Nos aménagements dans les années 1960 ont mis le territoire à l’abri de la sécheresse tout en préservant les richesses hydrauliques locales et naturelles. » Elle a rappelé que la SCP réinjectait 30 % de son chiffre d’affaires dans ses infrastructures.

Avant de détailler le programme de Valensole ,qui permettra de sécuriser l’accès à l’eau, tout en préservant des ressources toujours fragiles :« Sept communes sont déjà irriguées par le canal, trois nouvelles le seront d’ici dix ans,ce qui représentera 5 600 ha irrigués. Nous effectuons également un accompagnement sur les pratiques grâce au partenariat avec le parc naturel régional du Verdon, le conseil régional et la chambre d’agriculture. Tout cela dans le cadre du programme Regain. L’innovation et la recherche/développement sont importantes pour optimiser l’hydraulique et le stress hydrique. Nous faisons aussi des recherches sur le foncier et les énergies renouvelables avec des panneaux photovoltaïques flottants sur nos canaux. »

Fabienne Joly SCP
Fabienne Joly, la nouvelle présidente de la Société du Canal de Provence (SCP) ©AG

Le projet baptisé HPR (Hauts de Provence rhodanienne), porté notamment par la chambre d’agriculture de Vaucluse, a été ensuite détaillé au ministre. Georgia Lambertin, sa présidente, a expliqué qu’il concernait la substitution et le développement de l’irrigation agricole. « Ce projet multi-usages concerne la Drôme et le Vaucluse soit deux régions, 88 communes, 200 000 habitants, 3 500 entreprises agricoles. Aujourd’hui, l’agriculture a un projet à proposer, nous voulons redevenir acteurs dans nos territoires. Deux raccordements pour que les agriculteurs puissent s’engager à réduire et économiser leurs volumes tout en arrêtant leurs forages, soulignait-elle. C’est un projet multi partenarial donc nous allons avoir besoin de vous monsieur le ministre ! »

Revenir à l’essentiel

Le directeur régional de la Draaf Paca, Patrice De Laurens a profité de cette présentation pour revenir sur l’appel à projets régional, ouvert dans le cadre du Plan de relance de l’État.  Avant de passer à la signature officielle de la convention d’application du Varenne de l’eau en région Sud-Paca, Renaud Muselier s’est installé au pupitre pour rappeler que les enjeux étaient essentiels et qu’ils avaient réussi à fédérer les différents partenaires pour avoir une visibilité globale.

La mise en œuvre opérationnelle se déclinera autour de trois axes :

  • L’adaptation des filières agricoles
  • La sécurisation des réseaux d’hydrauliques agricoles
  • La préservation de la ressource en eau ; un dernier sur la gouvernance.
Muselier JD
Renaud Muselier en compagnie de Julien Denormandie ©AG

Julien Denormandie clôturait le bal des allocutions en commençant par évoquer l’un de ses prédécesseurs Edgar Pisani, en poste dans les années 1960. Et de le citer : « Le drame en politique, c’est qu’on oublie souvent l’essentiel et qu’on tombe dans les détails ».

Avant d’ajouter : « Cette phrase est vraie dans notre société de l’immédiateté, notamment dans les politiques agricoles. Combien de temps passé sur des sujets qui peuvent paraitre des détails ?  L’essentiel en agriculture est et restera, n’en déplaise à certains la question de l’eau. L’agriculture sans eau est impossible tout comme pour l’aménagement du territoire. Il nous faut revenir à l’essentiel, avoir une vision, une méthode et parler d’avenir. Il faut absolument avoir le courage politique d’appréhender cette question de l’eau qui est complexe et qui l’est depuis la sédentarisation de l’homme. Ce n’est parce que c’est complexe qu’il faut la mettre sous le tapis. Il faut l’affronter avec méthode. »

Il révélait que lors de son arrivée au ministère il a constaté que sur les 15 000 agents, seulement cinq s’occupaient de la question de l’eau. « Il y avait quelque chose qui ne pouvait pas marcher. Si ceux qui sont chargés de la question agricole ne sont plus capables de développer leur propre pensée sur la question de l’eau, alors on tombe de la pensée à la posture. Ce qui ne fait jamais avancer les sujets ! Il faut avancer avec détermination mais dans la concertation. C’est ce que vous faites ici avec force. La méthode doit être en tout point exemplaire. Il faut remettre de la science et de la raison. L’État doit venir soutenir les élus locaux pour les aménagements en adaptant le cadre réglementaire et en apportant les financements ».

Un point de non-retour

Il a rappelé que le Varenne de l’eau était axé autour de trois sujets principaux :

  • L’assurance récolte, qu’il a qualifiée de la politique « la plus structurante depuis la Pac »
  • La sécurisation de la ressource tout en l’économisant
  • L’amélioration la concertation et la planification.

« La pensée de l’eau vous doit beaucoup dans cette région. Vous avez pensé l’eau avec les problématiques qui sont celles d’autres régions aujourd’hui. Il faut tirer profit de votre expérience. » Il concluait sur ce sujet en expliquant que le Varenne de l’eau était « une étape mais surtout un point de non-retour. Tous les problèmes ne seront pas résolus, mais cela doit créer une dynamique. Ce Varenne de l’eau, c’est le vôtre ! ».

À quelques mètres d’un champ de lavandin et d’immortelle, il achevait sa visite en martelant que l’État « ne lâcherait rien » sur la question de la réglementation européenne. « Une réunion est d’ailleurs organisée cette semaine pour s’assurer qu’on gagne à Bruxelles, confiait-il. La lavande et le lavandin font partie de notre patrimoine. Quels que soient les changements de réglementation européenne, nous serons aux côtés de la filière pour défendre cette identité ce savoir-faire. Ce fut le cas il y a déjà dix ans où nous avions eu gain de cause. Là nous ferons la même chose et nous assurerons que toute évolution de la réglementation ne se fasse pas au détriment de la filière. Notre mobilisation devance très fortement les changements puisqu’ils devraient arriver dans deux ans, parce qu’il faut être prêt à défendre ces belles cultures. »

©AG

200 000 € pour la filière PAPAM

L’après-midi était d’ailleurs consacrée à ces cultures puisqu’il s’est rendu au Centre régionalisé interprofessionnel d’expérimentation en plantes à parfum, aromatiques et médicinales (Crieppam), à Manosque, pour parler de cette filière. Une visite orchestrée par Laurent Depieds, président de la FDSEA et cultivateur de PAPAM, en présence notamment de Jean-Michel Cotta, président du Crieppam et Alain Aubanel, président du Comité interprofessionnel.

Après la présentation des lieux, ce dernier a dressé un portrait de cette filière essentielle économiquement pour l’ensemble du territoire. Il a également évoqué les principales préoccupations des producteurs la réglementation ou encore la concurrence étrangère déloyale… Concernant cette dernière, cela soulève la question de la traçabilité et de la transparence de l’origine, l’avenir selon le ministre et une question qui va « dans le sens de l’histoire ».

Julien Denbormandie s’est ensuite rendu dans les parcelles d’essais guidé par Bert Candaele et Jean-Michel Cotta, respectivement directeur et président du Crieppam. Il a pu y découvrir les premiers résultats des essais effectués sur les nouvelles variétés de lavandin et l’expérimentation Clima’Lav, qui réfléchit sur des itinéraires techniques pour des lavanderaies résilientes au changement climatique. Une occasion pour le ministre de louer et leur travail, tout en leur annonçant qu’un financement de 200 000 € allait être libéré.

La visite ministérielle s’est achevée par une table ronde, à huis clos, avec les organisations professionnelles agricoles, les représentants syndicaux, les élus locaux et les services de l’État. Plusieurs thématiques ont été abordées dont la prédation, l’installation/transmission, la problématique du foncier, le photovoltaïsme, les réglementations. Une discussion à bâtons rompus qui a, dans l’ensemble, laissé une bonne impression aux participants même si tous attendent de voir si les paroles seront suivies des faits, surtout à quelques semaines de l’élection présidentielle.

Alexandra Gelber

L’Espace Alpin est le journal agricole et rural des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes. Ce journal bimensuel est disponible sur abonnement sur lespace-alpin.

 

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